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	<title>Cours &amp; corrigés &#8211; Bernard Teulon-Nouailles</title>
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	<description>Poèmes - Romans - Critiques - Pédagogie</description>
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		<title>La nuit de Valognes : Acte 3 Scène 4</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Sep 2019 13:44:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
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					<description><![CDATA[La nuit de Valognes : Acte 3 Scène 4 Eric-Emmanuel Schmitt est né à Lyon en 1960. Il a été professeur de philosophie avant de devenir dramaturge. La nuit de Valognes, sa première œuvre théâtrale, peut être considérée comme un exercice de style, une réécriture, un pastiche de Molière. Elle a été jouée à Paris en [&#8230;]]]></description>
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									<h2 style="text-align: center;">La nuit de Valognes : Acte 3 Scène 4</h2><p>Eric-Emmanuel Schmitt est né à Lyon en 1960. Il a été professeur de philosophie avant de devenir dramaturge. <u>La nuit de Valognes,</u> sa première œuvre théâtrale, peut être considérée comme un exercice de style, une réécriture, un pastiche de Molière. Elle a été jouée à Paris en 1991. Il est également l’auteur d’une traduction du <u>Don Giovanni</u> de Mozart et Da Ponte, et d’un essai sur <u>Diderot ou la philosophie de la séduction</u> (rappelons que ce grand philosophe est un spécialiste du dialogue comme genre argumentatif, et qu’il a écrit à propos de son refus de s’enfermer dans un système : mes pensées ce sont mes catins).</p><p>Schmitt transpose le mythe justement à l’époque de Diderot, le 18 ème siècle, où le libertinage des moeurs est encore plus prononcé qu’au 17<sup>ème</sup> :  <u>Les liaisons dangereuses</u> de Laclos, les œuvres de Sade, Restif de la Bretonne, Crébillon, les <u>Mémoires</u> de Casanova, Les bijoux indiscrets<u>, La Religieuse</u>, de Diderot lui-même, <u>Manon Lescaut</u> etc.+ Mozart). Par ailleurs le 18<sup>ème</sup> tend vers le matérialisme athée justement avec Diderot (<u>Rêve de d’Alembert</u>) pour qui la vie est perpétuel mouvement, comme Don Juan.</p><p>Schmitt a réduit la pièce à trois actes. Il n’a conservé comme personnage que le seul Sganarelle.</p><p>Acte 1 : Quatre femmes (comtesse de la Roche-Piquet, la romancière Melle de la Tringle, La Religieuse Hortense, la bourgeoise parvenue Madame Cassin), anciennes conquêtes de Don Juan, comprennent petit à petit pourquoi on les a réunies dans un château de Normandie, sur l’invitation de la duchesse de Vaubricourt : elles doivent faire son procès. Il a en effet séduit et abandonné Angélique, la fille de la duchesse. Don Juan risque la prison s’il n’épouse pas Angélique mais contre toute attente et après avoir défendu sa manière de vivre, il accepte, dès qu’il entend le nom de celle qu’il doit épouser.</p><p>Acte II : Sganarelle se lance dans un long dialogue durant lequel il accuse son maître de ne plus être depuis quelques mois le Don Juan qu’il a connu. Angélique également vient lui exposer sa conception de l’amour qui n’est pas, selon elle, une simple question de mariage. Elle se croit aimée car Don Juan lui donne le date de la première fois où il a éprouvé de l’amour. La duchesse, qui a tout entendu, considère qu’il faut changer le contenu du procès : Don Juan a trahi Don Juan. Pourquoi ?</p><p>Acte III : Le procès commence devant un Don Juan épuisé. Sganarelle est son avocat. La scène 4 répond à la question qu’on lui a posée : Que s’est-il passé il y a cinq mois et vingt-huit jours ?</p><p>La scène répond à cette question même s’il faudra plusieurs scènes encore pour qu’on comprenne quel est le véritable amour rencontré par Don Juan ce jour-là (une sorte d’autre soi-même, comme dans le poème de Musset et qui a fini par se suicider en se jetant sur l’épée de Don Juan, lequel avait déshonoré sa sœur). Il serait donc question d’homosexualité refoulée, de narcissisme et d’amitié un peu trop particulière pour le frère d’Angélique.</p><p>Que peut-on relever d’original dans cette relecture de la pièce de Molière ?</p><p> </p><ol><li>I) La réécriture de l’épisode du commandeur :</li></ol><p> </p><ol><li>A) <em>L’intertextualité moliéresque</em>:</li></ol><p> </p><p>&#8211; <em>Quel épisode </em>? <em>On reconnaît bien évidemment la scène dans laquelle Don Juan et Sganarelle visitent le mausolée du commandeur </em>à la fin de l’acte 3 chez Molière. Le thème de la statue est donc omniprésent dans la première partie de la scène : en haut de la page 92 les bégaiements effrayés de S et la répétition des déictiques (« Là… Là… La statue ») rappellent ceux du même chez Molière (« La statue… Je vous dis la statue…). <em>Le thème se retrouve sous forme pronominale</em>  (« S : Ne <u>la </u>touchez pas, il ne faut pas », réplique sous forme d’avertissement qui rappelle au spectateur que chez Molière c’est en la touchant que DJ est mort avant d’être entraîné en enfer ; « <u>elle</u> me tend la main ». « <u>Elle</u> va vous brûler » rappelle évidemment le « brasier ardent » chez Molière, annoncé d’ailleurs par l’allusion à la vengeance dans S2), ce qui prouve son importance dans ce passage qui recourt aux stichomythies.</p><p>&#8211;<em>Don Juan n’y croit pas une seconde, comme chez Molière</em> : Mais DJ coupe court aux craintes de S : « Tu vois elle parle. C’est une statue sympathique. ». Il s’énerve, comme chez Molière : Même interjection dans la réplique de Don Juan (« Eh bien ! Quoi la statue») que chez Molière (« Eh bien ! Que veux tu dire, traître ?).  Le terme est repris dans la phrase ironique de Don Juan (« Je suis content d’apprendre qu’une statue peut se mouvoir… », preuve qu’il n’est pas effrayé, ni sensible au thème du surnaturel. Pour lui il y forcément une explication naturelle ce qui sera d’ailleurs le cas. Schmitt se souvient sans doute qu’au début de <u>l’Entretien entre d’Alembert et Diderot</u>, ce dernier explique au savant comment on peut passer de la sensibilité inerte à la sensibilité active et donc de la statue à un corps comestible</p><p>&#8211;<em>Il est facile de distinguer dans ce passage l’opposition entre la frayeur de S (S1, 2, 3 etc.) et le calme de Dom Juan </em>qui se lance dans des explications sur la croyance religieuse J3 (sur la relativité des visions christiques), tient des propos scientifiques sur le mouvement des statues (J5) et commente l’action (fin J5 : « elle tend la main. » Bref on a évidemment affaire à une vision tout à fait nouvelle de l’épisode : de la statue du commandeur.</p><p>L’intention est manifestement <em>parodique</em>.</p><p> </p><ol><li>B) <em>La parodie, facteur de distanciation :</em></li></ol><p><em> </em></p><p>&#8211; <em>Une statue faite homme</em> : Chez Molière la statue était censée venir châtier Don Juan qui avait trop souvent bafoué le ciel. Elle introduisait du fantastique, auquel l’esprit fort, le libertin, semblait avoir tort de ne pas croire puisqu’elle finit par avoir raison de lui. C’est bien que, dans l’esprit de Molière et de la plupart des spectateurs de l’époque, elle relevait du miracle. Mais pour parvenir à le suggérer il a fallu à Molière inventer des moyens de la faire bouger (ce qui évidemment plaisait au public) à force de machineries. Chez Schmitt, une proposition beaucoup plus simple nous est proposée : si la statue bouge, un enfant ou un simple d’esprit le devinerait, c’est que « c’est un homme ». C’est Sganarelle, en haut de la page 93, qui aboutit lui-même à cette conclusion. –Celui-ci en effet tire de sa petite réflexion, de son petit bon sens habituel, une vérité générale : « une statue qui bouge et qui parle, ce n’est pas une statue » selon le syllogisme indirect (réduit à deux composantes, que l’on appelle aussi enthymème) : une statue ne bouge pas. Or celle-ci bouge, donc… Schmitt, qui se souvient de l’athéisme au XVIII<sup>ème</sup>, a fortiori au XXème, utilise un procédé qui a à voir avec la distanciation brechtienne et qui vise à démystifier l’épisode de la statue qui parle et dit oui. Il y a une explication rationnelle à tout.</p><p>&#8211;<em>Humour et donc recul pris par Dom Juan </em>: Mais s’il faut un certain temps à S pour l’admettre DJ, plus matérialiste, n’a aucun mal à le comprendre et à l’exprimer notamment dans DJ5 où il énumère humoristiquement les inconvénients de l’immobilité : difficultés à « se moucher, se gratter, déplacer une couille… ». Énumération de verbes d’action à l’infinitif à valeur générale..</p><p>&#8211;<em>Aveux du jeune homme, sur ce surnaturel factice</em>. Le jeune homme avoue d’ailleurs dès JH 2 ne pas avoir voulu « passer pour une créature surnaturelle… » ce qui montre bien que cette option s’est complètement dégradée au cours des siècles et que le recours au surnaturel divin n’est plus acceptable (ni au 18 ni au XXème) pour expliquer certains phénomènes. Schmitt participe donc à la décadence du mythe. Le héros de Molière perd son côté démoniaque, révolté, luciférien. Le terme «d’apparition », utilisé par Sganarelle est inapproprié et donc disqualifié. L’option surnaturelle d’origine religieuse est bannie. La parodie aboutit à la distanciation c’est-à-dire à l’essor de l’esprit critique.</p><p> </p><ol><li>II) Les facteurs d’amusement</li></ol><p> </p><ol><li>A) <em>L’automate </em>:</li></ol><p> </p><p>&#8211;<em>Pourquoi cette référence ?</em> Parce que l’automate est très à la mode au 18<sup>ème</sup> siècle. Le thème de l’homme machine qu est supposé par Descartes au 17ème, comme tout ce qui est mécanique séduit et sollicite les imaginations (on en trouve des traces dans Frankenstein et surtout dans l’œuvre d’Hoffmann au tout début du 19<sup>ème, </sup>). C’est sans doute pourquoi Schmitt y fait référence à travers les propos du  JH haut de la page 93. </p><p>&#8211;<em>L’homme-tomate</em>. Comme le mot ressemble à « tomate » Schmitt se permet un subtil calembour qu’il prête à S (« Connais pas ce légume… »). Et le jeune homme de se lancer alors dans des explications qui semblent droit sorties de la grande œuvre du XVIIIème siècle : <u>L’encyclopédie (</u>de Diderot justement, et D’Alembert). On notera le circuit explicatif utilisé par le JH : définition générale (« apparence d’homme »), l’énumération négative des organes (« il n’y a ni cœur ni sang…), l’énumération positive et technique (« roues, boulons, poulies), le mode de fonctionnement avec la personnification (Ca ne mange que de l’huile). La particularité distinctive de l’être humain (ça ne pense à rien). La conclusion (C’est entièrement mécanique).</p><p>&#8211;<em>Qui peut expliquer les mouvements du prétendu commandeur mort </em>: En montrant une fois encore les effets concrets de l’ingéniosité humaine, Schmitt disqualifie le divin. Le Don Juan de Molière avait partiellement raison : si la statue a bougé, si le spectre est apparu, il doit y avoir une explication qu’il n’a pas encore trouvée mais qu’on finira bien par découvrir. Au fond ce thème rejoint celui du théâtre dans le théâtre. Tout n’y est qu’illusion : imiter le miracle au théâtre c’est prouver qu’on peut le fabriquer aussi ailleurs qu’au théâtre, thèse matérialiste bien dans l’esprit du 18<sup>ème</sup>.  D’ailleurs Don Juan ne manque pas de souligner la crédulité de S (« il vous prenait pour un envoyé de Dieu… maintenant messager du diable (notez l’antithèse déjà utilisée ironiquement P 91 : « Et qu’as-tu vu cette fois-ci, Dieu ou Diable ? »… « La théologie lui a gâté la tête… »).</p><p>(Au 18ème siècle – considéré comme l’âge d’or des automates &#8211; le célèbre canard de Jacques de Vaucanson, qui pouvait boire, se nourrir, caqueter, s’ébrouer dans l’eau, digérer sa nourriture et même…déféquer, a ébloui par sa complexité les spectateurs de l’époque. A la même période, les horlogers Jaquet-Droz inventèrent une musicienne, un écrivain et un dessinateur réalisant vraiment les mouvements correspondant à la pratique de leur art.)</p><p> </p><ol><li>B) <em>Par ailleurs</em>, <em>le passage est comique</em>:</li></ol><p> </p><p>&#8211;<em>Comique de situation</em> : Cela est dû bien sûr à la frayeur de Sganarelle, que l’on avait déjà chez Molière. La poltronnerie a toujours été une source de comique, et ce sont toujours les valets qui la supportent.</p><p>&#8211;<em>Comique de caractère</em> : Sganarelle n’aime pas que l’on se moque de lui. D’où son mouvement de mauvaise humeur, signalé dans une didascalie : il serait  « bougon », quand il se rend compte qu’il s’est fait berner.</p><p>&#8211;<em>Comique de mots</em> : Le calembour sur « tomate » certes mais surtout le jugement paradoxal, de DJ sur Set qui sonne comme un paradoxe ironique avec un jeu d’antithèses :  « il était moins sot avant de se mêler d’être intelligent »,</p><p> </p><p>III<em>)  La mise en abyme  et le sens de ce flash-back</em></p><p> </p><ol><li>A) <em>la mise en abyme</em></li></ol><p><em> </em></p><p><em>&#8211; </em>La scène 3 nous présente Sganarelle en train de raconter la fameuse nuit de Valognes… La scène 4, recourt au flash-back (ou analepse) souvent utilisé au cinéma. Elle est censée nous montrer de visu ce qu’il est censé raconter à ses interlocutrices-juges. On passe du récit oral à sa mise en scène théâtrale. On a donc affaire à du théâtre dans le théâtre, ce que souligne assez bien la didascalie initiale (« le décor du fond s’est ouvert, laissant place à une arrière-scène »).</p><p><em>Comme les  personnages se sont dédoublés</em> (Don Juan et Sganarelle sont dans le passé et dans le présent de la représentation) : ils font resurgir la « scène primitive », censée révéler, à la manière d’une enquête policière, ou d’une psychanalyse, les raisons du profond changement de Don Juan. Les dialogues fonctionnent donc selon le principe d’une triple énonciation : les personnages parlent entre eux, leur propos sont entendus par les femmes qui jugent Don Juan, enfin les spectateurs apprennent aussi, en même temps qu’elles, ce qu’il s’est passé « la nuit de Valognes ». Au théâtre, on voit donc les cinq femmes réagir par gestes et signes à ce qu’elles voient.</p><p><em>-Sganarelle témoin</em> : On notera que c’est Sganarelle qui relate l’événement parce qu’il en a été à la fois le témoin et l’acteur. Il le fait objectivement, sans trop chercher à se mettre en valeur (ex : il ne cache point sa frayeur : didascalie initiale et première réplique S1). Les femmes sont sûrement sur scène mais elles n’interviennent pas. Elles laissent la scène se dérouler.</p><p> </p><ol><li>B) <em>Importance de cet épisode pour Don Juan</em></li></ol><p> </p><p>-Tout cela ne nous dit pas en quoi cet événement est important pour Don Juan. <em>Il s’agit en fait d’une rencontre (amoureuse ou amicale</em>). L’épisode dont se souvient S illustre le topos de la Rencontre (amoureuse) mais elle prend ici une tournure inattendue. En effet Don Juan était jusque-là fasciné par la beauté féminine et il s’intéressait peu à ses semblables masculins. Ici il a deviné tout de suite qu’il avait affaire à un original, autrement dit quelqu’un comme lui, noble de surcroît : « Chevalier de Chiffreville » (Entendre : à déchiffrer ? Ou Chiffre vil : mauvais : victime de maldonne ?). Et puis il est sympathique : voir le ton amical et enjoué utilisé quand il éclate instantanément de rire (didascalie) et ses farces (« plaisanteries de fin de soirée » avec euphémisme) ou encore son art de filer la métaphore (sa réplique sur l’art de se fuir lui-même ou sur l’art d’échapper à son ombre, référence à la nouvelle de Chamisso).</p><p>&#8211; <em>Qu’est-ce qui les rapproche</em> ? Il aime comme lui la débauche : « J’ai pour défaut de préférer le vin à l’huile : « J’aime un peu trop le vin ». « Il n’y a que le vin qui me permettrait de m’égarer… … je bois… Ne m’accompagneriez-vous pas jusqu’à la prochaine échoppe d’oubli ?». Par ailleurs il évoque, en conséquence, les « plaisanteries de fin de soirée ». Mais surtout le jeune homme prétend fuir (haut p.94) : « je fuis », ce qui interpelle aussitôt DJ (« Vous fuyez ? »). Car lui-même fuit, les femmes qu’il a séduites, la Femme qui saurait le retenir. Or, le JH ajoute « moi-même ». Quand on saura quelle est la raison de la tristesse de Don Juan depuis le jour de cette rencontre, ne pourra-t-on pas penser qu’avec toutes ses femmes il se fuyait lui-même ?  Car le JH lui propose en quelque sorte la figure d’un autre lui-même, masculin cette fois, image narcissique de lui-même qui recèle un fond d’homosexualité insoupçonné et paradoxal. On comprend mieux pourquoi, lui qui déteste le mariage, a accepté d’épouser Angélique. Elle est la sœur du chevalier. Cette rencontre est « la » rencontre de sa vie mais il en a gardé l’effet intérieur secret. De plus, le chevalier lui est immédiatement « sympathique » car il est excessif dans la boisson, comme DJ en matière amoureuse : haut de la p.94 : « On aime toujours trop quand on aime vraiment » (sentence au pst de vérité générale »+  « l’excès est de rigueur », expression qui joue sur un subtil oxymoron ou un paradoxe).</p><p><em>-Un homme qui n’aime pas les femmes</em>… On notera l’ambiguïté d’une réponse à la question : « Vous êtes un homme ? » (Q de Don Juan) à laquelle le JH répond «Je ne sais pas ». En effet lui-même, puisqu’il se fuit, doit se demander qui il est sexuellement : on saura après qu’il se meurt d’amour pour Don Juan… En tout cas il développe une métaphore filée sur ce thème de la fuite (« je me rattrape toujours… je me retrouve, je me resuis… » . Le JH entretient le mystère en laissant en suspens la question de DJ : « Qu’y a-t-il de haïssable  en vous ? » : « Ah Ah… (Il ne répond pas) ». On suppose qu’il s’agit de son amour pour les hommes, qui explique en partie ses excentricités, son caractère fantaisiste.).Vers la fin quand DJ lui demande s’ »Qu’y-a-t-il de haïssable en vous », il fait le mystérieux et ne répond pas : « Ah ah… », simple interjection.</p><p> </p><p>Conclusion : un passage où se lit l’intérêt progressif de DJ pour le chevalier : d’abord simple « apparition ». Puis « statue » mouvante, puis homme qui joue les « automates » et se révèle « un homme », le chevalier qui se fuit et s’égare dans la boisson. Cet épisode est censé justifier la métamorphose de DJ. Il n’est pas encore clair pour les femmes ni pour le spectateur qui auront besoin d’autres éclaircissements (d’abord les beuveries communes, le JH qui disparaît avec une prostituée, DJ qui viole Angélique, le suicide pour l’honneur) avant de comprendre ce qui travaille et ronge DJ en profondeur depuis la mort de son ami. Angélique ne s’y trompera pas, qui renoncera au mariage. DJ aime un homme, même s’il n’a cessé de désirer les femmes. DJ est tiraillé entre le spirituel et le physique. A la fin de la pièce il s’en va. Un passage qui renouvelle la lecture du passage sur la statue du commandeur et qu le pousse vers une nouvelle direction, parodique, matérialiste, distanciée et qui n’a plus rien à voir avec un avertissement céleste. Plutôt avec les blocages sexuels que la psychanalyse cherche à mettre à jour. Un passage enfin intéressant parce qu’il joue de l’intertextualité et de la mise en abyme c’est-à-dire joue avec la culture et la volonté d’être séduit par le spectacle, du spectateur. Isée intéressante également que d’avoir fait raconter l’épisode par Sg qui se livre ainsi à un jeu de la vérité. En effet celui-ci n’ayant pas le blocage sentimental et sexuel que ressent Don Juan peut raconter les événements en toute objectivité, là où DJ probablement n’aurait rien pu ou voulu révéler de ses secrets.</p>								</div>
