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	<title>Bernard Teulon-Nouailles &#8211; Bernard Teulon-Nouailles</title>
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	<description>Poèmes - Romans - Critiques - Pédagogie</description>
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		<title>COMBAS AU PONT DU GARD : GUERRE ET PAIX</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2026 10:41:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[COMBAS AU PONT DU GARD GUERRE ET PAIX  Combas au Pont du Gard, cela peut toujours se concevoir certes. Oui mais pourquoi ? En fait, les rapports entre le prestigieux monument romain et le chef de file de la figuration libre sont plus étroits qu’il n’y paraît. Je n’en donnerai pour preuve que les références permanentes [&#8230;]]]></description>
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A ses hommes illustres (<em>Alexandre</em>, de 2025), à ses déesses ou dieux (<em>La déesse Isis-Vénus</em>, sculpture en résine peinte, réalisée en 2008 , <em>le Dieu du tonnerre, </em>de 1994,<em>  Diane, </em>ou<em> Apollon, </em>de 2025), à ses héros prestigieux (<em>Achille</em>, peint en 1988), ses généraux (<em>Jeune général romain 2025</em>), à ses combattants plus anonymes (<em>Les gladiateurs de Narbonne, </em>de 2024), mêlant parfois les époques (<em>Jeune romain au service militaire 2025</em>) et surtout à ses épisodes épiques que chacun conserve en mémoire, telle la <em>Guerre de Troie</em>, réalisée dans les années 80.</p><p>On y ajoutera des scènes de batailles qui sont légion, si je puis dire : <em>Bataille de romains contre des barbares sûrement européens</em>, tapis confectionné en 2015<em>, Extrait de guerre</em>, qui devrait en étonner plus d’un par la complexité de  sa composition réalisée à l’acrylique en 2018, <em>Le contournement de Sète par Hannibal , </em>l’un des chefs d’œuvre de Combas selon Michel Onfray<em>, </em>et ses fameux éléphants blancs défilant de profil et de droite à gauche, peint en l’an 2000. Et encore : <em>Le joli spectacle équestre,</em> de 1988, qu’il faut interpréter de manière ironique, c’est bel et bien une boucherie héroïque, antique sans doute mais violente et funeste. On peut leur adjoindre le <em>Portrait de Geneviève ma fiancée en princesse du sud</em>, de 1987, où le corps mollement alangui de la femme aimée semble ignorer les combats qui se profilent en arrière-plan. Au demeurant, qui a lu le chef d’œuvre de Tolstoï, auquel le titre de l’expo semble faire allusion, sait bien que, durant les épisodes de paix, on y parle essentiellement de guerre… Et que dire de la prolifération des personnages, militaires ou civils, en phase avec l’univers pléthorique de l’artiste.</p><p>Toujours d’inspiration antique : <em>En hippocampe rouge et blanc</em>, de 2018, qui flirte avec le fantastique, le facétieux <em>Motoromain,</em> hybride, de 2001 où, en référence objective à Fernand Léger, l’artiste semble concilier l’antique et le moderne… On est plus du côté de la paix (que de la guerre) mais l’esprit de conquête, propre à la romanité, demeure. Car c’est bien ce qui se joue dans cette exposition : Conjuguer l’antique au contemporain. Une telle fidélité de l’artiste, à une époque éloignée de notre contemporanéité, interpelle et interroge. Il faut se souvenir pourtant que Combas aura puisé bon nombre de personnages et sujets dans les comics et autres films de série B, dont les héros ou simples figures qui ne sont que les avatars des surhommes, voire des « cadors » antiques (le <em>Kadoré</em>, chez lui), de même que les scènes de guerre ne font que rejouer sempiternellement l’<em>Iliade</em>, avec des moyens actualisés. Par ailleurs, le combat au corps à corps tel qu’il se pratique en l’Antiquité (La sculpture en résine peinte <em>Enée contre Turnu</em>s, en donne un bel exemple, de même que les deux lutteurs, nus et tatoués, observés par <em>la reine Cézarienne, </em>dans une peinture de 2006), n’est pas sans rapport avec celui qu’accomplit le peintre avec sa toile. Alors Combas, pourquoi pas, oui !</p><p>Une soixantaine d’œuvres en tout, s’étalant de ses débuts à cette année même de 2026, dont beaucoup de grands formats, une tendance naturelle chez le peintre. A toutes les époques de sa carrière. Pour se mesurer à la merveille architecturale, Combas en a choisi au moins un que l’on peut qualifier de démesuré, la <em>Guerre de Troie</em>, lequel avoisine les 9 mètres de long. Ce n’est pas le seul. <em>L’autiste dans la forêt de fleurs</em>, de 1991 déborde largement les 5 m de large. <em>Réflexion et détermination</em>, est un immense portrait de 2014 de 3m 46 de haut. <em>Motoromain char de Ben Hur</em> <em>à essence de fumier</em> (2000) mesure 3m sur 2. <em>Geneviève guerrière amazone</em>, de 1987, dépasse largement les 3m 50, <em>Le joli spectacle équestre</em>, les 3 m… D’autres atteignent des dimensions non négligeables, plus de 2 mètres de long pour la <em>Bataille intemporelle,</em> de 1988 (où la violence ambiante demeure autour des deux amants, en couleur en haut, en noir et blanc en bas) ou le <em>Portrait de Geneviève</em> … déjà cité. Le plus souvent ces tableaux sont intensément colorés avec la virtuosité que l’on connaît. Ces scènes et actions sont censées animer de violence et de passions un monument qui demeure statique et pour toujours figé dans la blancheur de sa pierre originelle. Les œuvres de Combas y apporteront de la vie, du mouvement, de l’intensité dans les couleurs.</p><p>Un spectacle visuel est d’ailleurs prévu, en collaboration avec Christophe Berthonneau du célèbre Groupe F, sous forme de « mapping » épousant en images les parties visibles de l’aqueduc (à découvrir tous les soirs de juillet et août à la tombée de la nuit).</p><p>Les titres ne sont pas en reste : <em>Un paysage du sud de la gaule, avec Pont du Gard,  déguisé en Paul Zeïdon, le dieu des rivières qui méditent sont reines en même temps, (voir Poséidon et méditerranéennes si vous n’avez pas compris !). </em>Œuvre réalisée spécialement pour cette expo<em>. </em>On pourrait en citer plusieurs du même acabit, de plus longs même. La démesure est un langage que l’artiste entend parfaitement.</p><p>Inversement, sa série de portraits récents d’hommes illustres (Caracalla, Démosthène, Brutus, etc., accompagnés de statues de corps féminins amputés, à l’instar des ruines antiques…), en noir et blanc, à base d’encre et autres techniques mixtes, se compose de formats plus petits, beaucoup de 2025,  mais dont la présentation globale finit par accéder aussi à la monumentalité. Il en existe de plus anciens, nous y reviendrons, de plus grandes dimensions.</p><p>Il s’agit de <em>Tatouages académiques</em>, renvoyant à une activité primitive, dont l’origine artistique se perd dans la nuit des temps, conjugués à des références muséales célèbres. De toute façon, grand format ou pas, l’œuvre de Combas est suffisamment démesurée, excessive, généreuse dans chaque toile, pour ne pas se sentir écrasée par la puissance du fameux pont. Il suffit de voir comment l’artiste sature ses tableaux (<em>Extrait de guerre</em>, les <em>Gladiateurs</em>…)…  pour s’en persuader. Certes par horreur du vide et aussi parce que l’artiste est embarqué dans la quête perpétuelle d’une représentation optimale qui tend à s’abstraire de son excès même. Ce point est capital pour comprendre l’évolution du peintre. Nous y reviendrons également.</p><p><strong>L’adolescence éternelle</strong></p><p>Pour ce qui me concerne et eu-égard à ce que je connais de lui, l’exposition de Robert Combas au Pont du Gard m’apparaît comme une évidence. L’association de ces deux noms, l’antique et le contemporain, ne me choque guère, au contraire, et l’architecture de l’un a largement de quoi s’accommoder de la peinture de l’autre.</p><p>La conception et la réalisation d’une œuvre sont les conséquences de tout ce qui les a précédées, de tout ce qui a permis leur apparition sur le théâtre de sa création et de tout ce qui a été assimilé par celui qui l’a entreprise. Pour le Pont du Gard, le génie des architectes dépend entre autres étroitement des découvertes antiques en matière mathématiques en tant que science des proportions pour l’essentiel et des progrès techniques réalisés en matière de construction de l’autre.</p><p>Il va de soi que la modernité-contemporanéité qui s’interpose à présent lui offre un rempart protecteur et lui permet de se préserver comme tel.</p><p>En ce qui concerne Robert Combas, il suffit de lire ses biographes et critiques, ou simplement de regarder ses toiles, pour constater que la BD, la musique rock, un certain ciné, l’animation, la pub sans doute aussi, la customisation des objets etc., auront été décisifs dans la formation du futur peintre. Or l’origine de tous ces apports, qu’il a fini par assimiler au point de lui devenir consubstantiels et de former sa culture, s’ancre en majeure partie durant une période cruciale  de l’existence : l’adolescence</p><p>L’adolescence, étape intermédiaire entre l’enfance et l’âge adulte, tient un peu des deux périodes de la vie : d’un côté la fraîcheur naturelle de l’enfance, son caractère primitif dans la vision du monde, sa capacité d’émerveillement naïf devant le nouveau, sa poésie au fond (on pense au Rimbaud de <em>Voyelles </em>attribuant des couleurs à l’alphabet), et de l’autre côté, la faculté de raisonner, d’analyser, de synthétiser qui sont caractéristiques de la maturité effective. Baudelaire disait : <em>le génie n’est que l’enfance retrouvée à volonté douée maintenant pour s’exprimer d’organes virils et de l’esprit analytique.</em></p><p>En peinture, si l’on demeure dans l’enfance, on fait de l’art entièrement brut ou une poésie automatique, spontanée. Si l’on demeure exclusivement dans la peinture adulte, on fait de la peinture rationnelle par ex, ou qui se rapproche de la science, du conceptuel, du minimal.</p><p>L’adolescence est donc une période idéale puisqu’elle tient un peu des deux. On peut même l’élargir jusqu’à la notion de jeunesse, éternelle, selon Gérard de Nerval dans l’une de ses nouvelles.</p><p>L’on retrouve cet esprit d’éternelle adolescence dans les œuvres de Robert Combas, lesquelles révèlent le monde et sa violence, l’apparition de l’esprit critique et des premières oppositions, les émois suscités par la passion amoureuse, les diverses références que l’on s’approprie, etc.</p><p>L’adolescence s’appuie à la fois sur la vision de l’enfance dans son refus de la perspective rationnelle et dans son graphisme non académique. En même temps, elle suppose suffisamment de recul, dans le fait de prendre des décisions, par l’acceptation ou le refus du résultat obtenu, et aussi par l’humour, pour se situer en partie dans l’âge d’homme, l’âge de raison dont parle Sartre dans l’un de ses titres. On peut y ajouter le titre et la signature, si essentielle dans les tableaux, au point de constituer parfois quelque œuvre à part. Entre les deux périodes de l’existence, l’adolescence joue un rôle d’initiation.</p><p>Or on peut comparer l’histoire de l’humanité et de l’art, dans sa conception occidentale, aux différentes périodes vécues par l’individu : la jeunesse, sa préhistoire, imprécise et fragmentaire voire lacunaire ; l’âge adulte notre modernité et contemporanéité ; l’adolescence alors se situerait du côté de l’Antiquité (en laquelle s’enracine notre culture actuelle). Cette adolescence de l’humanité, ou si l’on préfère de la civilisation,  s’est pérennisée dans nos esprits grâce aux vestiges qui nous sont parvenus. Le Pont du Gard en témoigne. Il  montre que cette adolescence, historique, est devenue éternelle. L’adolescence éternelle. Ou si l’on préfère l’éternelle jeunesse.</p><p>On notera qu’elle est très présente, cette adolescence dans les mythes et épopées : Antigone, Iphigénie, Télémaque… (Plus tard : Roméo et Juliette, Paul et Virginie, Tamino et Pamina de <em>La Flûte</em>…)</p><p>J’écarterai pour l’instant la décadence et l’échéance fatale. Pour l’artiste, elle ne sera affective qu’à partir du moment où il ne sera plus capable de produire. Or, le nôtre, Robert Combas,  n’aura jamais autant produit ! Quant à l’humanité, à moins d’une disparition subite ou programmée, elle a quelques siècles, on espère quelques millénaires au moins, au moins devant elle.</p><p>Ainsi, peut-on rapprocher, l’œuvre de Robert Combas de la merveille architecturale. Il s’agit de la réunion de deux adolescences. Leur rencontre paraît dès lors pertinente. Et si l’on veut élargir, Combas incarne la jeunesse éternelle de la Peinture, réactivée régulièrement par la production contemporaine, et plus particulièrement dans la production de Combas… Confrontée en l’occurrence à l’éternelle jeunesse de l’architecture antique,</p><p><strong>Guerriers et batailles</strong></p><p>Il existe d’autres points de rapprochement, lesquels concernent la production du peintre depuis ses origines. Notre conception actuelle du héros, celle à laquelle se réfère Combas dès ses débuts,  naît bien évidemment de cette antiquité mythique. Robert Combas a toujours peint des héros, y compris leurs avatars modernes, ceux des films, du ciné d’animation ou des bandes dessinées. La pérennité de la violence l’a très souvent inspiré. Celle des gangs, des gangsters, des bandes.</p><p><em>Bataille intemporelle</em>, de 1988, toile où l’amour semble triompher de la barbarie ambiante (C’est <em>Guerre et Paix ! </em>du titre de l’expo), en est un parfait exemple. On est dans la violence exacerbée telle qu’elle se manifeste dans la réalité comme dans la fiction et l’univers iconique. C’est la violence contemporaine qui s’enracine dans l’ancienne (celle des Anciens).</p><p>Pour cette nouvelle exposition, il prend le taureau par les cornes et ne retient dans sa production, pour l’essentiel,  que des héros épiques de l’antiquité ou des personnages moins en vue et mis en exergue (chacun a droit à son moment de gloire en sa vie !). Le Pont du Gard est justement un monument antique que la présence picturale de héros et personnages des temps anciens ne peut que vivifier, animer et même honorer… On découvrira en particulier un portrait d’<em>Achille</em>, de près de deux mètres, et qui date de 1988, déjà ! Le héros est présenté de profil, armé et casqué et donc prêt au combat, avec la mer qui se dessine en arrière plan, et la figure de la protectrice tutélaire qui se glisse derrière lui. Une frise en noir et blanc vers le sol rappelle le contexte belliqueux et sature cette partie de l’espace. <em>Le Guerrier soldat grec</em>, lui très imposant, sur-humanisé par sa disproportion avec les homonculus qui l’entourent  de toute part, est de son côté, saisi en pleine action de combattant. Nous sommes en 1984, proche donc des débuts du peintre, et c’est le plus ancien en cette expo – ce qui se remarque, pour qui suit quelque peu la carrière et l’évolution de Combas depuis ses origines. A l’opposé, <em>Les gladiateurs narbonnais, </em>de 2024, expérimentent une nouvelle technique de représentation du corps finissant par se confondre avec son environnement, en l’occurrence, l’arène, son enceinte, peut-être une haie verdoyante, le public, tandis que le monstre à tête double, sous le plan du combat, attend son heure…Le style évolue mais la thématique, guerrière et antique, est toujours présente.</p><p>Faisant appel à la fois à sa mythologie personnelle et à la mythologie tout court, Combas n’hésite pas à introduire également des héroïnes. En témoigne cette <em>Geneviève guerrière amazone</em> de 1987, en armure et casque à l’instar de ses homologues masculins. L’artiste a accentué le caractère féminin en dessinant deux formes mammaires, une derrière l’écu, une le long de la lance où semble pointer une queue de sirène. L’artiste a trouvé son modèle et sa muse, dont la présence est récurrente dans plusieurs tableaux… Autre manière de mêler le présent au passé, le réel à l’imaginaire, le naturel au culturel. Plus récemment, <em>Le joueur de pipeau</em> (sic) de 2023, fusain, gouache et graphite, vu de dos, possède tous les attributs qui semblent définir l’idéal de la féminité selon l’artiste, en particulier les fameux talons compensés, les mollets galbés et la cambrure avenante, pour ne point dire arrogante.</p><p>Le masculin s’accorde avec le féminin, disait la chanson.</p><p>Le héros antique, l’héroïne, et les personnages anciens servent ainsi de traits d’union avec le pont-aqueduc. Le choix de Combas est pertinent. D’autant que son œuvre s’est intéressée, dès ses débuts, aux scènes de bagarres et batailles ou, si l’on préfère à la guerre, éternellement d’actualité.</p><p>Dans une bataille, chacun participe collectivement au succès ou à l’échec commun. On retrouve donc dans les scènes de guerre, récentes ou antiques, de Combas tout comme dans la construction du Pont du Gard, cet effort collectif. Pour cette exposition, des scènes de combats inspirés de l’antiquité dont une qualifiée d’intemporelle : <em>La bataille intemporelle </em>où les corps des deux amants flottent et se détachent d’un grouillement convulsif de violences, en couleur (haut du tableau) ou noir et blanc (bas du tableau).  Comme on le voit, la guerre et la paix peuvent fonctionner de concert. Ils ne sont pas antinomiques mais intimement associés. La Guerre de Troie n’est-elle pas la conséquence d’un choix d’amour, effectué en temps de paix ?  Dans le même ordre d’idée, le <em>Portrait de Geneviève ma fiancée en princesse du Sud, </em>1987, met en exergue une présence féminine centrale qui semble dédaigner la soldatesque négligeable s’activant derrière elle, sur son tapis floral. La passion triomphant de la guerre ? Ou la provoquant ? L’ambivalence demeure.</p><p>Dans <em>Guerre et paix</em>, de Tolstoï, on pense à la guerre en temps de paix, et on espère la paix tandis qu’on est en guerre.</p><p><em>La Guerre de Troie</em>, de 1988 est la plus spectaculaire. On y voit des combats au corps à corps, la ville qui brûle, une femme protégeant ses enfants, le fameux cheval-piège d’Ulysse au centre… le tout dans un chaos visuel impressionnant. De même, l’<em>Extrait de guerre , </em>de 2018, le tapis de 2015, <em>Bataille de romains contre des barbares sûrement européens…</em> À ces scènes de combats, il faut ajouter des épisodes de déplacement conquérant, à l’instar du <em>Contournement de Sète par Hannibal</em> et ses éléphants blancs peint en 2000, lequel s’effectue paradoxalement de droite à gauche, perturbant nos habitudes de lecture, avec son défilé de soldats de profil, avec les fantassins au premier plan. La guerre est omniprésente. Quant à la paix…</p><p>Elle est incarnée entre autres par<em> l’acrylique En hippocampe</em> rouge et noir de 2018, chevauché dans la mer par un cavalier courageux, toile plus synthétique divisée en plusieurs plans, met en évidence la symbolique de l’eau signifiée par des signes décoratifs, répétitifs, emblématiques de l’élément (suggestion simplifiée de vagues marines).</p><p>On peut la retrouver aussi dans les bustes féminins, inspirés d’œuvres dites académiques : <em>Vénus au firmament du temps présent</em> (2018), <em>Sexy stature lunaire sans ligne et sans bras </em>(2004), <em>Corps de plein de paysage, de pleine figuration, plein la gueule</em> (2017), en tout cas d’un point de vue thématique.</p><p>Portraits en pied, tableaux historiques, dans le style qu’on lui connaît : intensité initiale des couleurs, multiplicité des traits divisant les plans et cernant les personnages, volonté de saturation. C’est déjà beaucoup. Mais ce n’est pas tout. Tel un archer romain, Combas a de surcroît d’autres cordes à son arc.</p><p><strong>Tatouages académiques</strong></p><p><strong> </strong></p><p>Une galerie de dessins dits académiques, dont certaines assez récentes au demeurant (beaucoup sont de 2025, bon nombre s’échelonnent de 2017 à 2026 ! Quelques-unes sont plus anciennes : 2004 ou 2014), et qui forment une série de portraits, empruntés dans quelque musée prestigieux, propose des formats modestes et intimistes. A nous de deviner les références exactes : l’artiste, loin de les fournir, entretient le mystère : <em>Le roi nègre d’après je ne sais pas qui (2025) </em>ou <em>Un romain que je ne sais pas qui c’est ?</em>de 2019.</p><p>Leur présentation en série (en groupe) leur peut leur fournir toutefois une certaine dimension, en accord avec l’immense voisin auxquels ils sont temporairement associés. Soulignons que ces dessins sont, une fois n’est pas coutume, en noir et blanc et qu’ils explorent l’art du tatouage, dont les origines, primitives, se perdent dans la nuit des temps, dans le primitif, le brut. Mais pas seulement : le tatouage est devenu un mode de singularisation sociétale qui caractérise notre mode de vie et d’être. Ainsi joint-il lui aussi le passé et la contemporanéité.</p><p>On y trouve des grecs (Démosthène), des romains (Caracalla) mis sur le même plan que des dieux (Apollon), des hommes illustres (Caton ou Brutus), le plus célèbre des conquérants et chef des guerriers (Alexandre) et aussi des personnages plus anonymes, le gladiateur, le jeune romain, le jeune général, <em>un romain que je ne sais pas qui c’est</em>… (2019). Des bustes, le plus souvent amputés, de corps féminins, échappés aux injures du temps. Combas les met en quelque sorte sur le même plan, mêlant de surcroît les époques ce qui peut se justifier par le fait que nous recevons en général l’antiquité en bloc, et que la chronologie est flottante, ou assez vague pour les non-spécialistes majoritaires. Par ailleurs, le tatouage rejoint les procédés de saturation que Combas utilise dans la plupart de ses tableaux. Au fond, l’artiste utilise la surface à peindre telle une peau qu’il caresse du pinceau et qu’il malmène en modifiant sa surface.</p><p>Le tatouage se rapproche du masque, lui-même primitif, que l’artiste aime à retrouver dans les casques guerriers ou héroïques. Il les repère dans la tête couronnée du roi <em>(Le roi expose</em>, de 1992, entouré de guerriers antiques) et dans certaines chevelures échevelées ou fantaisistes accompagnant les portraits académiques (<em>Agrippa</em> par exemple<em>, Lucius</em>, <em>Phocion</em>).</p><p>Il ne faut pas oublier l’intérêt de l’artiste pour les casques, bonnets, coiffes et coiffures en tous genres. <em>Interrogation sans plume sur le cul mais sur la tête</em>, ou <em>Le revenant</em>  <em>des temps, anciens</em> (toutes deux de 2006) en donnent deux exemples époustouflants. La coiffe se fait monument, frise, merveille… Les anciens avaient tendance à les soigner et Combas ne s’en prive pas. Les motards de son époque non plus, qui les customisent. Ainsi témoigne-t-il d’une constante humaine, primitive ou civilisée, à embellir ou enrichir les objets quels qu’ils soient, amorce de velléités artistiques universelles. L’homme a toujours modifié la réalité dans un sens créatif. Le casque, comme le tatouage ou le maquillage, ne devient-il pas,  lui aussi, une véritable métaphore de la peinture ?</p><p>La Peinture n’agit-elle pas de même ? Elle embellit ou du moins présente les choses d’une autre façon, créant de nouvelles manières de voir, des esthétiques nouvelles.</p><p>La Poésie aussi d’ailleurs.</p><p>Au demeurant, même si l’artiste n’aime pas livrer ses secrets, la confection de cette série qui tranche sur les tableaux très colorés, est plus complexe qu’il n’y paraît. Les papiers y sont découpés, assemblés et marouflés. Le trait prend le pas sur la couleur qui se limite à l’encre et quelque autre ingrédient aux tons sombres. Toutefois, l’artiste ne dédaigne pas de colorer si nécessaire  les lèvres de rouge (à lèvres, s’entend) et l’on constate que la maquillage rejoint le tatouage et l’habillage des casques comme métaphores de la peinture. La <em>Sexy Starure…</em> en témoigne mais aussi : <em>Le plus beau, le plus joli !, le plus Dieu de quelque chose… </em>de 2022<em>.</em> Ou <em>Le romain casqué</em> de 2025. Inutile de préciser que le contraste et l’effet de surprise (le peu de rouge sur l’ensemble au noir) sont un moteur d’humour, omniprésent chez  Combas, malgré la gravité des sujets. Le philosophe Bergson a écrit un essai sur le rire qui va dans ce sens : effet de surprise et contraste.</p><p>Les coupes, celle de <em>Romulus et Raimus</em> (sic) séparés par la louve romaine, ou celle baptisée humoristiquement <em>Coupe des champions</em> (2019), avec ses deux profils de part et d’autre, comme prêts à l’embrasser, sont plus anciennes et de plus grande dimension. Certaines (dimensions) ont pu atteindre des formats démesurés pour un portrait, même en pied, on pense à celle que l’artiste baptise <em>Le Kadoré</em> (le cador ) qui dépasse les 3 mètres. Le scientifique autodidacte et farfelu (mais adulé par les surréalistes),  Jean-Pierre Brisset, aurait pu dire, en décomposant le mot Tatouage : T’as tou(t) âge. L’artiste, en effet, enracine son génie dans l’enfance, le forge à l’adolescence et le revendique à la maturité. Il mêle l’art du passé à la contemporanéité. Comment ne pas avancer le concept d’hybridité ?</p><p>On trouve également, dans ces œuvres au noir présentées au Pont du Gard, Deux vases de 2005, encadrés d’un noir très intense et très travaillé nous présentent la confrontation du héros Héraklès et du chien Cerbère, gardien des enfers. Symboliquement, on peut voir dans cet épisode un symbole du statut de l’artiste qui finit par triompher de l’adversité sous toutes ses formes à commencer par la toile, cet ange que dompte Jacob. Sauf que l’ange peut ouvrir également sur l’enfer (tel est le cas pour le chien Cerbère).</p><p>On y trouve aussi deux œuvres de 2014, plus énigmatiques,  <em>Le type en voiture de livres pour enfants fait badaboum</em>, et <em>Au milieu des restes</em>, toujours en noir et blanc (avec un peu de rouge pour la dernière) atteignent en longueur également d’honnêtes dimensions. La première renvoie indirectement à la violence et la guerre. L’accident c’est un peu le désastre du quidam. La deuxième ressemble à une nature morte dont l’arrière-plan serait fertile en voyages et déplacements. Dans la première, on repère un animal fantastique, sorte de griffon ou de lion ailé et un chef à casque démesuré.</p><p><em> </em></p><p>Si l’on tient absolument à trouver d’autres éléments de rapprochement entre les réalisations antiques et le traitement contemporain qui caractérise l’œuvre de Robert Combas, j’ajouterais le goût de l’aventure, éclatant dans les récits épiques, mais que l’on ressent fortement dans son œuvre qui n’est jamais pré-conçue. Et qui s’enrichit d’accidents ou de nouveautés permanentes. De péripéties pourrait-on dire.</p><p>On peut penser aussi au « corps à corps » guerrier, celui des gladiateurs, des lutteurs, des soldats…,  analogue à celui de l’artiste face à sa toile, avant d’en triompher tel Jacob contre l’ange. La saturation finale : c’est ce qui fait pencher la balance du côté de Jacob l’artiste.</p><p><strong> </strong></p><p><strong>En quête et conquête : vers une abstraction paradoxale ?</strong></p><p><strong> </strong></p><p>Saturer, c’est un peu casser la figure (expression qui colle au thème de la guerre), refuser les modes de représentation trop normés, et c’est rechercher en permanence du nouveau. C’est imposer sa patte, sa singularité d’artiste et donc sa signature.</p><p>Il importe de bien comprendre ce qui se joue sur cet espace qui se veut avant tout une surface, un peu justement comme dans l’enfance de l’art. Ou comme dans nos rêves où tous les éléments sont rendus compossibles dans l’espace et le temps. Où la contradiction n’existe pas. On peut se dire, à l’instar de la Nature, que celui qui peint a horreur du vide et que l’apparition de signes hybrides ou anthropomorphes relève d’une compulsivité qui lui est propre et qui se satisfait dans la saturation du tableau. Il faut aller plus loin.</p><p>Prenons <em>Extrait de guerre</em>, de 2018,  toile qui  recourt au « all over », sur un seul plan. Les traits sont tellement multiples et les motifs entremêlés ou resserrés que l’on y perd en lisibilité  représentative, ce qui nous fait tendre résolument vers l’abstraction, que je qualifierais de paradoxale puisqu’elle ne cadre pas avec le titre. On la retrouve souvent dans les peintures de Combas, que l’on pense aux signes abstraits qui emplissent le corps du cheval de Troie. Ou à tous ces éléments de « remplissage » qui caractérisent sa conception du tableau fini. <em>Bataille de romains</em>…  (2015) aboutit au même effet, suscité par la volonté de saturation. Les vêtements des deux adversaires se confondent parfois avec la verdure qui les entoure. Comme le disait l’écrivain Maurice Roche, celui qui s’y retrouverait, l’aurait bien cherché. C’est que la réalité est bien complexe le plus souvent et la peinture de Combas s’ingénie à suggérer cette complexité.</p><p>Ces signes se justifient par la scène représentée : les vagues ou les nuages par exemple, parfois des embryons de têtes humaines. Toutefois, ils sont traités de manière tellement stylisés qu’ils en perdent en partie leur référent figural. La répétition y contribue largement. Parfois, ce sont des ébauches de personnages, des silhouettes qui apparaissent plus effacées. Ils concourent à l’atmosphère que veut créer le peintre. On peut imaginer ce que l’on veut de leur rapport avec le personnage principal. L’œil y intervient fréquemment, telle une mis en abyme du regard qui est à l’œuvre en la confrontation avec le tableau.</p><p><em>L’homme cheval</em>, de 2007, sature l’environnement de la créature hybride, laquelle se détache du fait de sa dimension, de petits motifs géométriques dont la couleur dorée tranche sur le fond noir. De petits carrés imparfaits eux-mêmes sub-divisibles jusqu’aux limites du visible. On ne peut plus parler de représentation. On est là dans une abstraction décorative qui répond à ce besoin inextinguible de remplir l’espace. Il y a un aspect conquérant dans la pratique de Combas, toujours en quête de nouveaux territoires. Le cadre n’est pas en reste, saturé qu’il est de pictogrammes dont il a le secret et qui singularisent sa mythologie personnelle que Roland Barthes définissait comme un style.</p><p>Ces signes multiples qui emplissent l’espace jusqu’à le saturer viennent concurrencer la présence du protagoniste de ses tableaux, en général centrés (De fait, on verra qu’il existe quelques exceptions : le soldat-gardien du pont du Gard, par ex, dans l’œuvre récente de  2026).  En fait, ils tendent à réduire le statut du motif principal, à le rendre moins net et donc moins lisible ce qui revient à l’abstraire, à le faire tendre vers une  subtile abstraction. Certes la peinture de Combas demeure globalement, et en priorité, figurative mais elle se soutient également de cette  la présence de motifs plus ou moins décoratifs (on se souvient de sa pratique systématique des coulures). Ce sont eux que je qualifie de paradoxaux. Ce procédé suscite un équilibre entre le motif principal et tout l’environnement qui l’entoure. Celui-là (le motif) est à la fois concurrencé par son environnement (n’en est-il pas de même dans la vie de tous les jours où notre attention est détournée par de multiples sollicitations ?), et en même temps mis en exergue par celui-ci puisque cet environnement n’existe que par rapport au motif principal.</p><p>En poussant la figure dans ses derniers retranchements Combas serait-il à la conquête de l’abstraction ? Et quand on pense à conquête, le romain n’est pas loin…</p><p>Je me demande si la théorie des catastrophes, telle que l’a définie le mathématicien suisse René Thom, ne nous serait pas utile en ce point précis de notre discours. Thom a imaginé des modèles,qu’il met en équations,  et qui semblent s’adapter à bon nombre de phénomènes qui rythment et caractérisent notre expérience la plus simple du réel. Celle des mutations ou modifications et basculements naturels. Cerner par exemple le moment où le fœtus humain se fait bébé, où ce dernier devient enfant, où nous changeons de saison, où la nuit se fait jour etc.  L’exemple le plus aisé à comprendre : l’instant précis où le bassin qui se remplit graduellement et goutte à goutte se fait fontaine, et son fin filet d’eau, avant de basculer dans un niveau topologique différent : celui d’une fontaine (qui elle-même se fera ruisseau, puis rivière, fleuve, embouchure etc.). Thom appelle ce basculement une catastrophe. Pour en revenir à la métaphore de l’eau, puisque nous sommes au Pont du Gard (Robert Combas fait ouvertement référence à Poséidon dans son dernier tableau), l’artiste se trouve à l’intersection, entre deux eaux pourrait-on dire, celle qui s’accélère et celle qui se précipite dans la cataracte. Concrètement, il pousse la représentation jusqu’à un  point optimum de lisibilité mais ne bascule pas totalement vers l’abstrait. Il demeure sciemment au seuil d’un abîme, ou si l’on préfère de l’inconnu. De la catastrophe, au sens mathématique du terme, celle qui nous fait basculer d’un niveau topologique à un autre. Ainsi, il se meut sur la crête, en perpétuel danger, à la lisère de l’inconnu. Il joue avec l’eau qui se précipite (pour lui, l’action picturale) comme on joue avec le feu  Il lui donne du jeu. Un jeu dangereux, en quête du nouveau, toujours toujours recommencé…</p><p>Toujours est-il qu’un tableau de Combas est plus complexe à appréhender que certains ne l’imaginent. C’est sans doute la différence majeure entre la contemporanéité et l’art des anciens. La réalité, de nos jours, est devenue plus complexe. Et il est normal que la peinture, celle de Combas en particulier, en rende compte, même quand  elle fait référence à l’art antique. On peut s’en convaincre en regardant de plus près <em>Extrait de guerre</em>, entremêlement complexe de corps en furie,  <em>Le roi expose, </em>avec sa structure en étoile<em>, </em>ou <em>Les deux gladiateurs de Narbonne </em>avec ces formes répétées et indécises qui entourent les deux protagonistes et se mêlent à leurs vêtements.</p><p><em>L’autiste</em>… complètement submergé dans sa forêt de fleurs, ne peut-il s’entendre, du fait de son paronyme évident, l’artiste lui-même, qui doit comme le chevalier de l’hippocampe, lutter dans un océan de couleurs et matières. Dont il lui faut triompher – et on retrouve le combat, la conquête).</p><p>A y regarder de plus près, l’art des anciens n’est pas toujours aussi sobre et « classique » que l’on veut bien l’imaginer. Il suffit de relire l’<em>Iliade</em>, pour se rendre compte combien il s’accommode de la violence et du mouvement, de l’apparition systématique de personnages secondaires (par rapport aux Achille, Ajax et autres Hector ou Ulysse) qui n’ont d’autres fonctions que de souligner l’ampleur des pertes humaines et du désastre. Il en est de même dans les frises, les bas-reliefs, les fresques même qui sont parvenus jusqu’à nous : La colonne Trajane, la frise du Parthénon, la fresque de la tombe des Fabii… L’art de Combas, les scènes de bataille ou les efforts propres de chaque protagoniste n’est pas si éloigné de cette littérature ou de cet art. Au demeurant, les références à ces frises abondent dans les <em>Tatouages académiques.</em></p><p><em> </em></p><p>Pour en revenir aux passions adolescentes de Robert Combas, s’il s’inspire de la BD ou des  pochettes de disques, il faut rappeler qu’il agrandit démesurément ses personnages aux dimensions du tableau, de sorte qu’il ne s’agit plus seulement d’une image mais d’un personnage peint à taille humaine et plus, lequel d’ailleurs relève plus fréquemment de l’imagination du créateur et pas forcément d’un référent réel (même s’il lui est arrivé de peindre ou dessiner Montaigne, le héros des <em>Essais</em>, Don Quichotte ou bien sûr les <em>Tatouages académiques</em> »).</p><p>Cet agrandissement est d’autant plus pertinent dans les séries épiques du peintre puisque les personnages sont souvent des héros voire des demi-dieux. Et qu’effectivement un certain gigantisme (souvenons-nous de la gigantomachie) convient mieux aux épopées et aux mythes impliquant les dieux.