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		<title>Rabelais</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/07/18/rabelais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jul 2019 14:42:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignant]]></category>
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					<description><![CDATA[La Dégelée Rabelais&#160;dans l’Hérault et le Gard&#160;&#160;&#160;&#160; Si les expositions rendant hommage au maîtres du passé, tel le Courbet du Musée Fabre, font immanquablement le plein malgré leurs entrées payantes, le pari était plus audacieux de prendre Rabelais pour prétexte à une proposition vouée à l’art actuel auquel le public n’est pas toujours sensible. D’autant [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="1220" class="elementor elementor-1220">
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									<p>La Dégelée Rabelais dans l’Hérault et le Gard    </p><p>                              <br />Si les expositions rendant hommage au maîtres du passé, tel le Courbet du Musée Fabre, font immanquablement le plein malgré leurs entrées payantes, le pari était plus audacieux de prendre Rabelais pour prétexte à une proposition vouée à l’art actuel auquel le public n’est pas toujours sensible. D’autant que ce type de manifestation ne prend son sens que si elle est perçue dans son ensemble et que, les lieux mobilisés étant légion, il faut beaucoup bouger pour enfin voir.</p><h1 style="text-align: center;" align="center"><br />RETOUR SUR l’ODYSSEE RABELAIS</h1><p align="left"><br />La surdouée, comme d’hab.<br />C’est évidemment Montpellier qui se taille la part du géant avec neuf lieux mobilisés sans compter que Lattes ou Aigues-Mortes voire Lunel se trouvent à quelques encablures gargantuesques de l’œil du cyclone, dont le Frac serait l’épicentre. Voué à la scatologie (anticipant sur les médisances des détracteurs), ce qu’il propose en ses locaux témoigne du souci de cohérence voulu par le commissaire et ses adjoints. On pouvait s’attendre à un appétit de géant et à du physiologiquement incorrect : l’expo tient ses promesses. Un avion coupé en morceaux censés avoir été dévorés et régurgités puis ré-encollés (Giraud et Sibony), Richard Fauguet qui multiplie les allusions intestines, Taroop et Glabel réhabilitant le pétomane, Gabriel Orozco modelant des incongruités postérieures dans du verre soufflé, Nicolas Gruppo demandant à une prostituée russe de jouer devant sa web cam avec une poire à lavement…  Tout cela fonctionne parfaitement… La Panacée propose l’espace le plus imposant, en l’occurrence voué au corps. Ce lieu est en train de devenir la référence qui manquait tant à cette ville (qui n’a pas de Carré d’art ou de Crac à sa démesure). On y voit de très bonnes choses et ce sont souvent les artistes de notre région qui séduisent le plus. Je pense à cette extraordinaire appropriation par Daniel Dezeuze de l’amphithéâtre, éclairé brièvement par intermittence et ressuscitant les fantômes de tous les « couillons » qui en auront usé les bancs. Les dessins de sexe que Pierre Joseph  a demandé à certains étudiants de réaliser de mémoire n’ont pas à rougir de leur confrontation au « Spaghetti man » à la queue de marsipulami  de Paul Mac Carthy, un peu à l’étroit dans son espace. De même les portraits anatomiques d’Eudes Menichetti, produisent leur petit effet, tout comme les opérations à cœur ouvert du Gentil garçon à partir de balles et de table de ping-pong. Luc Bouzat, que l’on est heureux de retrouver à pareille fête, tire  pertinemment son épingle du jeu en demandant à ses modèles d’exhiber leur nombril, photographié dès lors en gros plan. Le même Bouzat mène à Lunel une enquête sur la disparition magico-spatiale de son alter ego Peintrake le magicien, double de l’artiste inventé dans les années 80, l’une des productions les plus marquantes de cette période dans la région. Sans doute allait-il rejoindre Mandrake et Méliès, son interrogation sur le statut de l’artiste anticipant sur des expériences  reconnues depuis. Cette œuvre vouée au passé a tout l’avenir devant elle. Luc Bouzat, après St Etienne d’Issensac,a investi de ses empreintes végétales le temple d’Arpaillargues, hymne à la nature que l’on voudrait tant étreindre et à la vie que l’on voudrait tant prolonger. Pour le reste on retiendra surtout la vidéo en boucle d’Alain Benoit où un obèse court comme un chien, les punching-ball de Ocampo et Damag. St Anne (0467608242) déçoit quelque peu malgré la volonté d’occuper l’espace et la présence inattendue de Lawrence Wiener mettant un terme à la constipation de la créature (le géant Hulk), en sacs poubelles du Gentil garçon, en délicatesse avec l’immense cracheur de sel. Ou d’Etienne Bossut avec cette accumulation de bottes hautes en couleur. J’oubliais Javier Perez et sa créature ensorcelante toute en cheveux. A l’ESBNS (0499583285) les noms annoncés sont ceux des commissaires-adjoints, les noms des artistes semblant servir un projet. Nous ne les nommerons donc pas, on les découvre sur place, qui illustrent le thème de la guerre, puisque folie pichrocholienne il y eut : les insignes militaires de l’une, les vêtements de camouflage de l’autre, un leurre destiné à l’envoi de prétendus missiles grandeur nature, une mobylette pétaradante… Cette éviction interroge forcément sur le statut de l’artiste en train de se déplacer, soit qu’il cède le pas à des déterminations économiques, soit qu’il soit devenu un simple outil de divertissement parmi d’autres, interchangeable à foison. Pour en revenir au Frac, Dans les galeries associatives on peut trouver aussi de très bonnes choses notamment à Iconoscope (0620365747) où se remarquent surtout le pullover hors taille, le hamac géant et  la créature humaine à l’étroit dans une maison de poupée de JF Fourtou. Mais aussi l’incroyable installation optique de Loriot et Media à partir de verres à mettre en bouche. A Aperto (0467725741) la mode déferlante des « costums » est mise en valeur avec ce banc ou ce drapeau popularisé par Lionel Scoccimaro et son intérêt pour la culture skate. A Boîte noire (0686582562) Carlo Zagari déploie de grands dessins carnavalesques. Vasistas (0467524737) a pertinemment invité Dominique Gauthier et ses figures rondes ou elliptiques superposées dans un foisonnement baroque et multicolore. David Wolle déploie sur ses petites toiles ses concrétions scripturales rappelant des enluminures devenues folles de sensualité charnelle et colorée. A l‘inverse le traitement du texte biblique de Julien Audebert témoigne d’une démarche minimaliste et d’une réflexion sur la visibilité de l’invisible. Vasistas s’interroge sur le langage graphique, le Château d’O l’attaque selon une autre perspective, plus sémantique et ludique. En témoignent les rébus d’Elisabeth Krotoff sur toile, à partir d’un extrait rabelaisien ou l’installation sciante de Collin-Thiébaut. Mais aussi le jeu de transcription phonétique d’une chanson anglaise par Armelle Caron (à découvrir aussi à St Gervais sur mare) ou celle en langage des signes du personnage filmé par Grégoire Fabvre. Pierre Tilman joue de la paronomase Dire/rire. D’autres s’intéressent à la gestuelle muette telle Agnès Fournells  filmant d’énigmatiques cérémonies durant lesquelles le public est le véritable acteur d’interventions qui gardent leur secret. C’est tout de même Abdelkader Benchamma qui attire le plus l’attention avec son dessin mural où les mots mangent la tête du personnage pris comme dans un essaim. Et surtout Daniel Firman, avec ses hauts parleurs sculptés à la langue ou sa bibliothèque en trompe l’œil exposée en plein air sur la pelouse tandis que les allées sont jalonnées d’enseignes de Patrick Corillon. A noter une surprise : un clin d’œil d’Emmanuel Latreille à la presse locale, qui le tient  quotidiennement au jus.</p><p align="left"><br />Les cracs du Crac</p><p align="left"><br />Au Crac de Sète, moins de choses présentées mais le gigantisme compense la quantité. Tournant autour du « monde à l’envers » on peut y voir d’emblée deux ballons dansant sous le souffle d’une couronne de ventilateurs simulant une guerre des mondes chaplinesque, d’Annette Messager. Le catalan Barcelò a érigé une masse éléphantesque reposant sur sa trompe. Une autre façon de concevoir la sculpture. Le belge Eric Duyckaerts (Panacée aussi) se fend d’une de ses parodies de conférence dont il a le secret, ici vénitienne… Le crac reste fidèle à ses artistes de prédilection puisque outre ce dernier on retrouve l’anglais Glen Baxter et ses grands dessins empruntés aux comics dont le sujet est détourné avec humour pour proposer des remarques sur l’art. Et puis notre star nationale Fabrice Hyber, sa voiture à double capot, sa politique de l’autruche, et sa guillotine. Wim Delvoye se taille la part du gâteau avec son « cloaca », tube digestif technologique, qui choquera les âmes, goûts et couleurs des êtres sensibles. Enfin, l’enfant du pays, Combas accueille avec sa figure de proue sur le parvis, un navire sur la tête (la frégate est aussi le motif de l’inquiétante vidéo de Thys et De Gruyter) en noir et blanc, très Dubuffet en l’occurrence. Jusqu’au 14 septembre, 26 quai aspirant Albert, 0467749437.</p><p align="left"><br />Coquilles, Pescalunas et petits moutons.</p><p align="left"><br />A Louis Feuillade (Jusqu’au 31 août, 0467878419), à part Luc Bouzat qui est la véritable surprise de la sélection avec son « Porté disparu » sur son double Peintrake, on retrouve avec plaisir les ciels nocturnes tels qu’ils se présentaient la veille de grandes catastrophes comme Guernica ou Hiroshima de Renaud Auguste Dormeuil. Le thème est en effet l’astronomie. Imposante sculpture de Laurent Perbos comme une planète suspendue à partir de piscines et de bouées en matière plastique très vive. Les astronautes d’Hubert Duprat semblent chercher à conquérir le nouvel habitat de l’espace, à moins qu’il ne s’agisse d’y retourner. Barbara et Michel Leigsen déclinent l’alphabet du soleil selon une technique qui conserve son secret. Enfin Yvon Le Bozec (Panacée, O) use d’une boule au plafond pour nous faire assister au ballet des étoiles. La ville vouée à la lune méritait que l’on fouille du côté de sa toponymie dans un délire d’almanachs et tarots prophétiques. Au musée de Lattes (390, route de Pérols, 0467997720), Johan Creten (Vasistas)  se glisse dans les vitrines  vouées aux objets archéologiques, sur les murs ou entre les objets étrusques, les stèles mortuaires ou les céramiques sigillées de l’ancienne Lattara gallo-romaine. Certaines sculptures en particulier, faites de fruits ou  de fleurs  enveloppant le corps, de visages noirs coincées dans une moule ou une huître perlière, dialoguent avec des vestiges d’un autre temps. Ainsi sont réconciliées deux époques dans une odor di femmina et d’hommage à la déesse de l’amour. A Aigues mortes au-dessus du porche de l’entrée principale, les moutons en couleurs de Maurin/La Spesa, accrochés comme des gargouilles, surprennent les visiteurs et les incitent à aller voir de plus près les remparts de la citadelle. Ils ironisent sur le tourisme de masse et essaient plusieurs façons de mourir. A l’intérieur des remparts, leur autruche à deux têtes, semble arrogamment toiser les blaireaux et autres bébêtes puantes qui passent sans les voir. Daniel Firman la montre à l’envers, pattes en l’air et plumes au derrière, pratiquant sa fameuse politique de. Enfin deux installations de Delphine Gigoux-Martin suscitent des réactions mitigées : ces poussins plantés au mur comme des fléchettes ; ses dizaines d’oies embrochées et qui tournent sans fin. Toujours pour le sacrifice de la vie à l’hégémonie humaine, sa capacité de surconsommation. Juqu’au 28 septembre. Logis du gouverneur, 0466536155.</p><p align="left"><br />Ni toi nîmois</p><p align="left"><br />Nîmes est moins bien servi mais on vient plutôt à Nîmes pour Carré d’art ou son école (qui eût pu être associée à cette manifestation tellement Paula Rego y avait sa place). Toutefois les photos de Natacha Lesueur au PPCM (Musée des Beaux-arts, Alès), à partir d’éléments de nourriture disposés sur le corps ou le visage  procurent sans doute l’une des plus grandes émotions de ce tour d’horizon. L’hommage à Sydney Houiller, à 4 Barbier est amplement mérité et nous fait regretter sa brusque disparition,  ses sculptures de toile figurant des mains ou avatars de membres. Au bar de Pannetier on peut déguster des petites pièces dont il a le secret et dont on se demande toujours comment il les a dénichées et quel flair l’a conduit à les choisir. Reynier, Gagneux, Morellet, Maillaux, et évidemment Sanejouand prouvent que Rabelais peut rimer aussi avec subtilité. D’autant que Pannetier y révèle les dessins singuliers d’un profane, Michel Cadière, qui poursuit une quête graphique obstinée du mystère des êtres et du monde en accord avec l’univers rabelaisien fait de très hautes arcanes et horrifiques mystères. Au musée des Beaux-arts on voyage d’une île à l’autre, sonnante en l’occurrence, avec l’installation sonore De Marcel Dinahet mais surtout dans le fantastique, avec les paysages moisis ou  liquides et organiques de Michel Blazy  (Iconoscope). Une révélation : le surnommé Invader qui envahit nos villes, Nîmes comprise, de son logotype jeu-vidéo, également transcrit au pochoir sur des murs citadins. Les vidéos sont mélangées à la collection habituelle ce qui évidemment crée une sorte de décalage, dont témoignent les images couleurs télévisuelles de Jugnet et Clairet, ou surtout l’horloge numérique inédite de claude Closky. Jusqu’au  28 septembre, rue cité Foulc, 0466673821.</p><p align="left"><br />Très à l’aise Parking du pont du Gard et Chartreuse bandée</p><p align="left"><br />Au musée PAB et à l’espace Rochebelle d’Alès, où il y a à boire et à manger, on peut déguster les magnifiques dessins de Gustave Doré illustrant les aventures du géant.  Il y a du spectaculaire comme le ver « solitaire » géant de Patrick Van Caeckenbergh, du prodigieux comme les poissons ou crânes garnis en chocolat tellement vrais qu’ils sont faux du Gentil Garçon, du parodique avec ce tapis rehaussé de la Cène par Ernest T, de l’inattendu comme le gaufrier géant voué au béton de Dejode et Lacombe, Espace Rochebelle. Au musée, le tableau-table de restaurant très école réaliste de Spoerri, le cerf plein de mouches, naturalisé et affaissé sur ses bois de Ghyslain Bertholon, un dîner drapé, in présentia et in absentia, dans le diptyque de Cottenceau et Rousset. Un triptyque vidéo d’Alain Lapierre sur un banquet qui tourne à la conférence. Le tout se mêlant progressivement.<br />Le Pont du Gard (0820903330) est la bone surprise de cette dégelée. C’est en effet la plus cohérente dans ces choix, l’atmosphère et le rapport à l’extérieur (gorges du Gardon). Tout y est pertinent : du triptyque vidéo de l’entrée (l’avancée continue dans les égouts de Fichli et Weiss, l’incroyable marche de 6 heures de Gianni Motti, les percussions iconiques de Claude Closky) à la grotte finale modelée par Anita Molinéro de vénilia rouge. Entre temps l’oreille géante de Lili Fantozzi, par laquelle serait né Gargantua, un rocher cassé-collé d’Hubert Duprat, une construction labyrinthique en éléments de fumisterie de Richard Fauguet, l’homme adipeux et asexué à la carotte d’Alain Benoit qui tourne quand on s’en rapproche, une incroyable chaussette multicolore pendue au plafond et qui se termine par une vidéo qui en entreprend l’exploration de Pascale Wiedemann, les souches en tuyaux d’arrosage de Christian Robert-Tissot, l’homme en fin de vie de Serge Leblon. Tout cela dans une ambiance feutrée et un souci de mise en scène assez réussi à tout prendre. Avec en prime un guide zélé et compétent. C’est moins évident à Villeneuve les Avignon (CIRCA, la Chartreuse 0490152424) si l’on excepte le fait que les œuvres priapiques soient reléguées comme il se doit dans la burgade, un coin isolé de l’abbaye. Pas de, chance deux vidéos ne fonctionnaient pas, aucun préposé aux renseignements, le chaudron sonore au cœur battant de Rémi Dal’l Aglio demeurait désespérément silencieux et aucun robot en rut à se mette sous la dent comme promis (Paul Granjon). On se console avec la gentillesse de la préposée à l’accueil et, quant aux œuvres, avec les parties de jambes de Agnieska Podgorska, les phallus, dont un en granit, inversé, de Stéphen Marsden, ou le moulage d’un violoncelle à tête de nœud et au collier de pneu d’Etienne Bossut. Le reste est un peu décevant, Lucien Pelen par exemple n’étant pas mis en valeur (Carcassonne). Dans une allée jadis dévolue à l’entrepôt agricole, la moissonneuse batteuse grandeur nature et factice de Pascal Rivet. Au Fort St André, puissante bâtisse médiévale, il faut longuement marcher et monter les ardus escaliers des tours mais on s’amuse du massage thaï d’un petit pied trouvé contrastant avec les sandales de géant d’Agnès Rosse dans l’église de l’ancien bourg, ou des artistes-équilibristes miniatures montés sur un éléphant rose lui-même paradant sur un tabouret du duo Maurin/La Spesa. Philippe Favier joue la « carte » du minuscule avec des petits dessins dont il a le secret. Tandis que Nicolas Rubinstein dessine des Mickey sur les cartes américaines ou africaines (Tour des masques). Quant à Patrice Carré, il a mis en scène des reconstitutions de bataille navale à grand renfort de pirates et capitaine Haddock. Impressionnantes vidéos exotiques et maritimes, parfois houleuses, de M. K Abonnenc dans les tours jumelles. Plus loin, tour Philippe Le bel, Pierre Joseph occupe les étages avec ses vidéos et installations, dont ce monceau de canettes et cette critique des critiques primaires sur l’art contemporain. Certes il faut slalomer entre les horaires des uns et les jours de fermeture des autres mais Rabelais méritait bien un périple estival (incomplet puisqu’il se prolonge en l’Aude de Carcassonne et Lagrasse, Les PO de jau, la Lozère de Mende,  vallon de Villaret). Pantagruel l’a bien entrepris aux temps jadis. Latreille, tout aussi assoiffé aussi. BTN<br />L’ensemble des expos jusqu’au 28 septembre, le plus simple étant de se procurer un programme au Frac. Sauf Château d’O, jusqu’au 19 octobre, Avenue des Moulins 0467677617.</p>								</div>