</p><p>Un dernier point mérite d’être évoqué. Combas aime souligner le statut du cadre dans le cadre, sciemment imprécis ou flottant comme pour rappeler que nous sommes dans un espace pictural avant que de représentation. La peinture rappelle sa matérialité, ses procédés d’existence. . Il laisse ainsi une réserve, on le constatera dans le tableau ci-dessous. En quelque sorte il ne fait pas sans blanc…</p><p>Et aussi il aime pratiquer la mise en abyme. Insérer un tableau dans le tableau. Dans <em>Le revenant des temps anciens, </em>on repère ainsi, sur la droite du tableau une figure de danseur, comme le rêve de la figure féminine de gauche, hybride avec son caque-totem.</p><p><strong>Retour au Pont ou De l’eau sous les ponts</strong></p><p>Peinte spécialement pour cette exposition, on relève une référence directe au Pont du Gard, dans sa blancheur immaculée, tel qu’on se le représente avec sa série d’arches qui est devenue logo ou estampille. Un guerrier romain semble le garder, et pour ce faire, deux fois plutôt qu’une, le regarder. Il est décentré sur la droite (normal, ce n’est pas le héros) et sa taille lui attribue une certaine supériorité sur le monument. C’est que la meilleure façon de l’admirer dans son entière majesté, c’est la distance. On peut imaginer le guerrier, fier de son travail de garde. Nous épousons en quelque sorte son point de vue. Qui semble aussi le point de vue de l’artiste. Avant de devenir le nôtre.</p><p>Que fait en effet l’artiste sinon faire entrer  – avec son style à lui, sa vision personnelle – le monde dans la représentation que proposent les tableaux ? Le guerrier pourrait ainsi passer pour une métaphore de l’artiste, pris entre deux dimensions : celle de réduire l’immense (en l’occurrence le pont du Gard) et celle d’agrandir le plus modeste (l’Homme et ses limites corporelles). Il est dans un entre-deux. Comme cette fameuse adolescence qui est le fil conducteur de ce propos.</p><p>L’enfance aura tendance à agrandir le monde, la maturité est au contraire capable de synthèse. L’artiste puise dans la fameuse « enfance retrouvée » dont parlait Baudelaire et conduit cette dernière vers la maîtrise des choses, en l’occurrence du tableau, titré et signé. Il se situe dans un entre deux époques que nous avons nommé, à l’instar du Pont du Gard, l’adolescence éternelle, ou l’éternelle jeunesse. C’est cet esprit de révolte, de passion et d’enthousiasme qu’il lui convient de conserver.</p><p>Ainsi, pour en revenir à ma métaphore existentielle, l’adolescent se fait adulte, maître de ses moyens, à l’achèvement toujours recommencé de chaque toile : quand il décide de signer le tableau ou de lui fournir un titre, parfois un texte plus ou moins long.</p><p>On peut se demander si l’on ne pourrait pas recourir à cette trilogie existentielle pour définir la façon usuelle de procéder pour le peintre :</p><p>– L’enfance, la période de gestation avant de se mettre à l’œuvre. Les pensées qui s’éveillent et travaillent. Elle aboutit aux premières couleurs déposées sur la toile, ou aux premiers gestes c’est selon.</p><p>– L’adolescence : les errements ou obstacles qui conduisent à l’élaboration progressive du tableau. Cernes, traits, amorces de composition, division de la toile en divers plans (terre-ciel…)… Et bien sûr, effets de saturation, derniers ajouts comme une amorce de distanciation critique.</p><p>– Les décisions définitives, la maturité : les textes qui vont ensuite servir de titres selon le principe de « l’illumination rétrospective ». La signature, également essentielle.</p><p>Au bout du compte,  on  peut parler, pour qualifier son œuvre, recourant à un oxymoron, de « profusion ordonnée ». Ce texte s’en veut l’écho.</p><p>Tout cela peut paraître bien sérieux. La particularité de Robert Combas, c’est aussi la dérision, l’humour, le grotesque. La provocation parfois (sa sculpture <em>Ave  Cesar</em>). Son œuvre apparaît alors en contrepoint de l’admiration que suscite le monument. L’artiste aime prendre ses distances. L’humour n’exclut pas le respect.</p><p>On a parlé des titres. Il les conçoit comme des poèmes dont il aime mettre en exergue les effets d’assonances, en l’occurrence en « in » : <em>Revenant des temps très anciens, le guerrier païen, le copain du danseur, le lutin à tête de lapin, le baladin qui danse sur les mains, le bouc humain, au regard malsain.</em> On notera au passage la référence dionysiaque, avec la présence du thyrse typiquement grec. L’humour tient dans la longueur inédite et sur ce jeu enfantin avec les sonorités.</p><p>Ou encore, toujours d’une longueur atypique : <em>La reine cézarienne Elyse de l’église contemple, non sans appréhension, le protestant se battre contre le catholique. Le peintre fige la scène sans trop de risque.</em> L’humour tient entre autres dans le contraste entre l’inquiétude de l’une et la quiétude de l’autre, Combas rappelant du même coup la distanciation de l’artiste par rapport aux conflits des temps passés, et aussi la position privilégiée de l’artiste dans une époque qui l’a, parmi tant d’autres, épargné. La lutte fratricide entre deux religions est une constante de la création post-renaissante. En témoigne l’ouvre d’Agrippa d’Aubigné. Et les conflits fraternels : Romulus et Rémus (Raimus, chez Combas), Caïn et Abel, Jacob et Esaü.</p><p>Les volumes, <em>L’arc de triomphe </em>sur pattes, <em>évadé coureur de fond</em>… de 1995,  en pleine course, ou  <em>La déesse Isis Vénus</em> (2008) coiffée d’un bateau, ajoutent à l’humour une dimension fantaisiste, quasi surréaliste  que l’on retrouve sur de nombreuses toiles : outre les divers casques, le curieux personnage fantastique qui se profile sous l’aisselle de Geneviève en guerrière amazone, la fameuse « cézarienne » coiffée d’une petite église, l’homme cheval dont le bras semble disposé à l’inverse de la position du corps, ou le guerrier chevauchant un hippocampe…</p><p>Dans cette exposition, on notera la présence, face au soldat-gardien du Pont, d’une entité anthropomorphe faisant figure de l’eau du Gardon qui coule sous l’aqueduc, le fameux Pont. Pont-séidon, pourrait-on suggérer en écho au Paul Zeïdon imaginé par le peintre comme allégorie de l’eau coulante. Les montagnes, stylisées en forme de triangle approximatif semblent nous regarder de tous leurs yeux. On sent le plaisir du peintre retrouver, pour se l’approprier, et le figurer cet esprit de l’enfance que le poète assimile à du génie.</p><p>Cette allusion à l’eau qui coule sous le pont introduit la thématique du temps qui passe. Le guerrier semble jeter un regard rétrospectif sur le prestigieux vestige transformé par la distance en maquette, autant dire en jouet, à l’instar des montagnes et végétaux des garrigues.</p><p>L’individu pèse peu en apparence face au poids de l’Histoire, incarné ici par le Pont du Gard, œuvre collective dans sa réalisation. Mais il pense et regarde et rétablit ainsi l’équilibre entre l’homme et le monde.</p><p>Et il peut agir tel un levier, à même de voir les choses autrement. Il peut donner en quelque sorte du jeu. Et ça seuls les grands artistes sont capables de le faire. Robert Combas l’aura fait.</p><p>Je lui laisserai le mot de la fin, en reprenant l’un de ces titres de 2025, d’une brûlante actualité alors qu’il y évoque la période antique : ILS SE SOULÈVENT. ILS PRENNENT LES ARMES CONTRE L’ENVAHISSEUR. ILS SE DÉFENDENT. ILS SONT SÛRS D’AVOIR RAISON.</p><p>Bel exemple d’hybridation des époques. C’est qu’il existe de l’intemporel en l’homme (Construite et détruire), de l’intemporel dans ses réalisations (le Pont en est un exemple), de l’intemporel dans l’art qui en rend compte (les thématiques de Combas, que nous venons d’’analyser).</p><p>Alors oui, décidément oui, Combas et le Pont du Gard étaient faits pour s’entendre.</p><p>BTN Bernard Teulon-Nouailles (AICA France) Avril 2026</p><p style="text-align: center;"><strong> <img decoding="async" class="size-full wp-image-8536 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2026/05/IMG_8104.jpg" alt="" width="200" height="267" /></strong></p><p><strong> </strong></p><p>Photo : JP Loubat</p>								</div>
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<div class=" pt-cv-content-item pt-cv-2-col" ><div class="pt-cv-thumb-wrapper pull-left "><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/04/07/anniversaire-18-ans-elya/" class="_self pt-cv-href-thumbnail pt-cv-thumb-left" target="_self" ><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Elyasite.jpg" class="pt-cv-thumbnail pull-left" alt="" /></a></div>
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		<title>DEDALE OU L&#8217;ECUSSON (DEBUT, BROUILLON)</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/05/29/open-the-door-l-a-c-de-sigean/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2026 10:56:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Inédits]]></category>
		<category><![CDATA[Romans et autres ouvrages]]></category>
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					<description><![CDATA[DEDALE OU L&#8217;ECUSSON (DEBUT) EN DESCENDANT LA RUE DES TRESORIERS DE FRANCE                   En naissant, pouvais-je plus mal tomber ?                   Une chute que l’on eût pu supposer fatale, et qui fut amortie par le toit d’une 4 Chevaux flambant verte, la Mercedes du pauvre, miraculeusement couronnée de deux ou trois matelas providentiels &#8211; des étudiants sans [&#8230;]]]></description>
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Un peu sonné tout de même et l’épaule un tantinet chagrine. C’est ma petite sœur qui, suite à mes appels réitérés, j’avais une voix fluette avant la puberté, est venue me récupérer en ce piteux état qui ne  m’a jamais quitté. Ce qu’on a ri. Bien sûr, on n’en a pas parlé. (« Mais qu’ils sont c… ces gosses ! »).</p><p>            Pas un chat, ou si peu, dans la rue, fort heureusement… Or pour regagner notre étage, surprise et tintin ! En sortant, Franginette  nous avait  enfermés, au dehors bien entendu. Nous a fallu cogner, au heurtoir de fer en forme de poing,  vert comme la porte,  afin de prévenir la voisine du Troisième<sup> </sup>, Mme Perret.  Elle a beaucoup maugréé, ce n’était pas la première fois,  puis a fini par condescendre à ouvrir et nous a copieusement gourmandés. Six étages en tout pour ses vielles jambes afin de réparer sottises… On en a ri encore, bien au tiède, près du poêle à charbon, dans la cuisine peinte en jaune canari. L’épaule se rappelle à mon souvenir, de temps à autre. Au fond, en y réfléchissant, je ne pouvais mieux tomber.</p><p>                  Je n’ai vu le film de Truffaut, <em>L’argent de poche</em>, celle où le bébé chute de la fenêtre d’un immeuble, que bien des années plus tard. Il se peut qu’il m’ait aidé à combler mes défauts de mémoire et à me figurer cette improbable scène, pas tout à fait primitive.</p><p>                  Ou rêvée ? Le rêve fait partie du réel, n’est-ce pas ? Il lui apporte de la fantaisie. Sans lui, tout serait si plat, si convenu…  J’ai beaucoup rêvé dans ma vie. J’ai beaucoup rêvé de ma vie. J’ai beaucoup rêvé en écrivant ces lignes, ces pages, ce volume même. Et dans les lignes de ma vie :</p><p>                  <em>La ligne de vie se creuse en la main du poète la nuit. La ligne d’absence trace un sillon nocturne dans la chair des mots. La ligne de mort s’inscrit à l’aiguille sur le corps des insomnies. Une ligne survit aux neuves lueurs de l’aube, à terrasser les démons. Une ligne revit et s’arme de patience en attente du crépuscule. Une ligne. A la ligne. Alignée. </em></p><p>                  C’est un poème que je viens d’écrire pour un minuscule livre d’artiste (avec Jacques Clauzel).</p><p>                  Je l’ai placée, cette scène de chute, en tout début de ce périple afin de rappeler au lecteur que l’assimilation du protagoniste, ou même du narrateur, à celui qui rédige, ne va pas de soi. Il est vrai que l’autofiction nous a habitués à des confidences sans doute authentiques, vérifiables même… La fiction autorise bien d’autres écarts (Proust réprouvait Sainte-Beuve, à juste raison). Les références littéraires et les citations également ! On écrit toujours dans les pas de nos prédécesseurs.</p><p>                  Jadis si je me souviens bien,  j’habitais la superbe ville que l’on prétend occitane. Pas tout à fait grande à l’époque : on y croisait des connaissances de tous âges et à foison. L’écusson n’était qu’un grand village. Dans ma rue, l’épicière s’appelait Mme Calvet, la concierge Mme Meyer. La jolie voisine, la trentaine épanouie, Mme Félix. Il m’arrivait de partir à pied pour faire du stop, vers le nord de la ville, du côté de chez ma grand-mère maternelle : une heure de marche et c’était la campagne ! Les vignes plutôt puis la garrigue à perte de vue.</p><p>                  Son village ? <em>Chien de la casse</em> ! Le fameux film de J. B. Durand. Sa place et son griffe ? Mon terrain de jeu ! Son café ? Toute ma prime enfance. Ce même village, que j’appellerai Le Piochet, rendit hommage, du moins ses souverains, dès le premier siècle du second millénaire, au seigneur de Montpellier, à savoir en ces temps là, un certain Guilhem. J’ai bien senti, à de petites remarques narquoises, que je venais de la grand’ville.</p><p>                  La banlieue, c’étaient les bourgades alentour… Celleneuve et Castelnau, Le Plan des 4 seigneurs et Grabels, Lavérune et Montferrier. Plus tard, tandis que je travaillais dans un magasin de la rue St Guilhem, j’avais tout le temps, à midi, de récupérer ma petite fiat bleu-pâle, garée gratuitement à deux pas de la Préfecture, de partir pour la plage en passant par la gare, dite aujourd’hui St Roch, puis l’avenue de Palavas et de reprendre mon poste à 14 h pétantes. Inconcevable à présent, où la circulation est quasiment interdite, où les dimensions de la ville ont triplé et où les trams amènent en permanence des piétons de l’agglo, des cyclistes et des trotteurs. Pour ne point évoquer les engorgements  du côté de Carnon et de l’avenue de Toulouse. Je ne le déplore pas. Je dis ce qui était, en ce jeune temps que les moins de 20 ans…</p><p>                  Je dis Palavas, mais j’allais aussi du côté de Maguelonne et son camp de naturistes, ignorant les rapports de son ancien évêque avec la ville de Montpellier, et pas très au fait du passé glorieux de la presqu’île tombée depuis des lustres en désuétude. Lors d’un mariage d’amis, Christine et André, en l’ancienne cathédrale,  j’ai écrit un poème, illustré par Claude Clarbous. J’en extrais quelques vers :</p><p>        <em>En ces temps un enfant était prince de la plage</em></p><p><em>        Et tout prince un enfant des plages</em></p><p><em>        Et les plages étaient désertes en ces temps-là</em></p><p><em>        Et la plage en l’occurrence</em></p><p><em>        Etait celle de Maguelone</em></p><p><em>        Avec son sacré vaisseau de pierre</em></p><p><em>        Dans son écrin végétal</em></p><p><em>        Au cœur d’une île</em></p><p><em>        Vouée jadis à d’autres seigneuries</em></p><p>                  Pour ne point quitter les temps jadis, revenons à l’appartement familial,  au 2<sup>nd</sup> d’un immeuble cossu. En plein Cœur de la ville même, et je devrais dire Jacques Cœur, dont la statue géante trônait dans l’Hôtel juste en face le nôtre. Je le traversais presque chaque jour. Notre demeure bourgeoise, habitée par des joailliers célèbres, nos propriétaires en fait, cette demeure donc, était flanquée sur sa droite d’une tour Renaissance, ornée à sa base d’une créature que je n’ai jamais pu identifier, sans doute une chimère, ou une sirène, et un peu plus haut d’un griffon. Les mascarons sont légion en ces rues anciennes. Rabelais y avait séjourné quelques années chez son ami, le médecin et fameux botaniste, Rondelet. On découvrait alors la dissection scientifique, et la résurrection des chairs chrétiennes en a pris un coup. Ca bardait pas mal à cette époque déjà. Les guerres de religion faisaient des ravages. L’insécurité dans l’écusson ? Allons donc. Ceux qui s’en plaignent de nos jours n’ont pas connu la peste, les conflits de pouvoir et l’intolérance religieuse.</p><p>                  Rabelais : ses listes m’ont toujours fasciné. Envie de l’imiter. Ses excès aussi.</p><p>                  Nous étions sinon pauvres du moins très modestes, la famille ayant été ruinée, dans l’après-guerre, par les dettes de jeu du grand-père paternel. Nous recevions en son nom, dans la boîte aux lettres, des invitations émanant des casinos de  Cannes ou Monte-Carlo. Le samedi, nous partions chez ma grand-mère, rapportions des fruits et légumes de saison, de la charcuterie, du lait bien crémeux et un peu d’argent (la caisse du café n’avait pas de clé). Nous avons ainsi tenu le coup, chichement au début, plus fermement ensuite, grâce au système D.</p><p>                  Une plaque à l’entrée de la rue. J’ai souvent imaginé, dans le passé, que l’on juxtaposerait  mon nom à celui du père François. O vanité ! C’est vrai, ça ! On ne compte plus les artistes boudés de leur vivant alors que les coqueluches d’une époque sont très vite oubliées ! Qu’en sera-t-il dans 100 ans ? On débaptise à tout va, par les temps qui courent. Pour peu que le père François ait commis la moindre petite cochonnerie monastique…</p><p>                  D’autant que les cochons, a fortiori les porcs, n’ont plus la côte, pas plus que leurs cousins sangliers dont nous humains avons pourtant colonisé le territoire… Les prétextes ne manquent pas. On révise les grands noms de l’Histoire. Facile : ils ne sont plus là pour se défendre. Eh quoi ! Ma consœur, Lise Ott, a bien eu droit  à sa place ! Je lui serinais à chaque rencontre : &#8211; Ca va Lise ? Sans imaginer qu’elle allait nous quitter si tôt, d’une maladie qui ne pardonne pas. Enseignante, Critique d’art, Journaliste, un peu comme moi, si l’on y réfléchit bien. Et en plus j’ai écrit des livres. Je la mérite pas, moi aussi, ma plaque posthume ?</p><p>                  De l’unique fenêtre donnant sur la rue,  je reviens à ma tour historique, on pouvait apercevoir les curieux et touristes, contemplant la merveille ce fameux mascaron hybride mi femme mi bête, censé protéger l’habitant. De mon côté, si je l’ouvrais, la fenêtre je veux dire, presque une lucarne, ce n’était point pour leur rendre la politesse… C’était afin d’aérer la petite pièce toute en rondeur qui nous tenait lieu de salle de bains, bleu azur si je m’en souviens bien. Si le cordon du pommeau avait été plus long,  j’eusse volontiers arrosé les badauds. J’aimais faire de blagues à l’instar de Panurge, l’homme aux moutons noyés, lequel m’a sûrement inspiré. Il m’est arrivé d’uriner par ladite fenêtre en espérant baptiser quelques rares passants, surtout des belges. L’un d’eux m’a même identifié tandis que j’arrosais son veston beige : ce n’serait pas le man Ken pis, une fois ? Je n’avais aucune chance : j’avais des concurrents voraces en la présence de pigeons nourris par la veuve d’à côté, souillant le véhicule garé dans le court évasement que prenait la ruelle juste à cet endroit-là, chassant du même coup le mendiant qui parfois s’abritait dans l’embrasure du garage nanti. La place était chère. La circulation y est prohibée mais l’on y croise des vélos et des trottinettes électriques.  </p><p>                  Des blagues certes mais aussi des bêtises. Revenons à nos moutons. Au réel je veux dire.</p><p>                  En réalité, je me souviens m’être penché dangereusement par-dessus bord d’une des deux hautes fenêtres de la chambre parentale, en leur absence évidemment, afin d’éprouver à la fois ma capacité de résistance aux forces de la gravité, et surtout pour faire mon intéressant, pour que l’on s’intéresse à moi, car je ne doutais point que la mort ne m’épargnât ni que je m’en sortisse indemne sous les bravos et les « ouf ! » de soulagement. La Dauphine voisine, ou quelque autre véhicule providentiel en dessous,  n’amortirait-elle pas le choc ? J’en frissonne encore aujourd’hui où je suis sujet au vertige. Je n’ai guère poursuivi l’expérience longtemps et je me demande toujours ce qui m’a retenu. J’éprouvais, à l’instant limite de la bascule, une étrange sensation de bien-être et de plénitude mêlée à un sentiment amer de culpabilité. Les avant-goûts de la transgression,  je suppose. La raison, l’âge que l’on dit de raison, l’a emporté, in extremis. Au bout du compte, j’ai bien fait… J’aurais pu mal tomber…</p><p>                  Plusieurs années plus tard, lors d’un mariage en Dordogne,  dans la famille avunculaire de la Coopérante, vous la découvrirez plus tard,  j’ai failli tomber dans la rivière en crue. J’ai hésité. J’y pense encore en frissonnant. Ca s’est joué à un rien… Me laisser glisser ou ne pas me laisser glisser jusqu’à l’eau déchaînée de la rivière. Ce qui m’a retenu ? L’instinct de vie,  je suppose. Et la vanité… Personne ne m’avait vu sortir. Se suicider, soit ! Mais au moins que ça se sache ! Que ça serve de leçon nom d’un chien… Que l’on s’apitoie sur mon sort… Que l’on se flagelle à force de questions…</p><p>                  En compulsant ce matin une Gazette locale, car je reste fidèle à ma ville natale,  que j’ai quittée sans m’en éloigner davantage que la frontière d’un département, j’ai appris que mon nom signifiait en fait « Fabricant de tuiles », et non « petit tuile » ainsi que je l’avais longtemps cru. Par un soir de mistral, elle m’est tombée sur la tête, cette tuile d’argile, du toit du même immeuble, tandis que je rentrais de quelque course domestique, et je ne m’en suis jamais tout à fait remis. Je fus assommé, en bonne et due forme et, à cette époque, on ne dérangeait point les urgences pour un oui ou pour un non. Autour de moi, on a attendu, les rares promeneurs,  que je reprenne mes esprits, on a constaté que tout allait bien et que je n’avais pas oublié mon prénom ni mon âge, ni même mon nom de tuiles, du moins celui que je portais jusqu’à ce que je découvre, à mon entrée en 6<sup>ème</sup>, que j’en avais deux, je ne savais pas trop d’où sortait le second. La tuile sur le crâne, à hauteur de tempe dirons-nous,  justifie sans doute ma vision un peu trouble du monde. En bon solipsiste, j’ai l’impression d’avoir été élu pour je ne sais quelle mission que je n’ai bien sûr jamais accomplie. Me faut ainsi m’accommoder d’un sentiment d’insatisfaction perpétuelle, l’intuition que j’ai souvent de ne pas être là, parmi les autres, mais à côté d’eux. Et aussi cette nécessité que je ressens de compenser un manque originel et qui ne se comblera jamais,  malgré les bienfaits de l’écriture, entre autres.</p><p>                  Ma fascination pour Dom Juan, pour tous les Don Juan,  littéraires je veux dire, dont certains aspects m’agacent par ailleurs, vient sans doute de là. La chasse plutôt que la prise. La conquête plus que la maîtrise. Le désir du désir, afin de reconduire le désir. Le mouvement perpétuel si l’on veut.</p><p>                  J’ai fait de ce personnage, que j’ai baptisé <em>Doc John</em>, un voisin du zéro. Voici le premier paragraphe du roman, si l’on peut appeler ça un roman :</p><p>                  <em>Il est des êtres, issus du néant, dont la seule vocation semble de l’incarner sans avoir l’air d’y toucher. C’est ainsi qu’est né Doc John, l’ultime avatar en creux d’un héros éponyme dont on a beaucoup commenté l’insatiabilité. D’un autre temps. Baroque. Pas du genre du mien. Je le vois terne, dépourvu de sentiment, subissant les événements et se faisant oublier ? Il avait l’intuition de ce néant qu’il nourrissait. Il en assurait la présence. Il se savait attirant toutefois. Avec le recul, on pourra dire qu’il aura vécu dans l’immatériel. La légèreté d’une pensée. La neutralité des actes. Jusqu’à ce que la réalité temporelle le rattrapât… C’est tout le mal que l’on pouvait lui souhaiter, si tant est qu’il le méritât… </em></p><p><em>                  Il était délicieusement vide, jusqu’au vertige. </em></p><p><em> </em></p><p><em>                  </em>A propos de zéro,  de néant et de vide,  je m’étais amusé, pour le Chat Messager, à rédiger un <em>Prétexte à la manière</em> de Henri Michaux, intitulé <em>Les alburarismis</em>,  néologisme décliné à partir du nom d’un mathématicien célèbre. J’ai eu le plaisir de le voir publié sur le Net par une revue qui a pris le nom du Magazine aléatoire. Ca m’a bien fait plaisir.</p><p>                  <em>Avant de me laisser franchir le seuil de leur inénarrable territoire les alburarismis procédèrent sur ma personne à toute une série d’expériences qu’il me sera malheureusement impossible de toutes me remémorer. J’avais dû, au préalable, absorber un breuvage verdâtre, insipide et inodore (me semble-t-il !), censé me transporter directement chez eux sans passer par les frontières qu’on dit naturelles. En fait, il n’existe pas, du moins à mon avis, de préposé au poste de douane chez ces insulaires jaloux de leur excentricité.</em></p><p><em> </em></p><p><em>                  </em>Suivait une dizaine de pages de ce voyage imaginaire dans l’illogisme du langage. Ils ont publié aussi mes <em>Ephémérides</em>.</p><p>                  Pour en revenir à cet incident qui a stigmatisé mon enfance, c’est ma petite tuile à moi. Comme d’autres leur éclat d’obus. Vous me voyez venir avec la mère Céline ? Une étoile au front. Une blessure impulsive. Elle m’a poursuivi, la mère Céline&#8230; De sa petite musique s’entend… Elle habitait à deux pas de chez moi… C’était ma prof de fac préférée.</p><p>                En passant sous sa fenêtre, je l’entendais gueuler la mère Céline. Le père Ray, c’était un enfant de chœur, à côté d’elle…</p><p>      <em>Faut que j’râle, moi ! Faut que j’râle incontinent ! Moi ou un autre ! On râle sans relâche faute de s’taire ! Pas besoin de déblatérer tout de go mes raisons ! Que de trop que j’en aurais des motifs de râler ! Stercorales ! A cause de qui, à cause de quoi ? Des relais cathodiques : La culturintox ! L’américanophilie ! Les Nipponiaiseries ! La saxonitomanie ! Et consort ! And co itou ! Vu que les coprophages, ils trifouillent à tour de bras dans les gogols de la sornette ! Un complot qu’ils nous ourdissent ! Pour qu’on râle ! Pour nos râles ! Pour nous faire râler de nos jérémiades existentielles ! Alors je râle ! S’il y a du râle, y’a d’la bidoche ! D’la bidasse ! D’la carne ! Du carnage ! Du massacre en point de mire ! Au jeu de la tronche d’Abel pardi !</em></p><p><em> </em></p><p><em>      Alors restait Céline ! Pas pour le pasticher ! Pas pour le plagier ! Pour recueillir, vingt ans après, les reliques de son exaspération quelque peu outrée ! Dans le tamis de ma mémoire ! Félinement sollicitée ! Et alors ! Certes, on nous l’a sacrément connoté le bonhomme : J’entends déjà se lever la fine fleur de la communauté des plaigneux ! moi qui voulais de la pub, je risque d’être servi ! Pensez ! Ce sale type qui traitait les pagoys de râclure de pelle à merde ! Remarquez que, juste après, il précisait qu’il en pensait autant du roi des cons de français moyen ! </em></p><p><em> </em></p><p><em>      Maintenant fictionnons un peu : si par bonheur les malheurs que l’on sait ne fussent point survenus, qu’aurait-on eu à lui jeter à la tête au Docteur Destouches ? D’avoir déliré en engraissant ses boutons empestés ? D’avoir pris le taureau de notre connerie par les cornes ? D’avoir cultivé les pousses d’infamie qui foisonnent chez tout un chacun ? De s’être fait méchant au nom des vrais pourris ? De s’être sacrifié pour le bien commun ? Alors quel grief ? La même chose qu’au bon  Charles, au fond ! D’avoir chanté le mal pour le mal ! Quand il l’expurge à la racine ! Ah, si Ferdine avait pu prévoir la suite ! Toutes les emmerdes qu’il se préparait ! Ah si le monde avait un peu d’humour ! </em></p><p><em> </em></p><p><em>      (</em>C’était un extrait d’un <em>Prétexte à la manière</em> de<em>…,  </em>paru dans le Chat messager en 92, sur le thème du carnage, avec les plumitifs en point de mire<em>).</em></p><p><em> </em></p><p>              Sous la douche, je me suis pas mal arrosé des giclées de mots et de citations.  J’en livre quelques-unes qui me restent en mémoire :</p><p><em>             Des tuiles et des noues !!! De la nouille au nougat et des nœuds à la trouille !!! Tintin de   nourrissons ! Adieu le poulot !!! A la pouillerie le poupard !!! Aux latrines la figue poupine !!!           A la poubelle !!! Pouah !!! A l’eau !!! A l’eau, mes anges !!! Le vent poussif en poupe !!!             Roupies et groupies mes roulis !!! La quille au bord d’elle !!! Roucoulades en rades !!! Du rouge ! Du rouge !!! Jusqu&rsquo;à bout du rouleau !!! La rousse, bon d’yeux !!! Au dico !!! Du        courage que diable !!! Sus aux rouscailleurs !!! Une rouste !!! Tout votre soûl !!! Gaffe à la      souille !!!</em></p><p><em> </em></p><p>                  J’en passe et des meilleures. Tout cela en écoutant du Wagner marin : <em>Johohoe ! Johohohoe !!! Johohoe ! Johoe ! </em></p><p>                  Je lisais <em>Ulysse</em>,  en mon oisive jeunesse, et je le relis encore de temps en temps. Ainsi très, souvent,  je me suis levé de bonne humeur. Au commencement, le commencement en ce nom de nom. J’aime beaucoup les Incipit, à commencer par  <em>l’Intro ibo</em> de Buck Mulligan au tout début de son Odyssée. Pas par hasard. What a joyce ! Je m’embarque pour Ithaque, on l’aura compris. <em>Qui n’a jamais songé à s’embarquer sur un vaisseau de fortune, parmi les récifs aux morsures dentelées qui longent les criques de quelque rivage méditerranéen ? Ah, se sentir à bord d’une impatiente nef, cinglant vers l’or des toisons, les labyrinthes de gloire, les chevelures de serpents ou les genêts du repos, avec l’horizon mental comme ligne de constance ? Quand il nous faut partir, il n’y a nulle nymphe qui tienne…</em></p><p>                  Encore un poème. C’est de moi. Où en étais-je, Ah, oui la douche !</p><p><em>      Un miracle, pour qui a connu le rituel domestique des bassines et conques,  que cette eau jaillie verticalement et qui s’abîme en pluie sur mes cheveux plus longs que mes bras dénoués, dégouline en galimatias de perles fines enveloppant ma rachitique et giacomettique nudité d’une émergence cyclique, s’insinuant sans tact parmi la diagonale de mon entre-jambes, traversant mes orteils de lion difforme, se précipitant entre les concavités du coin de faïence douce, sprintant à l’orifice ainsi dévoilé pour s’engloutir al fine au dit enfer des conduits, tuyaux et canalisations (ne pas oublier la diérèse), dans un mormorygme satisfait et repu du côté des cache-siphons chromés, afin d’alimenter les azimuts aqueux de quelque rat d’égout, pas dégoûté… </em>(Il s’agit d’un extrait, quelque peu amélioré de <em>Connexités</em>, paru à l’aube des années 80).</p><p>                   Et, en hommage à Francis Ponge, l’illustre montpelliérain, qui est à présent à sa place en sa ville natale (mais qui est enterré à Nîmes !): Toujours revenir à la source…</p><p><em>             Surgissant brusquement sous quelque roche tutélaire, et réfléchie, la source, même capricieuse en apparence pour qui s’escrimerait à l’apprivoiser, demeure en définitive intarissable, à peine suivie des yeux où l’emporte son élan naturel, au-delà du bassin qu’elle déborde sans le moindre repentir, tout le temps au devant d’elle-même, à tendre, une fois circonscrites les rives qu’elle sait creuser parmi les marges ruisselantes de la terre-mère alors arrosée, et tout à fait à l’aise (niant seulement son amont d’oublieuses parenthèses), vers ce perpétuel dépassement catastrophique au libre cours, ou encore ces immensités qu’elle connaît déjà, en pure perte toutefois pour ce  qui la concerne mais je m’égare à mon tout et anticipe sans doute trop, de cataractes relatives en étendues toujours toujours ressuscitées… </em></p><p>                  Je n’en dis pas plus long, même si ce proême ne finit point en eau de boudin mais paraît, somme toute, plus ou moins potable. Ca coule de source.</p><p>                  Toujours est-il qu’entre la baignoire encastrée et le miroir embué, voyageant sans le savoir dans le temps, je me prenais des gamelles entortillées le long de l’escalier à vis qui avait dû servir autrefois pour accéder au faîte de la tourelle, de sorte qu’il m’est arrivé à maintes reprises de me retrouver en bas bien plus vite que par le truchement des escaliers normaux, d’une rare et prudente majesté. Grosses étoiles au front et la vive appréhension que les tuiles ne faisaient  que commencer. Le temps de jeter un coup d’œil dans la rue vide et de taper  trois coups pour que les Perret m’ouvrissent. Ils ne gueulaient même plus. Me demandaient comment je ferais quand ils ne seraient plus là. Et en effet, je me le demande encore. Après, je passais par la lucarne entr’ouverte du débarras qui jouxtait la porte d’entrée,  jamais fermée (la lucarne, pas l’entrée). Je n’étais pas plus haut que trois pommes à l’époque. J’aurais fait un parfait petit cambrioleur, ou un contorsionniste, débutant s’entend.</p><p>                  Et je retournais à mes ablutions enchantées :</p><p>                  <em>La piccina.</em></p><p><em>                                 La piccina. La</em></p><p>                                                     <em>Piccina. La                                          na</em></p><p><em>                                                                      Piccina, la piccina, la picci    </em></p><p><em>                                                                      Ognor verzozza</em></p><p>                  Je ne vous parlerais pas de la brosse à piles, vibro-massante, qu’avait acquise le coquet Ray lorsqu’il soignait ses cheveux clairsemés. Quelque peu détournée de son usage à des fins onanistes… J’étais plus grand,  je le maintiens.</p><p>                  Heureusement elle n’était pas branchée ! Sinon, la presse en eût fait ses choux gras. Ses sous gras. Et le frétillant Cloclo, muni d’un cognant marteau et averti des dangers de courante eau, y aurait regardé à deux fois avant de taquiner son applique ! Sauf que je ne serais pas là pour en parler ! Finalement,  la vie est bien faite… Ca fait combien de fois que j’échappe à la mort  sûre ? J’aurais pu plus mal tomber…</p><p>                  Très élégant, le père Ray ! Il se regardait longuement dans la glace de la même salle de bains en déclarant : « Qu’il est beau ! ». Important pour lui la beauté. L’était fier de sa mère, celle-là même qui l’avait abandonné à la naissance, laquelle avait été mannequin, disait-il. Il l’appelait Lilie. Ne faisait jamais de compliments à notre mère devant nous. Elle se les faisait toute seule ou devant ses amis. Je dois dire qu’il ne nous a pas privés de louanges à ma sœur et à moi : Nous étions « de beaux petits » et il en félicitait la mère Zède quand il était de bonne humeur : « Tu m’as fait de beaux petits ! ».  Zède appréciait les compliments et en profitait pour s’en servir elle-même une bonne rasade.</p><p>                  Les petits, c’était Nadou Petitou et Nini jolie : (chanté en crescendo) : Ma fiffille, elle est jolie, Ma fifille elle est jolie, sur un air emprunté à des chansons du temps passé que nous ne connaissions guère et surtout, son tube incontesté : <em>Cette petite a malgré tout, de jolies petites joues, partout, partout<strong>. </strong></em>On n’a jamais su quelles joues exactement il évoquait. On aimait bien d’autant qu’il chantait pas mal, à tout prendre. Pourquoi Nini alors que tout le monde attendait Mimi ? Allez savoir… Il semblerait qu’en sa prime enfance, celui qui écrit ces lignes n’ait pas su prononcer le M et l’ait transformé en N (celui de Nadou, il en avait Nadou de la suite, dans les idées…).</p><p>                  Ou alors, il n’arrivait pas à dire Maman…</p><p>                  En fait, le paternel parodiait de airs connus de sa jeunesse (<em>Elle est belle elle est mignonne, c’est une belle gentille personne</em>) et se les appropriait. Ainsi la petite caissière du grand café, devenait : <em>La petite caissière du Pouget</em>. C&rsquo;est-à-dire notre mère. Le compliment était rétroactif. Il faut bien qu’elle lui ait plu du temps béni de leurs fiançailles. En tout cas, lui, il lui avait sacrément plu, c’est indéniable. Leur correspondance l’atteste. Quand elle se vantait de nous avoir portés, il rétorquait, oui mais c’est moi qui les ai conçus.</p><p>                  Il trouvait son inspiration un peu partout et, quand il n’était pas en rogne à l’encontre de sa moitié, il nous faisait souvent rire dans ses imitations de Fernandel : <em>On m’appelle Simplet<strong>,</strong></em> ou encore, en y plaçant l’intonation requise, <em>Je n’ai jamais compris l’amour</em>. Il déclinait, de diverses manières les variations du <em>Schpountz, </em>film d’avant-guerre<em>,</em> sur <em>Tout condamné à mort aura la tête coupée</em>. Prenant une voix de tête, il contrefaisait une vieille alcoolique du voisinage que sa nièce appelait, et dont la voix se perdait dans des aigus : <em>Tante Clarisse</em> ! (en appuyant longuement sur la voyelle fermée). &#8211; <em>Du champagne, Du champagne</em> ! En imitant la vieille qui frappe avec sa canne pour réclamer son dû…</p><p>                  Son expression de prédilection ? <em>Penses-tu</em>… Il la répétait à tout bout de champ quand il exprimait, ou simulait, le doute ! &#8211; Tout cela finira mal &#8211; Penses-tu ! &#8211; Demain, il va pleuvoir ! &#8211; Penses-tu ! -Tu sais que toi aussi tu mourras un jour ! &#8211; Penses-tu !</p><p>                  Il avait un appétit d’oiseau. De la salade et du fromage lui suffisaient amplement. Aussi a-t-il longtemps gardé la ligne. Quand arrivait le moment du roquefort, sa faiblesse, il demandait un peu de pain pour finir son fromage, puis un peu de fromage pour finir son pain. Et un peu de vin pour finir les deux.</p><p>                  Bref on se marrait bien. Sauf quand il gueulait. Là ça rigolait pas… Mais alors pas du tout ! Et c’était très fréquent. Trop fréquent à notre goût.</p><p>                  Aujourd’hui, la plupart de ses plaisanteries seraient fustigées par les associations d’obédience féministe.  Je le cite : « <em>Quand tu bats ta femme, si tu ne sais pas pourquoi, dis-toi que de son côté, elle le sait très bien</em> ». C’est la chute qui importait pour lui, pas l’action. L’apodose.</p><p>                  En revanche, il était intransigeant question coiffure et fringues. Il ne supportait pas les cheveux longs et les tenues décontractées. Pour lui, seule l’élégance comptait.  Son père supposé n’était pas seulement  joueur. Il gérait un magasin de confection de la rue Argenterie, dans le quartier dit aragonais, quand la ville s’est dotée d’un roi ibérique. Il aurait eu de l’or dans les doigts et un flair infaillible. Sauf à la roulette, manifestement. L’était toujours tiré à quatre épingles. Ca vient de famille. Ben moi, non ! Mais où suis-je donc tombé ?</p><p>                  Le commerce coule comme du sang dans les veines de la ville. Ses consuls furent  des artisans et marchands. Des drapiers, des teinturiers, des orfèvres. Les laboureurs étaient relégués aux portes de la ville, tout un symbole ! Faut bien bequeter !</p><p>                  Je ne me souviens pas qu’il m’ait frappé (une gifle ou deux peut-être, et qui avait dû lui échapper!). En revanche, pour péter un plomb , il savait y faire, changeant sans le vouloir de voix, comme quelqu’un pris en faute, devenant grinçant, simiesque, presque enfantin, ou même féminin. Un personnage très contrasté, à la double personnalité. Quand il ne gueulait pas, on l’aimait bien… Le père Karaymazov.</p><p>                  Ceci dit, il arrivait que notre jeune génitrice, peu démonstrative en affection, et plus particulièrement encore avec ma sœur, retrouve son naturel juvénile quand nous rentrions le dimanche soir de chez la mémé. Elle chantait, a capella, de très jolies chansons de son enfance avec une voix fluette qui contrastait avec ses rudesses de langage. Je me souviens de : <em>Michaud veillait le soir dans sa chaumière/Près du hameau, il gardait son troupeau/Le ciel brillait d’une brume légère/ Il se mit à chanter Je vois, Je vois l’étoile du berger</em>.</p><p>                  Dans leur correspondance, nous avons retrouvé ce ton là, un peu mièvre mais plein d’allant, d’enthousiasme, de jeunesse au fond. Elle a dû être bien déçue par la vie…</p><p>                  De fait, elle détestait la nature, le moindre nuage l’affolait, un éclair la terrorisait, et je l’imaginais mal dans un cadre bucolique, en pleine nuit,  sous les étoiles, entourée d’animaux, elle qui avait peur de tout, à commencer par la conduite en voiture de son époux, pourtant si prudent. Si bien que les parcours hebdomadaires étaient rythmés de « <em>Attention !</em> » permanents. Au demeurant mon père, lui si soupe au lait, supportait cela ! Quand plus tard, elle me fit le même coup,  j’arrêtai la voiture et lui dis : « Eh, bien prends donc le volant comme ça tu conduiras ainsi que tu l’entends ! » Réponse cinglante et vexée. « &#8211; Tu es un petit imbécile et on ne peut discuter avec toi ! » Ah, Je l’ai souvent entendue celle-là ! Petit imbécile, lequel deviendra grand !</p><p>                  L’autre chanson c’était : <em>Il fait beau, le ciel est rose, l’horizon vermeil/Quand la lune se repose lève-toi soleil.</em> Toujours en voiture. En arrivant sur Montpellier, on voyait les lumières de la mer, du côté de Palavas, qui me faisaient rêver.  Comme Bozo le fils du matelot, je construisais mon radeau. <em>Les bois équarris à pied d’œuvre, on doit percer dans les poutrelles et faire jouer les tarières. Et bien cheviller les goujons pour qu’apparaisse au matin, la forme idéale de l’esquif.  Gaillard dressé, bordage achevé, plancher lesté couvert de voliges, et gouvernail bien en poupe, mât planté, de vergue emmanché, voiles taillées avec art et justesse, fixer les drisses et carlingues avant que d’amarrer l’écoute et de sortir enfin les rouleaux… 7 escales à Ithaque, l’un de mes derniers poèmes. </em>Vous savez comment j’ai conçu  cette strophe ? J’ai relu l’Odyssée et noté soigneusement tous les termes techniques sur l’art de naviguer. Et j’ai fait d’un tel pollen mon miel. Cet art que j’ai, de parler de ce que je ne connais guère…</p><p>                  Une autre, que notre père reprenait de concert, en roulant les r : <em>Demain, ce sera jour de fête, Tout le jour Tout le jour/J’ai mon habit et ma casquette/ Et puis mon tambour… </em></p><p><em> </em></p><p>                  Bon, elle chantait <em>Maréchal, nous voilà</em> avec la même conviction. Etait-elle la seule dans ce cas ?</p><p>                  Je me méfie beaucoup du manichéisme et de la tendance des vainqueurs à fustiger les vaincus. C’est le cas pour les anciens résistants (surtout ceux de dernière minute) par rapport aux supposés collabos, ou prétendus délateurs. La réalité n’est jamais aussi tranchée. Il suffit de regarder un arc en ciel pour réaliser que tout est dans la nuance et que le panel est large, qui va de l’infrarouge à l’ultraviolet. C’est pourquoi les procès a posteriori… Des salauds, il y en a partout et dans tous les camps… Je me méfie de ceux qui dénoncent impétueusement mais a posteriori. Leurs raisons ne sont pas toujours si nobles… Ce qui m’a le plus scandalisé dans la vie : le sort des tondues à la libération.</p><p>                  Nul n’est totalement mauvais. Souvenons-nous de l’ânier qui épargne le <em>Crapaud </em>d’Hugo dans <em>La légende des siècles.</em> Ou du sultan Mourad qui, après une vie de crime, est épargné par le ciel pour avoir été bon un seul et unique moment, en ayant chassé les mouches autour d’un verrat qui râlait… Il expirait en pleine bonne action… Question à poser aux poètes : Pensez-vous qu’Hitler et ses SS aient pu être bons, l’espace d’un instant ? Même question à propos de Staline, le petit père des peuples, et ses milliers d’espions ? Sartre disait bien qu’un seul acte engageait toute une vie, et même l’espèce humaine. Il avait sa propre définition du salaud, Sartre. Celui qui renonce à la liberté,  qui se croit nécessaire alors que l’existence est pure contingence… Et qui joue ce rôle aux yeux des autres… Les êtres de pouvoir, quoi… Mauvaise conscience du bourgeois révolté et qui n’assume pas son ascendance sociale…</p><p>                  Malgré ces moments enchantés,  nous n’avons pas été heureux. On comprendra pourquoi en lisant les lignes à venir. Il est vrai qu’après tout, le bonheur n’est point un objectif humain en soi,  je ne suis pas aussi naïf. Au fond,  je n’en veux à personne. Chacun se débrouille comme il le peut et voit midi à sa porte. Question de chance ou pas ! Car j’ai bien conscience d’être tout de même né dans un pays merveilleux, n’en déplaise aux râleurs impénitents, dans une époque à tout prendre naguère pacifiste, et d’avoir pu bénéficier de privilèges dont bon nombre de nos semblables dans d’autres contrées, à d’autres époques, n’ont jamais pu bénéficier. La liberté de pensée. La liberté de me déplacer. La liberté sexuelle… Toutefois, nos parents ont accumulé les erreurs et maladresses, les décisions stupides et les raisonnements absurdes. Pourquoi le cacher ?</p><p>                  Si bien que nous avons eu, ma sœur et moi, la sidération de notre vie quand l’une de leurs relations, lors d’un repas convivial dans leur villa près du cimetière,  nous a annoncé que nous avions des parents formidables ! Ah bon ! Quelle chance ! Qu’est-ce que ça devait être les autres ! Disons que c’est du 49/51. Tout n’a pas été si mauvais…</p><p>                  La remarque m’avait tellement agacé ce soir-là que, afin de mettre mon père mal à l’aise en présence d’une jeune africaine, et ainsi révéler son hypocrisie,  je lui avais demandé s’il se souvenait de sa chanson exotique sur <em>Une cannibale qui bouffait tout ce qu’elle trouvait</em> et qui se terminait par : <em>Un jour, j’lui r’filais 100 balles</em>, <em>Elle me l’a bouffée… You piou piou la la</em>. Bien embêté le pater.  C’était pas très sympa de ma part,  mais je le trouvais un tantinet tartuffe en la circonstance. Il tenait des propos inadmissibles à table, en particulier je le cite, sur « l’odeur des nègres » qu’il servait au magasin, et je ne les avais guère oubliés.  La mère Zède n’était pas en reste. C’était une autre époque, répète-t-on à présent.</p><p>                  Car je l’appellerai Zède, son vrai sobriquet est trop ridicule pour que je le reprenne ici, du moins quand je puis faire autrement. Son vrai prénom c’est Marie et, au magasin où elle travaillait, un des employés, un vieil homo qui venait quelquefois à la maison, l’appelait Agathe (ou Agate, la pierre fine, ça je ne l’ai jamais su). J’ai très vite renoncé à l’appeler maman. Je l’appelais comme tout le monde l’appelait, par son diminutif et ça lui plaisait assez car elle se sentait ainsi plus jeune. Elle faisait un bond en arrière dans le temps.</p><p>                  Ray était flexible et sportif, contrairement à la sédentaire Zède, souple « comme un verre de lampe » et il n’hésitait pas à payer de sa personne, au café du Piochet, quand il était plus jeune, dès qu’il s’agissait de pasticher les gestes acrobatiques, au sol, du cosaque dansant, dans un numéro très impressionnant d’équilibre et de sauts périlleux. En vieillissant, il s’est empâté et alourdi quelque peu, tout en gardant sa finesse et vivacité d’esprit, son sens de la répartie (parfois un peu lourdingue) et son humour indéniable.</p><p>                  Quand on allait prendre un café, sur la terrasse du Y’ams ou du Y’a bon et qu’un musicien des rues venait brailler quelque complainte en s’accompagnant de la guitare : il me disait, va lui donner 1 franc pour qu’il aille jouer ailleurs. Et il me donnait un franc…</p><p>                  Il me répétait plusieurs fois par semaine à table : « Fuis la discussion ! ». Ca je n’ai jamais su faire. Il est vrai qu’elle dégénérait parfois, alors que mes années d’études s’allongeaient, entre Zède, vu que je contestais systématiquement ses mesquineries, ses propos venimeux envers sa sœur ou sa mère, lesquels se terminaient immanquablement par : « Je discute pas avec un dingue », ou bien par « Tu boufferas des clopinettes » (Super confiance en mon avenir, la mère Teuteu !) ;  ou son leit-motiv : « C’est pas une preuve d’intelligence de ta part !». Elle s’exprimait souvent par dictons.  Aujourd’hui nous nous en amusons. J’y reviendrai.</p><p>                  A force de la fuir, la discussion en question,  notre père s’est totalement désintéressé de notre avenir, laissant sa chère et tendre prendre des décisions qui, en général, favorisaient plutôt sa tranquillité à elle que notre destinée à courte et long terme. Il avait une excuse : abandonné dès sa prime jeunesse au fin fond d’un trou lozérien, il avait dû apprendre à se débrouiller. Il pensait que chacun s’avérait à même d’en faire autant. Or nous ne sommes pas tous égaux devant le réel, et c’est sans doute mieux ainsi. Rien de pire que l’uniformité. La faute, si faute il y a, c’est de ne pas s’adapter aux nouvelles formes que propose le réel. Car l’intelligence, c’est justement la capacité d’adaptation. Son excuse est donc à minorer. Lui aussi était un monstre d’égoïsme. La truculente Zède, bien la fille de son père, le disait dans son style imagé, dès qu’il avait le dos tourné : « Il n’y a que lui et les petits oiseaux… ».</p><p>                  Comme je suis un peu spécialiste du jeu de mots (les élèves appelaient ça mes teulonnades), il est évident que je le lui dois énormément ? Parmi mes réussites :</p><p>A un collègue malgache qui attendait sa moitié<em> : Ta nana arrive ?</em></p><p><em>Un film « por nos pas por vos » (</em>à des élèves<em>).</em></p><p><em>Ah, vous voulez aller à l’endroit propice. (</em>Cette dernière  a beau coup plu à Geneviève C.<em>)</em></p><p><em>Il est du style bon avec un petit c.</em></p><p><em>Je ne peux pas manger épicé (en même temps).</em></p><p><em> Capable du meilleur et coupable du pire</em></p><p><em>Y’a que les gens sales qui se lavent, </em>celle-là j’ai dû l’emprunter<em>…</em></p><p><em>Vétérinaire ? Faudra te lever tôt… (</em>A ma petite-fille<em>)</em></p><p><em>Faudra trouver une méthode au logis !</em></p><p><em>On ne peut pas être et avoir tété (du goulot).</em></p><p><em>Certains pacifistes, faut pas s’y fier (</em>le Garcin dans<em> Huis clos </em>de Sartre<em>)</em></p><p><em>T’es content ? Si t’es content mieux.</em></p><p><em>T’as l’esprit fécond</em></p><p><em>Qui ne dit mot consent (A Romain Dimo)</em></p><p><em>Que vous êtes qu’on le veuille ou non pénibles… (</em>A des élèves<em>)</em></p><p><em>Arrêtez de me faire ch… aque fois la même chose ! (</em>idem<em>)</em></p><p><em>         T’es arrivé à Dercy ? (</em>A une prof d’italien, qui n’a longtemps pas compris<em>). Journaux ! </em></p><p><em>         Ton pote âgé (</em>à une amie plus jeune<em>).</em></p><p><em>         Emettre des incongruités scatologiques plus élevées que le postérieur n’autorise.</em></p><p><em>         A vos marques (pour A vos souhaits !)</em></p><p><em>         Dans ces eaux-là, comme dirait Emile.</em></p><p><em> </em></p><p><em>Et bien je crois qu’on peut l’applaudirrrrr</em> (piqué à un Monsieur Loyal, au cirque).</p><p>Je dis aussi, allez savoir pourquoi : <em>C’et bien BonSSS, çaaSSS</em>…</p><p>                  Plus tard j’aimais l’écrivain Maurice Roche, à qui j’ai consacré un livre  <em>Sous la chair des mots</em> (peintures et couverture du magnifique Alain Clément) parce qu’il avait écrit :</p><p><em> </em></p><p><em>Si je crache dans la soupe, c’est pour lui donner du goût.</em></p><p><em>Quand on pédale dans le yaourt, on finit par faire son beurre (proverbe bulgare).</em></p><p><em>Puisqu’on passera forcément en dessous, autant mettre la barre très haut.</em></p><p><em>Tout corps pongé dans l’eau reçoit… un coup de téléphone</em></p><p><em>Qui va à la chasse perd sa pêche.</em></p><p><em>Autrefois, je n’étais pas encore né, mais depuis je me suis rattrapé.</em></p><p><em>Le manque d’argent aidant, je ne dépense jamais rien.</em></p><p><em> </em></p><p><em>Je voudrais bien savoir pourquoi, à l’ère du supersonique et du sous-marin atomique, nous devrions nous contenter d’une musique, d’un art, d’une littérature, en calèche ou en chaise à porteur</em></p><p><em>Dans ma famille, depuis la plus haute Antiquité, on a rendu l’âme tant et tant de fois que ça a fini par devenir héréditaire.</em></p><p><em>Trop âgé pour mourir jeune, je ne vieillis plus</em></p><p><em>A mesure que ma vie s’allonge, elle raccourcit</em></p><p><em>Pour devenir centenaire, faut commencer jeune.</em></p><p><em>Il faut apprendre à encaisser quand on ne touche rien.</em></p><p><em>Un homme meurt à chaque seconde (le pauvre type !).</em></p><p><em>Ne crachez pas sur les amis. Ils sont assez sales comme ça.</em></p><p><em>L’alcool comme la came isole.</em></p><p><em>Je cause à cause que je veux défendre ma cause bien que cela me cause bien des emmerdements.</em></p><p><em>Moi, je veux bien monter sur les barricades, si c’est pour défendre la grasse matinée, mais pas avant midi !</em></p><p><em>Le silence bruit</em></p><p><em>Bienheureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes car ils n’ont pas fini de s’amuser.</em></p><p><em>Qu’eSt-ce QUE LETTrE ?</em></p><p><em> </em></p><p><em>Jouir de la confiance de son patron, partant ne plus avoir besoin de femmes.</em></p><p><em>Tout devant s’achever dans la tristesse, autant commencer par en finir !</em></p><p><em>Peindre une croute pour gagner son pain</em></p><p><em>     Dans la descente, il atteignit les sommets</em></p><p>     <em>Tout arrive même rien</em></p><p><em>     Le rire est le propre de l’homme. Donc l’homme est propre.</em></p><p>                  Et j’ai gardé le meilleur pour la fin : <em>La fin happe Roche</em>.</p><p>                  On me dira que je cite et ne crée pas. Allons donc, choisir n’est-ce pas s’approprier. ? Et j’ai fait ces sentences les miennes. Ainsi les poètes du XVIème pratiquaient-ils l’innutrition. Et puis, ça fait un siècle que Marcel Duchamp a inventé le ready-made que diable… Il n’empêche j’ai été à la bonne école.</p><p>                  La question de la propriété littéraire demeure problématique. Nous utilisons un langage qui nous vient du dictionnaire et donc tout est en fait citationnel. Nous sommes par ailleurs imbibés de tout ce que notre esprit aura absorbé. Pas facile de distinguer ce qui nous appartient en propre de ce que nous avons, à notre insu, et souvent inconsciemment, emprunté. L’IA va bouleverser tout ça…</p><p>                  Ceci dit, nous avions, dans la minuscule cuisine avec sa table en formica jaune, où nous « soupions »,  un poste à galène souvent allumé.  Zède reprenait au vol les chansons qui se diffusaient tout en faisant la cuisine, la lessive ou le ménage et un œil extérieur eût pu supposer cette famille heureuse. On écoutait des énigmes policières, des jeux dont le célèbre Jeu des mille francs, et des concerts des chanteurs en vogue. Je me souviens que le présentateur (Albert Raisner sans doute) avait annoncé le premier chanteur à avoir interprété du rock en France. J’attendais Richard Anthony ou Daniel Gérard. Déception, ce fut Georges Ulmer.  <em>Sois pas cruelle</em>, adaptation de <em>Don’t be cruel</em>, un peu affadie, pas si mauvaise au fond. Toutefois, les préjugés de la jeunesse, envers les anciens…</p><p>                  Sur la table, c’étaient les ablutions, au moins une fois par semaine. Dans le baquet en laiton, au gant et sous les yeux de tous, une aubaine pour un psychanalyste débutant. On avait droit à des regards complices et des sous-entendus dont nous comprenions bien qu’ils désignaient le monde inconnu des adultes et de leurs rites secrets. On nous lavait les cheveux sous le robinet de l’évier et je me souviens que les yeux piquaient, que les oreilles étaient bouchées, que l’eau était trop chaude et que j’avais la sensation de m’étouffer. Une horreur. La salle de bains fut une sacrée délivrance. Un peu d’intimité, que diable ! J’éprouve la même impression, d’étouffement je veux dire, quand il m’est arrivé d’avoir des crises d’angoisse en voiture ou dans des lieux clos.</p><p>                  Tous les jours, nous prenions place autour de cette table, collée au mur, le père Ray au bout près de la fenêtre, à sa gauche le chauffage à charbon, la mère Zède à ses côtés devant la gazinière, puis ma sœur, devant la machine à laver (laquelle faisait disjoncter les plombs en pleine émission de télé. Souvent Ray râlait. « Pour une fois qu’il y avait quelque chose d’intéressant ! »). Et moi à l’autre bout, au plus près du buffet, d’abord en bois blanc puis en formica orangé. Le chauffage fut vite remplacé par un réfrigérateur et déménagea dans le couloir pour nous faire bénéficier des avantages caloriques et inconvénients olfactifs du mazout.</p><p>                  Sous le buffet, nos paires de chaussures du lendemain, impeccablement astiquées car Madame not’mère était une maniaque de la propreté. Cela m’a quelque peu inspiré quand j’ai écrit certains passages d’un roman satirique, Les <em>Petites manies, </em>que Jean Joubert avait bien aimé. Nous mettions des pantoufles ou des sandales et empruntions précautionneusement les patins qui glissaient sur les parquets cirés. Quand les parents n’étaient pas là, on jouait avec, tu penses…</p><p><em>      Josette s’est installée dans un des fauteuils en velours grenat. Quand il y avait des invités, elle les recouvrait de housses en plastique. C’est incroyable cette poussière alors qu’elle laisse toujours fermé, sauf pour aérer, en été notamment. Que le moindre courant d’air est sanctionné d’un hurlement rageur. Il lui faudra tout astiquer au plus tôt. A la lumière du lustre en cristal de Bohème, Josette voit mieux les particules qui ne cessent de se déposer comme pour la narguer.</em></p><p>                  La petite manie de cette petite mamie, c’était l’aliénation aux objets qu’on dit de bon goût.</p><p><em>      Dans son lit de hêtre massif, à demi-balustres, aux moulures sculptées dans la masse, le regard errant sur les motifs floraux et champêtres de la tapisserie rose pâle ou encore sur la table de toilette de style empire, surmontée d’une psyché basculant entre deux candélabres (de sa position couchée, Josette n’aperçoit pas la lyre sur le soubassement), Josette s’est dit qu’au bout du compte, sa retraite n’aurait pas que des inconvénients. </em></p><p><em> </em></p><p>                  Ils sont objets de conflits avec les enfants, les objets, les <em>Choses </em>de Pérec, dans ce court roman<em> :</em></p><p><em> </em></p><p><em>             Et puis il fallait bien meubler l’appartement. Tout le monde en profitait, y compris les gosses. Les jouets ça peut toujours attendre. Pour le peu de temps qu’ils s’en servaient. Et puis en avait-elle eu, des jouets, pendant la guerre ? Une orange, des pantoufles, une robe de chambre et c’était tout. Tandis que cette armoire en noyer du 17<sup>ème</sup>, baroque et de style flamand, avec ses figures engainées et ses moulures formant saillie aux angles, pouvait-elle la laisser échapper alors qu’on la lui cédait à moitié prix ? </em></p><p><em> </em></p><p>                  L’appartement était un cinq pièces,  plus de 100 mètres carré, auxquelles, il fallait ajouter la cuisine, la salle de bains, les toilettes, le débarras, deux couloirs carrelés de tomettes répétées, un grand et un petit et pas mal de placards ou cagibis. Pour ça, on ne peut pas dire que l’on ait manqué de place. Le long couloir donnait dans le fond sur la cuisine. </p><p>                  A sa droite, le salon (pour regarder la télé, avec une cheminée en marbre, non fonctionnelle), la salle à manger (uniquement pour les grandes occasions, avec une cheminée en biais qui n’ a jamais marché mais pour les souliers au Père Noêl) puis la chambre des parents donnant sur la salle de bains (pas très pratique !). Vers le fond, sur sa gauche, le petit couloir, nos deux chambres et les WC, légèrement en surplomb. On avait l’impression de trôner… Sans public certes mais avec un peu d’imagination…</p><p>                  Outre l’Hôtel du grand argentier, avec son escalier d’apparat,  ses ferronneries ouvragées et ses colonnes, ioniques au rez-de-chaussée, puis doriques et enfin corinthiennes au fil des étages, l’étroite ruelle  ne manquait pas de commerces à ses deux entrées. Le cordonnier tout au bout, face à une boutique d’encadrement, l’épicière qui me gardait jusqu’à 7 heures du soir et dont le mari me faisait réviser les leçons, un bar un peu louche (ils avaient la télé bien avant nous ! On allait y voir <em>Ivanhoé </em>! ), avec un merle beau parleur qui sifflait les coquettes en les traitant de petites pépées et de cocottes, un réparateur de montres très gentil, un papou gentil comme tout, puis le puits de St Roch, aux vertus miraculeuses dans l’arrière-cour du magasin Prénatal qui nous menait carrément jusqu’à l’angle. Un aveugle y vendait des billets de loterie et le démon de la perversité m’a invité, après plusieurs tentatives infructueuses, à lui en chiper un. Allez comprendre  ce type d’acte impulsif et stupide. Je ne vous dis pas la réprimande et la claque ! Celle-là émanait d’une bonne de la campagne qui nous gardait pendant que les parents travaillaient et qui avait voulu à tout prix découvrir la ville et ses secrets. Elle logeait dans l’une des chambres de notre appart qui fut ensuite louée à des étudiants en médecine. Elle amenait son amant et futur mari et je me souviens d’ébats bruyants à l’heure de la sieste enfantine, aperçus depuis mon lit d’enfant. J’en parlais tant bien que mal, croyant qu’on la battait puisqu’elle gémissait. Les parents prirent ce prétexte. La bonne partit quelques jours plus tard et se maria. Je la regrettais vivement car la suivante fut bien pire, laide, froide et austère… Or elle était déjà mariée. C’était au moins ça ! La vertu était sauve…</p><p>                  Ne te marie jamais, me répétait M. Calvet, l’époux retraité de l’épicière, entre deux leçons qu’il me faisait réciter dans leur cuisine privée. Fais-toi curé… Et pourquoi s’était-il marié lui alors ? Les adultes s’accommodent pas mal de contradictions criardes. Il n’avait pas l’air malheureux pourtant, avec son épicière d’épouse. Ils se taquinaient bien de temps en temps… Elle narrait dans le détail, avec classe et délectation, le dernier film de BB qu’elle était allée voir. Je me remémore ses gestes ampoulés, qui se voulaient délicats. Evidemment la Bardot n’était pas aussi belle qu’on le disait, et autres médisances. Ouais… Faut voir ! Pas belle, Bardot ? Non mais tu t’es bien regardée ? –</p><ol><li>Calvet, il devait avoir ses raisons. Ou plutôt une bonne : le regret !</li></ol><p>                  Juste en face le puits divin,  la maison du crime : l’amant et la maîtresse ayant enterré le mari dans la cave après l’avoir empoisonné et s’étant vite fait attraper. Or le crime pour moi revêt une autre résonance. Dans l’une des entrées de ces immeubles cossus qui délimitaient la rue en son amont, le concierge, un gnome barbu dans les 40 ans,  m’avait fait des propositions déplacées et avait joint le geste à la parole. J’ai ainsi découvert des secrets qu’on a tant de mal à cacher aux gosses bien avant l’âge requis. Je me souviens qu’il faisait noir dans ce couloir non éclairé, muni pourtant d’une minuterie. Le monsieur était très petit, quasiment ma taille enfantine, 8-9 ans, et hideux. Je n’ai pas voulu, malgré son insistance,  le suivre en son antre. Qui sait ce qui s’en fut ensuivi ? J’ai tenté d’en parler, le soir à ceux en qui j’avais toute confiance. « &#8211; Mais qu’est-ce que tu allais f… dans cet immeuble ? Je t’interdis d’y retourner… Qu’il est c… ce gosse ! » C’était moi le gosse, très précoce on le voit… Et pas qu’en connerie…</p><p>                  Ma grand-mère appelait tout ce qui était d’ordre sexuel, des sottises. Confondant Yves Montand qu’elle ne trouvait pas très net, et Charles Trenet, elle me mettait en garde contre les vilains messieurs qui font faire des sottises aux enfants.</p><p>                  En tout cas, je suis toujours en vie et ce n’est déjà pas si mal. On tombe ou on ne tombe pas, c’est comme ça. Au demeurant, l’épicerie se trouvait à moins de 3 mètres de l’entrée incriminée, on se fût vite préoccupé de mon absence, les parents n’allaient pas tarder à arriver, du moins Zède, 31-32, qui descendait par la rue  Collot (mon père directement par la rue de la Loge).</p><p>                  il y avait tout de même un peu de passage à cette heure où tout un chacun rentrait chez soi, de quoi réfréner la pulsion du nain pervers… De plus, ce dernier risquait sa place et son logement… Quand je vois que l’on cherche, à grand renfort de media et de réseaux sociaux, des responsables un peu partout au-delà de l’agresseur,  je me dis que le hasard et la chance sont rarement pris en compte alors qu’ils jouent un facteur déterminant. Qui était responsable ? L’épicière trop bavarde, mes parents trop confiants ? Mon imprudence juvénile ? Le type,  peu favorisé par la nature ? La perversion humaine ? On a tous, sans doute à notre insu, été exposés une fois au moins dans sa vie à une situation traumatisante. L’issue n’a été dramatique que pour quelques-uns, fort heureusement. Le hasard transforme notre existence en destin. Bon après, faut assumer… Ne pas mettre tout sur le dos de boucs émissaires trop commodes à désigner. La vie n’est faite que de choix. Les faits vont si vite. La plupart du temps, on n’a pas le temps de choisir. On en fait tous l’expérience en voiture où une mauvaise décision peut nous être fatale, l’espace d’une seconde.</p><p>                  Notre immeuble n’aurait su rivaliser avec le prestigieux hôtel d’en face mais je pense qu’il eût pu, lui aussi, prétendre à un accessit en tant que monument. Son heurtoir en forme de poing fermé sur la massive porte peinte en vert impressionnait plus d’un curieux et donnait envie aux plus audacieux de jouer les mauvais plaisants aux oreilles des résidents. Deux coups et c’était notre étage car nos grandes fenêtres donnaient sur la rue (les petites sur la cour intérieure ou les toits). Si l’appartement était immense c’est grâce au train de vie passé de nos grands-parents ruinés. Je regrette de ne pas les avoir connus : si tout le monde commet des erreurs, certaines irréparables, je pense à l’abandon d’enfant par passion du baccarat, il faut tout de même regarder le positif. Si l’enfance ne fut pas toute rose, pour ma sœurette comme pour moi, notre cadre de vie était nettement au-dessus de la moyenne et j’en connais qui aujourd’hui dépenseraient des fortunes pour acquérir, ne serait-ce que par location, trois pièces spacieuses, de surcroît communicantes, et deux plus petites, sur deux niveaux, plus des couloirs, les toilettes (au terme de trois degrés d’escalier à monter, sous une lucarne qui donnait chez des voisins, si bien  que l’on regardait toujours vers le haut dès fois que…) , des garde-robes, un débarras, la cuisine et la fameuse salle de bain dans sa tour renaissante. Un spacieux terrain de jeux et de rêve. Le vestibule donnait sur un large escalier qui s’articulait autour d’un espace vide au centre, entouré de pierres lisses et de forme ovale. J’escaladais régulièrement les ferronneries qui servaient de garde-fous de sorte que je me mettais en danger, dès que les parents avaient le dos tourné s’entend. De la cour intérieure, de forme carrée, et flanquée d’une plante grasse, un yucca sans doute, on pouvait voir la toute petite fenêtre de ma chambre. On eût pu sans doute m’y voir lire Akim le roi de la jungle, Les sic compagnons et la pile atomique ou <em>L’arrache-coeur</em>,  quand la fièvre de la lecture vous prend elle ne vous quitte plus. Et elle est moins destructrice que la fièvre du jeu. Enfin bon : le Quichotte en est le contre-exemple. Là, j’avais 16 ans. L’âge de lire <em>Le diable au corps</em>, une lecture, précisément, de mon âge..</p><p>                  Je n’ai vu mon grand-père paternel en chair et en os qu’une fois, dans la foire aux manèges qui se déroulait à l’époque sur l’Esplanade, sans Corum en ces temps-là. J’aurais eu bon nombre de questions à lui poser. Il ne nous a même pas regardés, ni ma sœur ni moi. La deuxième fois, et bien des années plus tard, en images, dans un film avec Delon et Gabin, tourné pas loin de notre demeure, où il interprétait un journaliste judicaire. Il avait dû faire jouer ses connaissances, cannoises et  niçoises, du temps de sa folle et dispendieuse existence. Il me parut bien sérieux, bien comme il faut. En y réfléchissant, je me demande s’il était bien mon grand-père… Après tout, il y avait l’autre nom dans mon patronyme, plus gracieux que son nom d’argile, plus aristocratique même. Nouailles. Mais chut ! <em>Secret de famille</em>… (En fait, contenu dans les initiales  du titre SDF). C’est un roman que nous avons fait paraître chez L’harmattan, avec ma fille cadette, grâce à l’appui de Maguie Albet. J’y imagine celle-ci s’intéressant à un mendiant qui aurait pu être son aïeul. Elle le retrouve à l’endroit précis où je suis tombé, dès les premières pages de ce livre. Elle l’interroge longuement. Il répond toujours de manière ambiguë… J’en cite un passage :</p><p><em>       Bien sûr que je pourrais être ton grand-père. Pour tout le monde je suis un grand-père. Alors pourquoi ne serais-je pas le tien ? Tu vois ma barbe blanche ? Je suis un vrai grand-père. Un vrai grand-père qui a soif. Et tu sais ce qu’on fait à un grand-père qui meurt de soif, quand on est une jeune fille gentille ? Eh bien on va lui acheter une petite bière. Car mourir de soif à côté d’un puits, conviens-en fillette, ça la ficherait un peu mal. Tiens, prends la consigne et tu rapportes la même. Sans cela, je sens que je ne pourrais plus me délier la langue. Le Monoprix n’est pas très loin mais j’ai du mal à me déplacer. J’ai tellement marché dans ma vie que ça m’a coupé les jambes. Va me chercher une canette, ou deux, si c’est pas trop lourd pour tes petits muscles, et je répondrai à toutes les questions qu’il te plaira de me poser.</em></p><p>                  La troisième, c’est sa photo sur la plaque funéraire devant la chapelle familiale, au cimetière St Lazare. Des yeux bleus (ceux de mon père sont noisette), le front haut à la Hugo, un petit air de famille…</p><p>                  Dans cette chambre, tous les soirs, car on nous faisait coucher très tôt dans la semaine, je hurlais à mort ma peur de mourir. Allez savoir d’où je tirais cette idée. Sans doute de la mémé cafetière, et qui répondait, quand on lui demandait ce qui lui ferait plaisir : « Quatre planches et un trou ! » Quand je disais que j’étais mal tombé… Plus tard, je m’inventais des échappatoires : d’abord me disposer en équerre, le dos sur le lit et les jambes pointées contre le mur. Ensuite, quand nous eumes acquis un transistor, l’oreille collée jusqu’à plus d’heure, en douce bien sûr, à écouter les émissions pour  jeunes du soir. Ma chambre était bien remplie par le lit et un fauteuil. J’avais tout de même un bureau moderne, de plus en plus garni de livres. Un placard peu profond où se nichaient les chaussures et quelques vestes. J’y collais des photos découpées dans les magazines pour la jeunesse.  Zède les arrachait systématiquement. J’en mettais d’autres, qu’elle arrachait tous les dimanches pendant que nous étions à la messe ou ailleurs. Quand la fièvre de l’arrachement vous saisit. André-Pierre Arnal en a fait son mode de prédilection. Grâce auquel j’ai pu rédiger mes <em>Ephémérides, </em>publiés par mon ami Guy Barral (Ed Casinada). Aux titres éloquents… Développés dans le recueil.</p><p>                  <em>Mieux vaut arracher l’œil gauche du voisin que tendre la joue à la poutre du charpentier.</em></p><p><em>                  Si l’arracheur de dent te ment, fustige-le d’une flèche incisive.</em></p><p><em>                  A l’arraché, d’aucuns reprocheront son manque de disposition, non son panache.</em></p><p><em>                  Arracher une promesse n’est guère à la portée du premier séducteur venu.</em></p><p><em>                  Il n’est guère aisé d’œuvrer d’arrache-pied sous l’égide d’un coupeur de tête.</em></p><p><em>                  On s’arrache les étoiles faute de décrocher la lune.</em></p><p><em>                  Ne suppliez jamais le père éternel de s’arracher de son lit de nuages.</em></p><p><em> </em></p><p><em>                  </em>Et ainsi de suite jusqu’à la fin du mois, avec en point d’orgue :</p><p><em>                  Arracher à André ce qui appartient à César pour le rendre à Pierre.