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		<title>VOLTAIRE ROUSSEAU de Jean François Prévand</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/09/19/voltaire-rousseau-de-jean-francois-prevand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2019 10:51:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignant]]></category>
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					<description><![CDATA[VOLTAIRE ROUSSEAU de Jean-François Prévand La pièce de théâtre VOLTAIRE ROUSSEAU a été conçue et mise en scène par Jean-François Prévand, lequel, après des études au Conservatoire d’art dramatique, a commencé sa carrière dans les années 70 en montant des spectacles de Brecht, en écrivant des spectacles sur Molière et Shakespeare, et une adaptation du [&#8230;]]]></description>
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									<h2 style="text-align: center;">VOLTAIRE ROUSSEAU de Jean-François Prévand</h2><p>La pièce de théâtre VOLTAIRE ROUSSEAU a été conçue et mise en scène par Jean-François Prévand, lequel, après des études au Conservatoire d’art dramatique, a commencé sa carrière dans les années 70 en montant des spectacles de Brecht, en écrivant des spectacles sur Molière et Shakespeare, et une adaptation du Montserrat d’Emmanuel Roblès avec Jean Reno. Il est connu pour sa conception du théâtre qui défend la culture (en tant qu’elle améliore l’homme et l’enrichit, ce qui au fond est la position de Voltaire) et recourt effectivement à celle-ci en empruntant aux biographies ou œuvres d’auteurs.</p><p>En 88, il met en scène Voltaire’s folies, nommé aux Molières (l’équivalent au théâtre des César ou Victoires de la musique). Voltaire Rousseau est représentée à partir du 23 mars 1991 au Théâtre La Bruyère. Elle ne fait intervenir que deux acteurs jouant les deux auteurs.  La rencontre improbable-imaginaire &#8211; entre les deux philosophes se joue dans le château que Voltaire possédait à Ferney (aujourd’hui Ferney-Voltaire), à la frontière franco-suisse. Le dialogue – n’oublions pas que le Dialogue est un genre important au 18ème siècle, notamment grâce à Diderot, directeur de L’Encyclopédie &#8211; , le dialogue de cette pièce donc, est essentiellement fabriqué à partir de citations exactes des textes de Voltaire et Rousseau, qu’il s’agisse de leurs œuvres les plus célèbres ou de leur correspondance. En fait Prévand mélange un peu toutes les époques mais en gros, nous serions vers 1765, époque où Rousseau, chassé de Suisse, lapidé, persécuté, s’est réfugié sur l’île St-Pierre, sur le lac de Bienne près de Neuchâtel, où il passe selon lui les plus beaux jours de sa vie à herboriser.</p><p>L’argument est le suivant : un pamphlet assassin, accusant à juste titre Rousseau d’avoir abandonné ses cinq enfants (alors qu’il est l’auteur de L’Emile ou l’éducation) a été publié fin 64. Prévand imagine que Rousseau fait son enquête et suppose que Voltaire est l’auteur du Sentiment des citoyens (ce dont on est sûr aujourd’hui mais qu’il ne pouvait savoir).</p><p>En fait les deux philosophes n’ont jamais été d’accord : Quand Rousseau envoie en 1755 son Discours sur l’origine de l’inégalité, à l’auteur du « Mondain » (« J’aime le luxe et même la mollesse », « O le bon temps que ce siècle de fer !» »Le superflu, chose très nécessaire »), celui-ci lui renvoie une lettre ironique ( « il me prend envie de marcher à quatre pattes… ») à laquelle Rousseau, vexé, répond avec gravité.  En 1756, Voltaire écrit le Poème sur le désastre de Lisbonne (cf. documents) où il attaque les philosophes optimistes (Leibniz, Pope, Wolf) qui proclament que « tout est bien ». Rousseau lui envoie une Lettre dite sur la Providence où il défend au contraire l’optimisme providentialiste « Le tout est bien. Tout est bien pour le tout… »). Voltaire ne répond pas mais on trouve dans Candide (1759), bien des allusions aux idées de Rousseau : d’une part au début du conte quand nous sont exposées les idées de Pangloss, dans la rade de Lisbonne que justement Rousseau lui cite en exemple à propos du tremblement de terre, plus loin quand il imagine des femmes amoureuses de singes ou quand il montre les « bons sauvages » prêts à manger du jésuite bouilli.</p><p>Toutefois c’est en 57 que, à la suite de l’article « Genève » de D’Alembert paru dans L’Encyclopédie, inspiré par Voltaire qui fait jouer des comédies chez lui, et qui déplore que les genevois interdisent le théâtre qui pousse au libertinage, que la querelle s’envenime. Rousseau écrit la célèbre Lettre à D’Alembert sur les spectacles, dans laquelle il attaque le théâtre qui, selon lui, ne rend pas la vertu aimable ni le vice odieux. La tragédie, trop au-dessus de la vie réelle des honnêtes gens, nous purge peut-être de nos passions mais elle ne nous amène pas à pratiquer la vertu dans la vie réelle.  Quant à la comédie, elle fait rire des pères, des maîtres, des maris, ou des honnêtes hommes (comme Alceste, Le Misanthrope, qui dénonce l’hypocrisie) au lieu de condamner les fils qui se moquent de leur père, les femmes de paysans qui trahissent leur mari, les nobles qui exploitent les bourgeois etc. Elle est donc immorale.  Voltaire en est fortement irrité d’autant que bien des genevois viennent assister à ses spectacles et qu’il est lui-même célèbre en tant qu’auteur de tragédies, où il critique l’ignorance, le despotisme, l’intolérance. Par ailleurs le texte de Rousseau tombe mal car les philosophes, Diderot ou D’Alembert sont au plus mal avec les autorités. Il a l’impression que Rousseau est un traître. Il faut noter que Prévand a tendance à préférer Voltaire qu’il semble excuser, insistant sans doute un peu trop sur les contradictions de Rousseau.</p><p>Lassé des attaques de Rousseau (que Voltaire n’épargne pas dans Son Dictionnaire philosophiques ni dans sa Lettre sur la nouvelle Héloïse (roman par lettres de Rousseau), Voltaire fait publier anonymement le Sentiment des citoyens, où il présente entre autres le champion de la vertu qu’est Rousseau comme un débauché atteint de la vérole, quasi-assassin de sa belle-mère (accusation fausse) et donc ayant abandonné ses enfants (ce qui est vrai). C’est à la suite de ce pamphlet anonyme que Rousseau, pour se justifier, écrira la première véritable œuvre autobiographique moderne : Les Confessions.</p><p>Pourtant, au-delà de leurs querelles les deux écrivains s’estimaient…</p><p>« Voltaire : un monde qui finit ; Rousseau : un monde qui commence ». a écrit Goethe, le plus grand écrivain allemand.  Evidemment ces deux mondes ne pouvaient que s’opposer.</p><p>L’extrait choisi se trouve pratiquement au début. Rousseau (un peu caricaturé par Prévand) est entré dans le cabinet de travail de Voltaire un bouquet de fleurs des champs à la main, dont Voltaire ne sait pas trop que faire (effet comique). Avant de préciser l’objet exact de sa visite (la publication du pamphlet anonyme) Rousseau remercie pour l’envoi des deux longs poèmes de Voltaire qui lui sont parvenus. Comme on le voit Prévand mêle un peu les épisodes de la vie des deux auteurs puisque ces poèmes sont sortis en 1755 et le Sentiment des citoyens dix ans plus tard. Pour lui l’essentiel n’est pas le respect de la chronologie mais l’affrontement des idées. Toujours est-il que Rousseau dit franchement ce qu’il pense à Voltaire sans y mettre les formes puisqu’il est censé être le plus naturel, le moins mondain, le moins hypocrite possible.</p><p>Ce sont en tout cas ces idées, et la façon de les exprimer, qui nous intéressent dans cet extrait.</p><p>Les idées de Rousseau s’expriment dans une tirade assez longue puis une plus courte. Elles sont essentiellement empruntées à la lettre sur la Providence ainsi qu’une comparaison pourrait nous le prouver. Il est d’ailleurs fait explicitement référence au Poème sur le désastre de Lisbonne que Voltaire a écrit sous le coup de l’émotion, de la révolte, pour dénoncer l’optimisme qui accepte tout : Voltaire y écrivait : « Un jour tout sera bien, voilà notre espérance/Tout est bien aujourd’hui voilà l’illusion » ou « Philosophes trompés qui criez Tout est bien !/Accourez, contemplez ces ruines affreuses/ Ces débris, ces lambeaux… ».</p><p>Rousseau, qui prend le parti des optimistes, réfute la thèse de Voltaire qui leur est opposée et qui, notons-le, s’exprime dans un « poème » et non dans un long traité, plus mûrement réfléchi de philosophie. C’est un peu comme s’il lui disait donc : vous écrivez bien mais de manière superficielle et donc vous dites des sottises ou raisonnez mal. D’où le long chapelet des précautions oratoires, préliminaires, plutôt élogieuses, que l’on pourrait qualifier de concessives avant l’opposition : « J’ai trouvé à la fois le plaisir et l’instruction. J’ai reconnu la main du maître ». Seulement il ajoute aussitôt une prétérition et un euphémisme : « Je ne vous dirai pas que tout m’en paraisse également bon » (on notera l’usage du verbe modalisateur : « paraisse »).</p><p>En fait, passé les précautions oratoires, on peut décomposer le discours de Rousseau en trois temps : au début il attaque les idées de Voltaire sur le plan théorique (de « Tous mes griefs » à « que m’incliner » ; ensuite vers la fin sa première tirade, à partir de « Pourtant »  il en vient à son intime conviction sur l’existence de Dieu (je sens que DIEU existe »). Enfin dans la deuxième tirade, plus courte, il se livre à une sorte d’opposition ad hominem entre les deux positions opposées : la sienne et celle de Voltaire : « … étrange opposition… Vous JOUISSEZ et moi J’ESPERE… »).</p><p>                                                                         </p><p>COMMENTAIRE</p><p> </p><p>Introd : Jean-François Prévand, dramaturge contemporain.</p><p>Écrit une pièce sur une rencontre imaginaire entre Voltaire et Rousseau à propos de la parution d’un pamphlet contre Rousseau. Ce dernier vient rendre visite à Voltaire dans son château et lui dit qu’il fait une enquête pour savoir qui est le véritable auteur (en fait Voltaire). JFP se sert de vraies citations des auteurs.</p><p>Nous sommes au tout début de la pièce, ce sont donc les premiers mots prononcés par les deux philosophes.</p><p>problématique et plan :</p><ol><li>A) Commençons par la première : l’attaque sur le Poème sur le désastre de Lisbonne, certes enveloppée de compliments (« mon admiration » ; « devant tant de brillance je ne puis que m’incliner ».)</li></ol><p>– Rousseau est censé exprimer un point de vue, franc et honnête. Aussi se présente-t-il comme un admirateur lucide : « Mais c’est pour rendre mon admiration plus digne que je m’efforce de n’y point tout admirer » (polyptote). En d’autres termes, si l’ensemble de l’œuvre de Voltaire lui paraît admirable (R parle de « brillance », cad de l’art de persuader de Voltaire), certains points sont toutefois critiquables ce qui va lui permettre justement de la critiquer sur le fond. Ainsi parle-t-il à propos de Poème SLDDL de « griefs » cad de reproches avant de se lancer dans une réfutation de Rousseau qui revient à défendre les optimistes et donc à discréditer, à disqualifier l’antithèse (contre l’optimisme) de Voltaire.</p><p>-D’abord Rousseau reformule, en la résumant, la thèse de Voltaire : il commence par une subordonnée causale (« Parce que »)  rappelant l’argument principal de Voltaire « un tremblement de terre a détruit quelques palais et tué quelques milliers de personnes », et la conséquence qu’il en tire : « vous en concluez que la Providence est méchante ou stupide ». En effet, Voltaire dans son Poème explique qu’une Providence ne peut vouloir un telle catastrophe (« Philosophes…/Direz-vous : C’est l’effet des éternelles lois/Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix ? »), ce qui revient à dire qu’elle se désintéresse des affaires des hommes ou alors il faudrait la supposer capable de commettre des mauvaises actions. Dans sa Lettre sur la Providence, Rousseau, avec subtilité, expliquera à Voltaire que, si Dieu existe, il est forcément bon et sait donc ce qu’il fait, qu’il a prévu sans doute de toute éternité.  Mettre en doute ses qualités, le prétendre mauvais c’est supposer qu’il a des défauts donc qu’il n’est pas parfait donc qu’il n’existe pas puisque Dieu est forcément parfait : (« Si Dieu existe, il est parfait ; s’il est parfait, il est sage, puissant et juste ; s’il est sage et puissant, tout est bien… ». Le Poème de Voltaire donne l’impression qu’il remet en cause la bonté divine, et donc son existence. C’est ce que Prévand fait dire ici à Rousseau quand il ajoute « et que peut-être Dieu n’existe pas ».</p><p>&#8211; Ensuite, accuser Dieu des misères des hommes c’est le faire dépendre de nous, ce que Prévand fait dire aussi ici à Rousseau : « Vous disputez donc sur l’existence de Dieu en partant de nos peines. Vous faites dépendre Dieu de nous. ».  La position de Rousseau est en effet inverse : si Dieu est parfait il a créé un monde qui contient peut-être des imperfections à nos yeux, parce que nous le voyons de trop près, mais aux yeux de Dieu il est globalement parfait (comme un tableau vu à distance). Les imperfections s’expliquent par le dessein de Dieu, que nous ne sommes pas capables de comprendre. Le monde a été conçu une fois pour toutes, et Dieu n’a pas à changer continuellement son organisation pour nous faire plaisir. Pour Rousseau, c’est aux hommes à ne pas s’agglutiner dans des villes insalubres et à risque, s’ils veulent éviter de telles catastrophes qui se justifient dans le cadre du dessein divin. La nature, créée par Dieu, sait ce qu’elle fait et elle seule sait ce qui est bon pour la marche globale du monde.</p><p>En fait Rousseau dénonce l’incapacité de Voltaire à raisonner pertinemment en termes de métaphysique (questions abstraites, philosophiques du style : D’où venons-nous ? Qui nous a créés, Pourquoi ? etc.). Voltaire, lui, pense que seul le résultat concret compte et que parler de ce qui est impossible à prouver ne sert à rien. Seulement il a commis l’imprudence de s’attaquer à des métaphysiciens, optimistes, comme Leibniz et il a cherché en quelque sorte le bâton pour se faire battre.</p><p>Rousseau ne se prive pas d’ailleurs de lui montrer la fausseté de son raisonnement (partir de l’intérêt des hommes pour accuser Dieu). Il le fait en recourant à deux exemples : l’un judiciaire, l’autre en philosophie : Mis en parallèle : « En justice cela s’appelle inverser la charge de la preuve, en philosophie un raisonnement hasardeux »). (Asyndète entre les deux phrases). C’est comme s’il lui disait qu’il pense à l’envers (« inverser la charge ») ou à tort et à travers  (« hasardeux », mot péjoratif).</p><ol><li>B) Réactions de Voltaire</li></ol><p>Voltaire, d’une part ne s’attendait pas à cette attaque, d’autre part il déteste les raisonnements abstraits.  il change de conversation et, aux fleurs des champs apportées par Rousseau, rend la pareille en offrant du « café », produit de luxe (que lui reproche Rousseau), rapporté grâce à l’esclavage, la colonisation etc. car Voltaire aussi a ses contradictions : « Vous prendrez bien une tasse de café ? … pour vos aimables fleurs» : rappelons qu’il s’agit de chardons… Donc une plante qui pique et fait mal…</p><p>La fin de sa tirade, reprend le thème de Dieu, avec distance et humour, alors que Rousseau a évoqué le problème avec gravité : faisant intervenir deux bonnes sœurs, baptisées comiquement « Sœur fessue » et « Sœurs confite » (de graisse on suppose, mais Voltaire joue aussi sur le mot Confiteor : je confesse). Sous prétexte de faire parler Rousseau sur les vraies raisons de sa visite (il doit s’en douter un peu : « Mais vous n’avez tout de même pas fait tout ce chemin pour me parler du bon Dieu… »), il se moque quelque peu de lui et montre ses distances avec les préoccupations de son ennemi.</p><ol><li>II) La Providence :</li></ol><p>Rousseau, comme dans sa fameuse lettre, attaque en fait surtout sur la Providence et ses interventions dans les affaires des hommes :</p><ol><li>A) Rousseau et la providence :</li></ol><p> </p><p>&#8211; Rousseau suggère que les deux conceptions opposées sont liées aux manières de vivre des deux auteurs et que la sienne, justifiée, donne du sens à sa vie misérable  (car quel sens aurait une vie de souffrance si elle n’était pas justifiée par les desseins, qui nous échappent, de la Providence ?). C’est un raisonnement ad hominem qu’il s’applique à lui-même mais aussi à Voltaire. Il s’agit en fait de sa conclusion de la lettre sur la Providence : sa démonstration consiste à opposer donc les deux styles de vie : Voltaire est ainsi associé à des termes (noms ou adj) positifs comme « gloire », « abondance » et « libre », toutes les raisons pour être heureux donc.  Rousseau, au contraire, s’estime « obscur », « pauvre » « tourmenté d’un mal sans remède » (groupe ternaire d’adjectif ou participe) : Toutes les raisons d’être malheureux donc. Or,  sans prononcer le mot paradoxe, Rousseau veut évidemment l’insinuer et le soumettre à la réflexion de Voltaire : C’est ce dernier, en effet, qui trouve que « tout va mal sur terre » (ce qui signifie que Voltaire est pessimiste), alors que Rousseau trouve que « tout est bien ». (optimisme, en antithèse totale avec V).</p><p>-Cette opposition est résumée par le choc des deux termes : « Vous JOUISSEZ et moi J’ESPERE ». Seulement Rousseau ajoute « et l’ESPERANCE adoucit tout » ce qui déséquilibre la phrase et montre de quel côté penche la balance. Pour lui, l’optimisme est la philosophie des faibles, le pessimisme celle des nantis (riches) « rassasiés » de tout (métaphore alimentaire). Or, comme il fait partie des faibles, il ne peut qu’espérer et donc faire confiance en la Providence, seule habilitée à bien faire les choses, et ne pouvant que les faire bien si l’on admet – et il l’admet – qu’elle existe.</p><p>&#8211; Il termine de manière exaltée, en affirmant sa foi en une « Providence bienfaisante » et en rejetant les raisonnements faux ou viciés (« Toutes les subtilités de la métaphysique » ), ce qui s’oppose donc au Poème de Voltaire, et surtout par une suite de verbes à cadence égale (123, 123, 123,123, groupe quaternaire) il persiste et signe et affiche une conviction inébranlable (« Je la sens, je la crois, je la veux, je l’espère… : on notera les asyndètes) avant de conclure sur une affirmation déterminée : « Je  défendrai cette Espérance jusqu’à mon dernier soupir ». On notera la majuscule sur l’Espérance, une des trois vertus théologales (avec la foi et la charité), qui l’anoblit.