</em></p><p><em> </em></p><p><em>                  </em></p><p>                  Les couloirs étaient notre aire de jeu. Le grand, était long d’une bonne dizaine de mètres sur un et demi de large. On tapait dans le ballon même si c’était interdit car Madame not’mère n’y entendait pas malice en matière de parquet ciré. La porte du débarras servait de cage pour le gardien. Le petit (couloir) démarrait sur un minuscule escalier de bois qui permettait de passer d’un niveau à un autre. Un golfe de jour vitré y apportait la lumière et l’on craignait toujours qu’il ne se cassât en cas de pluie forte ou de vilaine grêle. On y jouait à la guerre car j’avais des soldats de plomb, des cow-boys et des indiens en terre cuite, quelques animaux en plastique, de couleur. On larguait l’un d’entre eux sur les bataillons et on comptait le nombre de morts. <em>Faut-il que les parents n’aient rien dans les méninges</em>… (… nous apprend la chanson pacifiste). J’avais également récupéré, je ne sais où, un château-fort en carton-pâte, que je réservais aux figurines chevaleresques, Ivanhoé ou Lancelot du Lac. Le petit couloir, on s’y réfugiait quand ça gueulait et cognait et volait dans la cuisine. On se réconfortait mutuellement et on priait comme on nous l’avait appris. Je dois dire que les prières n’étaient pas très efficaces. Et ça gueulait, quand nous étions très jeunes, souvent, pour des vétilles ! Une remarque ! Un bruit ! Une contrariété !</p><p>                  Malgré la présence des étudiants qui louaient les chambres et de leurs fiancés…</p><p>                  Un jour, bien plus tard, je suis intervenu et j’ai menacé mon père s’il continuait à faire acte de violence. J’avais tout compris, par anticipation, du sort malheureux des femmes battues. Il a haussé les épaules et est sorti. Ceci dit, Zède était insupportable ! Ce n’est pas une excuse et pourtant elle avait l’art de se faire haïr. Egoïste, intéressée, peu maternelle. Nous l’appelions Folcoche, comme dans le livre de Bazin, nous avions vu une adaptation à la télé, avec Alice Sapritch. Mon père lui a dit un jour : « T’es tellement con que s’il y en avait une de plus con, tu irais la tuer pour rester la seule ! ». Ca avait détendu d’un coup l’atmosphère. Il s’y connaissait, mon père, en matière de connerie… On en a bien ri, après coup, en se remémorant l’événement. En fait, ce n’était pas si drôle…  </p><p>      Au demeurant Zède n’était pas si con&#8230; Loin s’en faut. Elle était très, trop, excessivement, personnelle… Et manipulatrice à souhait.</p><p>                  Suite à mon opération de la cheville, elle voulut absolument que j’obtienne une pension d’invalidité. Elle me persuada de jouer la comédie devant le spécialiste qui ne fut bien sûr pas dupe. C’est lui qui avait raison. Ma cheville ne me fit jamais plus souffrir. Et je suis simplement passé pour un simulateur, à ma grande honte.</p><p>                  Chaque maison possède ses coins sombres. Dans la minuscule cuisine où nous mangions tous les jours, se trouvait un placard à cirage et drogueries diverses, qui nous faisait peur, ma sœur et moi, parce que c’était l’antre des cafards et aussi des souris. Il fallait alimenter le poêle de charbon et j’avais une sacrée trouille quand on m’envoyait remplir le seau des quelques boules nécessaires à la combustion nocturne, dans une sorte de réduit sous l’escalier du rez-de-chaussée, où il m’arrivait de croiser quelque rat bien gras. J’ai vu le vieux voisin  du dessus en traquer un avec sa canne. Ce qu’il couinait de trouille, ce pauvre rat ! Aucun risque de propager la peste noire ! Les rats d’aujourd’hui sont propres ! M. Perret est mort prématurément, d’une opération ratée de la cataracte. Le mieux est l’ennemi du bien, mais allez l’expliquer à des chirurgiens ! Ceux d’Albertine Sarrazin, pour ceux qui s’en souviennent ! Il avait perdu, peu de temps avant, son fils dans des conditions stupides. Un apéro trop arrosé, une rambarde à enjamber et le malheureux jeune homme était tombé dans le vide. Comme moi dans mon rêve initial. Avec moins de chance cependant. Ca ne s’explique pas, la chance !</p><p>                  En fait, à part nous, il n’y avait que de vieux occupants. Nous les vîmes partir,  les uns après les autres,  la veuve inconsolable du fait de son légitime chagrin, et la perte de ce fils unique pour ne rien arranger, notre voisine de palier Mme (ou Melle) Dombres, toujours affable et à la voix suraiguë mais qui recevait rarement des visites, et bien sûr les vieux proprios, à qui la bijouterie ne survécut que fort peu de temps malgré les efforts de leur fille célibataire. Les petits-enfants venaient les voir. Ils étaient plus âgés que nous et nous sentions bien qu’ils étaient d’un autre monde. Toujours tristes, toujours l’air embarrassé d’être là, tirés à 4 épingles, bien coiffés et ne manquant jamais  la messe du dimanche. Toutes ces personnes auraient pu s’avérer des héros de roman, chacune avait sans doute bien des histoires à raconter. Avec sans doute aussi, leur part D’ombres (Le petit-fils se masturbait-il ?).</p><p>                  Les Cabanon occupaient tout le premier, avec leurs enfants qui ne tarderaient pas à reprendre l’affaire, rue de loge, perpendiculaire à la mienne. Ils avaient un autre appartement au-dessus de la bijouterie. Ils nous y ont invités une seule fois. Lors de la visite du Général qui descendait de la préfecture à la Comédie dans sa fameuse DS noire. Les rues noires de monde. Ainsi nous avons pu le voir rejoindre  le lieu de son discours, qui nous saluait, du balcon. Nous étions, comme on dit, aux premières loges. La foule était enthousiaste. Les gens applaudissaient. Pensez ! La libérateur de la France, de l’occupation nazi qui mettait enfin un peu d’ordre dans le pays, et promettait l’arrêt de la guerre en Algérie. Les mêmes le chasseraient du pouvoir une décennie plus tard. Ainsi va la vox populi. Ayez pitié d’un pauvre aveugle, criait le vendeur de billets à deux pas du balcon. Villiers (de l’Isle Adam) n’aurait pas mieux dit…</p><p>                  Une autre vieille dame mérite d’être évoquée. La vie ne l’avait sans doute pas gâtée.</p><p>                  Elle habitait dans un village du côté de Béziers où ma sœur passait ses vacances (On se débarrassait d’elle aussi) chez sa marraine. A la mort de sa fille, veuve elle aussi, mon père décida de la faire vivre avec nous. Il s’agissait en effet de sa tante, la sœur de sa mère.</p><p>                  Nous étions plutôt contents au début car elle nous parut tout d’abord affable et puis mon père n’osait pas trop sortir de ses gonds devant elle, ce qui nous faisait du répit. Elle m’avait même acheté, dès son arrivée, un vélo de course, mon rêve. On allait au restau, certains dimanches, moi qui n’y étais pratiquement jamais allé. Je me souviens d’écrevisses à la sauce armoricaine, on s’en mettait plein la serviette. Au bout de quelques semaines, nous commençâmes à déchanter. Elle se montra vite capricieuse, égocentrique, hypocrite, gourmande, calomniatrice et surtout radine envers nous qui faisions tout pourtant pour lui apporter un minimum de tendresse, faute de mémé paternelle. Nous comprîmes plus tard, quand elle déménagea en catimini, que les personnes qu’elle rencontrait, en se baladant, l’après-midi du côté de la Comédie, hantant quelque pâtisserie de luxe, se chargeaient de lui dire pis que prendre de ses hébergeurs et de leur progéniture. Bref  la situation dégénéra même si notre train de vie s’améliora quelque peu. Mes parents achetèrent un appartement en bord de mer, ce qui ne coûtait pas grand-chose en ces temps bénis où le Languedoc faisait fuir les touristes. Aujourd’hui, ils n’auraient pas pu s’offrir son cabinet de toilettes. Nous ne l’avons jamais revue et finalement ne l’avons pas regrettée, sauf qu’elle était partie avec la télé, payée de ses deniers. Plus de Joss Randal ni d’<em>Incorruptibles</em><strong>. </strong>Une semaine après, avec son argent, nous avions la nôtre, et plus belle encore !</p><p>                  J’ai déjà fait allusion au séjour de Rabelais en notre ville, dans mon immeuble. Ce que j’ai retenu de ma longue fréquentation littéraire du moine défroqué ? Sa propension à élaborer des listes. Cela lui permettait de recenser exhaustivement le savoir de  la Renaissance, alors en pleine euphorie. Voici quelques sentences à mon usage, que je n’ai point fait graver, tel Montaigne, sur les solives de ma tour car elle n’en comportait point et qu’elle était de toute façon trop petite. Sinon j’aurais pu « graffer »,  parmi 57 de mes maximes :</p><ul><li><em>Aduler des femmes de lettres n’exalte en rien la virilité.</em></li><li><em>Quelle fureur que de s’acharner à cerner la raison de ses passions.</em></li><li><em>Sans le guide-robe, que deviendrait le ballon ? (Pas de pot)</em></li><li><em>Pourquoi viser l’objet rêvé si le réel à notre porte est.</em></li><li><em>Il ne nous est pas donné de ne point nous contredire !</em></li><li><em>Oui le corps fait littéralement chier l’esprit (- et dans tous les sens).</em></li><li><em>Quand on réalise à quel point le sexe est mal vu…</em></li><li><em>Si je glaviote dans le yaourt, c’est pour baratter dans le mauvais goût.</em></li><li><em>Nul livre ouvert jamais ne souillera le pas de la porte.</em></li><li><em>La Création ne relève pas seulement de la rigolade.</em></li><li><em>Le temps s’en va, tu peux toujours râler, Françoise !</em></li><li><em>On oublie trop vite, mais quoi ?</em></li></ul><p>                  Et ma préférée <em>: Ô mes ouailles, où trouver un disciple ! Ou du moins un ami ! Si je connaissais quelqu’un qui en fut digne</em>… Montaigne n’eût pas mieux dit… Je les ai casées dans <em>Jeudi soir Jeudi noir.</em></p><p>                  J’aurais pu tenter quelque chose sur les murs de ma chambre, ne serait-ce que pour faire enrager Zède, et sa manie de la propreté. Important pour moi les listes. J’en ai toujours fait : de livres, de disques, de pays, de potes, de petites amies… Une façon de combler les manques…</p><p>                  Tous les jeudis matin, et cela nous réveillait, on attendait le cri inquiétant et rauque de la ramasseuse de fringues usagées, la « peillarotte ». &#8211; <em>O peillarot’, y’a  pas des peou</em> ?, chantait-elle plutôt qu’elle ne quémandait.  Il s’agissait d’une gitane et l’on craignait de la croiser quelque jour. On nous disait, à l’âge du père Noël, que si nous n’étions pas sages, elle nous emporterait avec les peilles déchirées qu’elle mettait dans sa carriole (dont on entendait aussi le grincement). Je m’imaginais une vieille femme horrible à souhait, une sorte de sorcière urbaine.</p><p>                  Le jour où je la croisais, je me rendis compte que son physique ne cadrait pas à sa voix, et que, sans être d’une beauté manifeste, elle avait au moins l’atout de la jeunesse. On se fie trop aux apparences. Ainsi au téléphone, on s’imagine un physique et… .</p><p>                  Au village, mon père c’était le marchand de peilles…</p><p>                  Que dire encore ? Dans une alcôve de l’immeuble d’à côté, sur le chemin de l’école, j’ai vu notre instit remplaçant, que j’adorais (Il ressemblait à Gary  Grant) embrasser une jeune et jolie fille. Ca m’a beaucoup ému, troublé, fasciné et fait longuement réfléchir et donné des idées de caresses.</p><p>                  Je l’ai retrouvé quelques années plus tard au collège-lycée, qui enseignait l’Histoire. Je ne l’ai pas aimé. Il était imbu de sa personne et peu soucieux d’éveiller sa classe à une matière qui pourtant ne manquait pas d’attrait. Comme on change !</p><p>                  Ma sœur avait un petit fiancé, le petit Bousquet, petit-fils d’un professeur qui me donna plus tard quelques cours de maths, en vain tellement il était directif et magistral. Un jour, au bout de la rue, je le vis, le petit Bousquet, se faire bousculer par deux camarades hargneux. N’écoutant que mon sens de la justice, je me précipitais pour lui donner un coup de mains et j’y réussis mieux que bien puisque les deux agresseurs s’enfuirent. On est bien courageux quand on n’a pas douze ans. Il m’en a toujours été reconnaissant et il me saluait quand, devenu grand et costaud, c’aurait été plutôt à lui de me protéger. Bijou, j’en parlerai plus tard, m’a avoué un jour qu’elle avait eu une aventure avec lui, ce qui m’a fait tout drôle. Plus tard, ma sœurette sortit, comme on disait à l’époque, avec l’un des deux frères Aymard, de la colonie de vacances, La Font Rouge. Roger, l’autre s’appelant Jean. Aussi chaque fois que quelqu’un se lamentait : J’en ai marre, immanquablement, je débitais : Roger Aymard. 55 ans après, cela me fait toujours rire.</p><p>                  Je m’étais entiché de géographie si bien qu’à l’école primaire,  je connaissais le nom des départements et de leur préfecture, que je trouvais sur le calendrier des postes. Je les récitais quand Zède me débarbouillait dans la cuisine. Déjà la manie des listes… Plus tard, je n’ai eu de cesse de visiter chacun d’eux et les villes principales quand c’était possible. Dernièrement, je suis allé à Dunkerque et Arras pour compléter ma liste. A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai effectué le tour complet de la France. Ne me manque qu’Ajaccio et deux trois petites villes corses Nord ouest, je suis d’ailleurs en train de prospecter. Il faut une bonne mémoire. Je l’ai de ce qui est ancien (chansons, poèmes, départements…),  moins de ce que je viens de faire, lire ou dire. Parfois, je ne retiens rien du dernier livre lu. Vous me direz…</p><p>                  Le même émoi, à la vue de l’instit, l’éveil érectile des sens, je l’ai éprouvé au même moment en feuilletant, dans les toilettes, les magazines féminins qui égayaient Zède.</p><p>Et notamment les romans-photos qui sévissaient à l’époque, à l’instar des romans à l’eau de rose.</p><p>                  Il y avait :</p><ul><li><em>Nous deux,</em></li><li><em>Confidences, </em></li><li><em>Intimité (du foyer)</em></li><li><em>Bonnes soirées</em></li><li><em>Paris-Match</em></li><li><em>Ici Paris</em></li><li><em>France-Dimanche</em></li></ul><p>                  Cela faisait beaucoup mais, après tout, c’était son argent… Pas beaucoup d’instruction mais du divertissement ! C’est ce que les gens recherchent. Elle était d’avant-garde not’mère !</p><p>                  On ne fêtait jamais nos anniversaires. J’ai attendu mes 20 ans pour fêter le premier, chez la Coopérante  (… plus tard), en deux parties (une au restau, une chez elle). Pré-texte : trop près des fêtes de Noël et du jour de l’an.</p><p>                  Et puis l’amélioration du quotidien à payer (fauteuils royaux, commodes princières, lustres de nobles, chandeliers de châtelains…). On se rattrapait sur les paquets de Bonux avec leur cadeau surprise, un indien ou un cow-boy en plastique que l’on ajoutait aux chevaliers du château-fort. Et pour ce qui me concerne, les images des vedettes, je les trouvais dans les boites de Tonimalt, remplaçant le cacao ou la Ricorée.</p><p>                  Un jour, on a sonné à la porte à l’heure où habituellement nous passions à table. Ce n’était pas un représentant. Il s’agissait du géniteur d’un flirt estival – j’avais 15 ans &#8211; qui avait surpris mon manège avec sa fille (Sissi) pour correspondre en catimini. Ils habitaient alors vers La Pergola. Il nous fit un sermon, me traita devant mes parents de jeune coq et nous quitta en présentant à la vaillante Zède ses hommages. Eclat de rire général dès qu’il eut franchi le seuil. On ne parla plus que de « Mes hommages ».</p><p>                  Lors du décès de notre père, la jeune fille d’alors, devenue une vieille amie, nous rejoignit à la cérémonie – à laquelle la toute nouvelle veuve refusa de participer ! Durant la collation rituelle, je ne manquais pas de lui présenter la fille de « Mes hommages ».  Elle s’en souvenait ! Celle-là fit tomber sa montre, qui s’était soudainement détachée, aux pieds de not’mère ce qu’elle interpréta tout de go comme un mauvais présage. Effectivement,  Zède devait partir à son tour trois mois plus tard. Syndrome de glissement, qu’on nous a dit. Et là pas besoin de patins sur le parquet verni.</p><p>                  Je n’ai pas été tendre avec elle et sans doute est-ce là son enfer. Ne pas avoir laissé de bons souvenirs dans la mémoire des autres. Toutefois, le temps adoucit tout et porte à l’indulgence. Aujourd’hui, ses expressions toutes faites, le dictionnaire des idées reçues, énoncées en leur temps par esprit de chicane ou de mauvaise foi, nous font bien rire et il nous arrive de les pasticher en imitant sa voix. On ne peut pas se retrouver, ma sœur et moi, sans s’en rappeler une. C’est un peu notre mythologie personnelle. « Non mais tu t’es vu(e) ? »</p><p>                  Une fois, en tournant la tête, lors d’un repas dans la cuisine,  ça devait être un jeudi puisque je n’étais pas à la cantine,  je vis une bonne femme qui me parut assez sale en plein milieu du couloir. Une vieille gitane avait pénétré notre antre privé. J’ai prévenu les parents et mon père, n’écoutant que sa colère, l’a vertement chassée. Elle n’était pas entrée sans sonner, et en silence, pour rien… C’est assez dire si la confiance régnait en cette époque et si fermer l’appartement n’était pas un réflexe primaire. Pas plus que la porte d’entrée du bas… On imagine aujourd’hui l’inconscience totale…</p><p>                  On s’est plutôt bien entendus, ma sœur et moi, l’adversité tisse des liens, même si Zède a tout fait pour nous monter l’un contre l’autre en inventant de prétendues rivalités. Elle divisait pour régner. Bien sûr il y eut certaines chamailleries. Si je dénonçais, toujours pour me faire bien voir, une de ses bêtises, elle me disait du haut de ses cinq ou six ans : Toa, Tais-toa…. Et si je me vantais de quelque prouesse : Il s’en croaa… Aujourd’hui on dirait : il se la pète, le frangin. Et puis d’abord, c’est pas vrai, je te ferai dire…</p><p>                  Elle s’est radoucie sur ses vieux jours, je parle de la mère,  notamment au contact de ses petits enfants, surtout le garçon de la famille. Elle avait un esprit de contradiction poussé à l’extrême et se disputait avec sa cadette, notre tante (laquelle prétendait m’avoir élevé), dès qu’elle en avait l’occasion n’hésitant pas à médire des uns et des autres. Cela a beaucoup nui à l’ambiance familiale. N’en est-il pas de même dans la plupart des familles ? Bref, ce qui est fait est fait.</p><p>                  Ma tante et mon oncle lui rappelaient sans cesse qu’elle s’était très mal conduite à mon égard en m’abandonnant, à la naissance, plus de trois années chez ma grand-mère. Mon père, cela ne le choquait pas puisqu’il avait eu le même début de parcours dans la vie. J’en suis revenu peu dégourdi et peu ouvert au monde environnant. En effet, au village, on m’y surprotégeait et mon espace de vie ne dépassait pas le café et la place. L’adaptation à la ville fut difficile.</p><p>                   Cet abandon, pas total, mes parents venaient toutes les fins de semaine, m’a marqué à vie. Cette impression d’être décalé, pas dans mon assiette, pas au monde comme disait Rimbaud. Et puis les tentations de me jeter par la fenêtre, certes par jeu mais il est des jeux qui en disent longs sur le vide intérieur qui ne se comblera jamais.</p><p>                  Pour en terminer avec cet appartement, c’est fou le nombre de copains (puis de copines) qui y sont passés régulièrement et qui me font dire aujourd’hui que l’amitié est toute relative et que celles que l’on qualifie d’enfance sont rares.</p><p><em>Qu’est devenu Jean-M. G, un copain de colonie (de vacances), avec qui nous fûmes inséparables pendant au moins 4 ans ? Il m’a appris des airs de guitare classique. Il était impayable quand il contait l’histoire du capitaine des pompiers qui pleurait dans son casque et qui finit se remplir et déborder ce qui fait pleurer le pompier… </em></p><p><em>Qu’est- devenu Claude R, encore un copain de colonie, dont j’ai su plus tard qu’il avait embrassé la carrière de facteur et qui adorait Polnareff ?</em></p><p><em>Qu’est devenu Jean-L.  qui avait loué à la mer à côté de chez moi, avec qui j’ai campé pour la seule et unique fois de ma vie tout près de Palavas, et qui m’a invité à son mariage ?</em></p><p><em>Qu’est devenu l’autre Jean-L . avec qui j’ai fait du stop à nos risques et périls, dormi dans une voiture, fait les 400 coups qui forment la jeunesse ?</em></p><p><em>Qu’est devenu Didier, le rouquin, que de méchantes âmes appelaient Cohn-Bendit, voisin direct du Piochet, compagnon de colonie devenu militaire et dont j’ai été le témoin de mariage ?</em></p><p><em>Que sont devenus Cauquil, Nogaret, les frères Pagès, copains de foot et de cache-cache. Et aussi de ces petites privautés dont parle Voltaire et dont on se souvient plus tard avec attendrissement ? Les derniers je ne les ai jamais vus râler sans se mettre à rire en même temps, ou comment ne jamais se prendre au sérieux. </em></p><p>Hervé, de son vrai nom Jean-Louis, je sais ce qu’il est devenu. Il s’est tué d’un coup de carabine<em>…</em></p><p>Je pourrais en citer des dizaines ? Sauf que j’ai oublié leurs noms…</p><p>                  Que sont nos amis devenus ?</p><p>                  En attendant, on a grandi, mûri, vieilli, m’aigri ?…</p><p>                  Nous sommes revenus sur les lieux, un jour avec ma sœur, au 4, rue trésoriers de France. Avons pu entrer dans le hall, monter au deuxième et revoir notre porte d’entrée. Mais nous ne saurons sans doute jamais ce qui se passe derrière. Nous sommes restés sur le seuil. On reste souvent sur le seuil.</p><p>                  Je demeure sur le seuil de la vérité. Car quel est le fil conducteur qui sous-tend ma démarche en ce livre ? Sauver de l’oubli définitif et rendre pertinents des souvenirs qui n’ont aucun intérêt en soi. Il me faut en effet effectuer une sorte de sélection limitée, en fait une infime quantité de références au réel eu égard aux milliers de jours et millions d’heures où j’ai le sentiment d’avoir pourtant vécu. Cette sélection se saurait être exhaustive, d’autant que la mémoire est défaillante, que rien ne l’empêche de livrer une version tronquée de la réalité et que de toutes façons le choix des mots que j’emploie la découpent selon une configuration trop pour s’avérer authentique.</p><p>      Seule l’écriture m’importe, et ce que l’on peut en faire, quel qu’en soit le sujet. Concédons qu’en l’occurrence le sujet que je traite est davantage en relation avec le réel, enfin ma relation subjective au réel. Pourquoi aller chercher ailleurs… Il importait que ce fût dit.</p><p>                  J’avais avoué un jour à Michel Butor que je comptais me lancer dans ce style de projet, lequel consisterait à extraire un certain nombre d’événements insignifiants de mon existence mais qui deviendraient significatifs après coup. Il m’a répondu que cela avait déjà été fait, par Proust.</p><p>                  Outre que je n’ai pas le talent, le génie même,  de ce dernier, que j’admire par-dessus tout, je ne recours pas aux phrases longues et périodiques,  je n’appartiens pas au même milieu social et je ne vis évidemment pas à la même époque.</p><p>                  Il faut tout de même écrire même si nos prédécesseurs nous barrent le chemin. Et quand je dis « Il faut », c’est encore très général. Je devrais dire : Il me faut…</p><p>                  Ainsi fis-je. Mais pas figé.</p><p> ON ABOUTIT RUE DE LA RUE DE LA LOGE DES MARCHANDS</p><p>                  Rue commerçante, Jacques Cœur y a laissé son empreinte,. Mon père, Ray donc, y a longtemps travaillé. Vêtements de confection. Magasin, on ne disait pas boutique à l’époque,  au nom so british. Employé en chef par une famille juive  qui a toujours été extraordinaire avec moi. M’ont embauché au noir afin que je puisse assurer mes études, me laissaient lire tout mon saoul entre deux clients. M’y encourageaient au contraire. Et sans ironie aucune. Plutôt admiratifs même. Subodoraient sans doute que je serais amené à pratiquer une activité intellectuelle quelque jour. La patronne est venue m’acheter un essai sur Butor que nous signions alors à la librairie Molière, juste en face du Théâtre (aujourd’hui Opéra-Comédie), avec Skimao, qui lui-même y travaillait. Elle me laissait garer sa voiture de sport. Grâce à elle, j’ai pu faire mes deux premiers voyages importants, à Paris et en Suisse. En avion et en train Première classe. Inoubliable ! J’accompagnais leur dernier né, et l’un de ses copains, en colonie de vacances au ski, il me semble.</p><p>                  Ils ont été très indulgents car j’ai fait pas mal de bêtises pendant le voyage (Me suis trompé de train, Suis monté dans le mauvais wagon, les ai laissés dans un cinéma pendant que je visitais, émerveillé, le quartier de l’opéra…). Dans ce magasin, j’ai vu Manitas et ses fameuses bagues, Chirac en campagne (« Bonjour, comment allez-vous ? ») et entr’aperçu, de dos,  la mère de mon père, internée après une terrible dépression, en liberté relative, et que je n’ai jamais rencontrée.</p><p>                  Mon père se prénommait Raymond. Ce prénom lui semblait vulgaire. Aussi se faisait-il appeler Monsieur Georges. Le problème, c’est que le beau-frère du patron se nommait aussi Monsieur Georges. Ca a créé pas mal de malentendus. Quant à moi, je n’aimais pas mon prénom d’autant qu’en mon jeune temps, seul l’acteur Bernard Blier, rondouillard et peu attrayant (malgré son talent) en était affublé. Plus tard Giraudeau, Tapie, Verley, Campan et même Lavilliers viendraient à ma rescousse. Raymond, je l’appellerai Ray,  comme Ray Charles et puis ça fait plus sexy sans pour autant verser dans la vulgarité.</p><p>                  En face du magasin, se trouvait le Tabac, marchand de journaux. Comme beaucoup de « teenagers »,  j’y attendais chaque mois la parution de SLC, Salut les copains. Au-delà des photos et des reportages, deux aspects m’intéressaient et m’intéressent encore aujourd’hui. D’abord la variété et l’originalité des rubriques, lesquelles, a posteriori, me semblèrent posséder des qualités littéraires, transposables dans le style de texte auquel je m’adonne à présent, notamment si l’on y ajoute une dimension ironique liée au décalage temporel.  Ca vaut parfois du Georges Pérec et des auteurs à contraintes :</p><p>                  Je me souviens de : <em>J’adore Je déteste</em>, que je raccourcis sciemment mais qui me donne l’illusion d’être une vedette d’alors, ce à quoi j’aspirais comme tous les jeunes du baby boom. Plus du tout aujourd’hui et sans le moindre regret.</p><p><em>      J’adore les randonnées d’été dans la montagne/ Je déteste les plages surpeuplées.</em></p><p><em>      J’adore les nationales peu fréquentées/Je déteste les autoroutes et leurs camions.</em></p><p><em>      J’adore écouter mes disques bien peinard à la maison/Je déteste les chanteurs de rue.</em></p><p><em>      J’adore la Bretagne/Je déteste les zones commerciales et industrielles.</em></p><p><em>      J’adore le Montpellier que j’ai connu/Je déteste les villes tentaculaires.</em></p><p><em>      J’adore les idées généreuses/Je déteste la foule déchainée, capable/coupable du pire.</em></p><p><em>      J’adore les promesses tenues/Je déteste avoir l’impression de m’être fait entortiller.</em></p><p><em>      J’adore les signes de reconnaissance méritée/Je déteste l’injustice. </em></p><p><em>      J’adore les animaux sauvages, et de loin/Je déteste les chiens qui aboient furieusement et crottent un peu partout sans que cela ne dérange les propriétaires indélicats.</em></p><p>                  Evidemment mes réponses auraient été bien différentes à l’époque.  En vieillissant, on devient misanthrope,  prudent,  sans doute plus rigide. Paradoxalement plus tolérant. On en apprend autant avec ce genre d’exercice que dans bien des prétendus aveux censées émoustiller l’imagination limitée de certain(e)s lecteurs/lectrices. Et la misère de leur vie sexuelle.</p><p>                  La deuxième raison était liée au hit-parade. Si certaines chansons à succès passaient souvent à la radio, bien d’autres étaient laissées pour compte. C’étaient celles-là que je désirais découvrir et posséder. J’avais envie de tout connaître. Toujours ce manque à combler. Ce qui aurait impliqué l’achat de centaines de disques. Me restait la rêverie autour du titre, et parfois une musique de mon cru à partir de paroles sans air ni orchestration. Ou à en inventer de nouvelles sur un air entendu par hasard. Ca m’est arrivé de m’y essayer,  pour épater telle jeune fille, en faisant croire qu’elle était de moi. Vu la médiocrité du morceau en question, j’aurais sans doute mieux fait de l’écrire directement. Toujours est-il que j’ai commencé par rédiger des chansons avant de découvrir Mallarmé, Rimbaud et une conception plus élaborée  de la poésie, puis bon nombre de poètes.</p><p>                  Parmi les premières, <strong><em>Les allumeuses de gitanes</em></strong>, dont je livre le début et la fin, paraît aujourd’hui d’une auto complaisance insupportable.. Ah, jeunesse !</p><p>      C’était ma période Chansons avant même de dévorer les grands poètes</p><p><em> </em></p><p><em>La vie va et vient dans mon ventre/Comme une vipère timide</em></p><p><em>Un cœur crevé renie le chantre/De mon avidité de vide</em></p><p><em>Il se maîtrise et s’adoucit/Face au troupeau qui lui fait masse</em></p><p><em>Il en oublie sa pénurie/ Sa personnalité d’efface</em></p><p><em> </em></p><p>                  … (Une vingtaine de couplets plus tard).</p><p><em>      Quand on s’en fout d’être foutu/Que notre espoir cligne et s’étiole</em></p><p>      <em>Qu’on se dit que tout est fichu/Et que l’on connaît mal son rôle</em></p><p><em>      On cherche des succédanés/Dans la chair des années qui passent</em></p><p><em>      On chérit des temps surannés/Et l’on guérit de guerre lasse</em></p><p><em> </em></p><p>                  Très influencé par les allitérations du toulousain Nougaro et par la noirceur souveraine d’un Léo Ferré pour qui je m’étais pris d’une véritable passion. Ferré, très important Ferré. J’y reviendrai. Je l’aimais bien, tu sais.</p><p>                  Dans SLC, de multiples rubriques eussent pu se voir traitées littérairement par des auteurs désireux de ne point adopter la forme traditionnelle du récit linéaire. Celui-ci sans doute fait ses preuves, mais se retrouve concurrencée par d’autres activités artistiques : la BD ou le ciné entre autres, pour ne point évoquer les technologies modernes, les jeux vidéos ou l’IA.</p><p>                  Retrouvant quelques numéros pris au hasard j’ai relevé : <em>30 questions à</em> :</p><p>      En l’occurrence, Moi.</p><p>      Je m’y essaie :</p><p><em>Q : Pourquoi vous appelle-t-on BTN ?</em></p><p><em> </em></p><p><em>R : Ce sont mes initiales. Les copains m’en ont assez vite affublé dès la publication de mes premiers textes et je les ai utilisés pour signer mes articles. D’abord pour éviter les fautes sur mon nom (les Thelons, Theulons, Telons et les Noailles, Nouaille ou pire, Nouilles ! avec ou sans trait d’union), ensuite pour distinguer mon travail journalistique de mes productions littéraires (poèmes, romans, nouvelles…). En revanche, à cause du B, beaucoup se sont mis à me baptiser du prénom de  Bertrand, plus distingué que Bernard qui rime avec connard. J’aurais préféré Brice ou Benjamin. D’ailleurs j’ai failli me prénommer Eric. Mais c’était trop scandinave. </em></p><p><em> </em></p><p><em>Q : Pourquoi n’êtes vous pas davantage connu ?</em></p><p><em> </em></p><p><em>R : Est-ce si important ? En fait, je ne fais rien pour. Dans la mesure où je cultive une passion et n’ai pas besoin d’en assumer les conséquences pour vivre, je préfère demeurer discret. Ca évite de devenir une cible facile ou un bouc émissaire. Surtout en ces époques de moralisme sournois. Je refuse les invitations à me produire en public, à animer des émissions de radio etc. Je n’ai pas envie de rencontrer les gens qui auraient pu m’aider, et je crains comme la peste la célébrité, source de tant de maux. De plus, il m’arrive d’avoir épisodiquement le trac, un peu comme j’ai des crises de panique en voiture, et je n’ai plus envie de lutter contre.  Si quelque chose méritait d’être retenu de ce que j’ai produit, cela se fera sans moi. Si non, eh bien tant pis ! J’aurai pris plaisir à écrire et cela m’aura bien occupé l’existence.  Je n’en demandais pas plus.  Et puis, sans doute ne le méritais-je pas ? Qui se préoccupe d’écriture en ces temps d’images hégémoniques et de réseaux sociaux ? De toute façon,  j’ai suffisamment vécu pour savoir que des quantités de choses tombent dans l’oubli assez vite et après tout ce n’est pas plus mal. Il faut savoir reconnaître ses limites. Alors connu, pas connu, au regard de l’immensité de l’univers, cela ne fait pas grande différence. On le sait tous : l’argent ne fait pas le bonheur et il contribue à pas mal de soucis.</em></p><p><em> </em></p><p><em> </em></p><p><em>Q : Avez-vous des idoles, des maîtres à penser, des personnes que vous admirez… ?</em></p><p><em> </em></p><p><em>R : Forcément des écrivains. Tous ceux que je cite en ce livre : Joyce, Proust, Nerval, Montaigne, un certain Céline. Plus tard, Michel Butor, qui m’a appris à structurer mes écrits, Maurice Roche qui m’a enseigné la concision ou Yves Bonnefoy qui m’a réconcilié avec la poésie. Quand j’étais jeune j’adorais Adamo, (que j’aime toujours), Johnny (dont je me suis lassé.  Ses adaptations de Go to get you into my life, de Girls ou de When a man loves a woman, sont catastrophiques !) et les Beatles (que je réécoute régulièrement, avec plaisir). En règle générale je préfère les outsiders aux stars. J’aimais mieux Vercruysse que Platini, Rothen que Zidane, Fignon que Hinault ou Van Looy qu’Anquetil. C’est un peu pareil dans le domaine de l’art. Pour ne donner qu’un exemple, j’aime mieux Braque et Masson que Picasso. Et même, parmi mes amis du milieu de l’art, j’ai tendance à privilégier le méconnu par rapport aux superstars : Yves Reynier, Dominique Gauthier, Tjeerd Alkema, Patrick Saytour… Plutôt que Koons, Hirst, Bansky, Cattelan… Pour les Beatles, j’ai un penchant pour Paul alors que la plupart lui préfèrent John. Pour les Stones, Brian Jones. Je n’aime pas rencontrer les gens connus. On ne sait par quel bout les aborder et ils sont dans leur monde à eux. Je préfère éviter.</em></p><p><em> </em></p><p><em>Q : Quels sont vos plus grands regrets dans la vie ?</em></p><p><em> </em></p><p><em>R :  A titre personnel,  j’en ai deux essentiellement : celui de ne pas avoir fait de latin ou de grec quand je suis entré au collège, cela  m’a beaucoup pénalisé par la suite quand j’ai dû passer des concours difficiles, et parfois dans des réunions plus ou moins savantes. Je regrette aussi de ne pas avoir travaillé davantage mon anglais ce qui aurait pu m’être fatal lorsque j’ai dû passer lesdits concours. Et lorsque je suis à l’étranger ou même dans certaines visites de presse qui se font à présent dans la langue de Milton. Et aussi : de ne pas avoir eu le courage d’apprendre le solfège et la musique en général alors que ma mère avait bénéficié de cours de piano, instrument dont elle jouait assez bien (mais pas du classique ! Que les succès d’après guerre). Mes parents n’ont pas écouté ceux qui leur disaient que j’avais l’oreille musicale, parlant même de virtuosité. J’ai animé des tas de soirées, à imiter des chanteurs en m’accompagnant à la guitare, mais je pense que j’aurais pu faire mieux. Je regrette aussi, un peu comme tout le monde,  d’avoir fait de la peine à des personnes que j’ai croisées dans ma vie,  par bêtise ou peut-être cruauté. Mais bon, chacun a sa part de souffrance, de sottise et de soucis. A une certaine époque, j’ai regretté de ne me pas être installé à Paris où j’avais des relations. Avec le recul, j’ai sans doute bien fait. Ainsi j’aime toujours Paris. </em></p><p><em> </em></p><p><em>Q : Et motifs de satisfaction ?</em></p><p><em> </em></p><p><em>R :  D’avoir vécu une période où le pays n’a pas été frappé par la guerre, en tout cas à partir des événements d’Algérie. On mesure la chance que nous avons eue quand on voit que cela s’agite sur le plan européen et international. D’avoir connu  aussi la libération des mœurs et donc ni frustration ni recours à des échappatoires. Ni culpabilité immédiate. De ne pas avoir été victime du fanatisme. D’avoir vécu l’espoir et l’optimisme du grand soir même si les lendemains ont été plus douloureux. De ne pas avoir perdu de proches avant un âge décent. En revanche,  j’aurai perdu des amis beaucoup trop tôt : Jacky et André dans un accident de voiture (dans laquelle j’aurais pu ou dû me trouver). Jean-Paul Martin, qui m’a tant soutenu, en publiant mes poèmes. Des écrivains… Des artistes… Georges Desmouliez… </em></p><p><em> </em></p><p><em>Q : Avez-vous des tics, des manies ?</em></p><p><em> </em></p><p><em>R : Je répète à tout bout de champ : Tu m’diras… comme d’autres ont besoin de la cheville « voilà »… C’est la manifestation de ma pensée dialectique. Je ne peux m’empêcher d’envisager les deux aspects d’un problème. Par ex. je soutiens la cause écologique… Puis vient le fameux Tu m’diras, et j’essaie d’envisager les aspects contraires, ou du moins qui tendent à la nuancer. Quand quelqu’un de mon entourage fait quelque chose d’un peu inattendu, je propose, en roulant les r sur le modèle d’un directeur de cirque dont on m’a rapporté les propos : Eh bien je crois qu’on peut l’applaudir… A merci, je réponds : y’a pas de que… A merci beaucoup, dans l’intimité,  de rien beau c… Quand j’ai une envie urgente d’uriner ou pire encore je répète : ouite ouite ouite, que j’emprunte à un sketch de Magdane. Je dis aussi : Y’a que les gens sales qui se lavent… Il est pas un peu con, lui oh… (avec l’accent d’Elie Kakou imitant un kakou marseillais). Ou : c’est fini, oui ? en imitant Louis de Funès. Ou : t’inquiète pas, Marcel, sans doute en référence aux Charlots.  Enfin, lorsque je cherche à argumenter de manière quelque peu spontanée, j’ai tendance à recourir à un raisonnement par analogie : c’est comme ceci ou comme cela… Evidemment l’analogie a ses limites et ne fonctionne pas à tous les coups. </em></p><p><em>      Quand je commence une collection, il faut que j’aille jusqu’au bout. Mais on ne peut parler de manie. Plutôt de compulsion répétitive. Le fort-da freudien. On touche là à l’inconscient et je ne suis pas forcément le mieux placé pour en parler.</em></p><p><em>      Depuis toujours, sans avoir de problèmes particuliers avec mes tympans, j’entends un mot ou une expression pour un(e) autre, ce qui m’a fait commettre un nombre incalculable de contresens. Par ex, j’entendais : « Aux 500 chanteurs » pour « O sphinx enchanteur » dans une chanson de la belle époque. Ce qui ne voulait rien dire et fomentait une énigme. Dont je me disais que j’aurais le fin mot quand je serais en âge de comprendre. Dans une chanson d’Adamo je comprenais « l’or gris si fort » alors qu’il s’agissait de l’orgueil. Dans une pièce  célèbre de Feydeau, la protagoniste entend ping-pong, au lieu de pis que pendre. Pas étonnant que je me sois intéressé ensuite à Michel Leiris et sa </em>Règle du jeu<em>. A Billancourt entendu comme Habillé en court, je connaissais par expérience.</em></p><p><em> </em></p><p>                  Revenons à SLC. Très proche du précédent, mais plus orienté sur la franchise supposée. <em>Le jeu de la vérité</em>. J’étais une vedette et que l’on me soumettait ce questionnaire. Je ne sais plus ce que j’aurais répondu mais voilà ce que je réponds aujourd’hui.</p><p>                  Avec une différence : Rien ne me fait aussi peur que le vedettariat et je refuse des tas de propositions honorables dont d’autres rêveraient. J’en cite trois : on m’a demandé de m’occuper d’une maison d’édition. Un grand artiste voulait que je l’accompagne en tant que poète/écrivain dans certaines de ses expos. J’avais été choisi parmi une poignée d’écrivains célèbres pour lire mes textes lors d’une exposition de niveau national… On veut aussi que je participe à une sorte de colloque, un hommage public à un auteur décédé… Refus catégorique… Plus envie.</p><ul><li><em>As-tu déjà triché ?</em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Oui, cela m’est arrivé en classe pour une épreuve d’Histoire, je crois et lors d’un oral du bac. Pour rien d’ailleurs car mes antisèches ne correspondaient pas aux questions posées. Ceci dit je ne sais pas tricher. Ca se lit sur ma figure. Je bafouille, je rougis. Je ne sais pas jouer la comédie, du moins en public. Aussi je m’en abstiens. De même, je ne sais pas mentir frontalement. Sauf dans le noir évidemment. Alors là je me suis pas mal rattrapé…Pourtant il s’agissait moins de mensonges que d’excès passager d’enthousiasme, de confusion entre désir et sentiments. </em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>As-tu volé ?</em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Oui, plus par jeu que par convoitise. Des bricoles : un badge, un bonbon, un magazine porno dans un bureau de tabac. Un livre trop cher, mais avec modération. Jai piqué de l’argent à mon père, jamais à des amis. </em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>As-tu essayé d’arnaquer tes amis ?</em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Pas des amis, des relatons. Oui une fois lors d’un réveillon que j’avais organisé, l’année du bac. Or ils furent plus malins que moi. Ils ont vite découvert le pot aux roses. Et m’ont fait prendre la honte de ma vie et l’envie de recommencer. Et j’y ai été pour ma poche. Une somme dérisoire au demeurant. Belle leçon !</em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Y’a-t-il des moments de ta vie dont tu n’es pas fier ? </em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em> Je me suis moqué d’un pote qui avait voulu, maladroitement, séduire l’une de mes compagnes avec des motifs un peu lourdingues. On n’a jamais pu se réconcilier et c’est bien dommage car nous avions été très proches pendant deux ou trois ans. J’ai fait pire : j’ai incité un camarade de classe, à l’école primaire, à chaparder je ne sais plus quel objet, pour me faire bien voir de lui, puis l’ai dénoncé à la papetière volée, toujours pour me faire bien voir, des commerçantes. Où peut donc nous conduire le besoin d’affection et de reconnaissance ? Le camarade l’a mal pris. J’ai toutefois échappé à la raclée promise. Avec certaines petites amies, je n’ai pas été réglo. Flirter avec l’une sous le regard de l’autre. Profiter de l’absence de l’une pour séduire sa copine… Sans doute pour me prouver quelque chose. Pour me venger des périodes difficiles, après mon accident de mob. Celui-ci m’a fait perdre un an de scolarité, pas mal de mes moyens et de mes certitudes. Pourtant ce fut un mal pour un bien car, en redoublant, je me suis découvert une véritable passion pour la lecture…Et plein de copains avec qui en parler. Dernièrement, à St Petersbourg, je me suis quelque peu embrouillé avec une vendeuse de glaces qui faisait sûrement son travail d’attrape-touristes. J‘ai refusé de la payer, la plongeant dans un profond embarras vis-à-vis de son employeur. Mon repentir m’a rappelé ce passage de </em>Jacques le Fataliste <em>où un aubergiste change tu tout au tout son attitude quand il réalise que son débiteur va finir avec sa famille sur les routes, à la besace…</em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Quels ont été les plus mauvais moments de votre vie. </em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Je ne parlerais pas de ma prime enfance parce que je ne m’en souviens guère. C’est ma tante qui m’a rappelé que mes parents m’avaient laissé plus de 3 ans chez ma grand-mère et qu’elle m’avait en partie élevé. Sinon, en priorité : ceux où mes parents m’ont abandonné, deux étés consécutifs, dans un village des alentours, pour partir en vacances. </em>Les garçons pleurent<em>, chantait Richard Anthony sur les ondes de la radio, ma principale échappatoire. Ma sœur était de son côté chez sa marraine. Qu’est-ce que je pouvais m’ennuyer chez cette personne que  je ne connaissais pas et qui était la maman d’un vieil ami de mon père ! Elle était liée à Audiberti et pas mal d’écrivains à succès. Quand Nougaro chantait à Montpellier, il lui envoyait un mot bienveillant et des invitations. J’étais trop jeune pour apprécier. Un jour,  je rencontrais deux frères, connus en colonie de vacances. Leur mère m’invita à déjeuner. J’étais tellement ému par la bonne entente familiale, que  je m’enfuis comme un malpropre, en larmes. </em></li></ul><p><em> </em></p><p><em>Plus récemment, ceux durant lesquels mon épouse a été atteinte d’une grave maladie. Et puis deux lieux et deux événements : Albi où j’étais invité à faire une conférence et dont je me suis carapaté à la suite d’une remarque désobligeante d’un artiste parisien, suffisant et malveillant, et Nice où j’ai quitté la salle de conf. au moment où j’allais prendre la parole tout en me demandant ce que je foutais là. Ces deux épisodes m’ont pas mal traumatisé, en tout cas durant des années, et j’en ai tiré des conséquences : j’ai abandonné quelques temps la critique d’art. Ce sont les artistes qui sont venus me chercher.</em></p><p><em> </em></p><ul><li><em>Les meilleurs ?</em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Il y en a des tas. Je tirerai du lot : quand j’ai vu s’afficher sur l’écran de mon ordi mon admission à l’agrégation. J’en ai dansé de joie. Idem pour mon Capès auparavant. On m’avait tellement seriné que je n’étais pas une bête à concours. </em></li></ul><p><em>Une conférence réussie à Laon, il faut dire que je l’avais préparée. </em></p><p><em>Une conquête surprise, où l’autre a fait les premiers pas. Une collègue, votre idéal au féminin, que vous imaginiez inaccessible et qui vous tend les lèvres alors que vous n’auriez jamais osé, même pas en rêve.  </em></p><p><em>Les rencontres avec Michel Butor, à Nice, à Gaillard ou à Lucinges, parfois en voiture, lequel m’a  tant apporté sur sa lecture des grands auteurs et son recours à des structures préétablies dans ses œuvres littéraires. Certaines soirées chez Maurice Roche, à Lagnes, qui me racontait par ordre alphabétique les rencontres de sa vie. Le problème,  c’est qu’il dérapait sous l’emprise de l’alcool. Il fallait donc marcher sur des œufs et ne jamais le contredire. </em></p><p><em>Un trajet aller-retour avec Claude Viallat qui m’a raconté ses débuts. Passionnant.</em></p><p><em>Le jour où mon épouse, qui m’avait tapé dans l’œil, m’a inspecté avant que de m’embaucher dans la boite privée où nous avons plus ou moins débuté notre carrière. Après il y a des moments conventionnels : La naissance de mes filles. De ma petite-fille. Parfois c’est un je ne sais quoi ou un presque rien : un moment de grâce lors d’un voyage ou d’une randonnée. Une remarque qui fait du bien. Un compliment… A condition qu’il ne soit pas fait en public. Une lettre élogieuse et amicale de Vincent Bioulès. Une attention, des vœux, d’un artiste ou d’un écrivain qui me parvient par la poste, alors que je ne m’y attendais pas ou plus.</em></p><p><em> </em></p><ul><li><em>Le plus cocasse ?</em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Un jour d’été, entre midi et deux, ma mère était à la mer, Ray avait amené une copine à lui dans le lit conjugal. J’en avais fait de même, au même moment, dans ma chambrette. Aucun des deux n’osa sortir de peur de rencontrer l’autre, par discrétion de mon côté. La maîtresse d’un jour et ma copine se rencontrèrent en allant toutes deux aux toilettes au même moment. Je n’ai jamais pu savoir de  qui il s’agissait. Cela m’a inspiré un </em>Pré-texte à la manière de Michel Leiris<em>. Je suis parti d’une chanson de Pierre Louki, </em>Pour faire rimer cul avec escarpolette,  il faut bien du talent, il faut bien du talent,<em> en supposant que la personne portait ce prénom et que nous nagions en pleine histoire de c…</em></li></ul><p><em> </em></p><p><em>            En voici un extrait. La longueur des phrases est voulue pour suggérer l’idée de labyrinthe à         laquelle on associe souvent la ville :</em></p><p><em> </em></p><p><em>« </em>Toujours est-il que j’étais loin de me douter (à l’époque où je l’écoutais, en pleine jeunesse passablement éthylique et libertine, tandis que je me cherchais en les livres et le regard des autres sans imaginer qu’un jour ces deux lignes et quelques notes les accompagnant résonneraient dans ma mémoire où elles s’étaient à mon insu imprimées, avec une insistance particulière à l’instant de me mettre à rédiger ce prétexte, le troisième d’une série qui devrait en comporter douze, et qui sont  comme une façon de me situer par rapport aux grands noms de notre modernité, en considération de l’influence qu’ils ont exercé sur ma décision d’écrire ou sur mes options esthétiques et intellectuelles) qu’il me serait possible alors un jour de les mettre en relation avec mon admiration pour Michel Leiris, relancée par mon intention d’expliquer à mes Première un texte de lui que  je devais au départ emprunter à <em>Nuits sans Nuits</em> (que m’avait indiqué Bruno Roy) mais que j’ai finalement extrait d’A <em>Cor et à cri</em> et que j’ai intitulé pour des raisons de commodité mais aussi dans l’intention de faire sourire les élèves : le rêve de Fez, ville que j’ai moi-même visitée avec le peintre Fouad Bellamine et qui effectivement se présente tel un labyrinthe en lequel on peut facilement s’égarer, un peu comme tout écrivain tend à se perdre (mais c‘est pour mieux se retrouver) dans le dédale de ses phrases mais l’auteur de ce récit de rêve met ses difficultés à se repérer sur le compte de son angoisse du vieillissement lui interdisant de longues déambulations riches en découvertes tandis qu’une parenthèse (où il est question de <em>parent</em>s avec qui il ne se sent pas à l’<em>aise</em> et qu’il doit à tout prix rejoindre alors que le retard se fait grandissant) me laisse à penser qu’il règle en quelque sorte son compte avec les impératifs familiaux interdisant au créateur de se laisser aller aux nécessaires dérives hors de la norme sociable… »</p><ul><li><em>Dis-tu la vérité dans ce livre ?</em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Ce n’est pas mon but. Je ne me situe pas dans la tradition des </em>Confessions<em> de Rousseau qui avait une ambition théologique. Je me sers de certains souvenirs comme des repères afin d’avancer dans la déambulation urbaine et m’approprier la ville mais je suis davantage tourné vers l’aspect formel, ou compositionnel, du livre que vers les révélations scandaleuses. Tel n’est pas mon tempérament. J’essaie de reconstruire ma relation à une ville, ma ville natale, que j’ai quittée sans l’avoir prémédité, à ma façon, comme un artiste se sert d’un plan de ville et le reformule selon de nouvelles lois, de nouveaux critères. </em></li></ul><p><em> </em></p><ul><li><em>Par ailleurs, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. D’autant qu’elles sont souvent subjectives, déformées par la mémoire ou le refoulement. Pirandello l’avait bien résumé : </em>Chacun sa vérité<em>. </em></li></ul><p><em>Deux exemples : ma chute en début d’ouvrage est imaginaire, de même que la tuile qui tombe du toit. La visite au musée etc.</em></p><p><em> </em></p><p><em>T’est-il arrivé d’avoir eu peur ?</em></p><ul><li><em>Pas vraiment. Chaque fois que je me suis trouvé dans une situation dangereuse à l’instar d’un accident, je n’ai pas vraiment réalisé. Parfois, j’ai été pris dans l’action et n’ai pas eu le temps d’avoir peur. Ou alors j’ai eu confiance en ma chance, en la vie… C’est rétrospectivement que l’on a peur. Les seules fois où j’ai été pris de panique, c’est dans ma prime enfance, quand je me suis retrouvé face à un dindon ou à un mouton de ma taille. Ou quand j’ai perdu ma grand-mère, lors d’une balade. Je suis plutôt sujet à des phobies qui ne peuvent se contrôler : en voiture, en public, dans l’eau, éventuellement, dans l’avion plus rarement. En revanche, il m’est arrivé d’avoir peur en cauchemar. Ou de m’imaginer des situations traumatisantes : être enterré vivant, exposé au supplice des rats, obligé de sauter en parachute… </em></li></ul><p>                Il y avait aussi <em>les 101 secrets de</em> : (ce qui revient un peu au même sauf que l’on choisit ses confidences sans avoir à répondre à une question). J’en révèle quelques-uns</p><ul><li><em>Quand on accuse quelqu’un d’un vol ou d’une exaction, j’ai toujours peur que l’on ne me croit coupable. Aussi ai-je l’air coupable. Dans le même ordre d’idée, si l’on me parle de crise cardiaque ou d’AVC ou d’accident lié à la santé, j’imagine toujours que j’en éprouve les symptômes. Quand je prends l’avion, j’envisage le pire et je suis systématiquement les consignes de sécurité que je ne parviens pas à mémoriser. Bref, comme disait ma grand-mère : Je suis un peu maboule. En tout cas superstitieux : A l’instar de Jean-Jacques (Rousseau),  je joue parfois ma vie sur le simple fait de rater un geste (jeter un objet dans une poubelle, compter le nombre de passes au jeu de ballon etc.). La liste est inépuisable de mes appréhensions et phobies :</em></li></ul><p><em> </em></p><p>Au passage à niveau, je crains toujours que le train ne m’écrabouille.</p><p>Si je passe sous une aire d’autoroute ou un viaduc, il ne peut que s’effondrer.</p><p>Si un taureau saute par-dessus les barrières, c’est forcément pour foncer sur moi.</p><p>Si la foudre sévit, elle devra forcément s’abattre sur mon dos.</p><p>Si un arbre tombe c’est pour ma pomme.</p><p>L’œil que l’on crève, dans <em>Le chien andalou</em> de Bunuel, ça pourrait être le mien.</p><p>Si une balle se perd, elle ne sera pas perdue pour tout le monde, si je me trouve par hasard dans les parages.</p><ul><li><em>Je suis le roi de la gaffe : par ex, j’ai prétendu avoir discuté du cas d’une élève avec son grand-père qui était mon voisin alors que celui-ci était mort dans la semaine, ce que j’ignorais. Elle est sortie de la salle en pleurant</em>. <em>Bien embêté le prof</em>… <em>Cela ne m’a jamais quitté : j’ai félicité le grand peintre R.C. pour un centaure improvisé sur un livre d’or dans un restaurant, sauf qu’il s’agissait d’un taureau. Heureusement que l’intéressé ne manque pas d’humour !!!</em></li><li><em>Inversement, quand je me sens à l’aise, j’ai pu m’amuser toute une soirée à défendre une thèse paradoxale, uniquement pour le plaisir de pousser un raisonnement jusqu’au bout. Au grand dam bien sûr de mes contradicteurs. Je me souviens l’avoir fait pour les responsables du sang contaminé en pleine découverte du Sida. Parfois je me trompe lamentablement comme cette fois où j’ai insisté pour placer la tombe de Napoléon au Panthéon (à cause d’une chanson de Brassens : Pauvres grands disparus gisant au Panthéon…), alors que je l’avais visitée quelques années plus tôt, aux Invalides. Pourquoi cette obstination suicidaire et idiote ? Le besoin masochiste de s’auto-flageller ? Dernièrement, Claude Viallat m’a fait remarquer que la contrepartie d’un prêt ne pouvait être une offrande. Il m’a fallu réviser mes conceptions et corriger, tout penaud, mon texte… Mais comment peut-on être aveugle devant de telles évidences ? </em></li><li><em>La première fois que je suis rentré dans une salle de classe en tant qu’enseignant, je tremblais comme une feuille. Une heure après, j’étais fier comme Artaban.</em></li><li><em>Je suis le roi du jeu de mots bien opportun et en général très apprécié. Je tiens sans doute cela de mon père qui s’amusait à ânonner succucu succulent ou la petite cucu la petite cuillère. Il est bien concon, il est bien content. J’en passe et des meilleures.</em></li><li><em>Personne ne m’a appris à nager. Je suis débrouillé tout seul, tant bien que mal, tout comme ma sœurette, à la plage de Palavas, quand elle n’était pas envahie de touristes sans-gêne et de crottes de chiens mal éduqués. En revanche, pour la critique d’art, j’ai eu besoin d’un petit coup de main de mes amis. </em>With a little hand for my friends<em>. Et j’ai eu la chance de rencontrer tout de go quelques-uns de plus grands : d’Alkema et Bioulès à Viallat en passant par Clément, Fournel, Gauthier et Reynier pour ne citer que les plus marquants. En littérature : Outre Michel Butor, Maurice Roche, Yves Bonnefoy j’ai profité des leçons de quelques autres (Parant, Novarina, Laporte). Je suis reconnaissant à Jean-Louis Beaudonnet, et à sa première épouse Claude Sarthou, de m’avoir mis en rapport avec ce milieu et de m’avoir prêté des livres d’art contemporain.</em></li><li><em>Je suis sujet au vertige, depuis toujours. J’ai été traumatisé par une chute d’un perron, chez mon parrain, le berger de Restinclières (cCoïncidence : l’amie Domi qui me soigne pour cela habite à peine à quelques encablures du lieu du drame), et par un accident de voiture (où ma sœur et moi étions à l’avant. Ma tante et sa sœur bavardaient à l’arrière – et sans ceinture de sécurité !). Un ivrogne nous avait percuté tous feux éteints. En vieillissant, j’ai de plus en plus de mal à conduire sur les autoroutes. Mon appréhension de la prise de parole impromptue en public vient sans doute aussi de là. Cela explique mon perfectionnisme. Une erreur bénigne me gâche la journée. Une faute grave m’empêche de dormir. J’ai besoin de repères, de structures fortes. De garde-fous ? </em></li><li><em>J’ai des tas de petits regrets pour la plupart insignifiants : Par ex, pour une fois que je dinais chez un copain du Piochet, ma tante est venue me chercher pour aller voir au ciné </em>D’où viens –tu, Johnny<em>, avec l’idole d’alors. J’étais furax et même le fait d’avoir vu le film un peu plus tard, assez mauvais du reste, n’a pas effacé la terrible déception. </em></li><li><em>Une autre déception : lors d’un dîner avec des amis de mes parents, avenue d’Assas, je rencontre le 3<sup>ème</sup> gardien du SOM et qui m’invite à récupérer un ballon, chemin de Moularès. Pendant 4 jours, je ne pense qu’à ça et le jeudi je m’y pointe. Je trouve bien une personne correspondant à son nom mais pas du tout  au joueur en question. Je m’en retourne très chagriné et me demandant si l’on ne s’est pas quelque peu moqué de moi ou du moins si l’on ne s’est pas vanté un tantinet.</em></li><li><em>J’ai regretté d’avoir fait un détour à mobylette du côté des Aubes pour récupérer mon copain François (perdu de vue), lequel finalement n’a pas voulu venir. Cela m’a fait perdre un précieux temps, à cause duquel j’allais rencontrer sur la route un p… de camion qui a failli me tuer et à cause duquel je me suis retrouvé à l’hôpital avec la cheville cassée. Il n’y a pas de petits faits en soi. Ils s’intègrent à une chaine de coïncidences et finissent par avoir des conséquences plus ou moins graves. On le sait tous : Les petits ruisseaux font de grandes rivières. Une histoire de fille que je connaissais à peine, rencontrée à la porte du car, que je voulais retrouver à Pignan, dans la banlieue montpelliéraine. </em></li><li><em>J’ai lâchement abandonné mon ex beau frère, que j’aimais pourtant beaucoup, lors d’une bagarre villageoise. Je ne sais parce qu’il m’a pris. Je n’avais même pas peur.</em></li><li><em>Je suis parfois un peu dur de la « comprenette ». Il me faut m’éloigner de la situation pour qu’elle m’apparaisse avec netteté. Aussi dois-je ou ai-je pu passer pour un idiot. J’en donne un exemple précoce : quand j’allais au cinéma, je n’arrivais pas à comprendre que les extraits publicitaires des films à venir étaient conçus comme un résumé. J’avais l’impression qu’il s’agissait de petits films et donc que j’en avais vu plusieurs quand on rentrait après la séance. Quand un film était permanent, comme ça se faisait beaucoup à l’époque,  j’étais quasiment sûr qu’en retrouvant le moment de notre arrivée, la suite allait être différente et j’étais très  déçu de vérifier que la suite était du pareil au même. </em></li></ul><p><em>Un jour qu’un commerçant de Lunel nous avait invités, Ray ayant travaillé chez lui le matin, je prenais les amuse-gueules et autres apéritifs pour un repas complet. Et je trouvais ça merveilleux qu’au restaurant, on fasse ainsi plusieurs repas. </em></p><ul><li><em>Tout jeune encore, j’ai échangé sans regrets ma trousse entière contre un appointe-crayon qui me faisait envie. Il arrive à des collectionneurs de tellement désirer un objet qu’ils sacrifieraient bien, l’espace d’un instant, à l’extrême, l’ensemble de leurs trésors contre cet objet temporairement inaccessible. Ainsi Don Juan aurait été capable de tout sacrifier, y compris sa vie, ou sa liberté d’agir, pour un seul moment de plaisir intensément souhaité.</em></li><li><em>Je suis très suspicieux envers les colères que l’on prétend saines ou que l’on nous présente comme une vertu. Pour moi, elle n’a jamais été bonne conseillère. Et j’essaie d’éviter d’y céder même si les raisons ne manqueraient pas : sur la route, dans les transports en commun, quand les promeneurs lâchent leurs chiens…</em></li><li><em>Quand il faut choisir entre le chimique et le naturel, je choisis le naturel. Jusqu’à présent cela ne m’a pas trop mal réussi.</em></li><li><em>Quand je vois des listes de livres publiés, je ne peux m’empêcher d’imaginer que l’on m’en offre un certain nombre, à la suite d’un concours gagné par exemple, et que je peux choisir lesquels. Pourtant la pléthore de publications, dont beaucoup de médiocres à mon goût, dans les grandes librairies, me donne la nausée. J’ai même esquissé un roman à ce sujet. Le héros y vomissait systématiquement du papier. J’en livre un extrait…</em></li></ul><p>             C’est quand j’ai senti la nausée me gagner alors que je venais d’apprendre que ma femme attendait un garçon que les choses ont commencé à se gâter. Le bonheur, c’est simple comme un coup de fil. Je passais, vers le soir, à mon accoutumée, devant la vitrine d’un confrère, à laquelle je jetais machinalement un coup d’œil furtif, quand j’ai senti comme un étourdissement, un vertige passager mais que je n’ai pu m’empêcher par la suite de mettre en rapport avec ce que le poète au cœur mis à nu définit comme l’aile du vent de l’imbécillité. Je n’ai pas réalisé tout de suite de quoi il s’agissait. J’ai mis ça sur le compte de la fatigue nerveuse, de la chaleur exceptionnelle de ce juillet précoce, du mauvais champagne bu en fin de repas de midi avec le patron et qui décidément avait du mal à passer. J’ai dû ralentir le rythme, moi qui sème aisément mes compagnons de randonnées alpestres, faire semblant de contempler la vitrine de plus près et me coller ainsi contre le verre frais, ce qui m’a fait du bien. Il n’y avait personne à l’intérieur, la boutique avait été fermée en même temps que la nôtre et j’ai pu, en rasant les murs et devantures, sans trop me faire remarquer des passants distraits, rejoindre la station de taxi la plus proche car il n’était pas question de prendre les transports en commun. Claustrophobie oblige. D’autant que je ne puis entrer dans un bus sans me remémorer les voyages interminables dans l’arrière-pays du littoral méditerranéen qui avaient marqué mon enfance, où j’avais restitué aux adultes qui m’entouraient davantage encore que ce que j’avais ingurgité, comme quoi il n’y a pas que les artichauts. Dans le véhicule je me suis senti mieux, presque soulagé et j’ai même plaisanté avec le chauffeur sur mon nouvel état conjugal ce qui ne l’a pas du tout mais alors pas du tout fait rire mais bon on sait ce que c’est qu’un garçon de café dans notre pays. Ensuite je suis rentré dans notre deux-pièces cuisine salle de bains, je n’ai rien dit de l’incident à ma femme, il était stupide de l’alarmer inutilement, surtout dans son état. Nous avons regardé la télé, un plateau sur les genoux, un reportage sur l’anorexie mentale chez les jeunes et j’ai pensé que ça devait être terrible d’être le père d’un enfant-plume.</p><p>         Le lendemain, en début de matinée, devant l’étal des soldes et collections sacrifiées du confrère, alignées comme des panini, tous ces exemplaires abîmés, sans éditeur crédible, certains ayant fait faillite, ou non récupérés par les clients, ou retournés car renvoyés trop tard – j’en étais responsable – je me suis souvenu du malaise de la veille ce qui immanquablement m’a déclenché une crise d’angoisse, assortie du même symptôme, dans l’autre sens toutefois. Je me suis retenu à la planche de bois et me suis déplacé de gauche à droite, à la manière d’un crabe. Chacun vaquait à ses occupations et nul ne m’a posé de questions, fort heureusement car elles suscitent en général chez moi un surcroît d’appréhension, bien compréhensible au demeurant quand on connaît les hommes, qui peut aller jusqu’au vertige. J’ai fait un effort sur moi-même, j’ai inspiré un bon bol d’air à l’arrière-odeur suspecte et mes forces sont revenues, il n’aurait plus manqué que ça que je me trouve mal en plein travail, déjà que le patron m’avait laissé entendre qu’il n’était pas sûr de conserver tout son personnel et qu’il songeait même à fermer la boutique, avec la concurrence des grandes surfaces et cette nouvelle mode des distributeurs à tous les coins de rue – et je ne parle pas des soldeurs et autres artisans des marché aux puces qui entretiennent l’illusion d’une marchandise  très bas prix…</p><p>         Les vacances approchaient. Ce n’était plus qu’une question de semaines. J’ai décidé de passer outre, de n’en référer ni au médecin de famille, ni à mes collègues lesquels en général ont des avis contradictoires qui n’aboutissent qu’à une brouille entre eux et à l’embrouillamini dans mon esprit. J’ai mis en rayon quelques nouveaux arrivages, pas bien fameux en ce début d’été, du moins ceux qui étaient référencés, que voudriez-vous donc qu’ils emportassent sur les plages et je n’y ai plus pensé. La journée est vite passée. Cartons à déballer, cartons à remballer, vérifications des factures, des exemplaires manquants. Porter, rapporter, transporter, on n’imagine pas la dépense d’énergie physique que suppose la cause intellectuelle. Colère du patron pour la énième fois contre l’obligation d’accepter les « offices » alors que la trésorerie est au plus bas et que certains des ouvrages reçus seront vendus au prix coûtant dans certaines grandes surfaces ou les maîtres-soldeurs patentés. J’ai conseillé un ouvrage sur les châteaux franciliens, à visiter en priorité, à des          touristes japonais parlant couramment l’anglais moi qui l’ai appris grâce à la pop de papa. J’ai dégoté des cours de vacances pour des parents inquiets du niveau de leur progéniture en langues vivantes comme quoi je ne suis pas le seul. Enfin, une grosse vente, le patron m’a fait un signe avec le pouce, pour un anniversaire, des photographies de Sao Paulo by night au quotidien moi qui n’ai jamais mis les pieds ou très peu au-delà de mon territoire hexagonal. Dans l’après-midi, une jeune femme qui ressemblait à… une actrice que de toutes façons on ne voit plus, m’a demandé s’il existait des techniques qui aident les futures mamans à se maintenir en forme, j’ai compris qu’elle voulait dire à ne pas trop prendre de poids et je lui ai résumé ce qu’en disait un auteur, un professeur quelconque, dont j’avais offert à sa demande le dernier livre à ma chère et tendre, qui l’avait lu et me l’avait résumé à sa façon, tout comme moi la mienne. Je me suis bien           gardé de dire à l’intéressée que les conseils de base traînent sur Internet, c’eût été aux yeux du patron une faute professionnelle. La jeune femme était ravie. Elle m’a souhaité bonne chance et je me suis dit que c’était un signe, que tout du moins mon rejeton ne serait pas anorexique, ni autiste ni même la proie de diverses névroses à l’instar de son géniteur car je m’étais renseigné, elles ne sont pas héréditaires, du moins pas au sens où on l’entend. J’ai senti alors comme une douleur aiguë analogue aux spasmes intestinaux quand le sandwich-kébab, avalé sur le pouce, contenait trop d’oignons, d’épices pimentées et autres cochonneries, si je puis m’exprimer ainsi et que la pharmacie de service se trouve à l’autre bout de la ville, dans un quartier peu recommandable. Il est vrai que, depuis l’heureuse nouvelle, nous abusions des boissons à bulles : il fallait tout de même informer la terre entière et quand on y pense ça fait tout de même pas mal de monde. Un citrate ou autre adjuvant et cela se guérirait de soi-même. Je n’imaginais pas alors combien je pouvais me tromper.)…</p><ul><li><em>J’ai connu comme tout le monde de grosses déceptions. Je me souviens qu’un 20 août pour ma fête, en colonie de vacances, j’attendais qu’on me la souhaite publiquement comme à l’accoutumée. Or ce soir-là, rompant les habitudes, la direction avait décidé d’honorer un membre de l’équipe, cuisine ou autre. Au moment d’appeler l’heureux élu, mon élan fut interrompu brutalement, mon bonheur coupé net, évanoui d’un seul coup et j’y pense encore aujourd’hui. Le plaisir banni. J’étais très sensible en ces temps-là. </em></li></ul><p><em> </em></p><p>Et ce n’est pas tout, je reviens à SLC :</p><p>                  On y trouvait des <em>Matchs</em> entre deux idoles : Va falloir que je me dédouble, car      j’avoue qu’il m’arrive de ne point pouvoir me décider entre deux idées antagonistes, lesquelles me paraissent avoir autant de défauts que de qualités ? Essayons d’expliciter mon propos.</p><p>      Question ? Quelle est votre position par rapport à la meilleure manière de se soigner ?</p><p><em>R 1 : Par les aliments assurément. Manger équilibré en évitant les sucres rapides, les graisses inutiles ou les blés trafiqués. Et l’alcool évidemment, dont j’ai si souvent abusé pour me mettre au diapason de l’ambiance. Ou pour décupler mes capacités sexuelles, m’imaginé-je. Disons plus simplement pour me désinhiber.  Dès que je fais un petit écart, je le ressens immédiatement, en cours ou sur la route. Naturellement, je n’ai pas toujours pensé ainsi et la désintoxication sans intermédiaire ni cure, de mon cru si je puis dire, a été longue mais décisive et quelque peu définitive.</em></p><p><em> </em></p><p><em>R2 : Je me fie en gros à l’avis des médecins. Je suis conscient que l’industrie pharmaceutique fait vivre bien du monde mais enfin si la mortalité dans certains domaines a reculé, c’est bien grâce aux antibiotiques ou aux médicaments permettant de réguler une tension trop forte. Je pense qu’il faut savoir raison garder et, le mieux, c’est d’équilibrer. Surveiller son alimentation et son hygiène de vie et prendre des médicaments indispensables quand c’est nécessaire.</em></p><p><em> </em></p><p>      J’ai du mal à trancher entre les deux positions même si la première me semble la plus attirante. C’est comme en politique. J’ai été de gauche la majeure partie de mon existence, et même, au début, de manière plutôt radicale. Je reconnais pourtant  que les partis ont commis bien des erreurs et je m’en suis un peu éloigné. Sans pour autant basculer vers les extrêmes, encore moins m’imaginer qu’un être providentiel va tout régler d’un coup de baguette magique. A une question sur mes opinions politiques je répondrais donc :</p><p><em>R1 : Plutôt à gauche. Ca donne bonne conscience. </em></p><p><em> </em></p><p><em>R2 : Soit plutôt au centre, soit je n’ai plus envie de décider. Aux jeunes de prendre leurs destins en mains.</em></p><p>Et le réchauffement climatique ? L’apocalypse que l’on nous promet régulièrement ?</p><p><em>R1 : J’y suis assez sensible. La nature se met en colère et c’est bien dans la nature des choses. A l’homme de s’y adapter en agissant avec prudence. Sinon, les catastrophes vont se multiplier. C’est le sort des animaux, sauvages, qui me touche le plus. </em></p><p><em> </em></p><p><em>R2 : On ne peut pas y faire grand-chose. Eviter seulement de ne pas s’agglutiner dans des petits périmètres exposés, ce qui ne peut que décupler le nombre des victimes. C’était la position de Rousseau,  que je fais mienne. S’il était nécessaire qu’une éruption eût lieu, de toute éternité je veux dire, à tel ou tel endroit, je ne suis pas sûr que l’intelligence de l’homme suffise pour en éviter les conséquences. </em></p><p>      Il y avait aussi la rubrique : <em>Je me déteste</em></p><p>      Là j’aurais de quoi révéler : Je me déteste :</p><ul><li><em>quand je me vois contraint de refuser une invitation pour des raisons que l’autre ne peut pas comprendre. Et me retrouver ensuite rayé de la liste…</em></li><li><em>quand j’accepte imprudemment une mission que je ne me sens pas la capacité d’accomplir.</em></li><li><em>quand je suis maladroit face à quelqu’un que j’apprécie, surtout s’il est connu.</em></li><li><em>quand je ne trouve rien à dire sur le moment et passe la nuit ensuite à énumérer tout ce que j’aurais pu énoncer.</em></li><li><em>quand je rate une occasion d’acquérir un objet convoité (par manque d’initiative) ou quand j’acquiers sottement un objet que j’ai déjà (par négligence ou malchance). </em></li><li><em>Quand je perds mes moyens ou suis pris d’un trou de mémoire au moment où au contraire j’aurais dû m’affirmer.</em></li><li><em>Quand je sens bien que je déçois quelqu’un qui avait compté sur moi.</em></li><li><em>Quand je confonds deux noms ou prends une personne pour une autre…</em></li></ul><p>            J’ai bien fait d’acheter SLC à l’époque<em>.</em></p><p><em> </em></p><p>            J’en profite pour indiquer que, au fil de ces déambulations dans le labyrinthe urbain de mes souvenirs, ou de la reconstitution que j’en fais,  je me rends compte que j’ai matière à écrire au moins dix livres du même genre<em>. </em>Je n’ai sélectionné que ceux qui me sont apparus, par association d’idées et qui concourent à la cohésion de l’ensemble, tout en tentant d’éviter les redondances.</p><p>            En outre, si les listes et insertions diverses interrompent le fil de la narration, rien n’empêche le lecteur de le sauter temporairement quitte à y revenir par la suite. On voit bien que ces procédés me servent de pré-textes, au sens strict du terme, et que la supposée vérité m’est donnée de surcroît. Ma version imparfaite d’une vérité indécise…</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-8557 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2026/05/IMG_8512-191x300.jpg" alt="" width="191" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2026/05/IMG_8512-191x300.jpg 191w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2026/05/IMG_8512.jpg 350w" sizes="(max-width: 191px) 100vw, 191px" /></p>								</div>