</p><p>N.B. : Le thème est donc la Providence (intervention du divin dans les affaires humaines) accusée par Voltaire (qui se prétend pourtant déiste) horrifié par les catastrophes que la philosophie optimiste justifie. La thèse de Rousseau est : accuser la Providence c’est la nier, mais l’homme peut-il juger ce qu’il ne comprend pas ? Ses arguments s’appuient sur la métaphysique d’une part (où Voltaire est peu à l’aise) et sur la mise en valeur du  sentiment naturel. Mais il fait tout pour suggérer que la différence de conception ou de conviction philosophique est liée à la différence de condition, ce qui est le leitmotiv (refrain) de toute sa philosophie : L’homme à l’état de nature connaissait le bonheur (le paradis terrestre), la vie en société l’a rendu malheureux (elle lui a  fait connaître la honte, l’aliénation, la soumission, le besoin, l’orgueil etc.).</p><p>A ceci il faut ajouter l’image que Rousseau donne plus ou moins consciemment de lui. La façon dont les autres le regardent est importante pour lui qui se sent, parfois à raison, victime d’un complot visant à l’empêcher de répandre ses idées. Ainsi, une didascalie initiale précise qu’il s’adresse à Voltaire avec « une extrême politesse forcée ».  En effet, Rousseau est peu sociable, d’humeur mélancolique et il déteste l’hypocrisie mais il sait le respect qu’il doit à son aîné, très célèbre et dont il ne sous-estime pas le talent. En tout cas le naturel chez lui prend  le dessus, ce dont Prévand abuse quelque peu en le faisant passer pour un personnage aux manières un peu fruste (le mouchoir douteux, la bruyante quinte de toux). Vers la fin de l’extrait R ne manque pas de souligner du regard que Voltaire vit dans le luxe. Il s’emporte pour soutenir la cause providentialiste. Il est donc absolu dans ses idées, un peu sectaire. Le côté un peu goujat du personnage, face à l’homme le plus célèbre et adulé de son temps, crée un effet comique à ses dépens (ce que lui-même eût dénoncé).</p><ol><li>B) Réactions de Voltaire</li></ol><p>&#8211; La courte réplique, exclamative, de Voltaire entre les deux tirades de R, montre qu’il n’a pas l’intention de rentrer dans les subtilités métaphysiques du raisonnement de Rousseau, dans lesquelles il est mal à l’aise, préférant s’appuyer sur son arme favorite : la raillerie, ici exprimée crûment : « Tout ce que je puis dire, c’est qu’avec ce tremblement de terre et ses milliers de morts, la Providence en a pris dans le cul ! » (rythme ternaire). Il veut dire par là que les thèses providentialistes qui justifient tout par la meilleure fin conçue par Dieu, s’est quelque peu décrédibilisée. Comment tolérer, en effet, ces milliers de morts dont la plupart, innocents, ne méritaient pas un tel châtiment (pas plus que les victimes du déluge ou de Sodome et Gomorrhe…). En même temps, et malgré les efforts de Prévand, on voit bien la faiblesse argumentative de Voltaire, brillant dans l’art de séduire et persuader, notamment par l’humour ou l’ironie mais moins à l’aise dès qu’il s’agit de convaincre (ici une certaine vulgarité).</p><p>&#8211; Par ailleurs, il met un point final au thème de la Providence avec l’exemple du moineau mort dont le bon Dieu n’aurait « rien à foutre !», c’est-à-dire que pour lui, s’il existe bien un Dieu comme principe original de l’existence du monde, il n’intervient pas dans les affaires des hommes (cf. l’apologue sur sa Hautesse, du derviche, à la fin de Candide). C’est évidemment ce qui le sépare de Rousseau, lequel vient d’évoquer précisément la « Providence bienfaisante ». Sur ce plan-là donc les deux philosophes semblent mal partis pour s’entendre.</p><p>&#8211; Prévand lui prête une certaine vulgarité qui vise hypocritement à créer une complicité avec son interlocuteur (alors que celui-ci n’a pas d’humour). C’est l’incise – lequel, entre nous, n’en a certainement rien à foutre ! », énoncée avec ironie. C’est dire combien les deux philosophes ne sont pas sur la même longueur d’onde. L’un demeurant dans l’abstrait et les vérités éternelles, l’autre dans le concret et dans le plaisir poli (café). Il est amusant aussi d’imaginer Voltaire, pas très catholique, discuter avec deux bonnes sœurs. L’anecdote sûrement a été inventée pour les besoins de sa réponse.</p><p>III) Sur l’intime conviction :</p><ol><li>A) Dans un deuxième temps Rousseau exprime sa conviction profonde : Le sentiment</li></ol><p>&#8211; En fait, il quitte le terrain de la métaphysique (théorique), et avance un argument fondé sur son sentiment. C’est en ce sens que l’on peut dire que Voltaire est d’un monde et Rousseau d’un autre : Voltaire s’appuie en effet sur l’intemporalité de la Raison comme moyen d’accéder à la vérité (alors que Rousseau lui montre qu’il raisonne mal : « Est-ce bien raisonnable ? ») tandis que Rousseau réclame un peu plus de confiance dans les réactions naturelles des hommes : les sentiments.</p><p>&#8211; Il l’exprime bien d’une part dans son affirmation « JE SENS que Dieu existe» en appuyant sur le verbe sentir, ce qui renvoie à sa conception d’une religion naturelle qu’il exprime dans L’Emile (Confession de foi du vicaire savoyard), et qui lui ont valu des poursuites de corps et des persécutions.</p><p>&#8211; Et surtout, en fin de tirade, quand il pose une question orientée à Voltaire : « qui s’abuse de mon SENTIMENT ou de votre RAISON ? » (on notera l’alternative proposée), dont la réponse est pour lui évidente puisqu’il vient de montrer les erreurs de Voltaire en matière de raisonnement. Il fait de même un jeu de mots en antithèse en opposant, toujours en appuyant sur les verbes, EPROUVER et PROUVER : « opposition entre ce que vous PROUVEZ et ce que J’EPROUVE… ». En prenant la cause de Dieu (c’est la Théodicée), Rousseau veut montrer que le monde est bien fait et que toute chose, même toute peine y a sa place. Nier ce fait serait accuser Dieu et donc le nier comme tel, accusation très grave à l’époque (Diderot est en prison pour avoir fait dire à ses personnages des choses dans ce genre).</p><ol><li>B) Le réactions de Voltaire</li></ol><p> </p><p>&#8211; Voltaire, habituellement si prolixe, s’exprime beaucoup moins dans cet extrait ce qui peut s’expliquer par la surprise. En effet, passé les remerciements préliminaires (cf. texte) et marques excessives d’admiration, Rousseau s’est lancé tout de suite dans une attaque en règle, ce qui déroge aux lois élémentaires de la civilité (politesse) envers un hôte. On voit cette surprise quand la didascalie précise « Voltaire reste un bref instant interdit…».</p><p>&#8211; Toutefois, « Il fait signe de continuer » : En effet, le jugement que l’on peut porter sur lui ne peut manquer de l’intéresser, même s ‘il émane d’un original, aux idées singulières et controversées comme Rousseau (plus jeune d’une vingtaine d’années car il s’est mis à publier sur le tard). Toujours est-il que, plus courtois que son interlocuteur, il le laisse parler et une autre didascalie précise qu’il lui « fait signe de poursuivre ». On a donc deux attitudes différentes mais il ne faut pas oublier que Rousseau est censé avoir cheminé longtemps, donc a dû méditer son discours, et a grande hâte de donner son avis à ce sujet, d’autant qu’il lui tient à cœur. Disons qu’il est maladroit, ce qui s’explique par son côté authentique, sincère, brut.</p><p>&#8211; L’apostrophe « Ce cher ange », est trop polie pour être honnête, de même que les remerciements exagérés pour les aimables fleurs sont ironiques, et le zèle à nettoyer la table un moyen gestuel de se débarrasser des idées de Rousseau.</p><p> </p><p>On notera pour finir la volonté de Prévand de ne pas trop ennuyer le spectateur en interrompant le discours, normalement suivi, de Rousseau de didascalies, jeux de scènes et même silence.</p><p>Vous pouvez compléter cet exposé en ajoutant les jeux de scène relevés durant le visionnage de la pièce de Prévand en cours (afin de rééquilibrer les deux parties au besoin (mimiques, comportement, débit de paroles et vêtements…).</p><p>Conclusion : Un extrait intéressant donc parce qu’il montre à la fois deux caractères et deux points de vue irréconciliables. Deux manières de surcroît d’aborder un sujet : l’un avec gravité et implication personnelle, l’autre avec humour et détachement, la vulgarité n’étant qu’une coquetterie de riche. Et puis bien sûr des idées opposées.</p>								</div>
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		<title>Aloysius Bertrand</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/07/18/aloysius-bertrand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jul 2019 14:29:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignant]]></category>
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					<description><![CDATA[ALOYSIUS BERTRAND : UN REVE Introd&#160;: rappel&#160;: Auteur inventeur du Poème en prose. Son recueil Gaspard de la Nuit, sa seule œuvre. Époque romantique. D’après l’auteur, un inconnu lui aurait donné le manuscrit du recueil en signant G de la N. Les habitants de Dijon, capitale de la Bourgogne, lui disent que c’est le nom [&#8230;]]]></description>
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									<h1 style="text-align: center;">ALOYSIUS BERTRAND : UN REVE</h1><p>Introd : rappel : Auteur inventeur du Poème en prose. Son recueil <u>Gaspard de la Nuit</u>, sa seule œuvre.<br />Époque romantique. D’après l’auteur, un inconnu lui aurait donné le manuscrit du recueil en signant G de la N. Les habitants de Dijon, capitale de la Bourgogne, lui disent que c’est le nom dijonnais du diable.<br />Recueil sous-titré : « Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot ». Divisé en 6 sections dont la 3ème : « la Nuit et ses prestiges ». 11 textes en prose, dont le 7ème est « Un rêve ». 5 paragraphes à peu près équilibrés rendant compte des événements d’une nuit agitée.<br />Problématique : Comment interpréter ce rêve à la composition en apparence si décousue et à l’atmosphère étrange ? <br />Plan :</p><p>I) Une composition en apparence décousue :</p><p><br />A) Compo apparente : subdivision du texte au début.</p><p><br />&#8211; Si à la première lecture, on ne comprend pas grand-chose, on a tout de même, avec plus d’attention, l’impression que les trois premières strophes (ou paragraphes) recourent à des expressions anaphoriques, placées dans un ordre logique : Voir, entendre, achèvement du rêve. On a ainsi au début « ainsi j’ai vu », puis « ainsi j’ai entendu » et enfin « ainsi s’acheva le rêve ». On note l’anaphore sur l’adverbe « Ainsi ». Il semble donc qu’il y ait un lien logique qui unisse ces trois expressions, d’autant qu’elles sont mises en évidence par le procédé de l’incise entre deux tirets, et surtout par le reprise du même verbe, associé à la première personne du singulier, et au présent d’actualité : « je raconte. »<br />&#8211; Par ailleurs, on repère aisément, en début de chaque strophe, des adverbes ou connecteurs de discours indiquant l’évolution ou l’exposé des faits : « d’abord » (strophe 1), « ensuite » (S 2) et bien sûr « enfin » (S3), toujours placés à la même position, derrière le verbe être au Passé simple (« Ce furent »), au pluriel et sous une forme présentative (au Pst = « C’est »): Dans le texte, « Ce furent » x 3 fois. Cette autre anaphore prouve le lien logique entre les trois premières strophes.<br />&#8211; Mais à la première lecture, on a du mal à saisir le rapport entre les divers détails fournis dans le texte : par ex, le rapport entre le « glas funèbre » et « des rires féroces », ou « des cris plaintifs » et « les prières bourdonnantes des pénitents » – et ce que l’auteur (« je ») vient faire au milieu. Toutefois, on repère dans la strophe 3, la présence d’un « moine », un peu plus loin d’ « une jeune fille » et, enfin du narrateur, à la 1ère personne. Ces 3 personnages sont dans une situation inconfortable puisqu’ils sont tous sur le point de mourir : « le moine qui expirait », « la jeune fille qui se débattait », « et moi que le bourreau liait », sur la roue du supplice.</p><p><br />B) Compo apparente : subdivision du texte : Suite et Fin</p><p><br />&#8211; Les deux dernières strophes distinguent pourtant nettement les deux premiers personnages du 3ème : le narrateur-rêveur. En effet, les deux premiers meurent bel et bien puisqu’il est question de « prieur défunt », la jeune fille  « sera ensevelie » (Strophe 4) tandis que le troisième semble délivré et donc sauvé de son supplice (L’adverbe d’opposition « Mais moi » + « la barre du bourreau s’était… brisé comme verre » (Strophe 5), Allitérations en bilabiales et liquides.<br />&#8211; Heureusement pour lui, le narrateur n’est pas mort, sinon il n’aurait pu raconter son rêve. Il apparaît en tout cas à la fin de la strophe 3 qui constitue le milieu du texte. On peut dire que tout tourne autour de lui.<br />Avec ce paradoxe que c’est celui qui le méritait le plus « un criminel au supplice » qui est en définitive sauvé miraculeusement (« barre… brisée comme un verre », allitérations liquides + comparaison) ; alors que la jeune fille, pourtant pure dans sa « blanche robe d’innocence » meurt, cruellement, tout comme le moine qui a pourtant voué sa vie à la prière.<br />-Pour résumer, on a donc 3 strophes qui nous amènent à la mort, et le plus paniqué semble le narrateur-rêveur (monosyllabes : « Et moi que le… ») puis, après le pivot de la S3, la suite post-mortem limitée à deux personnages (S4), le 3ème, bien vivant, poursuivant « d’autres rêves vers le réveil » (S5). Les strophes 4 et 5 se distinguent aussi par le temps employé : futur antérieur pour les deux défunts, imparfait ou plus que parfait pour le NR.</p><p>II) Composition réelle :</p><p><br />A) Les personnages en présence :</p><p><br />&#8211; On les identifie assez aisément : un homme, une femme, un moine, en particulier S3 «  moine » « jeune fille ». Par ailleurs, on nous fournit l’identité de deux d’entre eux dans la S 4 : Dom Augustin et  Marguerite, le 3ème n’ayant pas de nom mais semblant donc le narrateur (cad l’auteur du manuscrit, G de la nuit, donc un être diabolique). Les autres personnages présents sont tous en rapport avec ces 3 protagonistes, le bourreau et les pénitents par rapport au NR, l’amant par rapport à Marguerite, et les « sanglots » désignent, par métonymie, les autres moines qui veillent l’agonisant ou s’apprêtent à lui rendre « les honneurs ».<br />&#8211; Mais à lire le texte de plus près, on s’aperçoit que les strophes 2 et 1 sont en lien direct avec ces personnages. En effet, le moine est dans sa « cellule » (S2), qui est elle-même dans une « abbaye » de la S1. De même la jeune fille  est attachée à un arbre évoqué par le biais de chaque « feuille le long d’une ramée », c’est elle qui pousse les « cris plaintifs » (S2) et bien sûr, elle se trouve dans la « forêt »  de la S1. Il en est de même pour le NR : Il est conduit sur le « Morimont S1, puis sur le lieu plus précis du supplice S2. Le texte donc devient parfaitement cohérent.<br />&#8211; En effet, nous sommes habitués à ce que l’on nous raconte des histoires successivement, à l’horizontale. Ce qu’a fait l’auteur dans ce texte, sans doute pour imiter le côté décousu ou haché du rêve, c’est de construire son texte verticalement. Au lieu de raconter les 3 histoires les unes à la suite des autres, il les a fait s’entremêler. Ainsi, au lieu d’avoir l’histoire du Moine M, puis l’histoire de la jeune fille JF, puis celle du criminel NR, le texte est construit de la façon suivante :<br />S1 : M+JF+NR (lieux)<br />S2 : M+JF+NR (sons)<br />S3 : M+ JF+ NR (Actions) pivot du texte, construit donc sur une gradation du général au particulier.<br />S4 : M+ JF (deux morts)<br />S5 : NR (un vivant)<br />On se demande évidemment quel est l’intérêt de cette structure ou construction bizarre.</p><p><br />B) Interprétation :</p><p><br />&#8211; Il y a un personnage que l’on a tendance à oublier, parce que l’on se focalise sur la JF, c’est l’amant de Marguerite (S4). On sait qu’il l’a tuée. Il est donc un « criminel ». C’est lui qui émet des « rires féroces » dans la S2. Mais comme il est un autre criminel dans le texte et que c’est le NR que l’on conduit au supplice, pourquoi les deux personnages ne seraient-ils pas une seule et même personne ? Cela justifierait leur rapprochement dans le texte. Et cela lui ôterait de son caractère décousu.<br />&#8211; Mais le moine ? N’a-t-il donc aucun rapport avec le criminel ni avec l’amant de la JF. Et pourquoi pas ? Si le criminel a miraculeusement échappé à la mort, peut-être grâce aux « prières des pénitents », il a très bien pu se convertir et passer ensuite une vie de prière : d’une part à oublier, d’autre part à assurer son salut,  à se racheter ou expier ses péchés. Ainsi le texte serait cohérent de bout en bout, le moine serait à la fois l’amant et le criminel que l’on retrouve dans chaque S du texte. (Mais dont « Marguerite » nous cachait la vue). On peut donc comprendre qu’avant d’expirer, le moine a revu, s’est remémoré ses deux vies antérieures, deux épisodes d’avant sa conversion : la scène du meurtre et celle du miracle au Morimont. D’autant qu’il doit se demander si, malgré ce meurtre, il aura droit au paradis… De plus, comme dans la religion 1=3, il est normal que 3 personnages n’en soient qu’un seul à divers âges (cf. Gauguin : les trois âges de la vie/ou un vitrail de la vie d’un saint).<br />&#8211; Il nous reste à comprendre le rapport avec le narrateur-rêveur. Eh bien, il s’identifie à ce moine (thème à la mode dans la littérature gothique de l’époque : Le moine, de Lewis). Son rêve l’a amené à se replonger dans son esprit un peu comme si l’on pouvait revivre ses vies antérieures. Comme G de la N est une figure du diable, ne peut-il se glisser dans l’esprit de chacun ? En tout cas, le texte est beaucoup plus cohérent qu’il n’y paraît. André Breton disait d’Aloysius Bertrand qu’il était surréaliste dans le passé.</p><p>III) Atmosphère ou tonalité générale du texte</p><p>A) Le plus évident :</p><p><br />&#8211; Nocturne, à la Rembrandt. Le texte commence par « ll était nuit », construction qui surprend un peu mais qui semble combiner il faisait nuit et Il était minuit. Le mot « nuit » donne le ton à ce texte à l’ambiance nocturne évidente. Présence de la « lune », allusion aux « torches des pénitents », importance du noir  dans le texte (pénitents noirs) et bien sûr clair obscur à la Rembrandt dans l’allusion aux « cierges de cire » ou à la « blanche robe » qui font contraste.<br />-Médiévale : Le nom propre Morimont renvoie à une ancienne place aux exécutions. Le supplice de la roue est typiquement moyenâgeux. Les abbayes, construites au Moyen Age ; la forêt lieu de bien des récits de chevaliers ou de victimes féminines.<br />-Religieuse : rite de la « cendre des agonisants », nom du moine, allusion à la confrérie des « cordeliers » et au statut du moine : « prieur ». Également référence à la « chapelle ardente ». Et croyance au miracle. La cloche, la cellule, le rôle des pénitents…</p><p>B) En observant plus attentivement</p><p><br />&#8211; Mouvement anormal : Normalement la nuit tout le monde dort en attendant le lever du soleil même le NR (cf. « et je poursuivais  d’autres songes vers le réveil »). Or cette nuit là semble particulièrement agitée : « le Morimont grouillant de capes et de chapeaux » lesquels désignent par métonymie les gens qui les portent. Il y a donc du monde « la foule ». Cette nuit est exceptionnelle, extraordinaire. Le vocabulaire traduit bien ce mouvement anormal et inquiétant : les « murailles lézardées », « les sentiers tortueux », « forêt percée », chaque feuille qui « frissonnait » (allitérations en f) « échevelé »  et surtout les « torrents de pluie » de la fin + le verbe poursuivre.<br />&#8211; Lugubre, macabre, sadique, à la Callot (graveur de pendaisons, de guerre…) : Ce texte n’est pas dénué de cruauté, ce que l’on perçoit notamment dans l’allusion aux « rires féroces », ou à la « foule » venue assister à l’exécution du criminel. La mort est donc omniprésente, ce que marquent des mots comme « glas funèbre » et en écho « sanglots funèbres » (la répétition de l’adjectif forme un écho), ou bien sûr, les mots « défunts », « ensevelie ». Callot est rappelé dans le sens où il gravait et dessinait de scènes d’exécution et pendaisons.<br />&#8211; Mystérieuse, diabolique ou divine. Mystérieuse grâce à la référence à Rabelais et à Pantagruel, qui dit ne rien comprendre au sens de son rêve. Diabolique parce que l’on a l’impression que c’est le diable qui pousse l’amant à se révéler aussi féroce. Et divin pour le miracle final, avec l’utilisation du rythme ternaire. A moins que le diable qui est malicieux n’ait voulu montrer que, derrière un religieux pieux, se cache un ancien suppôt, un être malfaisant.</p><p>Conclusion : Vérifier réponse à la Q.</p><p><br />Se référer aux deux artistes surtout à la Ronde de Nuit de Rembrandt<br />Donner votre avis sur cette interprétation et sur le sens des rêves en général.</p>								</div>