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		<title>RETOURS EN BOUCLES AVEC CLAUDE VIALLAT (catalogue la grande Motte)</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/07/09/retours-en-boucles-avec-claude-viallat-catalogue-la-grande-motte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Jul 2026 09:21:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[                  Texte BTN pour catalogue La Grand eMotte, accompagné d&#8217;un avant-propos et d&#8217;u entreien alphabétoqie (à paraître) CLAUDE VIALLAT HIER ET AUJOURD’HUI                                       Figure Forme L’exposition estivale de Claude Viallat, Capitainerie de La Grande Motte, réunit toutes les conditions à même d’incarner un jalon majeur de sa riche carrière.       TROIS ASPECTS D’UNE MEME PRODUCTION [&#8230;]]]></description>
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									<p>                 </p><p>Texte BTN pour catalogue La Grand eMotte, accompagné d&rsquo;un avant-propos et d&rsquo;u entreien alphabétoqie (à paraître)</p><p>CLAUDE VIALLAT HIER ET AUJOURD’HUI</p><p>                                      Figure Forme</p><p>L’exposition estivale de Claude Viallat, Capitainerie de La Grande Motte, réunit toutes les conditions à même d’incarner un jalon majeur de sa riche carrière.</p><p>      TROIS ASPECTS D’UNE MEME PRODUCTION</p><p>           Certes les visiteurs qui connaissent d’ores et déjà l’œuvre de Claude Viallat y retrouveront les toiles libres, sur tissus imprimés, dont certains de très grands formats, jalonnés régulièrement de la forme abstraite et répétée qui est devenue son image de marque. Ils y trouveront également des objets confectionnés par l’artiste, à partir de matériaux pauvres ou récupérés, assemblés de bric et de broc, qui prouvent que ce membre de Supports-Surfaces s’est intéressé également au volume et à des techniques de fabrication primitives.</p><p>          Il convient de rappeler que la découverte de la forme qui a rendu Viallat célèbre se fit par hasard, un bloc de mousse trempé dans de la javel. Quelque peu hésitante au départ, elle trouve ses contours définitifs grâce à des pochoirs astucieux imaginés par le peintre à partir de calendriers de la Société générale. Engagé dans la déconstruction radicale du tableau, l’artiste effectue une table rase dans les conventions picturales avant que ne s’amorce la reconstruction. L’exploration de la surface, et la question du support deviennent de plus en plus significatives au fur et à mesure qu’il avance dans sa carrière. A la Grande Motte, dans la continuité des 60 ans de la forme, célébrés en sa galerie Ceysson-Bénétière, à St Etienne, on pourra voir plusieurs tissus imprimés, principalement de motifs taurins, sans châssis et donc libres, qui tendent vers la simplification. Moins de couleurs, moins de contre-formes, moins d’accentuation des cernes, le support sous-jacent tend à exprimer davantage ses qualités particulières, incitant davantage encore au dialogue avec les couleurs du peintre…</p><p>          Quant aux objets, en l’occurrence des bois flottés, ils relèvent d’une activité ancestrale, la cueillette. Ces bois flottés, c’est un peu du monde des pêcheurs du Grau qui se glisse en la ville nouvelle, aux pyramides modernes,  telles des fleurs poussées sur du sable. C’est un peu de la culture gardoise et des traditions camarguaises qui traversent ainsi le fleuve Vidourle et laissent leur empreinte, grâce à l’un des plus grands peintres actuels.</p><p>          Les visiteurs y découvriront enfin de la peinture figurative, d’inspiration tauromachique, sur d’imposants panneaux de bois disposés en quatre triptyques et un diptyque, peinture de représentation à laquelle ils ne s’attendaient sans doute pas.</p><p>            Cette peinture reprend un motif ancestral lié aux traditions camarguaises que l’artiste mêle, dans des peintures récentes, à sa forme contemporaine. Figure et forme font ainsi bon ménage, de même que présent et passé, hier et aujourd’hui. .</p><p>   LE JEUNE VIALLAT</p><p>           Claude Viallat a souhaité revenir en effet sur le passé de  sa jeunesse et de ses années d’étude, dans la continuité des œuvres de 1957 à 1962 montrées au Moco rendant hommage aux Beaux-arts de Montpellier (<em>Une Histoire singulière</em>). On y voyait, d’un côté, trois tableaux figuratifs sur le thème de <em>La guerre</em>, Un <em>Bœuf écorché</em>, trois portraits peints et un dessin, une nature morte, un paysage en contre plongée figurant Aubais, sa ville d’enfance (et son château), de l’autre l’apparition de la forme en 1966, confrontée à une toile libre plus récente. Au début des années 60,  Claude Viallat est étudiant mais, appelé sous les drapeaux et confronté de plein fouet à la guerre d’Algérie, il interrompt ses études avant de les reprendre, une fois démobilisé. Le style du <em>Bœuf</em> et des tableaux de <em>Guerre, </em>peut être qualifié d’expressionniste. Le bœuf en particulier se réfère ouvertement à Soutine, et indirectement à Rembrandt.</p><p>           L’œuvre qui sera présentée, sur panneaux, est de 1963. Admis aux Beaux-arts de Paris, le jeune Viallat, qui vient en outre de se marier, bénéficie d’un prêt d’honneur de la municipalité d’Aubais, commune qu’il habite depuis sa naissance à Nîmes. La rencontre avec la capitale s’avère déterminante : découverte de l’abstraction dominante, puis du pop art (il cèdera à cette tendance le temps d’une série de « cibles », que l’on peut qualifier de « militaires »), confrontation aux grands peintres américains qui ne lésinent pas sur les formats gigantesques, amitiés avec quelques artistes prometteurs (Buraglio, Bioulès, Parmentier…),  premiers contacts avec les galeries&#8230; En contrepartie du prêt accordé, Claude Viallat réalise alors, pour la ville d’Aubais, cette œuvre imposante, à partir de scènes tauromachiques. Jamais il ne s’était attaqué à des formats aussi démesurés et cette œuvre incarne en quelque sorte son adieu à un certain type de figuration, avant  le virage de l’abstraction. Elle est dès lors car elle prouve l’attachement foncier de l’artiste au dessin, à la figure, au-delà de son intérêt pour la matière et la couleur qui caractérise sa production.</p><p>           Chaque panneau mesure 1 mètre 53 de large pour 2 m 45 de haut, de sorte que le triptyque mesure en définitive 4 m 60  sur 2 m 15. L’ensemble fait 21 mètres, ce qui est évidemment monumental. C’est la municipalité actuelle, son maire  Angel Pobo et son conseiller à la culture, Robin Boucheteil, qui nous prêtent généreusement, à la demande de l’artiste, cette œuvre exceptionnelle qui a longtemps séjourné dans la salle des fêtes du village. Rappelons que la même municipalité a organisé récemment, une grande exposition où les œuvres du regretté Patrick Saytour (autre célébrité d’Aubais), et celles de Claude Viallat se répondaient dans les divers espaces du château.</p><p>           Le support est rigide. Il s’agit de bois. Jusqu’en 65-66, Claude Viallat demeure en effet fidèle au châssis. Ce n’est qu’à la suite d’une découverte fortuite &#8211; il est alors du côté de Nice (L’Escarène), ville où il a enseigné de même qu’à la Seyne sur mer &#8211; qu’il adoptera la toile libre, ce qui lui permet de montrer la double face de la toile, de la faire intervenir dans l’espace, selon des modalités inédites ou encore de l’accrocher de façon tout à fait singulière et originale.</p><p>            Certes les panneaux sont figuratifs, la peinture des scènes de courses dites libres ou de corrida. Il s’agit toutefois d’une représentation non réaliste et non dépendante de la perspective linéaire. La scène est avant tout composée de formes et<em> de couleurs en un certain ordre assemblées</em>,<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a> les protagonistes ne sont pas peints de manière léchée, on repère sans doute une succession de plans et il arrive que le personnage en arrière-plan (incarnant sans doute le spectateur) soit figuré aux mêmes dimensions que le protagoniste au premier plan. On est plus proche d’une figuration que l’on dira elle aussi libre (après tout Viallat fut un grand lecteur et amateur de bande dessinée européenne), que de l’hyperréalisme ou que du réalisme social. Otons les figures, le dessin disparaît et ne restent que les rapports de couleur, que Claude Viallat ne tardera guère à adopter, à systématiser même. Il se trouve justement que la dernière expo estivale de 2025 en la Capitainerie fut celle de Robert Combas, grand figuratif devant l’éternel et grand consommateur lui aussi de BD. Ces panneaux prouvent que la figure, traitée de manière expressionniste,  a hanté le jeune Viallat, deux décennies avant son cadet, et qu’elle a abouti à la découverte et l’exploration de la forme.</p><p>            Entre-temps, il a découvert ses maîtres, notamment Matisse pour la couleur et Picasso pour le dessin et sans doute aussi la composition. Soutine pour l’expressionnisme. Pensons aussi, au nîmois Chabaud dans la continuité du fauvisme.</p><p>            Entre temps également, voulant se dégager de toute influence, il s’est ingénié à faire table rase, à la recherche d’éléments de base : le support, la surface, la forme. Tout en maintenant une intention résolument picturale.</p><p>      1963 : AUX PORTES DE LA CAMARGUE</p><p>            1963, c’est l’année où le nom de Jean Balladur est retenu pour concevoir La Grande Motte, celle où il est nommé architecte en chef de l’aménagement du littoral. L&rsquo;année où sa proposition est retenue de sorte qu’il pilote l’urbanisme de la station balnéaire. Celle-ci naîtra en 65. Controversée à ses débuts, elle bénéficie aujourd’hui du label envié de Patrimoine du XXème siècle.</p><p>          En 63,  le monde de l’art en France est divisé en trois tendances : le maintien d’une figuration fortement rénovée depuis Matisse et Picasso ; l’art abstrait alors dominant (Soulages et Hartung en tête, et la découverte des grands abstraits américains), le Pop art et ses variantes, notamment le nouveau réalisme, celui d’Arman par exemple, que Claude Viallat rencontre du côté de Nice (où il sera un temps professeur). Nice, comme Paris, est une ville en pleine effervescence.</p><p>          63, pour Claude Viallat, c’est la croisée des chemins. C’est Paris, précisément et une tradition (paysages, portraits, nature morte…) qu’il quittera pour la modernité, la contemporanéité d’une démarche qui a fini par s’imposer dans le paysage artistique français. Ce qui ne l’empêche pas sur le plan humain, de conserver des attaches rurales, son goût des spectacles taurins, et son attachement au dessin. Quelques années plus tard, il s’installe à Nîmes, y cultive son amitié avec Nîmeno 1 et devient un familier de la feria et de ses célèbres corridas.</p><p>          Quant à  La Grande Motte, elle s’est, depuis ses origines, enorgueillie de se trouver aux portes de la Camargue. Un territoire marqué par un certain nombre de traditions. Celles des manades, ces troupeaux que l’on voit paître librement, sous l’œil des gardians chevauchant leur superbes chevaux blancs, figures pittoresques et typiques d’une région très marquée par une configuration géographique particulière. Ici chaque village est fier de ses  « abrivados », de ses « bandidos », de ses « encierros », lesquels font partie des coutumes locales comme d’autres se glorifient de leur carnaval ou de leur fête de l’oignon. Claude  Viallat a ainsi choisi un motif en rapport de proximité avec le lieu, la ville par laquelle il a été invité.      </p><p>      LE MOTIF TAURIN </p><p>         Habitant d’Aubais, fréquentant les villages gardois des alentours, Claude Viallat ne pouvait échapper à la présence familière des taureaux dans les manades locales et à tout le folklore qui l’accompagne. Il est vite devenu « aficion » des courses camarguaises. Il s’y essaie en amateur. A Aubais, les parvis des maisons sont maculés de ces empègues (empreintes) que la jeunesse estampille sur les murs chaque année lors des fêtes votives. Elles ont sans doute été décisives dans le choix du peintre de recourir lui aussi  à la marque d’une forme, sur un support de tissu. La répétition lui ayant sans doute été suggérée par les éponges imbibées de peinture dans les anciennes cuisines provençales. La Camargue, c’est certes le flamand rose, les chevaux dits camarguais mais c’est avant tout le taureau. Voulant réaliser une œuvre de son cru, Claude Viallat a tout naturellement choisi, pour la ville d’Aubais, un sujet qui lui correspondait. Et qui de surcroît avait été traité par une tradition de grands artistes, Goya sans doute mais surtout Picasso (ne serait -ce que <em>Guernica, </em>et la collection du Musée de Céret où il est très présent, dans cette Catalogne française d’où est originaire l’épouse de Claude Viallat).</p><p>          Dans le cadre de son Diplôme de fin d’étude aux Beaux-arts de Montpellier, toujours au début des années 60, le tout jeune artiste de l’époque devait présenter au jury un mémoire en relation avec sa région. Claude Viallat a choisi un thème taurin : <em>La manade du Languedoc</em>.</p><p>           Pour l’artiste qui vient de séjourner, le temps de son service militaire, en Algérie, une telle œuvre, monumentale, aboutissement de ses recherches antérieures, voire réceptacle de ses diverses influences (Viallat est encore étudiant, ne l’oublions pas), est à placer dans la continuité des toiles sur la guerre présentées au Moco. L’ombre de la mort, ou simplement du danger, y rôde en permanence. Elle est présente dans les scènes allégoriques de guerre comme dans ces triptyques taurins. Sur la piste, deux courages s’affrontent. La force brute, naturelle, défendue avec noblesse, et l’art plus posé, qui nous définit comme être civilisé, ayant précisément dompté en soi la violence aveugle, celle de la Barbarie inhérente elle aussi à notre nature. La violence y est en quelque sorte ritualisée et métaphorique. Sublimée.</p><p>UNE FIDELITE A TOUTE ÉPREUVE</p><p>            Ces panneaux figuratifs et taurins seront accompagnés d’œuvres bien plus récentes (2010-2018) en contrepoint : légères, souples, bien plus dépouillées et non soumises aux lois du all over (toute la surface peinte), éventuellement suspendues dans l’espace. Un détail attire l’attention : elles conservent les motifs imprimés qui les déterminent,  des taureaux, des chevaux, et des bateaux.   </p><p>        En 1963, Claude Viallat aime certes la couleur ou la matière mais il demeure attaché à la virtuosité, au dynamisme, à la gestualité que favorise le dessin. On s’en aperçoit vite dans la série de panneaux proposée à la Capitainerie de La Grande Motte. Que ce soit dans le diptyque consacré à la course camarguaise, ou dans les quatre triptyques, auxquels j’attribue des titres évidents : 1) L’Abrivado  2) La charge du taureau sur le picador, 3) Le picador désarçonné 4) Le coup de grâce. Le taureau, sous la forme d’une masse noire aux contours parfaitement identifiables, est toujours en action (ou en réaction pour le dernier triptyque). Il poursuit, il attaque, il écume. Traduire par le dessin et la composition ce qu’il a observé et ressenti, semble l’objectif que s’est fixé l’artiste en cette suite. Une impression générale de vitalité s’en dégage. Courir devant le taureau, c’est la course pour la vie. Tourner le dos au taureau, c’est tourner le dos à la mort.</p><p>           Rappelons que le <em>Musée des cultures taurines, </em>à Nîmes où il habite, porte le nom du peintre ainsi que nom ainsi que celui d’Henriette, son épouse, qui vient malheureusement de nous quitter. Ceux qui suivent le travail de Claude Viallat savent qu’il ne rate jamais une occasion, depuis quelques décennies, de présenter soit des dessins taurins soit des objets faisant allusion à la course camarguaise, aux troupeaux qui composent les manades, ou encore à la corrida. On a pu le vérifier naguère à l’espace Jaurès de Vauvert, à l’orée encore et toujours de la Camargue. N’oublions pas qu’il est depuis bon nombre d’années devenu nîmois, qu’il vit dans cette ville aux arènes célèbres. Et que Picasso confectionnait, d’un guidon et d’une selle, une sculpture taurine très proche du ready-made.</p><p>            Les bois flottés qui seront montrés adoptent, le plus, souvent une physionomie taurine.</p><p>DES SIGNES AVANT-COUREURS</p><p>           Cette œuvre est ainsi une œuvre clé : Claude Viallat y paie sa dette à la figure et à la pratique du dessin, tout en préparant sa mutation à venir et sa carrière ultérieure. Nombreux sont les signes en effet, dans chacun des triptyques qui, pris isolément, pourraient passer pour abstraits. On voit la forme s’y esquisser. Il n’est  pas inutile de rappeler qu’elle pointera assez vite,  sa « corne «  (sic)  à droite<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>.  Il suffit d’isoler le dernier panneau du triptyque  « Le coup de grâce », où n’apparaissent ni le taureau ni le torero,  pour s’apercevoir que nous évoluons dans un univers de pures formes et de couleurs diverses. Si l’on observe bien la forme d’un nuage, un motif quelconque du côté de la barrière, ou l’espace entre la cuisse et la queue du taureau, les curieux ne manqueront de voir s’insinuer, cette forme particulière.          </p><p>            Les couleurs y  sont traitées de  manière synthétique, par grandes zones unifiées. Le sol de l’arène suggérée est jaune, le ciel est bleu, les barrières rouges… Ces dernières, dans la réalité, sont en bois, matériau qui sert de support à ces panneaux, comme pour les rapprocher le plus possible du référent (les arènes).  Mis bout à bout, ces panneaux ressemblent à ceux qui définissent le territoire même de l’arène sauf qu’ils ne sont pas prévus pour se boucler en cercle. On comprend très vite l’intérêt de la monumentalité de l’œuvre. Les personnages y sont au moins à taille humaine, impliquent donc le corps du regardeur et le placent dans une situation proche de celle vécue par l’homme, le torero, dans l’arène.</p><p>            Le rapport entre les couleurs est traité de la même manière que dans la plupart des toiles libres ou sur les supports divers que développera Claude Viallat tout au long de ces séries qui rythment sa carrière : l’une jouant par rapport à l’autre, par contraste essentiellement.</p><p>         Les recours à des bâches, à des tissus déjà usagés voire usés, à des supports peu compatibles avec un art d’agrément, nous montre un homme cherchant la simplicité toute primitive et ainsi donc l’universalité. Il en est de même de ses objets, souvent réalisés par assemblage ou raboutage de morceaux récupérés dans un souci de recyclage (écologique avant l’heure ?) : bois flottés ou brulés, planches, tissus utilisés, cordes, cerclage d’osier, tronçon, contreplaqué, tressage, carton, pot de peinture, panier, boite fromage…. Cette façon de combiner relève des premiers gestes rudimentaires, d’un savoir-faire instinctif et ancestral. La forme elle-même, dans son rapport aux pochoirs répétées des cuisines provençales ou aux fameuses empègues imprimées sur les murs, témoigne de références à une réalité rurale, brute et autochtone.</p><p>            .</p><p>           Pour en revenir aux toiles libres, aux tissus imprimés qui seront présentés à la Grande Motte, elles sont travaillées au sol avant de se voir redressées ou disposées dans l’espace selon les spécificités du lieu. La toile posée au sol, l’artiste, dans son atelier, peut tourner autour d’elle, la traverser en marchant dessus et réaliser ainsi de grands formats. On peut alors noter la présence implicite du corps de l’artiste, qui domine en fin de compte son sujet, d’autant qu’il peut le plier ou l’emporter ensuite afin de le disposer comme il l’entend. Dominer son sujet, se mesurer à lui : On n’est pas si loin, au fond, du torero dans l’arène.  La toile aussi, tout comme le taureau,  a ses exigences et ne se laisse pas manœuvrer sans réagir.</p><p>BTN (AICA France)</p><p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a>     Maurice Denis, dans <em>Art et critique</em>, 1890. : « Se rappler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »</p><p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Sens, de la lecture des œuvres, défini par la galerie de l’artiste : Jean Fournier.</p>								</div>
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<div class="pt-cv-colwrap"><div class="pt-cv-taxoterm above_title"><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/textes-de-circonstance/' title='Textes de circonstance' class='pt-cv-tax-textes-de-circonstance'>Textes de circonstance</a></div><h4 class="pt-cv-title"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/04/07/anniversaire-18-ans-elya/" class="_self" target="_self" >Anniversaire 18 ans Elya</a></h4><div class="pt-cv-content">       Pour les 18 ANS D’ELYA(sur l'air de Perque ti amo de Richie et Poveri)T’avais cinq six ansEt ...</div><div class="pt-cv-rmwrap"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/04/07/anniversaire-18-ans-elya/" class="_self pt-cv-readmore btn btn-success" target="_self" >Lire La Suite…</a></div><div class="pt-cv-meta-fields"><span class="entry-date"> <time datetime="2025-04-07T16:28:10+02:00">7 avril 2025</time></span><span> / </span><span class="author"> <a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/author/bernardtn/" rel="author">Bernard Teulon-Nouailles</a></span></div></div></div></div></div> </div> 				</div>
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		<title>L&#8217;ENCRE DE L&#8217;ENFANCE</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/01/16/lencre-de-lenfance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Jan 2026 15:03:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
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					<description><![CDATA[L’ENCRE DE L’ENFANCE Avec l’encre de l’enfance On fabrique des traits Droits comme des I Et qui à peine formés A peine posés sur la page Semblent n’avoir qu’une visée Avec l’encre de l’enfance On crée des êtres verticaux Qui n’aiment pas la solitude Ils sont un peu comme nous Etre seuls ça les inquiète [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="8410" class="elementor elementor-8410">
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									<p style="text-align: center;">L’ENCRE DE L’ENFANCE</p><p style="text-align: center;">Avec l’encre de l’enfance</p><p style="text-align: center;">On fabrique des traits</p><p style="text-align: center;">Droits comme des I</p><p style="text-align: center;">Et qui à peine formés</p><p style="text-align: center;">A peine posés sur la page</p><p style="text-align: center;">Semblent n’avoir qu’une visée</p><p style="text-align: center;">Avec l’encre de l’enfance</p><p style="text-align: center;">On crée des êtres verticaux</p><p style="text-align: center;">Qui n’aiment pas la solitude</p><p style="text-align: center;">Ils sont un peu comme nous</p><p style="text-align: center;">Etre seuls ça les inquiète</p><p style="text-align: center;">Et on les trouve vite assemblés</p><p style="text-align: center;">Mais même à deux mais même à trois</p><p style="text-align: center;">Ou quand l’un reste distant des autres</p><p style="text-align: center;">L’être a horreur du vide</p><p style="text-align: center;">A plus forte raison de demeurer planté</p><p style="text-align: center;">Dans son coin d’espace</p><p style="text-align: center;">A se poser des questions Qui tuent</p><p style="text-align: center;">Avec l’encre de l’enfance</p><p style="text-align: center;">On fait alors naître</p><p style="text-align: center;">Des bouquets de rêve</p><p style="text-align: center;">Et le trait sort  de lui-même</p><p style="text-align: center;">Pour s’adonner au mouvement</p><p style="text-align: center;">Aux méandres de l’imaginaire</p><p style="text-align: center;">Et même à deux et même à trois</p><p style="text-align: center;">Le trait n’est plus jamais seul</p><p style="text-align: center;">Avec l’encre de l’enfance</p><p style="text-align: center;">Il dispose alors à ses côtés</p><p style="text-align: center;">D’une amie comme animée</p><p style="text-align: center;">Qui tend à dissiper l’angoisse</p><p style="text-align: center;">Nous la nommerons poésie</p><p style="text-align: center;">Cette encre  de l’enfance</p><p style="text-align: center;">Elle ne se limite pas à divertir</p><p style="text-align: center;">Elle est baume à la solitude</p><p style="text-align: center;">Remède à la rectitude</p><p style="text-align: center;">Elle est tout simplement la vie</p><p style="text-align: center;">(Pour Jean-Marc Saulnier, en vue de l&rsquo;édition d&rsquo;un catalogue)</p><p> </p><p>Photo : JP Loubat</p>								</div>
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					<div class='pt-cv-wrapper'> <h1 class="pt-cv-heading-container heading1" data-blockid="9645699"><span class="pt-cv-heading"> Heading </span></h1><div class="pt-cv-view pt-cv-blockgrid iscvblock iscvelementor list1 layout1" id="pt-cv-view-9645699"><div data-id="pt-cv-page-1" class="pt-cv-page" data-cvc="1"><div class=" pt-cv-content-item pt-cv-2-col" ><div class="pt-cv-thumb-wrapper pull-left "><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/07/09/retours-en-boucles-avec-claude-viallat-catalogue-la-grande-motte/" class="_self pt-cv-href-thumbnail pt-cv-thumb-left" target="_self" ><img decoding="async" width="714" height="1024" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2026/07/IMG_2249-1.jpg" class="pt-cv-thumbnail pull-left" alt="" /></a></div>
<div class="pt-cv-colwrap"><div class="pt-cv-taxoterm above_title"><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/enseignant/articles/' title='Articles' class='pt-cv-tax-articles'>Articles</a><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/critique/' title='Critique' class='pt-cv-tax-critique'>Critique</a><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/critique/essais/' title='Essais' class='pt-cv-tax-essais'>Essais</a></div><h4 class="pt-cv-title"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/07/09/retours-en-boucles-avec-claude-viallat-catalogue-la-grande-motte/" class="_self" target="_self" >RETOURS EN BOUCLES AVEC CLAUDE VIALLAT (catalogue la grande Motte)</a></h4><div class="pt-cv-content">                 Texte BTN pour catalogue La Grand eMotte, accompagné d'un avant-propos et d'u entreien alphabétoqie (à paraître)CLAUDE VIALLAT HIER ET AUJOURD’HUI                                   ...</div><div class="pt-cv-rmwrap"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/07/09/retours-en-boucles-avec-claude-viallat-catalogue-la-grande-motte/" class="_self pt-cv-readmore btn btn-success" target="_self" >Lire La Suite…</a></div><div class="pt-cv-meta-fields"><span class="entry-date"> <time datetime="2026-07-09T11:21:20+02:00">9 juillet 2026</time></span><span> / </span><span class="author"> <a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/author/bernardtn/" rel="author">Bernard Teulon-Nouailles</a></span></div></div></div>
<div class=" pt-cv-content-item pt-cv-2-col" ><div class="pt-cv-thumb-wrapper pull-left "><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/05/29/open-the-door-l-a-c-de-sigean/" class="_self pt-cv-href-thumbnail pt-cv-thumb-left" target="_self" ><img loading="lazy" decoding="async" width="643" height="1024" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2026/05/IMG_2251-1.jpg" class="pt-cv-thumbnail pull-left" alt="" /></a></div>
<div class="pt-cv-colwrap"><div class="pt-cv-taxoterm above_title"><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/romans-et-autres-ouvrages/inedits/' title='Inédits' class='pt-cv-tax-inedits'>Inédits</a><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/romans-et-autres-ouvrages/' title='Romans et autres ouvrages' class='pt-cv-tax-romans-et-autres-ouvrages'>Romans et autres ouvrages</a></div><h4 class="pt-cv-title"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/05/29/open-the-door-l-a-c-de-sigean/" class="_self" target="_self" >DEDALE OU L&rsquo;ECUSSON (DEBUT, BROUILLON)</a></h4><div class="pt-cv-content">DEDALE OU L'ECUSSON (DEBUT)EN DESCENDANT LA RUE DES TRESORIERS DE FRANCE                  En naissant, pouvais-je plus mal tomber ?                  Une chute que ...</div><div class="pt-cv-rmwrap"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/05/29/open-the-door-l-a-c-de-sigean/" class="_self pt-cv-readmore btn btn-success" target="_self" >Lire La Suite…</a></div><div class="pt-cv-meta-fields"><span class="entry-date"> <time datetime="2026-05-29T12:56:20+02:00">29 mai 2026</time></span><span> / </span><span class="author"> <a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/author/bernardtn/" rel="author">Bernard Teulon-Nouailles</a></span></div></div></div>
<div class=" pt-cv-content-item pt-cv-2-col" ><div class="pt-cv-thumb-wrapper pull-left "><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/05/29/lencre-de-lenfance-2/" class="_self pt-cv-href-thumbnail pt-cv-thumb-left" target="_self" ><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="267" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2026/05/IMG_1932-rotated.jpg" class="pt-cv-thumbnail pull-left" alt="" /></a></div>
<div class="pt-cv-colwrap"><div class="pt-cv-taxoterm above_title"><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/enseignant/articles/' title='Articles' class='pt-cv-tax-articles'>Articles</a><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/critique/' title='Critique' class='pt-cv-tax-critique'>Critique</a><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/critique/essais/' title='Essais' class='pt-cv-tax-essais'>Essais</a></div><h4 class="pt-cv-title"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/05/29/lencre-de-lenfance-2/" class="_self" target="_self" >COMBAS AU PONT DU GARD : GUERRE ET PAIX</a></h4><div class="pt-cv-content">COMBAS AU PONT DU GARD GUERRE ET PAIX Combas au Pont du Gard, cela peut toujours se concevoir certes. Oui mais ...</div><div class="pt-cv-rmwrap"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/05/29/lencre-de-lenfance-2/" class="_self pt-cv-readmore btn btn-success" target="_self" >Lire La Suite…</a></div><div class="pt-cv-meta-fields"><span class="entry-date"> <time datetime="2026-05-29T12:41:37+02:00">29 mai 2026</time></span><span> / </span><span class="author"> <a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/author/bernardtn/" rel="author">Bernard Teulon-Nouailles</a></span></div></div></div>
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<div class="pt-cv-colwrap"><div class="pt-cv-taxoterm above_title"><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/poemes/' title='Poèmes' class='pt-cv-tax-poemes'>Poèmes</a></div><h4 class="pt-cv-title"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/01/16/lencre-de-lenfance/" class="_self" target="_self" >L&rsquo;ENCRE DE L&rsquo;ENFANCE</a></h4><div class="pt-cv-content">L’ENCRE DE L’ENFANCEAvec l’encre de l’enfanceOn fabrique des traitsDroits comme des IEt qui à peine formésA peine posés sur la ...</div><div class="pt-cv-rmwrap"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2026/01/16/lencre-de-lenfance/" class="_self pt-cv-readmore btn btn-success" target="_self" >Lire La Suite…</a></div><div class="pt-cv-meta-fields"><span class="entry-date"> <time datetime="2026-01-16T16:03:16+01:00">16 janvier 2026</time></span><span> / </span><span class="author"> <a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/author/bernardtn/" rel="author">Bernard Teulon-Nouailles</a></span></div></div></div>
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<div class="pt-cv-colwrap"><div class="pt-cv-taxoterm above_title"><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/critique/' title='Critique' class='pt-cv-tax-critique'>Critique</a><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/critique/essais/' title='Essais' class='pt-cv-tax-essais'>Essais</a></div><h4 class="pt-cv-title"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/04/07/nicolas-sanhes-catalogue-expo-musee-de-guetary/" class="_self" target="_self" >Nicolas Sanhes : catalogue expo Musée de Guéthary (Pays basque)</a></h4><div class="pt-cv-content">                                        ...</div><div class="pt-cv-rmwrap"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/04/07/nicolas-sanhes-catalogue-expo-musee-de-guetary/" class="_self pt-cv-readmore btn btn-success" target="_self" >Lire La Suite…</a></div><div class="pt-cv-meta-fields"><span class="entry-date"> <time datetime="2025-04-07T16:48:55+02:00">7 avril 2025</time></span><span> / </span><span class="author"> <a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/author/bernardtn/" rel="author">Bernard Teulon-Nouailles</a></span></div></div></div>
<div class=" pt-cv-content-item pt-cv-2-col" ><div class="pt-cv-thumb-wrapper pull-left "><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/04/07/anniversaire-18-ans-elya/" class="_self pt-cv-href-thumbnail pt-cv-thumb-left" target="_self" ><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Elyasite.jpg" class="pt-cv-thumbnail pull-left" alt="" /></a></div>
<div class="pt-cv-colwrap"><div class="pt-cv-taxoterm above_title"><a href='https://bernard-teulon-nouailles.fr/category/textes-de-circonstance/' title='Textes de circonstance' class='pt-cv-tax-textes-de-circonstance'>Textes de circonstance</a></div><h4 class="pt-cv-title"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/04/07/anniversaire-18-ans-elya/" class="_self" target="_self" >Anniversaire 18 ans Elya</a></h4><div class="pt-cv-content">       Pour les 18 ANS D’ELYA(sur l'air de Perque ti amo de Richie et Poveri)T’avais cinq six ansEt ...</div><div class="pt-cv-rmwrap"><a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/04/07/anniversaire-18-ans-elya/" class="_self pt-cv-readmore btn btn-success" target="_self" >Lire La Suite…</a></div><div class="pt-cv-meta-fields"><span class="entry-date"> <time datetime="2025-04-07T16:28:10+02:00">7 avril 2025</time></span><span> / </span><span class="author"> <a href="https://bernard-teulon-nouailles.fr/author/bernardtn/" rel="author">Bernard Teulon-Nouailles</a></span></div></div></div></div></div> </div> 				</div>
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		<title>Nicolas Sanhes : catalogue expo Musée de Guéthary (Pays basque)</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/04/07/nicolas-sanhes-catalogue-expo-musee-de-guetary/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Apr 2025 14:48:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[                                                        CINQ NUANCES DE BLEU             L’œuvre picturale de Nicolas Sanhes n’est pas de celles qui cherchent à séduire instantanément et, à l’instar de beaucoup de celles évoluant [&#8230;]]]></description>
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									<p>                                                        CINQ NUANCES DE BLEU</p><p>            L’œuvre picturale de Nicolas Sanhes n’est pas de celles qui cherchent à séduire instantanément et, à l’instar de beaucoup de celles évoluant dans l’abstraction, elle ne s’appréhende pas tout de go.</p><p>            Plusieurs voies nous sont offertes pour tenter d’en découvrir des clés potentielles :</p><p>            La première est la plus simple. Le grand public s’imagine souvent que l’artiste peint toujours sous le coup de l’inspiration, un peu comme un poète pratiquant l’écriture automatique ou un musicien pris dans les transes de l’improvisation. Même si tout travail implique, à un moment ou à un autre, un minimum d’intuition, Nicolas Sanhes n’envisage pas l’acte pictural de cette manière spontanée. Il fait appel à un protocole prédéterminé où chaque chose est à sa place, car la composition joue un grand rôle dans sa production. C’est ce qui explique les divers éléments, récurrents, que l’on finit par identifier dans ses séries, et qui font partie de ce que l’on pourrait appeler son vocabulaire, lequel définit son originalité en tant que peintre, en deux mots son style. Pourtant, si certains amateurs d’art ont une vague idée de la présence d’une composition dans les œuvres classiques, ils la considèrent comme linéaire, dessinée sur la surface, à partir de la juxtaposition de figures, lignes et points de fuite. Ici encore Nicolas Sanhes surprend car il ne distribue pas, à proprement parler, ses divers plans dans l’espace mais dans le temps. En 7 étapes précisément, qui vont de l’épandage d’un fond coloré à l’introduction de quelques formes de son cru, puis d’une ligne moyennement fine, ensuite d’une sorte de fenêtre à l’intérieur de la forme. Suivent (ce qu’il nomme) des « tenseurs », au nombre de deux, et qui font partie de ce protocole original que j’évoquais plus tôt (en quelque sorte son image de marque). Viennent ensuite des lignes ténues et cursives, assez envahissantes et grouillantes, le véritable intestin grêle, ou deuxième cerveau de ce corpus pictural, avant le retour des tenseurs qui viennent clore en quelque sorte le champ pictural, ce qui nous renvoie incidemment au thème de la clé, dont ils ont quelque peu la forme stylisée. On peut penser à un circuit, fermé, labyrinthique, où seul le regard se retrouve et s’impose une direction, fût-elle complexe. Ainsi ce sont divers plans qui se succèdent dans le temps qui nous apparaissent contigus sur l’espace de la toile. On n’est donc pas dans l’improvisation que d’aucuns pourraient imaginer. On est face à du construit.</p><p>            La seconde tient à ce qu’une œuvre est d’autant plus pertinente qu’elle témoigne de  l’esprit de son temps. Ce n’est pas toujours facile, quand on a chois l’abstraction, à moins de jouer sur les effets lyriques d’un expressionnisme débridé, et c’est pourtant le pari que s’est fixé Nicolas Sanhes. L’époque se caractérise par la suprématie de l’image et souvent et l’expression déchainée de messages tendancieux, pas toujours approfondis. Nicolas Sanhes tourne le dos à cette facilité, car sa peinture correspond à un espace de résistance qui restitue l’époque autrement. La profondeur, que notre temps a perdue au profit de l’agitation de surface, il la trouve dans ce fond coloré qui amorce son processus en sept étapes. Les havres indispensables de tranquillité par rapport à la fureur et au bruit environnants, seraient plutôt suggérés par les plages plus ou moins géométriques qu’il nomme des formes, à propos desquelles il avance le concept de « géométrie incidente ». Celles-ci ne sont pas parfaites, elles s’accommodent d’un certain déséquilibre parce qu’il faut bien en passer par là, l’expérience du déséquilibre, si l’on veut trouver l’équilibre idéal, en quelque sorte notre assiette. Et puis parce que notre existence même est vouée au déséquilibre, c’est lui qui nous fait avancer, rien n’est jamais parfait, le manque suscite le désir etc. Quant aux lignes elles répondent à cette dynamique tâtonnante qui caractérise notre mode de vie, frénétique, constamment en mouvement, résolument dynamique. Chez Sanhes, la ligne fonctionne en circuit fermé car nos itinéraire sont souvent un peu toujours les mêmes. Enfin, les tenseurs qui viennent rappeler la planéité de la surface picturale, ce sont les garde-fous, les limites à notre liberté d’agir, au fond le rappel permanent que nos actions ne sont pas aussi libres que nous le souhaiterions mais balisées par notre finitude, les lois sociales, nos capacités individuelles… Ce que nous rappellent aussi les limites du tableau. Comme on le voit, et je n’ai fait ici qu’esquisser quelque pistes, une œuvre d’art peut parler d’une époque autrement. Y compris grâce à un vocabulaire formel ou abstrait.</p><p>            La troisième clé fait intervenir un nouvel aspect à ne pas négliger : le recours du peintre à l’ordinateur. Ce parti-pris prouve qu’il est, en tant qu’individu comme en tant qu’artiste, en phase avec son époque, à laquelle il emprunte sa technologie la plus pratique, la plus avancée et, en tant que telle, capable de faire avancer la peinture. Les artistes auraient tort de s’en priver d’autant qu’elle permet non seulement des expérimentations formelles mais une précision absolue, garante de l’équilibre, de la gestion des déséquilibres, ou de la cohésion recherchée (pas étonnant que l’artiste utilise beaucoup les rouleaux de scotch, ou d’adhésifs, qui définissent la largeur des lignes). Elle assure, cette technologie,  un nombre de variations infinies sur un même thème mais sans les approximations de l’improvisation. Ainsi, la machine et l’homme font-ils bon ménage dans un but créatif, ce qui est plutôt encourageant pour l’avenir, tout en mettant en évidence la notion d’Hybridité, bien dans l’air du temps, mais qui a tendance à effrayer alors que Sanhes vise plutôt l’osmose, la cohérence, la conciliation des contraires. Ce recours à l’ordinateur fait passer du virtuel au réel puisqu’un certain nombre de propositions seront retenues pour être projetées sur la toile. En fait, l’ordinateur est venu supplanter les premières tentatives de Sanhes en peinture : simples projections en deux dimensions des anciennes sculptures (« Ma sculpture est la structure primitive de ma peinture ») en trois dimensions, et qui nous faisaient passer d’un réel (la sculpture) à son ombre portée, sa projection sur la toile. Ainsi, dans chaque tableau, le peintre fait-il table rase et remet-il à chaque fois sur le métier son ouvrage, dans un défi constamment renouvelé. L’ordinateur fait économiser du temps puisqu’il évite les erreurs qui aboutiraient à l’échec et au découragement qui s’ensuit. Il est ainsi, ce compagnon de plus en plus performant, un outil précieux, partie intégrante du protocole de création. Et il prouve que l’artiste sait s’accommoder des apports extérieurs à la peinture, pour peu que l’on sache en user intelligemment.</p><p>            La quatrième entrée est en rapport avec la couleur dominante de la série présentée au pays basque, le bleu, profond, intense, tendant vers le nocturne. C’est cette profondeur qui intéresse le peintre, d’abord pour se démarquer de la superficialité ambiante ou, si l’on préfère de surface, ensuite parce que la profondeur confronte l’individu à la situation de l’homme dans l’univers et aux grandes énigmes de la condition humaine, ce qui signifie que ce travail prend des accents métaphysiques. Aussi parce que le bleu est la couleur par excellence vouée à l’espace, qu’il s’agisse de celui qui nous entoure ou qu’il s’agisse de l’espace infini dans lequel nous nous tentons de nous évaluer, d’évaluer notre présence au monde. Cette couleur est d’autant plus importante pour le peintre qu’il la met en exergue dans le titre de son exposition à Ghéthary, emprunté à Cézanne : <strong>Une somme suffisante de bleutés</strong>/<em>pour faire sentir l’air</em>. Effectivement, dans ses tableaux, Sanhes décline des valeurs  de bleus qui vont fonctionner entre eux par nuances ou contrastes, opacités et transparences, matité et luisance. Il ne cherche pas à suggérer du volume comme chez son illustre prédécesseur mais à créer du vide entre divers plans, ce qui revient à parler d’espace, au fond comme dans ses sculptures. C’est cette préhension tactile du vide qui lui importe et justifie le caractère itératif de sa quête, toujours recommencée car le vide absolu on ne l’atteint jamais. Mais l’on peut tenter d’en isoler des fragments, d’en suggérer la respiration, de montrer comment il s’articule avec le plein dans ce jeu d’équilibre qui est le fer de lance ce cette production.</p><p>            Ajoutons qu’au bord de l’océan, ce bleu peut prendre, pour le grand public, une dimension nouvelle, qualifions-la d’abyssale et intégrer, outre l’espace celui des inconnus sous-marins, puisqu’après tout nous nous immergeons du regard dans la peinture. Bachelard associe l’eau au rêve et à mieux y regarder, la compossibilité spatiale obtenue par Sahnes, sur ses tableaux, fonctionne un peu comme le rêve qui combine des éléments différents dont on tire au réveil du sens, une cohésion. Parti de la ferme familiale et des premières sculptures outils, Sanhes a fini par conquérir l’espace du rêve. Ce n’est pas par hasard s’il vit à Paris, la ville du rêve par excellence (que l’on pense au Surréalisme !).</p><p>            La cinquième, et nous atteignons un chiffre symbolique, à l’image de la main qui permet de saisir le réel, me semble en relation avec les quantités, sinon infinies, du moins non négligeables de possibilités de permutations qui s’offrent à l’artiste. Chiffre auquel le peintre recourt lui-même quand il distribue sur la toile ses tenseurs. Comme pour ses sculptures, le protocole adopté est garant d’une grande variété de productions (de formes, de distributions des tenseurs, de disposition et de longueur des lignes etc.) qui situe l’artiste dans la catégorie des sériels, ceux qui adoptent la série. On ne recherche pas le chef d’œuvre mais Tout l’œuvre, dans ses différents aspects. Non comme le croient les naïfs et malveillants pour des questions de facilité mais au contraire pour des raisons de complexité. Nul ne saurait prétendre peindre le tableau idéal, définitif dont parle Balzac dans l’une de ses nouvelles. On peut l’approcher cet idéal, mais en sachant qu’on se contentera de le frôler. C’est cette imperfection foncière, appelons-la déséquilibre, qui permet de continuer la quête picturale. Au fond, ses lignes sinueuses qui grouillent à la surface du tableau métaphorisent bien toute la complexité de la démarche, avec ses avancées et ses impasses, ses succès et ses égarements. L’œil du regardeur partage cette sensation. Car le format des peintures est bien moins imposant que celui des sculptures, qui sont gigantesques par rapport à la taille humaine. Un homme grand, tel que l’est Nicolas Sanhes, bras tendus vers le haut, pourrait s’inscrire dans leur contour. On ne s’y sent pas complètement perdus malgré le bleu spatial (et « océanique ») qui s’y fait jour. Ainsi la peinture est à notre portée pour qui veut s’y livrer à une méditation sur ses tenants et aboutissants ou tout simplement se laisser submerger par le plaisir esthétique.</p><p>            Cinq clés qui n’en excluent pas d’autres, par exemple le fait que l’artiste travaille au sol puis redresse son tableau ce qui fait que lignes et formes paraissent en suspension. Cette action amorce une nouvelle problématique de l’espace, une gestion originale du vide et de l’équilibre général. On peut également s’intéresser davantage à la planéité de l’espace pictural et remarquer que, si la sculpture peut toujours, au sens strict du terme, s’écrouler, les éléments qui composent le tableau, intrinsèquement, ne sauraient, au sens concret du terme, suivre la même voie… On atteindrait alors le chiffre sept, lui aussi hautement symbolique, celui des 7 éléments du protocole. Toutefois ces cinq clés me semblent suffisantes pour permettre au grand public, souvent déconcerté mais également désireux d’apprendre, d’aborder simplement mais sûrement une œuvre qui de prime abord peut paraître énigmatique, pour ne pas dire hermétique. C’est justement dans ces cas de figure que l’on a besoin de clés.</p><p>BTN (AICA France)</p><p>Texte publié dans le catalogue en ligne + version tapuscrite  Musée de France. Expo Juin 2025</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-7965 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Nicolas-Sanhes-a-La-Mouche-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Nicolas-Sanhes-a-La-Mouche-300x200.jpg 300w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Nicolas-Sanhes-a-La-Mouche-768x512.jpg 768w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Nicolas-Sanhes-a-La-Mouche.jpg 1024w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>								</div>
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		<title>MEDITERRANEE en 7 Escales (avec Pascal de Gouges)</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2024/02/07/mediterranee-en-7-escales-avec-pascal-des-gouges/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Feb 2024 09:53:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
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					<description><![CDATA[                                                           GASPARD DES GOUGES             Dans les paysages marins composés par Gaspard des Gouges, tout est factice : les rochers, les îles, les ruines, la mer et même, à bien y réfléchir (…) le ciel qui est pris en photo dans un miroir. Les rochers sont peints sur siporex, polystyrène ou plâtre ; la mer joue carte [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="6577" class="elementor elementor-6577">
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									<p>                                                           GASPARD DES GOUGES</p>
<p>            Dans les paysages marins composés par Gaspard des Gouges, tout est factice : les rochers, les îles, les ruines, la mer et même, à bien y réfléchir (…) le ciel qui est pris en photo dans un miroir. Les rochers sont peints sur siporex, polystyrène ou plâtre ; la mer joue carte sur table bleue nappé d’un cellophane ; les nuages semblent trop denses pour apparaître à leur véritable place ; ce sont des fruits et légumes familiers qui tiennent lieu d’îles ou récifs, il est vrai étranges. L’image et le réel ça fait deux, et même trois, vu l’usage du miroir qui, comme on le sait, réfléchit selon ses propres codes.</p>
<p>            Le recours au format carré concourt à cet effet de déréalisation. Nous sommes dans l’image avant que d’être dans un paysage ou un portrait. Dans une zone intermédiaire. Le portrait rêvé d’une Méditerranée particulière et le paysage maritime qui se profile à l’horizon. On peut même dire qu’il renvoie à un procédé spécifiquement pictural (souvenons-nous de Joseph Albers), sachant que Gaspard de Gouges a commencé comme peintre, de portraits justement. En effet, la peinture associe la matière, la lumière et les couleurs. Or les rochers sont peints en amont de couleurs chaudes ou brunes, léchés par la lumière naturelle et l’on peut en apprécier le grain, les nuances de surface et les valeurs. Cette photographie est plastique. Sa dimension picturale saute aux yeux. Les fruits et légumes sont choisis pour leur couleur bien dans le ton de la composition,.</p>
<p>De surcroît, le carré est une forme parfaite ce qui coïncide avec la volonté de l’artiste de suggérer la totalité (des quatre éléments notamment : eau de la mer, feu du soleil, air des nuages, terre des rochers), l’équilibre, sans doute même l’espérance – ce que le poète intitulait <em>Une invitation au voyage</em>. Il va de pair avec la recherche d’une impression de concentration induit par la présence de  ou blocs latéraux, qui redoublent et développent en informel, les lignes pures du cadre. Les côtés se font côte.</p>
<p>            Le voyage se fait imaginaire. Nul besoin de se déplacer. Une table de jardin et quelques accessoires suffisent à l’artiste dont le bleu du ciel est la seule contrainte. L’image qu’il propose suffit au spectateur. Ce n’est plus le corps qui appréhende et occupe le lieu mais les yeux, mais la main. La main de l’artiste qui fabrique les artefacts. Les yeux qui plongent dans ces ouvertures suggérées par les rochers latéraux. Les dimensions ne sont pas modestes par hasard. Il s’agit de s’approprier la Méditerranée. Et cette illusion de possession ne peut se réaliser qu’en toute humilité, en la présentant à portée des yeux, à portée de main. Pour le corps, il faut s’y déplacer. Ainsi se trouve-t-on dans une image photographique plutôt que devant un véritable paysage. La photo se revendique avant tout comme photo. On pourrait créer à cet égard un curieux oxymore : une distanciation rapprochée. Au demeurant, ce format modeste correspond à peu près à celui qui contiendrait, à échelle réelle, le visage du regardeur (artiste ou spectateur, acquéreur, collectionneur). Ainsi le paysage regardé, évoque, par métonymie, la présence d’un regardeur. Il est perçu à partir de notre modeste échelle de perception.</p>
<p>            Face à l’horizon, on est souvent pris d’un sentiment d’infinitude, de curiosité aussi, tout en sachant que, plus nous voyagerons, moins nous serons assouvis car la perspective de la répétition, du renouvellement perpétuel et de l’infinitude se heurte à notre finitude justement. C’est sans doute la raison pour laquelle certaines images de Gaspard de Gouges recourent à la ruine, sur le modèle, romantique, des nostalgies d’un âge d’or que les grands peintres ne se sont pas privés de représenter. Les rochers, qui densifient le paysage, nous ramènent à notre condition. Nous vivons sur terre, et sédentaires. La porte qui va de l’imaginaire au réel est une porte étroite. On remarquera en effet que les anfractuosités ciselées des rochers entrent en vif contraste avec l’Horizon, et la mer calmée. L’espérance se heurte au réel, tel Ulysse naguère, tenu de demeurer, à son grand regret, voire désespoir, sur ses îles de rêve.</p>
<p>            La Méditerranée que propose Gaspard de Gouges n’est donc pas authentique. Elle est subjective. Elle a maille à partir avec les souvenirs d’enfance, les références culturelles et les voyages accomplis. La notion de jeu est capitale : elle renvoie aux maquettes et au monde tout petit avec lesquels les enfants forgent leur imaginaire. En fait, elle est recréée : elle est re-Création mais aussi récréation par rapport à la fureur et au bruit de l’actualité et de l’Histoire. L’Humain en effet brille par sa quasi-absence, en apparence du moins : série des ponts et présence de bateau. Sauf que c’est lui qui tire les ficelles et nous libre en pâture le paysage re-créé. Re-composé. Comme s’il accordait au monde, en modèle réduit, à partir de sa crique imaginaire, une nouvelle naissance. Une re-Naissance en quelque sorte. Après tout, la vie est un voyage.</p>
<p>            Or, on ne sait jamais quel sera le destin ni de l’être, ni de la chose, ni de tout ce qui vient au monde. De là découle ce sentiment de mystère qui saisit à la contemplation de ses photos et qui relèvent de ce que les surréalistes nommaient Inquiétante étrangeté. C’est que, dans un monde trop parfait, le danger guette. L’homme s’accommode mal du paradis. Gaspard de Gouges, qui travaille par séries thématiques, est sensible à de grandes causes : humanitaires ou écologiques. Ce n’est pas pour rien, qu’il modèle des ponts détruits, qu’il recourt non sans humour à des fruits et légumes tenant lieu de récifs ou qu’il travaille avec une remarquable économie de moyens. Ses paysages inspirent le repos mais l’artiste n’est pas dupe. Il sait qu’au terme d’un voyage, quel qu’il soit, on est confrontés au drame, à la tragédie, à l’angoisse du lendemain. Sa Méditerranée est une mer de rêves mais qui a dit que tout était idéal dans un Rêve ? BTN</p>
<p><a href="https://www.gasparddegouges.com/fr/artworks/2294191/mediterranee-imaginaire">https://www.gasparddegouges.com/fr/artworks/2294191/mediterranee-imaginaire</a></p>
<p style="text-align: center;"><strong>7</strong> <strong>Escales en Méditerranée</strong></p>
<p style="text-align: center;">Qui n’a jamais songé</p>
<p style="text-align: center;">A s’embarquer</p>
<p style="text-align: center;">Sur un vaisseau de fortune</p>
<p style="text-align: center;">Parmi les récifs</p>
<p style="text-align: center;">Aux morsures dentelées</p>
<p style="text-align: center;">Qui longent les criques</p>
<p style="text-align: center;">De quelque rivage</p>
<p style="text-align: center;">Méditerranéen</p>
<p style="text-align: center;">Ah se sentir à bord</p>
<p style="text-align: center;">D’une impatiente nef</p>
<p style="text-align: center;">Cinglant vers l’or des toisons</p>
<p style="text-align: center;">Les labyrinthes de gloire</p>
<p style="text-align: center;">Les chevelures de serpents</p>
<p style="text-align: center;">Ou les genêts du repos</p>
<p style="text-align: center;">Avec l’horizon mental</p>
<p style="text-align: center;">Comme ligne de constance</p>
<p style="text-align: center;">Les écueils sont un théâtre</p>
<p style="text-align: center;">Où viennent buter les mots</p>
<p style="text-align: center;">Et les merveilleux voyages</p>
<p style="text-align: center;">Sont ceux qu’on imagine</p>
<p style="text-align: center;">            *</p>
<p style="text-align: center;">A l’instar des héros anciens</p>
<p style="text-align: center;">Attiser l’appétit d’un navire</p>
<p style="text-align: center;">Encor tout enivré d’olives</p>
<p style="text-align: center;">Comme oublié des olympiens</p>
<p style="text-align: center;">Et la vague divine en paix</p>
<p style="text-align: center;">Se plonger dans l’aventure</p>
<p style="text-align: center;">En quête d’un éden</p>
<p style="text-align: center;">Méditerranéen</p>
<p style="text-align: center;">Et vétilles si les vents se lèvent</p>
<p style="text-align: center;">Et Sollerre et Galerne et Bise</p>
<p style="text-align: center;">Si le ciel soudain succombe</p>
<p style="text-align: center;">Si l’obscure tempête s’irrite</p>
<p style="text-align: center;">Si le mât tombe La voile s’affale</p>
<p style="text-align: center;">Et rompent les avirons</p>
<p style="text-align: center;">Lorsque Mort se profile</p>
<p style="text-align: center;">Et chavire les comparses</p>
<p style="text-align: center;">Un mot peut ramener le calme</p>
<p style="text-align: center;">Un mot peut tout apaiser</p>
<p style="text-align: center;">Un mot balaie tous les Si</p>
<p style="text-align: center;">On finit seul comme en un leurre</p>
<p style="text-align: center;">            *</p>
<p style="text-align: center;">Rêver d’Apollonius de Tyr</p>
<p style="text-align: center;">Filant du côté d’Antioche</p>
<p style="text-align: center;">Où le fourbe usurpateur</p>
<p style="text-align: center;">Ourdissait sa perte</p>
<p style="text-align: center;">Car mort et mer sont</p>
<p style="text-align: center;">Du maître des eaux les filles</p>
<p style="text-align: center;">Quand des vents il se sent parent</p>
<p style="text-align: center;">Méditerranéen</p>
<p style="text-align: center;">Et j’aurais des amis en Tarce</p>
<p style="text-align: center;">D’où je partirais pour Sirène</p>
<p style="text-align: center;">Férir le chevalier au dragon</p>
<p style="text-align: center;">Fort de son pacte démonial</p>
<p style="text-align: center;">Ma fille captive à Mytilène</p>
<p style="text-align: center;">Sa mère au temple d’Ephèse</p>
<p style="text-align: center;">Je quitterais l’Ethiopie conquise</p>
<p style="text-align: center;">De moi on désespérait au royaume</p>
<p style="text-align: center;">Ce royaume échoue sur ces termes</p>
<p style="text-align: center;">Il n’est guère de ce monde</p>
<p style="text-align: center;">Le poète aspire à l’immensité</p>
<p style="text-align: center;">Et son port pure porte étroite</p>
<p style="text-align: center;">            *</p>
<p style="text-align: center;">Dans la mer écumante du poème</p>
<p style="text-align: center;">S’ourdissent des voyages de mots</p>
<p style="text-align: center;">Des mots s’évasant vers le large</p>
<p style="text-align: center;">Des mots d’horizon qui s’éloigne</p>
<p style="text-align: center;">Des mots d’azur si guette l’ennui</p>
<p style="text-align: center;">Les mots obscurs de la tourmente</p>
<p style="text-align: center;">Et puis près des îles et baies</p>
<p style="text-align: center;">Des mots fourbus de délivrance</p>
<p style="text-align: center;">L’embarcation se sait précaire</p>
<p style="text-align: center;">Il est trop tard pour renoncer</p>
<p style="text-align: center;">Là bas s’agite l’Espérance</p>
<p style="text-align: center;">Là bas est la félicité</p>
<p style="text-align: center;">Dans quelques jours Dans si peu d’heures</p>
<p style="text-align: center;">Accoster sera jeu d’enfant</p>
<p style="text-align: center;">La crique riante frémit déjà</p>
<p style="text-align: center;">De ses clameurs amicales</p>
<p style="text-align: center;">La barque a chaviré</p>
<p style="text-align: center;">Sous le poids du malheur</p>
<p style="text-align: center;">Et de la cupidité</p>
<p style="text-align: center;">Les mots sombrent devant la réalité brute</p>
<p style="text-align: center;">            *</p>
<p style="text-align: center;">Quand il nous faut partir</p>
<p style="text-align: center;">Il n’y a nulle nymphe qui tienne</p>
<p style="text-align: center;">Les bois équarris sont à pied d’œuvre</p>
<p style="text-align: center;">On doit percer dans les poutrelles</p>
<p style="text-align: center;">Et faire jouer les tarières</p>
<p style="text-align: center;">Et bien cheviller les goujons</p>
<p style="text-align: center;">Pour qu’apparaisse au matin</p>
<p style="text-align: center;">La forme idéale du radeau</p>
<p style="text-align: center;">Le gaillard dressé Le bordage achevé</p>
<p style="text-align: center;">Le plancher lesté recouvert de voliges</p>
<p style="text-align: center;">Le gouvernail bien en sa poupe</p>
<p style="text-align: center;">Le mât planté De sa vergue emmanché</p>
<p style="text-align: center;">Les voiles taillées avec art et justesse</p>
<p style="text-align: center;">Fixer les drisses et carlingues</p>
<p style="text-align: center;">Avant que d’amarrer l’écoute</p>
<p style="text-align: center;">Et de sortir enfin les rouleaux</p>
<p style="text-align: center;">C’était compter sans la rafale de mots</p>
<p style="text-align: center;">Que le grand ébranleur destine à l’audace</p>
<p style="text-align: center;">Hestia protège qui  revient</p>
<p style="text-align: center;">Et le reste s’égare en écriture</p>
<p style="text-align: center;">            *</p>
<p style="text-align: center;">Le paysage respire le calme</p>
<p style="text-align: center;">L’équilibre du jour</p>
<p style="text-align: center;">Les nuages réfléchissent</p>
<p style="text-align: center;">Et semblent jouer un rôle</p>
<p style="text-align: center;">Dans leur ciel de décor</p>
<p style="text-align: center;">Ils assurent le spectacle</p>
<p style="text-align: center;">Et passent Un nuage</p>
<p style="text-align: center;">Ca fait passer du temps</p>
<p style="text-align: center;">Ballottée la chaloupe</p>
<p style="text-align: center;">Tangue Un faux mouvement</p>
<p style="text-align: center;">Et la voilà renversée</p>
<p style="text-align: center;">Comme ces vieux rafiots</p>
<p style="text-align: center;">Prompts à sancir</p>
<p style="text-align: center;">Dans les livres d’aventures</p>
<p style="text-align: center;">Ou les récits oraux</p>
<p style="text-align: center;">Des anciens marins</p>
<p style="text-align: center;">Les nuages ne forment paysage</p>
<p style="text-align: center;">Que dans la naïve chimère</p>
<p style="text-align: center;">Des poètes Ils sont menace</p>
<p style="text-align: center;">Muette et tourmente à venir</p>
<p style="text-align: center;">            *</p>
<p style="text-align: center;">De tels voyages ont tous un terme</p>
<p style="text-align: center;">De même s’achève le tableau</p>
<p style="text-align: center;">Car l’espace aussi se limite</p>
<p style="text-align: center;">Et non le cours du temps seul</p>
<p style="text-align: center;">Quand on embarque sur l’eau</p>
<p style="text-align: center;">Comme en nos corps on débarque</p>
<p style="text-align: center;">Et on rêve depuis lors</p>
<p style="text-align: center;">De Méditerranée</p>
<p style="text-align: center;">Mais la fin connaît ses confins</p>
<p style="text-align: center;">Cela s’appelle Continuer</p>
<p style="text-align: center;">Renaissance ou Recommencer</p>
<p style="text-align: center;">Dans les mirages du réel</p>
<p style="text-align: center;">Ou les dédales de l’esprit</p>
<p style="text-align: center;">Icare sait voler sans chute</p>
<p style="text-align: center;">Et l’Art se sait si long</p>
<p style="text-align: center;">Si consacré le temps est court</p>
<p style="text-align: center;">Si tout en ce monde est faux</p>
<p style="text-align: center;">L’illusion devient la norme</p>
<p style="text-align: center;">Et se fait parfois plus vraie</p>
<p style="text-align: center;">Que Nature En Méditerranée</p>
<p> </p>
<p>(Jean-Gabriel Cosculluela m&rsquo;a fait parvenir ce commentaire-poème dont je le remercie affectueusement).</p>
<p style="text-align: center;"><strong>A l&rsquo;épreuve de l&rsquo;inconnu</strong></p>
<p>à Bernard Teulon-Nouailles</p>
<p>à Gaspard de Gouges</p>
<p>Partir, écrire. Se déplacer, s&rsquo;exposer, se risquer à l&rsquo;inconnu, d&rsquo;un regard, se risquer à l&rsquo;inconnu.</p>
<p>Ithaque. L&rsquo;insularité d&rsquo;une terre, d&rsquo;une langue, d&rsquo;une terre autre, d&rsquo;une langue autre. Le nomade est autre, le natal est autre.</p>
<p>La terre est natale, le nomade est natal. </p>
<p>[…] <em>ce n&rsquo;est pas ramener ce que l&rsquo;on découvre à ce que l&rsquo;on connaît déjà, mais c&rsquo;est exposer ce que l&rsquo;on connaît à l&rsquo;épreuve de l&rsquo;inconnu, c&rsquo;est ça le rapport du natal </em>[&#8230;] <em>Le natal, c&rsquo;est ce que j&#8217;emporte avec moi malgré moi</em> (1).</p>
<p>Ne pas se départir de partir, d&rsquo;écrire. <em>S&rsquo;ourdissent des voyages de mots […] des mots d&rsquo;horizon qui s&rsquo;éloigne </em> (2).</p>
<p>Remettre de la distance dans le regard. <em>Et le reste s&rsquo;égare en écriture</em> (3).</p>
<p>Aller conjuguer des mouvements au-delà de l&rsquo;infinitif.</p>
<p>Partir, écrire sans se départir d&rsquo;être et d&rsquo;être autre.</p>
<p>Etre dans le voir, dans l&rsquo;étrangeté, fut-elle inquiétante, dans le risque et le vertige de voir. Partir avec le mal de mot, comme le mal de mer. <em>C&rsquo;est peut-être parce que nous sommes sources de mouvements […] des </em>accélérations<em> qui sont à  la fois le plus </em>nôtres<em> et le plus étrangères […] nos nous du moment et du </em>moment venant (4).</p>
<p>Ithaque. Le moment venant est l&rsquo;instant d&rsquo;écrire la lumière dans les yeux, les mains, dans le mot et la mer,  dans le réel, cet horizon qui s&rsquo;éloigne, le retour encore loin.</p>
<p><em>Garde toujours au cœur l&rsquo;idée d&rsquo;Ithaque</em> [&#8230;]</p>
<p><em>Et si tu la trouves pauvre, ce n&rsquo;est pas que tu te sois trompé</em> […]</p>
<p><em>Plus loin, toujours, beaucoup plus loin, plus loin</em> [&#8230;]<br /><em>et quand vous croyez être arrivés,<br />sachez trouver de nouveaux chemins</em> (5).</p>
<p><em>Et cela donne une image qui est à la foi le comble de lieu et l’absence de lieu. C’est peut-être cela l’écriture : le comble du lieu et l’absence de lieu</em> (6)</p>
<p>Ithaque. Le réel se nomme, mer et mot et mer, yeux, mains, il se nomme de renaître dans ce voyage, le réel traversé, inattendu, d&rsquo;être et d&rsquo;autre. La terre est natale, le nomade est natal à l&rsquo;épreuve de l&rsquo;inconnu.</p>
<p>Jean Gabriel Cosculluela</p>
<p>15 -16 octobre 2024</p>
<ul>
<li>André du Bouchet, entretien avec Elke de Rijcke in revue L&rsquo;Etrangère n°16-17-18 (éd. La Lettre volée), 2007, pp. 279-280</li>
<li>Bernard Teulon-Nouailles, Gaspard de Gouges, <em>Sept étapes à Ithaque</em>, Cabrières, GDG et Vergèze, BTN, 2024, n. p.</li>
<li>Bernard Teulon-Nouailles, Gaspard de Gouges, op. cit.</li>
<li>Paul Valéry, <em>Monsieur Teste</em>, Paris, Gallimard, coll. L&rsquo;Imaginaire n°39, 2023, p. 120</li>
<li>Lluis Llach,<em> Viatge a Itaca</em>, chanson, trad. Montserrat Prudon</li>
<li>Bernard Noël, <em>Du jour au lendemain</em>, entretiens avec Alain Veinstein, Coaraze, L’Amourier, 2017, p. 339</li>
</ul>
<p> </p>
<p style="text-align: center;">James Sacré m&rsquo;a autorisé à publier ces quelques lignes qu&rsquo;il m&rsquo;a envoyées par mail. Je l&rsquo;en remercie chaleureusement.</p>
<p> </p>
<p>« Oui, j’ai bien reçu tes S<em>ept escales à Ithaque</em>, vos sept escales, car il y a les images, photographies reconstruites je ne sais trop comment, mais qui mêlent si fortement des paysages marins de la Méditerranée à son histoire, à ce que nous en imaginons, avec à la fois de l’humour et aussi comme un tremblement d’inquiétudes et de tragique immobilisé dans le silence qu’on retrouve dans tes poèmes. J’aime beaucoup ces formes courtes dans lesquelles tu mets aussi bien ta saisie des images que ton savoir de l’antiquité, et de la Méditerranée il me semble. Mais ils ajoutent du mouvement aux images, les délivrent de leur immobilité, et même si « tout s’égare en écriture » ils ajoutent » de la familiarité vivante : on finit peut-être « seul comme en un leurre », mais n’empêche qu’on a voyagé sans bouger (dans les images)/ en bougeant (dans les poèmes) et qu’on y reste agréablement (légèrement inquiet) égaré dans ce leurre. Ce leurre qu’est peut-être toujours un poème qu’on vient d’écrire en se leurrant justement ! »<br />‌</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p><div class="oceanwp-oembed-wrap clr"><iframe title="Sept escales à Ithaque" type="text/html" width="1200" height="550" frameborder="0" allowfullscreen style="max-width:100%" src="https://lire.amazon.fr/kp/card?preview=inline&linkCode=kpd&ref_=k4w_oembed_YIPM9GVCI7kvgD&asin=B0D69JX944&tag=kpembed-20"></iframe></div></p>
<p> </p>
<p> </p>								</div>
				</div>
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									<p></p><table width="27%"><tbody><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr></tbody></table><p class="wp-block-paragraph"> </p>								</div>
				</div>
					</div>
		</div>
					</div>
		</section>
				<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-df7ec46 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="df7ec46" data-element_type="section" data-e-type="section">
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			</item>
		<item>
		<title>APPARITION en pensant à ANDRE CERVERA</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2025/01/27/apparition-en-pensant-a-andre-cervera/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Jan 2025 15:23:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://bernard-teulon-nouailles.fr/?p=7256</guid>