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		<title>Beckett</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/07/18/beckett/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jul 2019 14:25:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignant]]></category>
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									<h1 style="text-align: center;">PREMIERES PAGES : EN ATTENDANT GODOT (jusqu’à « sauvé »)</h1><p>Beckett auteur irlandais mais prix Nobel de littérature bilingue. A écrit des romans mais surtout du théâtre, en particulier En attendant Godot, l’un des chefs d’œuvre du théâtre universel, « les pensées de Pascal traité par les Fratellini » (Jean Anouih), cad des clowns ou des acteurs comiques. On y voit deux personnages, deux vagabonds parler en apparence pour ne rien dire, et occuper la scène en attendant Godot (diminutif de God, Dieu), lequel ne vient jamais. Ils seront rejoints par le maître et son esclave, Pozzo et Lucky. Nous sommes au début où des répliques et tirades nous permettent de nous familiariser avec les protagonistes.<br />Ce début de pièce, sans scènes, a-t-il en sens ?<br />Plan :</p><p>I) Faisons connaissance :</p><p><br />A) Les unités :</p><p><br />&#8211; <strong><em>De lieu</em></strong> : La première didascalie nous en informe de manière assez vague : « Route de campagne avec arbre ». On est donc dans un endroit plutôt désert, en tout cas non peuplé, et en pleine nature (Estragon assis « sur une pierre »). L’indication « route » suppose du passage ce qui ne sera pourtant pas le cas (à part Pozzo et Lucky, puis un enfant qui rentre par la droite). Toujours est-il que la route suppose la marche, et celle-ci le pied. Or justement la pièce commence par des propos sur un pied. Le lieu est en cohérence avec le thème.<br />&#8211; <strong><em>Le temps</em></strong> : un seul mot, également, donc une phrase nominale, évoque le temps. Il s’agit du nom « Soir » dans la 2ème didascalie initiale. Le soir connote la transition, le passage du jour à la nuit, donc est en cohérence avec la route, lieu supposé de passage. On suppose que les personnages ont beaucoup marché, ce qui induit le thème de la fatigue (Estragon assis sur une pierre) et à nouveau le besoin d’enlever sa chaussure. Au début, en vain (« Rien à faire ») quand il essaie tout seul (3ème didascalie : « essaie d’enlever sa chaussure… Il s’y acharne… se repose… » puis 5ème, amorçant le dialogue (participe présent « renonçant à nouveau »). Ensuite quand il réclame l’aide de Vladimir (« Aide-moi à enlever cette saloperie » avec métaphore vulgaire. Un peu plus loin « « Aide-moi ! »). Enfin « parvient » à l’enlever, tout seul « au prix d’un suprême effort », longue didascalie durant le monologue de Vladimir. Entre temps, du temps est passé. C’est même la seule chose.<br />&#8211;<strong><em>L’action</em></strong> : Les actions sont limitées à deux. Celle de parler, mais aussi celle de se préoccuper de deux accessoires relevant du vocabulaire des vêtements. Le plus haut (près du ciel), le chapeau, pour Vladimir (« didascalie : « Il ôte son chapeau, regarde dedans, y promène sa main, le secoue, le remet » avec accumulation d’actions au présent, quinaire) ; le plus bas cad plus proche de la terre, la chaussure pour Estragon (didascalie : « il regarde dedans, y promène sa main, la retourne… » «accumulation, aussi). On a donc fortement l’impression que ce contraste entre chapeau et chaussure n’est pas mis d’entrée de pièce par hasard.</p><p>B) Les personnages :</p><p><br />&#8211; <strong><em>De probables vagabonds</em></strong> : Peu d’informations claires et nettes nous permettent pour l’instant de savoir à qui nous avons affaire. Toutefois la marche « à petits pas, raides, les jambes écartées » de Vladimir le font ressembler à Charlot, l’éternel vagabond, toujours  coiffé lui aussi d’un « chapeau ». Le fait que « Monsieur a passé la nuit » (Vladimir) « Dans un fossé » (Estragon), nous laisse à penser qu’il s’agit bien de vagabonds, à qui l’on mène la vie dure (« Et on ne t’a pas battu ? –Si… pas trop » etc.). Enfin, « On portait beau alors », « vers 1900 » laisse à supposer que ces deux êtres ont été ruinés ou ont connu une vie misérable après avoir connu l’opulence. Un peu comme ces gens ruinés, victimes d’une crise financière. La grande crise américaine de 1929.<br />&#8211;<strong><em>Les deux semblent bien se connaître</em></strong> : Déjà, ils se reconnaissent (« -Alors te revoilà, toi », « Je suis content de te revoir ». Vladimir appelle Estragon familièrement « Gogo ». Ils se tutoient. Vladimir évoque son rôle dans l’existence d’Estragon : « Quand j’y pense… depuis le temps, je me demande…ce que tu serais devenu… sans moi ». Il évoque leurs habitudes : « Depuis le temps que je te dis qu’il faut les enlever tous les jours ». Tu attends toujours le dernier moment ». Ils ont donc des souvenirs en commun : anciens (« 1900 »), plus récents (« Estragon battu » mais aussi ce qu’ils auraient pu faire sur la Tour Eiffel, et qui semble annoncer un suicide (« La main dans la main on se serait jeté en bas de la tour Eiffel, parmi les premiers») et même ce qu’ils ont pu imaginer (« Nous nagerons. Nous serons heureux ». Toutefois, on note que Vladimir semble plus sûr de lui que son homologue (« Je ne sais pas », « Sais pas si elle était sans ou avec »). En tout cas ils semblent liés par une relation forte.<br />&#8211;<strong><em>Il leur arrive pourtant d’être en désaccord</em></strong>, comme un vieux couple de supposés amis. Par exemple, quand Vladimir veut embrasser Estragon pour fêter leurs retrouvailles, ce dernier répond « Tout à l’heure » deux fois, avec « irritation ». Donc il refuse temporairement. Quand Vladimir veut raconter l’histoire des larrons, Estragon répond Non. Et il menace de partir (« Je m’en vais ») quand Vladimir parle de l’enfer. Il n’écoute pas Vladimir qui s’interroge toujours sur l’histoire des larrons etc. Bref on sent quand même des motifs de tension, de désaccord. Preuves qu’ils n’ont pas le même caractère.</p><p>II) Des ressemblances certes mais aussi des différences pertinentes.</p><p>A) Ce qui les rapproche :</p><p><br />&#8211;<strong><em>Les deux cherchent quelque chose</em></strong> : En apparence d’insignifiant. L’un dans sa chaussure (didascalie : Estragon : « ne trouve rien, passe sa main à nouveau dans sa chaussure, les yeux vagues ») ? Dans le dialogue qui suit : Rien », « Il n’y a rien à voir » ? La recherche d’Estragon reste ainsi infructueuse. On suppose qu’il a cru qu’une pierre justifierait son mal aux pieds. Inversement Vladimir se met à chercher dans son chapeau, avec une certaine insistance, ce qui est moins justifié car il n’avait pas mal à la tête. Didascalie : « Il ôte à nouveau son chapeau, regarde dedans, le remet » avec accumulation ternaire de verbes d’action. Vladimir s’en étonne (de ne rien trouver), semble-t-il « Ca alors l », comme s’il était évident qu’il aurait dû y avoir quelque chose. Renouvelant l’opération (cf. didascalie : « Il enlève encore une fois son chapeau, regarde dedans, y passe la main, le secoue, tape dessus, souffle dedans, le remet »…), il finit à trouver ça « inquiétant ». C’est donc que ce détail, l’objet de la chaussure ou du chapeau, est plus profond qu’il n’y paraît. En tout cas, ça leur fait passer le temps.<br />&#8211; <strong><em>Les deux souffrent</em></strong>. Le motif de la souffrance donne pertinemment une belle structure en chiasme autour d’une réplique pivot de Vladimir : « &#8211; Vladimir : Tu as mal ? – Estragon – Mal, il me demande si j’ai mal ! » (qui signifierait que oui). Et inversement : « Estragon : Tu as eu mal ? Vladimir : Mal ! Il me demande si j’ai eu mal ! »). La structure de la phrase est la même mais celui qui questionne et celui qui répond sont placés en sens inverse. Seule différence, on est passés du présent de l’indicatif au passé composé. La réplique centrale de Vladimir contient le verbe souffrir et se plaint qu’Estragon se croie le seul à souffrir : Vladimir – « Il n’y a jamais que toi qui souffres ! Moi je ne compte pas. Je voudrais te voir à ma place. Tu m’en dirais des nouvelles. » Donc les deux souffrent mais cela se voit davantage chez Estragon qui localise l’objet de sa souffrance du côté de ses pieds alors que Vladimir le suppose dans le chapeau… Par ailleurs, un peu plus loin, on comprend que le rire le fait souffrir (« en portant la main à son pubis : Vladimir : On n’ose plus rire. ». Bref le thème est essentiel pour les rapprocher.<br />&#8211; <strong><em>Les deux ont des choses à se reprocher</em></strong>, des petits défauts, des petites manies, preuve qu’ils se connaissent bien. Estragon, par exemple, fait remarquer à Vladimir qu’il n’a pas boutonné sa braguette : « Estragon : (pointant l’index) – Ce n’est pas une raison pour ne pas te boutonner. ». Puis le critique ouvertement : « Qu’est-ce que tu veux que je te dise, tu attends toujours le dernier moment ». Mais Vladimir, qui a déjà reproché à Estragon son égoïsme en matière de souffrance, ne demeure pas en reste avec une réplique cinglante qui devient une vérité générale : « Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable. ». Vladimir veut dire que l’homme en général, et Estragon en particulier, ne désigne jamais le bon coupable de ses maux, ici en l’occurrence son corps plutôt que l’objet qui le protège. En tout cas l’extrapolation d’Estragon vers l’homme tout entier montre que Beckett nous invite sur la voie de l’allégorie symbolique.</p><p>B) Ce qui les distingue :</p><p><br /><strong><em>&#8211; Il est assez net qu’Estragon est uniquement préoccupé du corps et des choses matérielles alors que Vladimir a plutôt à voir avec l’esprit</em></strong>. Cela explique le distinguo très net entre la chaussure et le chapeau. Et une remarque comme « Je voudrais te voir à ma place », à propos de la souffrance qui deviendrait alors morale, mentale ou spirituelle. Cela explique aussi pourquoi Vladimir semble distrait « dans les petites choses » ou pourquoi il semble essentiellement préoccupé des choses de l’esprit : la mort (« Le dernier moment… (Il médite). C’est long mais ce sera bon »). Alors qu’Estragon se bat avec sa chaussure, au point de s’acharner dessus, de se retrouver « à bout de forces », de renoncer avant de reprendre etc., Vladimir prétend, de son côté, reprendre le combat (« Il se recueille en pensant au combat »). D’ailleurs Estragon est assis, donc le corps au plus près de la terre, alors que Vladimir est debout, plus près du ciel. L’un a donc à voir avec la vie matérielle, l’autre avec la vie spirituelle (réflexion, souvenirs, interrogations diverses sur la vie éternelle…). En fait on a d’un côté la pensée (l’esprit), de l’autre l’action (le corps).<br />&#8211; Alors <strong><em>que Vladimir  essaie en permanence de relancer la discussion</em></strong> (« Si on se repentait ?»), sans doute pour donner du sens à la vie et au temps qui passe, <strong><em>Estragon refuse de l’écouter</em></strong> (« Je n’écoute pas ») ou alors en se faisant tirer l’oreille (« Voyons Gogo, il faut me renvoyer la balle de temps en temps. – Estragon : « J’écoute »). On a l’impression que chacun a un rôle bien défini : l’un d’amorcer des sujets possibles de conversation, pour tuer le temps, l’autre de lui répondre. Au demeurant Estragon a du mal à suivre le raisonnement de Vladimir, preuve que les choses de l’esprit lui sont étrangères : « Je ne comprends rien. Engueulé qui ? »). Inversement, Estragon réclame à plusieurs reprises de l’aide mais celle-ci ne vient jamais (« Tu ne veux pas m’aider », « Aide-moi !). Chacun s’occupe de ses affaires. Enfin, Estragon menace de partir : « Je m’en vais » quand Vladimir parle de l’enfer, ce qui peut signifier que les raisonnements de Vladimir sont trop subtils et vont trop loin pour lui. Et puis l’enfer est déjà sur terre, à moins qu’il ne s’agisse du purgatoire.<br />&#8211;<strong><em>Surtout, les deux comparses ont du mal à se comprendre</em></strong>, d’autant que Beckett joue à fond la carte de l’ambiguïté à même de susciter des quiproquos. C’est assez évident au début. « Quand Estragon répond « Tu crois ?», on ne peut savoir à quelle remarque de Vladimir il fait allusion (à « Rien à faire », à « Alors te revoilà, toi ? »). Quand il répond « Moi aussi », il peut répondre à une « Je suis content de te revoir », à « Je te croyais parti pour toujours » ou à « Tu crois » qui renvoie à « Rien à faire (qu’Estragon prend au sens matériel, sa chaussure alors que Vladimir prend au sens spirituel évoquant d’ailleurs une « pensée », comme chez Pascal). On comprend ainsi que la véritable préoccupation de Beckett est le langage et ses malentendus. Plus loin quand Vladimir parle du « petit tas d’ossements », Estragon répond « Et après » qui peut signifier « Qu’est-ce que ça peut faire ? » mais aussi « après la mort qu’est ce qu’il y a ? ». Le « dernier moment » n’a pas le même sens pour les deux vagabonds, l’un le prenant au sens corporel, l’autre comme une méditation sur la mort… Donc les deux ne veulent pas dire la même chose. Le distinguo corps/esprit se ressent au niveau du langage.</p><p>III) Une entrée en matière plus complexe qu’il n’y paraît.</p><p>A) Épisode des deux larrons</p><p><br />&#8211; <strong><em>Pourquoi traiter ce thème à ce moment-là</em></strong> : Sans doute pour insinuer que ces deux vagabonds pourraient être ceux de la « Bible », évoquée. Cela serait confirmé par le titre du livre : En attendant Godot (Dieu). Vladimir lance ce thème après l’épisode du chapeau : « Un des larrons fut sauvé… C’est un pourcentage honnête ». Ce sujet fait partie des nombreuses questions qu’il se pose et qui relèvent souvent de la métaphysique. Vladimir, qui semble à la fois plus cultivé et plus impliqué par la vie spirituelle, se croit obligé d’en raconter l’épisode : « C’étaient deux voleurs, crucifiés en même temps que le sauveur… On dit que l’un fut sauvé et l’autre… damné ». L’extrait se termine d’ailleurs sur le mot « sauvé » au singulier en antithèse avec le mot « damnés » au pluriel.<br />&#8211; <strong><em>Du coup, ce début de pièce parle de religion, de christianisme, de vie éternelle</em></strong> : Évidemment Beckett nous entraîne sur le terrain de la religion. Non sans humour ou ironie, il insiste sur les contradictions des récits des quatre évangélistes : « Comment se fait-il que des quatre évangélistes un seul présente les faits de cette façon ? Ils étaient cependant là tous les quatre – enfin pas loin. ». Beckett en profite pour faire part de son scepticisme par rapport au texte sacré. Il est amusant aussi de constater comment Vladimir relate de façon triviale cet épisode sacré : « … et le troisième dit qu’ils l’ont engueulé tous les deux ».<br />&#8211;<strong><em>Et de problème de salut, pour l’un d’eux qui plus est</em></strong>. En fait, ce qui préoccupe Vladimir, c’est de savoir lequel des deux pourrait être sauvé. Et comme les deux vagabonds incarnent le corps et l’esprit, il est plus impliqué que son comparse puisque c’est souvent l’esprit qui est donné comme survivant au corps. Ce qui l’inquiète ce sont les contradictions qui tendraient à montrer que les deux ont été damnés (« Ils ont dû être damnés tous les deux ». Auquel cas à quoi sert de vivre ?</p><p><br />B) Thèmes métaphysiques très nets :</p><p><br />&#8211; <strong><em>La mort</em></strong> : On le voit, vers la fin de l’extrait, Vladimir est préoccupé par le problème de la mort (« Mais non voyons ! De la mort »). Cela reprend le passage le plus long avec didascalies où Vladimir médite sur « Le dernier moment ». Il n’utilise que quelques mots et des phrases assez hachées mais on comprend qu’il développe sur le thème de la mort : « Des fois je me dis que ça vient quand même… Alors je me sens tout drôle. Comment dire ? Soulagé et en même temps épouvanté… E-POU-VAN-TE ». On peut alors se demander, puisqu’en disant ces mots, Vladimir fouille dans son chapeau, s’il n’y cherche pas une solution, une réponse, à la question qui se pose : Bref une « pensée » &#8211; ce qui renvoie aux Pensées de Pascal, qui soulèvent justement la question de l’existence de l’homme avec ou sans Dieu. Le problème soulevé par Beckett est d’ordre tragique : D’où la réponse d’Estragon à la question du repentir (« -Si on se repentait ?&#8230; D’être né ? »). Ce qui fait rire Vladimir et correspond bien à la définition de la pièce par Jean Anouilh : « Le sketch des pensées de Pascal traité par les Fratellini ».<br />&#8211; <strong><em>Le divertissement ou comment remplir l’existence en attendant Godot</em></strong> ?<br />Vladimir le dit quand il lance l’histoire des larrons : « Ca passera le temps » puis « il faut me renvoyer la balle de temps en temps ». On comprend que tous ces sujets, futiles ou graves, sont un moyen de gérer l’existence. Et que cette scène de théâtre est une métaphore de l’existence, le côté Jardin étant le lieu d’où l’on vient, le côté Cour celui où l’on va. Et l’aridité du décor, le symbole de l’aridité de la condition humaine où comme le dit la première réplique il n’y a « Rien à faire » même si Vladimir, qui interprète cette phrase à sa façon ajoute, se parlant à lui-même: « Tu n’as pas tout essayé. ». On est dans une sorte de purgatoire. Lieu de transition, comme la route et le soir.<br />&#8211;<strong><em>Enfin, si Vladimir rationnalise, se préoccupe de questions métaphysiques, émet en permanence des pensées, Estragon est plus attiré par la présence des choses</em></strong> ; D’où sa réplique sur les jolies couleurs des cartes de la Terre sainte, et les rêves qu’elles lui inspirent. Preuve qu’il n’a pas dû bouger beaucoup durant sa vie, à part pour se retrouver à « La Roquette » (qui semble être une prison), après un passage par « l’école sans Dieu » (l’école laïque). Toujours est-il que son lyrisme inattendu (« J’avais soif rien qu’en la regardant »), ses rêves de « lune de miel », le font passer aux yeux de Vladimir pour un « poète ». Beckett fait dire à Estragon : « Je l’ai été » mais la didascalie à propos des « haillons » et la fin de la réplique « Ca ne se voit pas ? » ironise sur les conditions de vie des poètes, bohémiens et fauchés, puisque la poésie ne se vend pas. Donc Vladimir serait l’intellectuel, préoccupé par l’autre vie, Estragon plutôt le poète, plus intuitif, peut-être aussi plus épicurien, tourné vers cette vie-ci.</p><p>Conclusion : vérification réponse à la problématique.<br />Votre opinion sur ce début. Insistance sur la profondeur dissimulée du propos. Et remise dans le contexte des interrogations sur la condition humaine au XXème siècle.</p>								</div>