					<description><![CDATA[                 APPARITION pour ANDRE CERVERA                                                               APPARITION                                                                        I Il m’est apparu par un beau matin Comme un frère que l’on retrouve Comme une image au bout de mes doigts Comme un astre se réveille D’un long sommeil sous la terre                         II Il m’est apparu et j’ai battu des mains Et j’ai vite [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="7256" class="elementor elementor-7256">
						<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-060ea64 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="060ea64" data-element_type="section" data-e-type="section">
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									<p style="text-align: center;">                 APPARITION pour ANDRE CERVERA</p>
<p style="text-align: center;">                                                              APPARITION                                               </p>
<p style="text-align: center;">                        I</p>
<p style="text-align: center;">Il m’est apparu par un beau matin</p>
<p style="text-align: center;">Comme un frère que l’on retrouve</p>
<p style="text-align: center;">Comme une image au bout de mes doigts</p>
<p style="text-align: center;">Comme un astre se réveille</p>
<p style="text-align: center;">D’un long sommeil sous la terre</p>
<p style="text-align: center;">                        II</p>
<p style="text-align: center;">Il m’est apparu et j’ai battu des mains</p>
<p style="text-align: center;">Et j’ai vite pris mes pinceaux</p>
<p style="text-align: center;">Saisi sur le champ ce rêve d’un instant</p>
<p style="text-align: center;">Et j’ai compris qu’il partageait ma joie</p>
<p style="text-align: center;">Et sûrement aussi mes futures peines</p>
<p style="text-align: center;">                        III</p>
<p style="text-align: center;">Et le désir de jouer m’a repris</p>
<p style="text-align: center;">D’improviser d’anciennes chamailles</p>
<p style="text-align: center;">D’incarner cette commune présence</p>
<p style="text-align: center;">Ce corps à qui ne manquait que la vie</p>
<p style="text-align: center;">En lui restituant ses chaleureux élans</p>
<p style="text-align: center;">                        IV</p>
<p style="text-align: center;">Comme nous nous sommes bien battus</p>
<p style="text-align: center;">Et ce n’était pas seulement pour rire</p>
<p style="text-align: center;">Et nous avons ri toute la journée</p>
<p style="text-align: center;">Et le soleil t’a renvoyé dans tes limbes</p>
<p style="text-align: center;">Il me fallait fixer nos vertiges mouvants</p>
<p style="text-align: center;">                        V</p>
<p style="text-align: center;">Or  j’avais eu le temps de te présenter</p>
<p style="text-align: center;">La déesse qui conserve avec piété</p>
<p style="text-align: center;">En son antre des fruits de saveur rare</p>
<p style="text-align: center;">Que tu as tenté de chiper dont un en forme</p>
<p style="text-align: center;">De banane et vous vous êtes bien engueulés</p>
<p style="text-align: center;">                        VI</p>
<p style="text-align: center;">J’ai reconnu ta voix grave aux accents</p>
<p style="text-align: center;">De pêche en grande mer là où les tsars dinent</p>
<p style="text-align: center;">A l’huile près de la rue Rue Méditerranée</p>
<p style="text-align: center;">Cette voix que l’on ne perd jamais</p>
<p style="text-align: center;">Et qui survit à l’outre-tombe</p>
<p style="text-align: center;">                        VII</p>
<p style="text-align: center;">Il n’empêche on devait aller vite</p>
<p style="text-align: center;">On a si peu de temps pour l’éphémère</p>
<p style="text-align: center;">Les mimiques d’ironie sur ton visage</p>
<p style="text-align: center;">Ta mince silhouette si sûre de soi</p>
<p style="text-align: center;">Et les gestes familiers que je garde secrets</p>
<p style="text-align: center;">                        VIII</p>
<p style="text-align: center;">Je t’ai fixé dans ton hybride état</p>
<p style="text-align: center;">Entre le monde d’où tu viens</p>
<p style="text-align: center;">Au fin fond de ma mémoire</p>
<p style="text-align: center;">Et celui où je vis comme en transit</p>
<p style="text-align: center;">Car on sait nous autres les limbes</p>
<p style="text-align: center;">                        IX</p>
<p style="text-align: center;">Ce qu’on nomme réalité tu me connais</p>
<p style="text-align: center;">Et moi ça ne peut faire que deux</p>
<p style="text-align: center;">Le monde est ma représentation</p>
<p style="text-align: center;">Ainsi des êtres à qui je prodigue la vie</p>
<p style="text-align: center;">Viennent-ils visiter mon espace</p>
<p style="text-align: center;">                        X</p>
<p style="text-align: center;">Peindre c’est comme entrer en transe</p>
<p style="text-align: center;">Et faire renaître ces créatures</p>
<p style="text-align: center;">A qui ne manque qu’un corps</p>
<p style="text-align: center;">Que je rétablis à partir du mien</p>
<p style="text-align: center;">Tel le démiurge recrée son monde</p>
<p style="text-align: center;">                        XI</p>
<p style="text-align: center;">Car rien ne m’assurait que le lendemain</p>
<p style="text-align: center;">Tu m’honorerais d’un rendez-vous pérenne</p>
<p style="text-align: center;">Chaque jour contient en germe chaque vie</p>
<p style="text-align: center;">S’y révèlent au matin les merveilles</p>
<p style="text-align: center;">De l’univers que l’on quitte à la fin</p>
<p style="text-align: center;">                        XII</p>
<p style="text-align: center;">Et nous avons parlé de tes projets</p>
<p style="text-align: center;">Car tu te sentais dans ton assiette</p>
<p style="text-align: center;">Tu souhaitais que l’on fît de tes poèmes</p>
<p style="text-align: center;">Des recueils soignés Et qui surprennent</p>
<p style="text-align: center;">Ceux qui sont nés dix ans plus tard</p>
<p style="text-align: center;">                        XIII</p>
<p style="text-align: center;">Ainsi je te régénère dès lors que tu me manques</p>
<p style="text-align: center;">J’imagine nos joutes longues et précieuses</p>
<p style="text-align: center;">Moi qui suis fait du feu des terres de l’Afrique</p>
<p style="text-align: center;">Dont la danse me met en branle Et toi</p>
<p style="text-align: center;">Qui te sustentes de menues gouttes d’eau</p>
<p style="text-align: center;">                        XIV</p>
<p style="text-align: center;">Au fur de ces images que tu m’inspires</p>
<p style="text-align: center;">J’introduis les voyages que tu n’as point faits</p>
<p style="text-align: center;">Où ta pensée m’a suivi peut-être précédé</p>
<p style="text-align: center;">Dans les pavillons rouges du rêve chinois</p>
<p style="text-align: center;">Ou face aux dix bras de l’inde divine</p>
<p style="text-align: center;">                        XV</p>
<p style="text-align: center;">Et aussi que je n’ai pas encor effectués</p>
<p style="text-align: center;">Dans les temples du Siam dont les singes sont rois</p>
<p style="text-align: center;">Ou le long des bords du Nil narguant les crocodiles</p>
<p style="text-align: center;">Défiant les cartels au cœur du Mexico ancien</p>
<p style="text-align: center;">Ou souillant de vodka le terrible moscovite</p>
<p style="text-align: center;">                        XVI</p>
<p style="text-align: center;">Cette pagaille que tu aurais mise à New York</p>
<p style="text-align: center;">Arrachant quelques poils à ce « cong » de King Kong</p>
<p style="text-align: center;">Puis sautant dans un taxi jaune direction</p>
<p style="text-align: center;">Broadway pour y faire ton show Cervera ans Cie</p>
<p style="text-align: center;">Avant de tout démolir au Moma y’a de quoi</p>
<p style="text-align: center;">                        XVII</p>
<p style="text-align: center;">Sais-tu qu’un lieu d’art porte à présent ton nom</p>
<p style="text-align: center;">Que tu t’es inventé pour ne point faire d’ombre</p>
<p style="text-align: center;">Mais qui t’a doté d’un éternel gros plan</p>
<p style="text-align: center;">Toi qui adorais écrire avec les mots de mer</p>
<p style="text-align: center;">Car s’il fut un sétois c’est sûr eh bien c’est toi</p>
<p style="text-align: center;">                        XVIII</p>
<p style="text-align: center;">Les sétois faut se lever bonne heure</p>
<p style="text-align: center;">Pour les dénicher à présent Entre les hordes de touristes</p>
<p style="text-align: center;">Qui terrassent l’odeur des pêcheurs</p>
<p style="text-align: center;">Et ces nouveaux venus rêvant d’être enterrés</p>
<p style="text-align: center;">Au Cimetière poètes sauf  le talent ça va de soi</p>
<p style="text-align: center;">                        XIX</p>
<p style="text-align: center;">Cela t’aurait sans doute mis en rogne</p>
<p style="text-align: center;">Et inspiré l’un de ces textes de ton cru</p>
<p style="text-align: center;">Comme on dit de derrière les fagots</p>
<p style="text-align: center;">Où les pillards en eussent pris pour leur grade</p>
<p style="text-align: center;">Surtout ayant subi la hausse des loyers</p>
<p style="text-align: center;">                        XX</p>
<p style="text-align: center;">D’un autre côté tu aurais apprécié</p>
<p style="text-align: center;">Que l’on parle de Sète en leur fière capitale</p>
<p style="text-align: center;">Et au-delà aux quatre coins du monde</p>
<p style="text-align: center;">Car parler de Sète la ville des artistes</p>
<p style="text-align: center;">C’est parler de toi c’est parler de nous</p>
<p style="text-align: center;">                        XXI</p>
<p style="text-align: center;">Moi j’ai créé pour toi des limbes terrestres</p>
<p style="text-align: center;">Où ta visite serait attendue et non obligée</p>
<p style="text-align: center;">Car tu n’es pas de ceux à qui l’on en impose</p>
<p style="text-align: center;">Et moins encor cette terrible loi du silence</p>
<p style="text-align: center;">Signes sur un papier qui sera co-signé</p>
<p> </p>
<p>Ce texte devrait prochainement faire l&rsquo;objet d&rsquo;une publication</p>
<p>Une version courte doit être publiée par Le livre Pauvre de Daniel Leuwers. La même traduite par Patricio Sanchez pour une revue chilienne.</p>
<p style="text-align: center;">APPARITION 2<br /><br />Il m’est apparu par un beau matin<br /><br />Comme un frère que l’on retrouve<br /><br />Comme une image au bout de mes doigts<br /><br />Comme un astre se réveille<br /><br />D’un long sommeil sous la terre<br /><br /><br /><br />Et le désir de jouer m’a repris<br /><br />D’improviser de vieilles chamailles<br /><br />D’incarner cette commune présence<br /><br />D’animer ce corps auquel ne manquait que la vie<br /><br />Et lui restituer ses chaleureux élans<br /><br /><br /><br />Que nous nous sommes bien battus<br /><br />Et ce n’était pas seulement pour rire<br /><br />Et nous avons ri toute la journée<br /><br />Et le soleil t’a renvoyé dans tes limbes<br /><br />Il me fallait fixer nos vertiges en mouvements<br /><br /><br /><br />Car rien ne m’assurait que le lendemain<br /><br />Tu m’honorerais d’un rendez-vous<br /><br />Chaque jour contient en germe chaque vie<br /><br />S’ y révèlent au jour les merveilles du monde<br /><br />Sauf qu’il nous faut les quitter à la fin<br /><br /><br /><br />Ainsi je te recrée dès lors que tu me manques<br /><br />J’imagine nos longs et précieux combats<br /><br />Moi qui suis fait du feu des terres de l’Afrique<br /><br />Dont la danse me met en branle et en transe<br /><br />Et toi qui te contente de menues gouttes d’eau<br /><br /><br /><br />Au fur de ces images que tu m’inspires<br /><br />J’introduis tous les voyages que tu n’as pas faits<br /><br />Où ta pensée m’a suivi peut-être précédé<br /><br />Dans les pavillons rouges du rêve chinois<br /><br />Ou face aux dix bras de l’inde divine<br /><br /><br /><br />Et j’ai créé pour toi des limbes terrestres<br /><br />Où ta visite serait attendue non point obligée<br /><br />Car tu n’es pas de ceux à qui l’on en impose<br /><br />Et moins encor la terrible loi du silence<br /><br />Signes sur un papier qui sera co-signé</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center;">                                        </p>								</div>
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									<p></p><table width="27%"><tbody><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr><tr><td> </td></tr></tbody></table><p class="wp-block-paragraph"> </p>								</div>
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		<title>OPEN THE DOOR (L.A.C. de Sigean)</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2024/03/28/open-the-door/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Mar 2024 16:08:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[OPEN THE DOOR, AU LAC DE SIGEAN                                                                           OPEN THE DOOR Le L.A.C. est un lieu magique, pour les artistes, car il se prête à toutes les expériences, grâce à son espace ample et généreux. On peut ainsi déposer des œuvres au sol, à la manière de sculptures ou installations, occuper les murs comme [&#8230;]]]></description>
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									<p style="text-align: right;">OPEN THE DOOR, AU LAC DE SIGEAN</p><p>                                                                          OPEN THE DOOR</p><p>Le L.A.C. est un lieu magique, pour les artistes, car il se prête à toutes les expériences, grâce à son espace ample et généreux. On peut ainsi déposer des œuvres au sol, à la manière de sculptures ou installations, occuper les murs comme on l’entend, de séries de dessins ou peintures, passer allègrement des parois à l’espace, envisager de circuler d’une salle à l’autre, et même suspendre certaines pièces de manière à orchestrer cette volumétrie, certes impressionnante, mais qui autorise tous les aménagements virtuellement concevables.</p><p>Les deux artistes sollicitées en ce début d’année 2024 ne s’y sont pas trompées. Aux alignements d’allumettes empaquetées au sol, sur drap brodé, d’Aude Hérail Jäger répondent les carreaux de céramique peints de paysages, scénettes et portraits, sélectionnés par Tisna Westerhof. Aux représentations d’enfants, sur toile suspendues, de l’une, dès le seuil des anciens chais, fait écho la série de <em>SENTINELLES</em>, flottantes avec légèreté, de l’autre, sur papier en grand format. A la célébration du toucher, dans les grands rouleaux de papier divaguant de la franco-londonienne, Aude, répliquent la broderie, la couture ou encore le collage, activités manuelles s’il en est, dans des groupes de petits formats disposés le long des murs de la part de notre néerlandaise, adoptée par la capitale britannique, Tisna. L’espace, dans son ensemble est ainsi pris en compte, chacune avec son langage spécifique, un peu comme l’on entre dans une nouvelle maison, en couple ou pas, après déménagement, et que l’on y dispose, selon ses goûts et priorités, ses affaires, dans certains endroits privilégiés. Si tant est que la maison ait la porte ouverte… <em>The open door</em>…</p><p>On voit se profiler la cohérence de cette exposition commune. Les deux artistes se complètent d’abord par leur féminisme plus ou moins pondéré, que l’on appréciera grâce à leur interprétation de <em>La Science de la Maison</em>, dans l’une des deux salles : il s’agit d’un manuel à usage domestique, rehaussé en l’occurrence de dessins, et dévié de son objectif purement pragmatique. Aude rend hommage à La Femme assassinée qui répétait inlassablement, par écrit, <em>Je Dois Dormir, </em> victime de la virilité aveugle. Tisna recourt à des objets ou pratiques liés à la féminité, ou à l’univers intérieur auquel on l’associe pour l’emprisonner (mouchoirs, napperons, assiettes…).</p><p>On repère assez vite un intérêt commun pour l’univers de l’enfance. Cette enfance aux jeux et activités qui demeurent un mystère pour l’adulte qui l’a oubliée, cette enfance source de joies et de tragédies, vulnérable et innocente, cette enfance que Tisna aime à représenter au bleu de Delft, à la néerlandaise, sur de petits formats de bois bordés de dorures, tandis qu’Aude s’inspire des cubes alphabétiques de nos écoles primaires afin de réinventer, disposé en colonnes colorées, un ABC aux thèmes orientés : Fire, Heat, Wind, Wave…. De son côté, Tisna brode, peint et coud, sur des mouchoirs, des cœurs alphabétiques binaires, associés à des motifs de révolte : B comme Brexit, C for Crime, G for Gun, L for Liar etc. Encore un point commun, la lutte pour des causes nobles : l’urgence climatique pour Aude, qui recourt à la fois au concept et à la sculpture qu’elle a pratiquée au début de sa carrière ; le racisme chez Tisna, qui reprend, sur ses assiettes ou tissus, des scènes de violence ordinaire de la part de policiers américains envers des communautés opprimées et n’hésite pas à utiliser leur langage, tel un slogan.</p><p>Au demeurant, la famille, la cellule familiale, est très présente. Encore un thème qui rapproche les deux femmes : en rapport avec la disparition des êtres chers chez Aude (le dessin de la tante Simone dormant du temps de sa jeunesse ; la mère, à l’origine de la collecte des allumettes brûlées au quotidien, et enterrée à présent dans sa terre natale, à Narbonne, tout près du Lac de Sigean) ; en relation avec l’éloignement imposé aux familles pour Tisna, notamment durant le confinement. La porte est en tout cas ouverte à l’attention du public convié à la découverte des thèmes et êtres chers à chacune, tels qu’ils sont figurés ou suggérés dans les œuvres présentées, mais aussi sur ce qui les rapproche et justifie cette exposition duelle. En d’autres termes, la porte est ouverte sur leur amitié dévoilée, leur connivence, leur complicité artistique. Au demeurant, un artiste n’est jamais totalement seul. Il a l’Histoire de sa pratique à ses côtés.</p><p>Mais pénétrer ce lieu investi par les deux artistes, ce n’est pas seulement se voir confronté à du concret, à des formes, des matières, des couleurs… En témoignent : les frottages d’escaliers d’Aude, au graphite, sur rouleaux de papier, interminables, disposés en vagues, comme pour mettre en abyme le lieu d’exposition même, entre mer et montagne, cette mer qui fascinait tant Piet Moget, déferlant dans l’espace. Ils traduisent clairement sa volonté d’échapper à la pesanteur, de passer du sol à l’espace, de la terre au ciel, et de s’élever vers la vie spirituelle. De même, ce n’est pas pour rien que les guerrières dansantes d’Aude, ou les portraits d’enfants de Tisna, ou sont présenté(e)s en hauteur, suspendu(e)s, obligeant à lever les yeux.  Enfants à la fois forts, tranquilles mais aussi fragiles, ce que souligne cet accrochage peu commun. Il s’agit de donner de l’air, un peu de détachement, de recul, un supplément d’âme à des réalités terrestres, à des images précises ; celles que figure nettement Tisna comme celles qui se décèlent dans les frottages d’Aude, et qui font penser à des spectres de Rorschach ou aux expériences phénoménologiques qu’évoquait autrefois Léonard de Vinci (incitation à la rêverie éveillée à partir des murs souillés de beaucoup de taches). En suggérant cette tentative d’Élévation (pour parler comme Baudelaire), les deux artistes nous ouvrent les portes de la vie de l’esprit et ne se contentent pas de faire œuvre esthétique ni même simple production artistique, fût-elle pertinente. Le grave, qui nous bouleverse tant dans cette vie-ci, devient léger si on le considère à la lumière du cosmos, avec le recul nécessaire, si on lui fait prendre un tant soit peu de hauteur. Tisna incarne bien cette relativité en recourant à des assiettes en papier ou de fins mouchoirs décoratifs, afin de figurer ses scènes d’émeutes, de mutilation, d’arrestations musclées… Les supports sont détournés de leur fonction rassurante et décorative pour traiter de sujets qui lui tiennent à cœur. Aude privilégie un matériau léger : le papier. Elle ne cache pas son admiration pour l’esthétique nippone de la fragilité, et son caractère aérien.</p><p>Cette légèreté assumée n’est pas gratuite : la Mort hante les deux œuvres. Elle vient nous rappeler la vulnérabilité des existences, bien figurées par les allumettes disposées au sol sur drap approprié, quasi funéraire, en hommage à la mère, du côté d’Aude ; bien représentées également, dans les scènes brodées de Tisna, par ces êtres qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment et n’avaient commis pour seul délit que de revendiquer la couleur de leur peau. Tisna est en outre sensible à la cause des migrants, ceux qui périssent en mer pour avoir voulu rejoindre le pays de leurs rêves. Une vie paraît bien fragile face à l’immensité des éléments. Chez Aude, la Mort est inséparable de la notion de passage, que l’on trouve dans ses frottages de corridor, dans la thématique de l’escalier (dont Bachelard jadis soulignait la hardiesse), et dans cette réhabilitation d’une mère assassinée par son mari, promis à une mort certaine au front, victime injuste de sa fidélité, de son amour et de son infériorisation face au code d’honneur des hommes. C’est le sujet de l’acrylique, tragique, sur toile, suspendue elle aussi : <em>Je Dois Dormir</em>.</p><p>La porte incarne cette notion de passage.</p><p>Traitant toutes deux de sujets aux retombées métaphysiques, les deux artistes, dans cette exposition, font œuvre commune dans la perspective d’une émancipation loin d’être acquise encore, de nos jours, pour les femmes artistes. On connaît le livre de Virginia Woolf <em>Une Chambre à Soi</em>, que l’on peut décliner, pour les artistes : Un atelier pour soi. Toutefois, l’exposition n’a pas que des aspects polémiques ou tragiques. Elle est à l’image de la vie. Ondoyante et diverse : contrastée. Les mots Life, Home, Here, Pause, apparaissent dans l’alphabet sur cubes d’Aude. Les scènes enfantines de Tisna témoignent à la fois d’une confiance dans le devenir et d’une exigence de pureté. Un peu comme dans l’alchimie, il faut traverser bien des épreuves avant d’acquérir une once de cette lumière qui nous nourrit. Aude par exemple, a dû observer bien des détails des grands chefs d’œuvre (Rembrandt, Rubens, les fresques antiques…) afin de composer ces guerrières protectrices, coiffées et munies d’objets symboliques, syncrétiques au fond de tous ces fragments d’espace et de temps rapprochés. Guerrières de rêves, composés de fragments multiples, flottant sur leur support de papier comme ce dernier dans l’espace. Guerrière de réconciliation d’éléments disparates… A même de fédérer les contraires et le chaos… De représenter une Unité retrouvée… On suppose que la maîtrise de la couture ou de la broderie, qui caractérise Tisna, est le produit de bien des heures d’exercices méticuleux et laborieux. L’épreuve c’est ce qui permet l’accomplissement, l’épanouissement, au fond l’issue (et l’on revient vers la porte). Ce qu’espèrent les deux artistes, c’est que le public, averti ou pas, à qui l’on ouvre les portes de cette exposition, à l’accès, on le constatera, aussi léger qu’un seuil d’hospitalité japonaise, en ressorte enrichi, émotionnellement, esthétiquement, intellectuellement et bien sûr dans sa vie spirituelle.</p><p>A y regarder de plus près, en apparence, ces réalisations qui semblent tournées vers le passé : familial pour Aude (mère, tante…), originaire justement, de l’Aude ; en rapport avec les crimes perpétrés depuis des décennies pour Tisna, réservent quelque surprise. Les deux artistes cultivent en fait l’hybridité, ce sujet si brûlant aujourd’hui dans l’art contemporain qui n’en finit pas d’assembler, de combiner, de confronter afin de concevoir l’humanité future&#8230; Tisna, on l’a vu, recourt à des pratiques traditionnelles, artisanales et domestiques telle la broderie, ou les motifs décoratifs, pour traiter de thèmes brûlants dont certains défraient l’actualité, je pense à la cause migratoire. Elle associe tradition du support et modernité de l’image. Passé et Présent. Aude compose ses <em>SENTINELLES</em>, lesquelles n’ont pas de modèles précis dans l’Histoire, par le truchement de multiples emprunts à des détails d’œuvres observées dans les musées du monde entier. Il en résulte ces figures tutélaires qui  apparaissent comme sacrées sans doute parce qu’elles prouvent que le métissage culturel est possible, et qu’elles préfigurent les êtres de demain. Composés de multiples cultures. Corps multiples en quelque sorte.</p><p>A cela il faut ajouter l’inclusion, sous forme de deux patchworks (un français, un britannique), d’œuvres non réalisées par les artistes mais par la cinquantaine de participants, toute génération confondue, d’un atelier pédagogique. Bel exemple d’ouverture à l’autre, aux autres, y compris des non-professionnels. L’artiste et le non-artiste mis sur le même plan, en l’occurrence impliqués dans un même espace.</p><p>Une telle exposition suppose de surcroît le déplacement des corps dans l’espace. Les artistes ont conçu un véritable parcours et même un aller-retour. Il est essentiel, ce corps, dans l’œuvre d’Aude dont les <em>SENTINELLES</em> s’apparentent à des danseuses, transitoires elles aussi dans leur support flottant de papier. Il intervient dans ses frottages, qu’ils soient en corridors, dans un escalier complexe ou sur une table d’atelier, espace intime, un lieu à soi comme la chambre de Virginia. Le corps c’est justement ce qui est de passage entre deux néants ou deux éternités. Il est maltraité, malmené, molesté dans les scènes empruntées à l’Histoire de l’actualité récente, à laquelle se réfère Tisna. Cependant, dans les deux cas, les deux œuvres, il s’agit d’en exorciser les excès ou les méfaits, d’en épurer les scories et de dépasser les apparences : la violence, la mort, les altérations fatales&#8230; L’art permet ce grand nettoyage. D’où le sous-titre envisagé pour cette exposition : <em>Airing The Wash</em>. L’art à la fois comme moyen de sublimation, capacité de dépassement et nouvelle famille. Il ne s’agit pas de frotter pour frotter, de dénoncer pour dénoncer seulement, mais pour améliorer la condition humaine, à l’échelle de chacun, fût-ce dans la cuisine, dans l’atelier, ou… dans l’espace d’exposition. De s’intégrer à la grande famille de l’art. Tisna rend pérenne une image d’enfant en transfigurant, en rendant concret, matériel, définitif, son portrait particulier. Aude, dans ses SENTINELLES mouvantes, fait des artistes qui l’ont précédée, son héritage familial. Pour parler comme Montaigne elle fait de leur pollen son miel.</p><p>Entrer dans cette exposition du L.A.C., c’est un peu comme pénétrer l’intimité des deux créatrices, dans leurs hantises et affections. Autant dire traverser l’espace intime d’une maison, d’autant que celui du L.A.C. est subdivisé en fantômes de salles, ou si l’on préfère en propositions thématiques spécifiques. On peut même y découvrir, en revenant sur ses pas, des œuvres que l’on n’avait pas perçues à l’aller. Et c’est bien là l’intention des deux artistes. Que celui qui pénètre en ces lieux, plongé dans la matière et les images, n’en ressorte pas tout à fait comme il y était entré. Qu’ayant fait l’expérience du corps, de la violence et de la mort, il prenne conscience de se trouver dans un Ici et Maintenant bienveillant, fait de légèreté et d’espoir (Hope). De confiance en l’art. Qu’il se sente des ailes, des Elles…</p><p>Mais qu’il aborde ensuite l’extérieur avec davantage de détermination et d’énergie, de confiance en la grande famille humaine, et dans celle de l’art, bref qu’il ait envie de s’envoler, de s’évader, de cette maison vers les plaines et forêts, les campagnes, les montagnes et les étendues maritimes toutes proches. Vers le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, et bien au-delà… BTN</p>								</div>
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		<title>MON ADIEU (A YVES BONNEFOY) avec Alexandre Hollan</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/09/20/mon-adieu-a-yves-bonnefoy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Sep 2019 13:12:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
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					<description><![CDATA[  MON ADIEU Cet arbre il me le faut dépouillerDe mon espritOublier même ce qu’est l’espritOublier que c’est un arbreEt ne plus même disposer des mots pour le direPour désigner Atteindre cette rive qu’il dessineDe son feu renaissantEt me sentir ce conquérant perpétuelQui ne dérobe de toisonQue la lumière entre les branchesLes gouttes célestes à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="1900" class="elementor elementor-1900">
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									<p style="text-align: center;"><em> </em></p><h2 style="text-align: center;">MON ADIEU</h2><p style="text-align: center;">Cet arbre il me le faut dépouiller<br />De mon esprit<br />Oublier même ce qu’est l’esprit<br />Oublier que c’est un arbre<br />Et ne plus même disposer des mots pour le dire<br />Pour désigner</p><p style="text-align: center;">Atteindre cette rive qu’il dessine<br />De son feu renaissant<br />Et me sentir ce conquérant perpétuel<br />Qui ne dérobe de toison<br />Que la lumière entre les branches<br />Les gouttes célestes à la chute des feuilles</p><p style="text-align: center;">Cet être il me le faut pleurer<br />Comme on pleure une divinité champêtre<br />Et ces larmes sont des présences<br />Qu’ignore la divine passante<br />Mais qui donnent au Poète<br />Un avant-goût d’éternel amour</p><p style="text-align: center;">Cet être cet arbre il me le faut aimer<br />Et croire en lui tel l’enfant qui prend la barque<br />Du passeur en toute confiance<br />Et sait qu’il peut toucher du doigt l’arbre dans l’eau<br />Et se noyer dans son feuillage<br />Sous le regard intemporel des étoiles du fleuve</p><p style="text-align: center;"> </p><p style="text-align: center;"> </p><p style="text-align: center;"><em>Texte écrit la veille du décès d&rsquo;Yves Bonnefoy et envoyé à sa fille, Mathilde, sur les conseils d&rsquo;Alexandre Hollan. Le Poète avait en effet dicté à sa fille un dernier mot d&rsquo;adieu. </em><em>L&rsquo;ouvrage a été publié par les Eds de Bourdaric, illustré par Alexandre Hollan.</em></p>								</div>
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		<title>Le Petit pâtissier, pour Anne Slacik</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/07/03/le-petit-patissier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jul 2019 09:39:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Anciens poèmes]]></category>
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					<description><![CDATA[Au grenier de la mémoire, j&#8217;ai retrouvé mon encrier d&#8217;enfant. L&#8217;enfance y demeurait attachée, fine pellicule asséchée. En ce temps-là, je prenais déjà la plume mais me révélais d&#8217;une gaucherie maladive dès qu&#8217;il s&#8217;agissait de noter les beaux pleins et les fins déliés des tristes pages d&#8217;écriture. Ma main s&#8217;esquivait du côté des marges. J&#8217;étais [&#8230;]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph">Au grenier de la mémoire, j&rsquo;ai retrouvé mon encrier d&rsquo;enfant. </p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enfance y demeurait attachée, fine pellicule asséchée. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En ce temps-là, je prenais déjà la plume mais me révélais d&rsquo;une gaucherie maladive dès qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de noter les beaux pleins et les fins déliés des tristes pages d&rsquo;écriture.            Ma main s&rsquo;esquivait du côté des marges. J&rsquo;étais le prince du pâté. Les maîtres disaient : Tu serais pas un peu pâtissier sur les bords par hasard ? </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les bords ne m&rsquo;ont jamais quitté. Quant aux pâtés… </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces taches, à présent, je les veux perpétuer. </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est en leur nom que j&rsquo;ai pris le pli d&rsquo;écrire. </p>



<p class="wp-block-paragraph"> Dans la marge germent des fleurs sans nom et qui n&rsquo;ont nul besoin de senteurs pour embaumer le recoin où je suis consigné. Je les vois s&rsquo;épanouir et qui prennent des couleurs. Je les voudrais pâles, comme le rose irisé de mes joues, le bleu céleste de mes veines. Les fleurs c&rsquo;est le début du paradis à condition de ne jamais en occulter la tige. La tige est à la plume ce que la fleur est à l&rsquo;encrier. </p>



<p class="wp-block-paragraph"> Vers d&rsquo;improbables zéniths poignent les franges infinies des étoiles d&rsquo;ombre et même l&rsquo;ombre de ces soleils qui n&rsquo;éclaireront jamais. Une enfance en dispense. Le soleil, les étoiles, ça se tue à la tâche. Or quelle merveille quand un solitaire en herbe            s&rsquo;ingénie à cueillir de tels éclats. Et la plume du vent qui n&rsquo;en finit pas de balayer les ténébreux nuages. Là-haut. Là-haut. </p>



<p class="wp-block-paragraph"> De l&rsquo;autre côté des aubes nuptiales  la silhouette des titans s&rsquo;estompe au creux fumeux des incendies. Nulle  alouette n&rsquo;y brûle sa tête à tire d&rsquo;ailes. Le feu sacré des émules des            dieux s&rsquo;attise à d&rsquo;autres fins. Le flanc des volcans s&rsquo;arpente en toute  quiétude même si le groupe a fixé son arrêt car l&rsquo;esprit des sommets sied mal aux tâcherons du nombre. La tache aveugle, grattée à bon escient, aura tout englouti. Quant au sens, il est trop tôt pour en inspirer la clé. </p>



<p class="wp-block-paragraph"> Quand la plume fait défaut, on  écoute, au bord des eaux de l&rsquo;invisible, le chant cannelé des roseaux. Les oreilles se nichent dans l&rsquo;œil de l&rsquo;intérieur, noyé par les marais du songe. Le danger serait de s&rsquo;y enliser mais qui ne sait que cette pensée vous replonge à la surface. Foin de rejets méphitiques, l&rsquo;air est pur sous les eaux qu&rsquo;on n&rsquo;a point usagées. On peut même y déceler l&rsquo;écho des narcisses célestes qui visent en vain à se renouveler. </p>



<p class="wp-block-paragraph"> Dans l&rsquo;encrier de mon enfance se débattaient aussi des lettres, de celles qui se constellent en mot.            </p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aurais été bien sot de n&rsquo;en point profiter. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie me devait bien ça, et la mort, et les maîtres. </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est parfois pathétique, la condition de « pâtissier ». </p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains n&rsquo;y entendent goutte, ni note, ni rien. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceux-là n&rsquo;auront jamais goûté la saveur d&rsquo;un pur pâté. </p>
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									<p style="text-align: center;"><span style="color: #3366ff;">Ce texte a été publié dans la collection Manuscrits peints d&rsquo;Anne Slacik, accompagné de peintures originales de l&rsquo;artiste. On peut contacter l&rsquo;artiste ou se procurer l&rsquo;ouvrage en écrivant au 34, boulevard de Stasbourg à ST Denis (93200) ou par email : <a href="mailto:anne.slacik@wanadoo.fr">anne.slacik@wanadoo.fr</a></span></p>
<p>Anne Slacik a illustré des ouvrages pour Fata Morgana, Rémy Maure, les éditions Tarbuste ou Aencrages entre autres, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;auteurs comme Francis Ponge ou de Marguerite Yourcenar, Ovide ou Cummings, Charles d&rsquo;Orléans ou Pïerre Sansot..</p>
<p>Dans la collection des Manuscrits Peints elle a invité une bonne centaine de poètes parmi lesquels on retiendra Butor ou Bernard Noël, Skimao ou Jean-Gabriel Cosculluela, René Pons ou Bernard Chambaz, et Jean-Pierre Faye, Claude Minière, Joël Vernet, Franc Ducros, Véronique Vassiliou, Dominique Grandmont, Jacques Demarcq, Claude Royet-Journoud etc. Et BTN last but not the least&#8230;</p>								</div>
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									<p>Ce texte, remanié et rebaptisé vient de sortir dans un recueil d&rsquo;hommages à Pierre Caizergues chez Fata Motgana.</p>								</div>
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