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		<title>LES DEUX AMIS : LA FONTAINE</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2019 10:28:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignant]]></category>
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					<description><![CDATA[LES DEUX AMIS : LA FONTAINE Auteur classique du 17ème siècle, époque où l’on ne jure que par l’Antiquité et les genres pratiqués par les Anciens. Définition de la fable ou de l’apologue, inventés durant l’Antiquité, en tant que récit en vers édifiant mettant en scène des animaux et impliquant une morale. Chez La Fontaine, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="1714" class="elementor elementor-1714">
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									<h2 style="text-align: center;">LES DEUX AMIS : LA FONTAINE</h2><p>Auteur classique du 17<sup>ème</sup> siècle, époque où l’on ne jure que par l’Antiquité et les genres pratiqués par les Anciens.</p><p>Définition de la fable ou de l’apologue, inventés durant l’Antiquité, en tant que récit en vers édifiant mettant en scène des animaux et impliquant une morale. Chez La Fontaine, les animaux, allégoriques, sont parfois remplacés par des humains. Les Fables : 12 livres en trois éditions. Plus on s’achemine vers la fin et plus les fables deviennent longues, philosophiques et finalement pessimistes (directement ou indirectement).</p><p>Située dans le livre 8, la fable « Les deux amis » est formée de 32 vers de longueur irrégulière (12, 8, 6) et commence par le récit d’une anecdote impliquant deux amis, de laquelle le poète extrait une définition de l’amitié, qu’il propose au lecteur.</p><p>Pbématique : Dans quelle intention le fabuliste nous relate-t-il cet épisode ?</p><p>Plan :</p><p> </p><ol><li>I) Deux amis impliqués dans cette fable</li></ol><p> </p><ol><li>A) Le premier (« le réveilleur »)</li></ol><p>&#8211; Il agit : ainsi le prouvent les 3 verbes d’action (groupe ternaire) des vers 8 et 9, au présent de narration et en asyndète (suppression des mots de liaison pour donner plus de vivacité à l’action) : « Un de nos deux amis sort… court… éveille ». On notera les termes monosyllabiques qui traduisent l’affolement + les sonorités dynamiques.</p><p>Gradation de l’intérieur vers l’extérieur puis vers un autre intérieur ; De chez l’un à chez l’autre : « du lit » de l’un au « palais » de l’autre.</p><p>-Il répond quand on l’interroge (style direct) ou pour remercier, du v.19 et 20 (mais il lui faut attendre 10 vers tellement l’autre est bavard, ce qui crée un effet d’attente, comique). Il écarte ainsi les hypothèses fausses émises par son ami, en usant d’une structure binaire et négative (conjonction de coord : « ni… ni… », alternative niée). Comme le lecteur ignore la cause de son réveil en sursaut, cela ajoute au suspense. En outre, il remercie poliment, et sans doute aussi amicalement, car il est étonné de l’ampleur des propositions de son alter ego (« je vous rends grâce de ce zèle »). Il faut comprendre par « ce zèle » cette ardeur dans l’amitié. On soulignera le passage à l’octosyllabe, quelque peu conclusif avant l’explication (il est pressé de s’expliquer puisque c’est pour cela qu’il est là) et le vouvoiement, qui montre que nous sommes entre amis de rang supérieur, noble, hors du commun.</p><p>&#8211; Enfin, il s’explique, toujours au style direct, v. 21 et 22 avant de porter un jugement sur lui-même. Il se justifie en trois temps (donc groupe ternaire) : 1 il a fait un mauvais rêve (v.21 le gérondif « en dormant »), qu’il finit par maudire (« Ce maudit songe » v.23), 2 il s’est interrogé à son sujet (« J’ai craint qu’il ne fût vrai », subjonctif entraîne par le sentiment de crainte), 3 a agi en conséquence sans réfléchir (« Je suis vite accouru »). C’est ce qui explique l’étonnement de l’autre (« Il vous arrive peu/De courir quand on dort » avec enjambement montrant à la fois la rapidité de l’action et son caractère irrationnel montré par la contradiction « courir/quand on dort »). Le vers 22 est binaire et recourt à l’asyndète qui rapproche les deux hémistiches, pour mieux montrer la promptitude de l’action. En d’autres termes, l’ami réveilleur a eu le pressentiment (« j’ai craint » )que quelque chose n’allait pas chez l’autre puisque celui-ci lui est apparu « triste » et même « un peu  triste», et il s’est affolé, oubliant tout sens de la mesure (« Vous me paraissiez homme/A mieux user du temps destiné pour le somme », enjambement qui traduit toujours l’action déraisonnable et sa rapidité), il s’est précipité alors chez celui-ci. Le rêve, que l’on croit absurde, a donc pour lui un sens. Ici, il l’inquiète.</p><p> </p><ol><li>B) Le second (« le réveillé »)</li></ol><p>-Il réagit, de deux manières d’abord en anticipant (5 verbes d’action au pst de narration, en gradation : et recourant à l’asyndète pour plus de vivacité, tout comme les virgules « s’étonne, il prend sa bourse, s’arme,/Vient trouver l’autre, et dit ». Donc cet ami agit aussi. Il ré-agit. Mais surtout il parle.</p><p>&#8211; En effet il atténue le caractère irrationnel du comportement du réveilleur comme pour mieux l’excuser : v.11 à 13 : « Il vous arrive peu… Vous sembliez homme à mieux user du temps… ». La phrase commence en milieu de vers pour mieux montrer le côté exceptionnel d’une telle action, normalement interdite et condamnable (de même que ce type de procédé de contre-enjambement). Il lui parle donc en toute bienveillance et non en se fâchant : on l’a réveillé, lui qui était « l’ami couché », et alors que tout le monde dormait aussi, dans les bras de « Morphée… », personnage mythologique cité allégoriquement dans le texte. Donc cet ami-là est prêt à pardonner et même à aider le cas échant (la bourse, l’arme). En tout cas, il suppose une raison grave qui excuse par avance.</p><p>&#8211; Il interroge donc son âme-sœur, au lieu de le laisser parler. Il parle ainsi durant huit alexandrins. La rapidité de son élocution est bien montrée par les enjambements. En fait, il énumère les trois principales raisons pour lesquelles son ami pourrait avoir besoin de lui. Il semble disposer ces hypothèses plausibles par ordre d’importance : l’argent, une dispute ou affaire d’honneur, l’amour. D’ailleurs le nombre de syllabes croît vers la fin : 15 pour la question initiale (« N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? »), 15 pour la dispute supposée avec la conjonction « si » (« S’il vous est venu quelque querelle… », enfin 30 syllabes pour le sentiment de solitude sentimentale avec deux interrogatives : « Vous ennuyez-vous point… Une esclave assez belle… ». A chaque fois une solution est proposée : l’argent ? : « En voici » ; la dispute « J’ai mon épée, allons » ; la solitude : « Une esclave assez belle… Voulez-vous qu’on l’appelle ? »). On voit ainsi le « zèle «  de cet ami prêt à tout partager avec son « intime ». Cette anecdote illustre bien l’amitié par l’exemple.</p><p> </p><ol><li>II) Circonstances et raisons de cette anecdote</li></ol><p> </p><ol><li>A) Contexte spatio-temporel</li></ol><p>&#8211; Le lieu, au sens large c’est le « Monomotapa » du v.1, nom propre exotique, long, peu connu dans nos contrées et plus ou moins improbable, en tout cas lointain. Au sens plus restreint, l’action se situe entre deux « palais », le nom propre, connotant la noblesse ou aristocratie, des milieux aisés et supérieurs, étant utilisé au v. 9. Il suppose en effet des moyens puisque les propriétaires disposent de valets, d’esclaves, d’armes, d’argent pour le jeu (activité des oisifs et donc des riches ou nobles).</p><p>&#8211; Le moment  est également clairement défini puisqu’il s’agit de la nuit, « une nuit » précisément. On notera la manière amusante de présenter ce moment comme celui de « l’absence du soleil » qui change totalement les choses puisque plus personne ne fait rien (le mot « absence », plus long et en contraste avec les autres, donne l’impression soit de bâiller, soit de s’étirer, soit de longueur du sommeil) . Normalement, la nuit est conçue comme un moment dévolu au repos (« sommeil » v. 5 pour « chacun », + rappel des propos de l’ami réveillé : « quand on dort » avec un pst d’habitude v 12, « temps destiné pour le somme » v.13…) ou au plaisir (l’esclave à ses côtés ; le jeu éventuellement, voire les crimes et délits). Le sommeil nocturne est incarné par l’allusion à « Morphée » qui marque bien le côté paisible de la nuit ; habituellement.</p><p>-L’ambiance est d’ailleurs calme au début ainsi que le montre le rythme régulier par exemple du v. 5  et le début du 6 : 3333 + 33 mais dès que l’ami s’éveille changement complet 1/533, ce qui n’est pas très régulier + les verbes d’action et asyndètes traduisant la vivacité et l’affolement déjà signalés. Une ambiance contrastée donc.</p><p> </p><ol><li>B) Raisons de cette anecdote</li></ol><p>&#8211; En fait on retrouve cette anecdote reprise et synthétisée dans la fin du poème. En effet, celui qui a fait « un songe » qui lui a « fait peur », c’est bien l’ami réveilleur du début, et celui qui « cherche vos besoins au fond de votre cœur » c’est bien l’ami réveillé. Le Poème a donc une structure en chiasme puisque la fin du texte est à l’inverse de son début ce qui donne une composition croisée : Ami réveilleur, ami réveillé, ami réveillé, Ami réveilleur.</p><p>&#8211; Commençons par le réveillé : on notera qu’il a deux qualités : il anticipe (« cherche vos besoins ») ou du moins cherche à deviner mais surtout il vous évite d’avoir à demander, ce qui infériorise ou humilie quelque peu « Il vous épargne la pudeur/De les lui découvrir vous-même »). Le réveillé fait donc preuve d’une extrême délicatesse en proposant avant qu’on le lui demande, et c’est bien la qualité que La Fontaine veut mettre en valeur. Rappel : Montaigne n’envisage pas que l’on puisse avoir à demander…</p><p>-Et puis bien sûr le réveilleur : « un songe, un rien tout lui fait peur/Quand il s’agit de ce qu’il aime ». Il est manifestement plus sensible que l’autre qui semble plus rationnel, et de sang-froid. On notera le rythme ternaire qui se termine par le pronom indéfini « tout », en contraste avec « rien », ce qui montre l’extrême finesse ou subtilité de ses sentiments. Comme on le voit, la morale est articulée à l’anecdote dont elle semble la conséquence logique. L’amitié est magique puisqu’elle métamorphose le « rien » en « tout » et un rêve en possible réalité, venue du pressentiment.</p><p> </p><p>III) Morale et jeu avec le lecteur à propos de l’amitié</p><p> </p><ol><li>A) Morale et conception</li></ol><p>&#8211; En fait, la morale est concentrée dans la fameuse sentence, d’ailleurs au pst de vérité générale du v. 26 : « Qu’un ami véritable est une douce chose ». Le vers n’a pas de césure ce qui fait que les groupes nominaux « ami véritable » et « douce chose » sont reliés et ne font qu’un. La structure est en chiasme Nom adj adj nom sans doute pour frapper les esprits. On notera la longueur de l’adjectif postposé alors qu’au v. 1 « vrais » était antéposé. La Fontaine exclut donc les amis de moindre importance, a fortiori les faux amis. Mais surtout l’usage de l’exclamation donne l’impression que la Fontaine exprime son sentiment (en fait c’est un procédé lyrique, tout le monde peut tirer cette conséquence de l’anecdote et s’émerveiller de tant de délicatesse de mœurs).</p><p>-Mais qui concerne qui ? Manifestement des âmes d’élite, proches dans l’espace (le palais de l’un n’est pas loin de celui de l’autre, à prouver par le texte) et partageant tout cf. v 2 : « L’un de possédait rien qui n’appartînt à l’autre » &#8211; les deux hémistiches réunis par l’assonance en in. L’emploi du subjonctif s’explique par le fait que penser que l’un ne posséderait pas la même chose que l’autre est considéré comme impossible  par LF (subjonctif : mode du virtuel, du doute, de l’exception). Au demeurant, on voit bien qu’ils partagent l’argent ou les esclaves.</p><p>&#8211; L’amitié se manifeste par des preuves matérielles ou spirituelles : Les deux amis se connaissent bien puisqu’ils sont dits « intimes » (au v.8, nominalisation de l’adjectif). Mais surtout ils manifestent des preuves d’affection, qu’elles soient concrètes et matérielles (bourse, armes, esclave) ou mentales (« un songe », de peu de valeur normalement). Contrairement à celle de Montaigne, l’amitié tolère les remerciements (« Je vous rends grâce » v.20) mais c’est surtout par convention et politesse.</p><p> </p><ol><li>B) Jeu avec le lecteur</li></ol><p>&#8211; La Fontaine s’adresse au lecteur, interpellé, ce qui n’est pas si fréquent, au v. 24 « Qui d’eux aimait le mieux, que t’en semble, lecteur ? ». La structure de la phrase interrogative repose sur une anacoluthe, avec gradation : 6,4,2, le mot lecteur étant mis en relief à la fin. La Fontaine s’amuse à chercher une certaine supériorité de l’un sur l’autre, sachant que les deux se valent, et sont de toutes façons tous deux introuvables du côté de chez nous (« ceux du nôtre »). La question posée passe donc de l’auteur au lecteur. Lui pose la question mais laisse son lecteur chercher à la résoudre.</p><p>&#8211; Le Dilemme n’est pas aussi facile à trancher et La Fontaine en a bien conscience puis qu’il écrit : « Cette difficulté vaut bien qu’on la propose ». En fait il s’amuse d’autant plus à poser la question du meilleur des deux en amitié sachant pertinemment que la vraie question est ailleurs : existe-t-il chez nous de tels agissements et si non pourquoi ? La composition est en tout cas édifiante. S’il termine par le réveilleur alors que celui-ci semble avoir une conception plus spirituelle de l’amitié, sachant  que l’esprit est supérieur au corps, c’est que lui-même a sa légère préférence.</p><p>-Mais située au « Monomotapa », « ce pays-là », de surcroît dans le passé (usage de l’imparfait) donc introuvable chez nous (« ceux du nôtre ») cette amitié paraît utopique, totalement imaginaire. La Fontaine veut dire qu’elle n’existe pas parmi les nobles de notre pays, lesquels pourtant se disent ou croient supérieurs en tout. Il fait donc la critique de son époque. En creux se dessine sa vision satirique de ses contemporains du siècle de Louis XIV, où la France pourtant dominait les autres nations. Il faut lire ce texte comme un contre-exemple ironique de ce qui se pratique chez nous et que fustige son contemporain, La Bruyère.</p><p> </p><p>Conclusion : verif réponse à pblématique</p><p>Votre point de vue sur cette amitié et sur ce sentiment en général</p><p>Comparaison avec d’autres fables sur le même thème (Paroles de Socrate, L’ours et l’amateur de jardin) ou avec Montaigne.</p>								</div>
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		<title>L’ETRANGER 4 :  De « Lui parti, » à la fin. Excipit.</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/09/19/letranger-4-de-lui-parti-a-la-fin-excipit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2019 10:24:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignant]]></category>
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					<description><![CDATA[L’ETRANGER 4 :  De « Lui parti, » à la fin. Excipit. Introduction : Camus, romancier, dramaturge et philosophe (Le  mythe d e Sisyphe) de l’absurde. Né en Algérie où il a vécu, à l’époque où celle-ci était dite « française ». Rappel des deux parties de L’Etranger l’une qui va jusqu’au meurtre de l’algérien (de antihéros à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="1711" class="elementor elementor-1711">
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									<h2 style="text-align: center;">L’ETRANGER 4 :  De « Lui parti, » à la fin. Excipit.</h2><p>Introduction : Camus, romancier, dramaturge et philosophe (<u>Le  mythe d e Sisyphe</u>) de l’absurde. Né en Algérie où il a vécu, à l’époque où celle-ci était dite « française ». Rappel des deux parties de <u>L’Etranger</u> l’une qui va jusqu’au meurtre de l’algérien (de antihéros à victime du destin/soleil/monde) l’autre qui voit Meursault demeurer en prison et se voir condamné à mort lors d’un procès mémorable (de victime de la société à héros réconcilié avec le monde) . Situation de l’extrait dans le livre. Rappel de la visite de l’aumônier contre lequel Meursault s’est  révolté, et qui indique qu’il vit ses derniers instants, sa dernière nuit.  Reprise de la question proposée. (Par ex, comment se termine le roman ou comment interpréter cet excipit ?).  Annonce d’un plan.</p><ol><li><strong>En quoi peut-on parler de mort heureuse ?</strong></li><li><em>Alors que la situation ne s’y prête pas, allusion à des sensations agréables. </em></li></ol><p>&#8211; <strong><em>Par exemple des sensations auditives</em></strong> quand Camus écrit « Des bruits de campagne montaient jusqu’à moi ». Toujours en usant de ce style assez  haché  et neutre, simple qui caractérise l’écriture de Camus dans ce livre. Ainsi semble-t-il y avoir osmose, réconciliation entre l’homme et le monde (auparavant le soleil l’avait poussé au crime). On a l’impression que le monde lui dit au revoir.</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>On a même une correspondance (relation), établie entre le tactile et l’olfactif (odorat)</em></strong> quand Meursault déclare : « Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes ». On notera l’emploi d’un groupe ternaire olfactif qui fait un peu lyrique (inspiré, comme un poète. Il s’était échauffé (énervé) avec l’aumônier), suivi du tactile avec le verbe « rafraîchissaient ». Cela change évidemment de la chaleur et du soleil.</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Une autre image, plus abstraite mais positive clôt cette énumération de sensations</em></strong> : « La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée ». D’abord on notera l’utilisation d’un adjectif valorisant suivi d’un nom qui ne l’est pas moins. Ensuite la personnification de la saison (« été endormi »), enfin la comparaison finale dont la référence est empruntée à la nature et donc au monde extérieur, dont Meursault prétend ici qu’il pénètre le monde intérieur, de son être. Peut-être y a-t-il des allitérations douces en m (nasales) . C’est que l’homme et le monde font partie du même univers. C’est bien sûr le mot « paix » qui est important car il montre un Meursault résigné à sa mort prochaine. Lucide.</p><p><em> </em></p><ol><li><em>B) Une certaine sérénité : </em></li></ol><p>&#8211; <strong><em>Dès le début du texte M. insiste sur son retour au calme</em></strong>. Il est assez rare en effet de le voir sortir de ses gonds. Évidemment, il dort « Je crois que j’ai dormi  parce que je me suis réveillé», comme on l’a vu faire tout au long du roman, le sommeil après tout pouvant être considéré comme un des plaisirs de la vie.  Il précise avoir « retrouvé le calme » ce qui suppose qu’il l’avait perdu. Et c’est cet effort inhabituel pour lui qui explique pourquoi il se sent « épuisé » et s’est « jeté sur la couchette » (allusion à son cadre de vie carcérale)</p><p>&#8211; <strong><em>Ce calme succède à la colère contre le religieux qui lui promet une autre vie</em></strong>. C’est lui qui explique le calme perdu et donc retrouvé. Il signifie évidemment la religion comme recours à la foi en tant qu’échappatoire à la mort. M. y fait une première allusion au début de l’extrait avec une tournure participiale (« Lui parti », ce qui signifie quand l’aumônier fut parti), puis une nouvelle allusion vers la fin de l’extrait en usant d’une comparaison hypothétique : « comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir… ». En effet si M.  avait de l’espoir dans une autre vie il ne saurait plus apprécier cette vie. M, c’est l’anti Pascal. Et il y est attaché comme on va le voir. Mais il sait qu’il faut bien la quitter un jour. Tout a une fin.</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>En effet M. évoque, paradoxalement, son bonheur d’avoir existé</em></strong>, d’avoir été au monde : « J’ai senti que j’avais été heureux et que je l’étais encore ». La phrase repose sur une binarité passé/présent. Le plus que parfait rappelle sa vie passée, l’imparfait son état dans la prison. M. sait qu’il faut apprécier tous les moments de bonheur que nous offre la vie car nous n’avons qu’elle comme certitude.  Même s’il s’agit de quelques impressions agréables, auxquelles nous ne faisons pas attention dans la vie courante mais auxquelles nous nous attachons quand nous savons que nous allons la perdre. C’est ainsi que l’on peut parler de « mort heureuse », titre de la 1<sup>ère</sup> version de ce roman (quans M se nommait encore Mersault). M. ne demande à la vie que ce qu’elle peut nous donner.</p><p> </p><ol><li><strong>II) Pourquoi terminer ainsi. Morale de ce roman ?</strong></li></ol><p><em> </em></p><ol><li><em>A) Conception du monde selon Meursault ?</em></li></ol><p><em> </em></p><p>&#8211;<strong><em>On le comprend d’après le texte : M . évoque essentiellement la nature</em></strong> dans sa pleine et entière majesté, comme disait Pascal. Il suffit de noter les allusions cosmiques, aux étoiles surtout, à la terre, à la campagne pour s’en persuader. C’est que ces éléments continueront à vivre après que M. aura disparu. Ils ont donc en apparence une supériorité sur lui mais la différence tient à ce qu’ils ne le savent pas.  L’homme, quant à lui, sait qu’il est plus faible, qu’il est mortel et il en souffre. Camus veut nous aider à accepter notre condition. Nous ne sommes qu’un élément parmi d’autres, certes pensant, et nous révoltant contre notre sort alors qu’il faut admettre que l’absurdité de la vie nous permet justement de profiter d’elle, ce que ne peuvent faire les êtres non-pensants. Les étoiles « sur le visage » éclairent ce dernier d’une douceur qui est comme un adieu ou une réconciliation (homme/monde).</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Parmi les éléments du monde extérieur, M. insiste sur la nuit</em></strong>. Les « odeurs de nuit, à la limite de la nuit, cet été endormi, des étoiles… » C’est que M. vit sa dernière (nuit) et qu’elle préfigure celle en laquelle il va entrer définitivement : la nuit éternelle Mais surtout, la nuit soulage de la rigueur du soleil. Elle st donc soulagement, calme, apaisement. Le monde au fond est bien fait. Il alterne des moments difficiles, torrides, qui font mieux apprécier les moments rafraîchissants comme la nuit.</p><p>&#8211; <strong><em>Enfin on notera l’importance du moment qui précède la nuit et qui est le so</em></strong>ir. Désigné notamment par l’allusion temporelle et auditive «A  la limite de la nuit… ». M. s’en sert pour évoquer « la fin d’une vie » celle  de  sa mère (au soir de sa vie). Il parle à ce sujet (du « soir ») de  « trêve mélancolique ». Le mot « trêve » présuppose que la vie fut jusqu’à lors une lutte, une guerre de tous les instants. Ce sont en effet les derniers instants durant  lesquels profiter de la vie avant le grand départ. Il y a de l’épicurisme dans cette conception.</p><p><em> </em></p><ol><li><em>B) Comment interpréter la phrase finale ?</em></li></ol><p><em> </em></p><p>&#8211; <strong><em>D‘abord on notera qu’elle est plus longue </em></strong>que les phrases habituellement pensées (ou rédigées dans cette sorte de journal) par M. C’est dire son importance. Elle démarre sur deux subordonnées de but « pour que » x 2) dont la première semble parodier la fameuse phrase prononcée par le Christ lors de sa mort « Tout est consommé ». La société a besoin en effet de bouc-émissaires, de victimes expiatoires pour retrouver sa cohésion, ou pour la maintenir. On notera le contraste entre le début de cette phrase où M se présente comme un solitaire (« pour que je me sente moins seul », et sa fin où, au contraire, il souhaite le plus grand nombre (« beaucoup de spectateurs »).</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Le souhait du nombre de spectateurs</em></strong> : il peut s’expliquer par ce que dit M. à savoir : « pour (qu’il se) sente moins seul » parce que l’on meurt toujours seul et que ce n’est pas une épreuve facile « à vivre ».  Mais c’est peut-être aussi car il espère que son exemple va inciter les spectateurs, qui vont voir un être quitter ainsi prématurément ce monde, à profiter de la vie et de ses beautés, puisque rappelons-le, dans son esprit nous sommes tous condamnés. Ainsi son exemple servira-t-il à quelque chose. Il y a une sorte de messianisme athée dans l’attitude que lui fait jouer Camus  (il serait un Christ sacrifié au nom d’une idée mais sans faire intervenir l’existence de Dieu). Son exemple rappelle que nous sommes tous à plus ou moins longue échéance condamnés à mort et que le temps nous est compté.</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Enfin le souhait des cris de haine</em></strong> : sans doute la mort est elle plus facile à accepter pour que M. ne craque pas au dernier moment, s’il se sent différent, étranger aux commun des mortels. Et puis cette haine est absurde car M. ne la mérite pas, et donc cette absurdité couronnerait bien l’absurdité de la vie à laquelle la mort donne tout son sens (puisque elle nous incite à en profiter).</p><p><strong> </strong></p><p><strong>III) La conception de Camus dans cet extrait : </strong>Elle peut se lire entre autres dans son allusion à sa mère, au monde et à son exécution.</p><ol><li><em>A) La réconciliation avec la mère :</em></li></ol><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Il est assez significatif que M. pense  à sa mère juste avant de mourir : </em></strong>Il le dit, après un connecteur temporel (« Pour la première fois depuis bien longtemps, ») : « j’ai pensé à maman »<strong><em>.</em></strong> La longueur de la première partie de la phrase (protase) par rapport à la concision de la seconde (apodose) s’explique par le contraste (durée de l’oubli/fugacité de la pensée). Grâce à elle (sa mère), il a pu naître et vivre, à cause d’elle, il doit mourir. Mais pour M., condamnés à la sentence suprême ou vieux (à l’asile « où des vies s‘éteignaient », notez l’euphémisme et sa métaphore),  nous sommes tous condamnés. Il l’a dit à l’aumônier. Sa mère l’avait sans doute compris. Du coup, elle se sentait paradoxalement libérée. M. le dit clairement en modalisant son énoncé (le nuançant : « semblait ») : « Si près de la mort, maman devait s’y sentir libérée… ».  Paradoxalement la mort libère car elle nous incite à profiter du présent. C’est ce qu’elle a fait en prenant la vie comme un jeu gratuit : « Il m’a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d’une vie… » . Le Mot « fiancé » pour petit vieux, est mis en italiques par gentille ou affectueuse ironie. (+ mot repris au concierge d e l’asile, polyphonie énonciative)</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Cela lui permet de su justifier à propos de son absence de sentiments.</em></strong> N’oublions pas que M. est condamné entre autres pour ne pas avoir pleuré à l’enterrement de sa mère. Et justement il affirme avec insistance : « Personne, personne n’avait le droit de pleurer sur elle ».  C’est que la mort fait partie de la vie, et que justement elle lui donne sens. Grâce à la mort on apprécie la vie. Pleurer c’est agir en égoïste et ne pas accepter le monde tel qu’il est, la nature des choses.</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Enfin M. établit en parallèle entre les derniers sentiments paradoxaux qu’il prête à sa mère</em></strong>, « prête à tout revivre », et les siens : « Et moi aussi je me suis senti prêt à tout revivre ». On notera la répétition du verbe. M est quelqu’un qui aura aimé sa vie,  même si elle nous paraît morne, car il n’y a pas, selon lui, autre chose à aimer…</p><p><em> </em></p><ol><li><em>B) L’indifférence du monde :</em></li></ol><p><em> </em></p><p>&#8211; <strong><em>En fait M. se rend compte que le monde extérieur continuera à exister sans lui</em></strong>. C’est ainsi qu’il évoque les sirènes des bateaux et les départs (valeur symbolique, ceux qui recommencent). Toujours avec ces connecteurs temporels qui scandent le temps qu’il lui reste à vivre : « A ce moment-là », et interrompent le silence ou le calme. Comme si c’était fait exprès (d’où le fait plus bas de parler de « signes », de nuit chargée de signes).  Il s’y dit indifférent (« un monde qui m’était à tout jamais indifférent »), dans la mesure où il est résigné à son sort. Dans leur globalité, les hommes ont compris qu’il faut continuer, aller de l’avant, toujours recommencer (comme Sisyphe). D’où leurs activités quotidiennes dont certaines procurent le confort matériel, ou font avancer les choses. C’est sur le plan individuel qu’ils ont du mal à accepter leur sort car il est dur de quitter ce que l’on a longuement acquis. Cela rend ses efforts absurdes…</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Mais un peu plus loin il précise qu’il « s’ouvrai(t) à la tendre indifférence du monde ».</em></strong> On notera l’emploi d’un oxymoron pour souligner la contradiction. M. veut dire par là qu’il rejoint le monde justement dans cette indifférence qu’il a à le quitter parce que c’est dans le cours naturel des choses que de mourir un jour, de même que le monde est indifférent à tous ces morts quotidiens qu’il remplace par de  nouveaux partants. Du coup, il dit le ressentir comme « fraternel ». On a donc bien réconciliation de l’homme et du monde dans leur indifférence commune. Le monde qui n’a pas de sentiment ; M. qui refuse d’en éprouver. Les deux ont trouvé un trait d’union dans leur indifférence commune.</p><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Ce qui les rapproche aussi c’est l’absurdité que la conscience de l’homme, mortel, met dans ce monde, qui lui  est immortel.</em></strong> Si l’homme ne pensait pas, il ne souffrirait pas de quitter cette vie.  Or la mort supprime la pensée et du coup nous réconcilie avec le monde. M. est lucide sur la condition de l’homme, sa place dans le monde.</p><p> </p><p>Conclusion : Ce que vous pensez de cette fin de roman et du livre en général, notamment des idées sur l’homme et le monde, sur l’absurde et la révolte que Camus a voulu y faire passer. Comparaison avec Kamel Daoud ou avec d’autres livres de Camus.</p>								</div>
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		<title>ILLUSION COMIQUE, SCENE D’EXPO</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/09/19/illusion-comique-scene-dexpo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2019 10:22:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignant]]></category>
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					<description><![CDATA[ILLUSION COMIQUE, SCENE D’EXPO Corneille, dramaturge qui amorce une période faste pour le théâtre en France (Molière, Racine…), et que l’on situe dans la période baroque (première moitié 17ème), caractérisée par le mouvement, l’excès ou la démesure, et l’artifice et l’illusion (auquel  va s’opposer le classicisme et son goût pour le naturel, l’imitation des anciens, [&#8230;]]]></description>
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									<h2 style="text-align: center;">ILLUSION COMIQUE, SCENE D’EXPO</h2><p>Corneille, dramaturge qui amorce une période faste pour le théâtre en France (Molière, Racine…), et que l’on situe dans la période baroque (première moitié 17<sup>ème</sup>), caractérisée par le mouvement, l’excès ou la démesure, et l’artifice et l’illusion (auquel  va s’opposer le classicisme et son goût pour le naturel, l’imitation des anciens, la sobriété, le vraisemblables, les bienséances). Corneille est surtout connu pour ses tragédies (Le Cid, Horace, Cinna) mais il excelle aussi dans la comédie (Le menteur) et ici produit « un étrange monstre » fait d’un « prologue », de trois actes d’une « comédie imparfaite » et d’une fausse « tragédie finale » (dédicace de la pièce).</p><p>La scène d’expo est censée nous présenter la situation et effectivement, elle nous amorce au moins une intrigue en quelques tirades, d’un père et son ami présentant la personne qu’ils attendent : un mage cad un magicien.</p><p>Pbématique En quoi le spectateur peut-il se dire informé à la fin de cette scène ?</p><p>+ plan</p><p> </p><ol><li>I) <strong>Attente d’un être exceptionnel</strong>: Alcandre</li></ol><p> </p><ol><li>A) <em>Il est essentiellement question de lui dans cette scène :</em></li></ol><p><em> </em></p><p>&#8211; <strong><em>Son nom est prononcé 3 fois</em></strong> v. 16, 42, 47, de la part des deux interlocuteurs, surtout de l’un d’eux Dorante, qui s’en prétend l’ami v.76 (« D’ailleurs il est ravi quand il peut m’obliger »). Il en connaît d’ailleurs les habitudes (« Et nous touchons à l’heure/où, pour se divertir il sort de sa demeure »). Mais bien sûr bon nombre de pronoms et déterminants prennent le relais de ce nom propre.</p><p>&#8211;<strong><em>En fait, sur les 88 v que comporte la scène, presque 80 sont consacrés à l’attente, </em></strong> et à la montée du suspense, jusqu’à l’arrivée d’Alcandre v.80, décrite du point de vue de Dorante, en hypotypose. On comprend dès lors qu’il s’agit d’un vieillard (v. 87) centenaire (« Qu’un peu d’os et de nerfs qu’ont décharné cent ans », avec inversion syntaxique). Cette attente va de pair avec l’impatience (« N’avancez pas », et surtout « Malgré l’empressement d’un curieux désir, avec diérèse, la virgule empêchant l’enjambement).</p><p>&#8211;<strong><em>Enfin, il vit dans un lieu sauvage</em></strong> : « une grotte obscure », dont « la large bouche » (métaphore) n’est pas exempte de danger (« funestes bords, « mille morts », avec une hyperbole) pour les importuns (« Il perd qui l’importune »). D’où l’avertissement, en début de 2<sup>ème</sup> phrase, à l’impératif : « N’avancez pas ». On comprend que cet être est quelque peu <strong><em>farouche et solitaire</em></strong> (« Jaloux de son repos » antéposition). Une telle présentation ne laisse pas d’intriguer : aussi bien l’interlocuteur (Pridamant) que les spectateurs (Double énonciation).</p><p> </p><ol><li>B) <em>Et il ne manque pas de talents, d’après ce qui en est dit</em>:</li></ol><p> </p><p>&#8211; Car le personnage n’est pas seulement présenté, par Dorante, <strong><em>il est aussi vanté</em></strong> : Dès le début on le présente comme « un grand mage » (adjectif mélioratif),  « dont l’art commande à la nature » cad possesseur d’un savoir, d’une science acquise, et qui paraît hors du commun (v.47) : « Ne traitez pas Alcandre en homme du commun » (nouvelle injonction). Au v. 82, Dorante reprend la même idée « ce visage (métonymie)… /dont le rare savoir tient la nature esclave » avec inversion syntaxique.  Peut-être son pouvoir peut-il passer  même pour  incroyable, ce que précise la première tirade : « son art au pied de ce Rocher (inversion syntaxique et majuscule)/A mis de quoi punir qui s’en ose approcher » (enjambement : pour signifier qu’on n’y peut rien).</p><p>&#8211;<strong><em>C’est surtout dans la 2<sup>nde</sup> tirade que Dorante </em></strong>nous informe de ses dons : En gros il est capable de faire deux choses : « il lit dans les pensées » (v.57), « Et connaît l’avenir et les choses passées » (rythme régulier comme si c’était normal). Ce mage est donc avant tout <strong><em>extra-lucide</em></strong>. Il étonne par sa grande connaissance en matière de psychologie puisque « pour lui nos destins sont des livres ouverts » (métaphore). Et Dorante de donner un exemple empruntée à sa propre expérience (v.61 à 64).</p><p>-Enfin Dorante fait remarquer à son ami <strong><em>le contraste entre l’âge et l’énergie, exceptionnelle</em></strong> et qui tiennent du miracle (v.88) : « Son corps malgré son âge a les forces robustes/Le mouvement facile et les démarches justes ». On notera l’enjambement (on le voit marcher avec continuité) et le rythme ternaire. Il y aurait donc une contradiction entre l’âge et les capacités du vieillard, que seule la science du mage peut résoudre, ce qui est censé finir de persuader l’interlocuteur. Pour mieux ajouter au mystère, Dorante évoque des « ressorts inconnus » avant de conclure sur « les miracles » de son art.</p><p>Après avoir présenté ses pouvoirs physiques (dangers), mentaux (lire dans les pensées) et le personnage lui-même en chair et en os (si l’on peut dire), Dorante a bien accompli sa mission exposante.</p><p> </p><p> </p><ol><li>II) <strong>En fait la question qui se pose : Pourquoi a-t-on besoin de lui ? Pour quelle intrigue ?</strong></li></ol><p><strong> </strong></p><ol><li>A) En fait, <em>c’est un père, parti à la recherche désespérée de son fils</em>qui a besoin du mage :</li></ol><p> </p><p>&#8211; <strong><em>Il s’agit d’un père, puisqu’il ne parle que de son fils,</em></strong> à partir du v 21, suivi d’une périphrase en apposition terminée par une diérèse pertinente : « Ce fils, ce cher objet de mes inquiétudes ». Il évoque un peu plus bas l’amour « paternel ». (v.31). Dans sa tirade, il précise qu’il ne l’a pas vu depuis dix ans (Beaucoup de monosyllabes dans « Et que depuis dix ans je cherche en tant de lieux »), et peut-être pour toujours puisqu’il « a caché pour jamais sa présence à mes yeux, avec rythme régulier. Le doute ainsi s’est installé en lui.</p><p>&#8211; Le vocabulaire est celui <strong><em>du désespoir</em></strong> : « je manque d’espoir », « je pleurai sa fuite » (en antithèse avec le 1<sup>er</sup> hémistiche, « au désespoir de perdre tant de peine », + « tant de maux soufferts », « soulager mon ennui » « Le sort m’est trop cruel » etc. En fait, il se reproche son <strong><em>excès de sévérité</em></strong> : « des traitements trop rudes v.22, « Contre ses libertés je roidis ma puissance » (on voit bien l’opposition Fils-Père entre les deux hémistiches), « Je croyais le dompter à force de punir »… « Ma sévérité »… « D’une injuste rigueur… ». Aussi <strong><em>regrette-t-il (</em></strong>parallèle v.32 : « injuste rigueur/Juste repentir »). Il s’est lui-même dès lors placé dans une situation contradictoire (« Je l’outrageai présent et je pleurai sa fuite »). Aussi, reconnait-il sa faute  v.29 : « Mon âme vit l’erreur dont elle était séduite ». Tout cela sonne comme une tonalité pathétique.</p><p>-Enfin, il raconte <strong><em>ses recherches infructueuses</em></strong> qui l’ont amené jusqu’à ce mage, son dernier espoir, incertain encore. On peut les subdiviser en Début ou Décision (« Il l’a fallu chercher »), énumération des pays traversés à travers les métonymies des fleuves (Italie, Allemagne, Hollande, France, Espagne), constat d’échec (« Et ces longues erreurs ne m’en ont rien appris » (v.36). Ici aussi on voit bien le contraste entre longs et rien. Il envisage alors le pire : « Clore mes tristes jours d’une éternelle nuit », périphrase évoquant la mort, sans jamais avoir trouvé celui qu’il cherche (« sans aucun fruit »).</p><p> </p><ol><li>B) <em>Accompagné d’un ami de bon conseil</em></li></ol><p> </p><p>&#8211; Même si Dorante ne joue plus aucun rôle ensuite dans la pièce, on est bien obligé de tenir compte de son <strong><em>omniprésence verbale</em></strong> et de son identité dans la scène. Il parle tout le temps (« Vous m’en dites beaucoup »): pour présenter les lieux et son occupant, pour vanter ses mérites exceptionnels et pour annoncer sa venue. C’est <strong><em>un ami prévenant</em></strong>, et qui essaie de remonter le moral au père éprouvé : par ex : v.74 : « Quiconque le consulte en sort l’âme contente », « De pas un que je sache, il n’a déçu l’attente » (litote) et surtout « Espérez-mieux » au v.80.</p><p>&#8211; Il <strong><em>se vante quelque peu mais c’est sans doute aussi une tactique pour donner confiance</em></strong> à Pridamant. Par ex, aux v 77 et 78 : « Et j’ose me vanter qu’un peu de mes prières/Vous obtiendra de lui des faveurs singulières » avec un enjambement qui n’admet pas de contestation. Dorante est sincère, sûr de lui et sûr de son ami le mage qui résoudra les problèmes de son autre ami Pridamant. Autrement dit Dorante est un ami précieux et généreux. Au demeurant il avance une preuve qui l’a persuadé à lui aussi : « Mais sitôt qu’il me vit il me dit mon histoire »… On pense qu’il veut faire partager son bonheur à un père désespéré.</p><p>-Il en profite pour nous livrer quelques confidences qui nous permettent de nous faire <strong><em>une idée des mœurs de cette époque (</em></strong>début 17<sup>ème</sup>) : Nous sommes dans un milieu de nobles seigneurs (« Pour venir faire ici le noble de campagne » &#8211; il évoque la Touraine où il a un « château voisin ».). Et un milieu où la galanterie joue un grand rôle : « Des traits les plus cachés de toutes mes amours ». On reconnaît au passage la courtoise idéale et masculine chère à la préciosité (« Et que deux ans d’amour, par une heureuse fin/M’ont acquis Sylvérie ». Cela n’a l’air de rien mais donne le ton aux diverses intrigues galantes qui parsèment le poème : Clindor, le matamore, Adraste, le geolier puis Théagène avec Isabelle, Lise ou Rosine…</p><p> </p><p>III) <em>Y croire ou ne pas y croire</em></p><p><em> </em></p><ol><li>A) <strong>Dans une ambiance de merveilleux</strong></li></ol><p><strong> </strong></p><p>&#8211; <strong><em>Toute la scène baigne dans le surnaturel</em></strong> : Il y est question d’un « mur invisible », plus loin « un rempart » qui serait fait pour « l’air » inaccessible, mur en métaphore, avec la large bouche de la grotte. Pas de césure à l’hémistiche du v.9 pour signifier que bouche et mur ne font qu’un. Preuve de son pouvoir : « son art au pied de ce rocher/A mis de quoi punir qui s’en ose approcher ». On est dans le merveilleux.</p><p>&#8211; <strong><em>Ce surnaturel est associé à la Nuit</em></strong> « v.3) et à son « voile épais » (métaphore), mais aussi à la pénombre (« lieux sombres », « grotte obscure » et même « commerce des ombres » dont on se demande si on doit le prendre au propre ou au figuré : les morts. Plus loin, il sera question de « noires sciences » v41 cad des sciences occultes, que l’on associait plus ou moins au diable.</p><p>-Enfin<strong><em>, Pridamant, l’interlocuteur de Dorante, prétend avoir «consulté les Enfers</em></strong> », en dernière extrémité, ce qui est sans doute une métonymie hyperbolique pour dire d’autres magiciens. A savoir des êtres détenteurs de secrets qu’il ne fait pas bon révéler, à mauvais escient, au commun des mortels. Alcandre en serait possesseur : « Rien n’est secret pour lui dans tout cet univers ». On peut dès lors se demander si, par amitié, pour encourager son ami, Dorante n’exagère pas un peu.</p><p> </p><ol><li>B) <em>Tout en critiquant les imposteurs</em></li></ol><p> </p><p>&#8211; En effet, si Pridamant a consulté maintes fois (« J’ai vu les plus fameux », superlatif) les Enfers, auparavant (« déjà »), il en est <strong><em>revenu déçu</em></strong> : « L’enfer devient muet quand il me faut répondre » : on notera la personnification et la métonymie, laquelle entretient le mystère, le climat surnaturel. Il ajoute « Ou ne me répond rien qu’afin de me confondre » ce qui revient au même, la punition en plus. Il demeure donc sceptique sur les pouvoirs du mage dont il cite le nom, v.42. Et semble mettre en doute la parole de son ami :  v.42 « Dont vous dite qu’Alcandre a tant d’expérience » diérèse et absence de césure pour montrer qu’Alcandre et expérience ne font qu’un, selon Dorante en tout cas. Ce dernier sent bien cela, et y répond dans sa tirade suivante.</p><p>&#8211; En outre, avant de révéler les qualités de son ami magicien, <strong><em>Dorante  rejette toute une catégorie de charlatans</em></strong> qu’a dû consulter Pridamant. Usant d’une prétérition (« Je ne vous dirai point… », il dit bien ce qu’il a à dire et dénoncer. Il le fait en huit vers (v.49 à 56) où il énumère tout un tas de choses impossibles et qui donnent l’impression d’entendre par anticipation le personnage du matamore (qui incarne lui-même le théâtre. Faut-il en penser de même du magicien ?) . Le champ lexical est concret et le plus souvent naturel : tonnerre, mers, terre, air, tourbillons, rochers, nues, nuit, Soleils… Les quatre éléments sont sollicités et les verbes actifs qui vont avec, censés prouver un pouvoir imaginaire, que Dorante rejette (commande, enfler, trembler, transportent, descendre… ). On remarquera la longueur de la phrase en 7 vers, et sa brève conclusion qui résume son point de vue (« Vous n’avez pas besoin de miracles pareils » v.56. Corneille recourt bien sûr à l’énumération et on peut parler d’envolée lyrique, inspirée. En rappelant pareille action impossible à un être humain (et en y opposant la lucidité d’Alcandre), Dorante écarte les impostures (concession-opposition) et démystifie leurs procédés, sous-entendant que son magicien est d’une autre trempe, d’une autre valeur.</p><p>&#8211; <strong><em>Malgré les qualités vantées par son ami Dorante, Pridamant demeure pourtant pessimiste</em></strong>, ainsi que le prouvent les trois vers qui suivent 66 à 68 : « Vous essayez en vain…/sans aucun fruit/Clore mes tristes jours d’une éternelle nuit », avec mise en parallèle et antithèse. Vouant persuader son ami et lui redonner courage, Dorante donne en effet l’impression d’en rajouter un peu. Ce qui met d’autant plus de suspense avant l’arrivée du mage. En tout cas l’intérêt est attisé et le spectateur a hâte d’en savoir davantage, de savoir à quoi s’en tenir sur c mage et sur l’aide qu’il peut apporter à Pridamant.</p><p> </p><p>Conclusion : Reprise du plan et réponse définitive à la problématique.</p><p>Quelques pistes pour le lecteur : Qu’est devenu le fils de Pridamant. Que va lui dire le mage ? Et quel rapport avec le titre l’illusion comique ?</p><p>Ouverture : Rare pour nous de commencer une pièce avec un personnage aussi invraisemblable qu’un magicien mais très à la mode durant la période baroque où l’on mélange encore les genres et les registres. Avant le srègles aristotéliciennes du classicisme.</p><p> </p>								</div>
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		<title>EXCIPIT (FIN) JEANNOT ET COLIN, VOLTAIRE</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/09/19/excipit-fin-jeannot-et-colin-voltaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2019 10:19:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignant]]></category>
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					<description><![CDATA[EXCIPIT (FIN) JEANNOT ET COLIN, VOLTAIRE Voltaire (AROUET LE J) est un auteur, dit philosophe, du siècle des Lumières. Il s’est battu pour de nombreuses causes (contre l’intolérance religieuse, par ex) et a écrit un certain nombre de contes philosophiques, notamment vers la fin de sa vie, dont les plus connus sont Candide, Zadig et [&#8230;]]]></description>
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									<h2 style="text-align: center;">EXCIPIT (FIN) JEANNOT ET COLIN, VOLTAIRE</h2><p>Voltaire (AROUET LE J) est un auteur, dit philosophe, du siècle des Lumières. Il s’est battu pour de nombreuses causes (contre l’intolérance religieuse, par ex) et a écrit un certain nombre de contes philosophiques, notamment vers la fin de sa vie, dont les plus connus sont <u>Candide</u>, <u>Zadig</u> et <u>Micromegas.</u> <u>Jeannot et Colin</u> (1764) est l’un d’entre eux dans sa période pessimiste combatif.</p><p>Auvergnats et amis d’enfance, Jeannot et Colin se sont séparés quand Jeannot est parti à Paris pour fréquenter le beau monde quand son père a été anobli et nommé marquis de la Jeannotière. Colin a été oublié, mais les nouveaux amis nobles de Jeannot le laissent cruellement tomber quand sa famille est ruinée et alors qu’il n’a rien appris de consistant. L’extrait choisi termine le conte. Il est essentiellement narratif, avec beaucoup de dialogues et scelle les retrouvailles de Jeannot et Colin.</p><p>Pbématique : Que veut nous signifier Voltaire à travers ces retrouvailles ?</p><p>Plan :</p><p> </p><ol><li>I) Les deux amis se retrouvent :</li><li>A) Il s’agit en effet des deux amis</li></ol><p>&#8211; Leurs prénoms sont souvent prononcés dans le texte. Ils sont énoncés dans l’extrait, pour Jeannot, par Colin, au style direct, au départ dans un énoncé modalisé (« Je crois que c’est là Jeannot ! » exclamative précédée d’une interjection qui marque sa surprise et son émotion), puis dans une double constatation à la forme exclamative (« C’est Jeannot lui-même ! C’est Jeannot ! », dont on peut percevoir l’esprit de contentement). Le procédé est amusant puisque Jeannot est devenu marquis et ne devrait pas être appelé ainsi, cavalièrement. Mais cela prouve que Colin a conservé toute son affection pour celui qui n’a jamais cessé d’être pour lui Jeannot. Un peu plus loin, dans une série de propositions pratiques, énoncées au style direct, Colin prévoit : « Nous aiderons notre ami Jeannot », puis le nom est utilisé plusieurs fois, comme si Jeannot était devenu roturier ,et qu’on puisse en parler normalement. En tout cas on peut suivre l’évolution des occurrences de ce nom propre, du moment où Colin aperçoit Jeannot au moment où celui-ci revient à une condition sociale normale. Côté Colin, la réaction est beaucoup plus courte, et non exprimée verbalement : « Jeannot reconnut Colin » (PS, pour action au passé dans un récit). Comme celui-ci est le plus entreprenant, et aussi le plus bavard, son prénom intervient souvent dans le texte, y compris dans la bouche de Jeannot qui fait amande honorable (« Colin que j’ai méprisé vient à mon secours ! Quelle instruction !). En tout cas, on voit quels sont les personnages en présence.</p><p>&#8211; On relève un fort contraste entre les attitudes, témoignant de l’état des deux êtres : d’un côté on a un Jeannot en piteux état, avec un groupe nominal particulièrement péjoratif : « l’accablement du désespoir », plus loin « abîmé dans la douleur », et un Colin respirant la prospérité, la santé (« visage rond et frais »), et le bonheur (« douceur, gaieté », avec une femme « agréable » ; que des termes valorisants. L’opposition est accentuée par la subordonnée temporelle (« Comme il était plongé… il vit avancer… »), avec un jeu de point de vue interne qui va d’un personnage à l’autre  (« Le voyageur eut tout le temps de contempler… »). Le récit est construit donc sur un jeu de focalisation : Jeannot qui voit Colin qui voit Jeannot qui reconnaît Colin, donc sur un entrecroisement</p><p>&#8211; Rapprochement final, ou le duo reconstitué (voire augmenté) : Vers la fin du texte, on voit comment le duo se reconstitue définitivement puisque l’addition  de la première personne  et de la deuxième « Je » + « tu », devient un « nous ».  En effet, Voltaire se livre à une série d’actions déterminées : « Tu reviendras au pays », suivi de « Je t’apprendrai le métier » (Colin a l’humilité de faire passer son ami en premier), ce qui donne : en conséquence (« et ») « nous vivrons gaiement dans le coin de la terre où nous sommes nés ». Ce « nous » s’ajoute à un autre « nous », celui que Colin a constitué avec sa femme et qu’il utilise dans tout le paragraphe (« Nous arrivons du pays… Nous travaillons… Nous n’avons point changé d’état » etc.). Le duo est bel et bien reconstitué et même augmenté d’abord avec le mariage de Colin, puis par le mariage final de Jeannot avec la sœur de Colin (« Il épousa une sœur… »)</p><p> </p><ol><li>B) Ils se retrouvent</li></ol><p>&#8211; On est dans un conte. Ces retrouvailles sont bien sûr invraisemblables. C’est comme par hasard alors que Jeannot est au plus bas, seul sur une route, au fond du « désespoir » qu’apparaît l’ami providentiel et fidèle, qui ne s’embarrasse pas de convenances sociales puisqu’il « court embrasser son ancien camarade ». On notera la périphrase du « petit homme rebondi » qui le fait passer pour une boule ou une balle. Il y a  de l’ironie de la part de Voltaire qui sait très bien que, dans la réalité, les choses ne se passent jamais comme cela. Tout semble arrangé pour que ces retrouvailles se fassent. Trop bien sans doute. C’est sans doute la raison pour laquelle Voltaire insiste sur le chassé-croisé des regards. La lenteur de l’équipage justifie la reconnaissance (« La voiture n’allait pas comme le char d’un petit-maître : le voyageur eut tout le temps… ». La comparaison («comme le char… ») tend vers la périphrase ou la litote pour faire comprendre qu’elle va lentement. Tant que Colin n’est pas reconnu par Jeannot, Voltaire recourt à la périphrase : « un jeune homme, le petit homme rebondi, le voyageur », ce qui nous place dans l’esprit de Jeannot qui attend un événement providentiel et l’obtient, justement parce que nous sommes dans un conte.</p><p>-Ces retrouvailles s’effectuent très rapidement et en trois temps côté Colin : Il le reconnaît, il le rejoint, il l’invite en toute familiarité. Quand il le reconnaît il ne peut réprimer un cri de surprise (Il « s’écria » avant de prononcer son ancien nom). Il le rejoint avec dynamisme et rapidité comme s’il était pressé de le tirer de là, et le texte passe au présent de narration plus vif (D’abord « La voiture s’arrête », métonymie, puis Il « ne fait qu’un saut et court embrasser… ». Enfin, il l’invite, sans manifester de rancune ni de vengeance, au style direct, et c’est lui qui donne des ordres : « Viens dans l’hôtellerie…, embrasse ma petite femme et allons dîner ensemble » avec un groupement lui aussi ternaire. On notera le côté familier et bien sûr pragmatique (« allons dîner » &#8211; Jeannot a faim).</p><p>-En trois temps aussi, un peu plus long côté Jeannot qui subit l’action : Il le reconnaît, il lui confie ses malheurs, il le suit et se laisse guider en toute confiance. Il le reconnaît (phrase simple : SV CPT : « Jeannot reconnut Colin », aussi mais pas dans les mêmes sentiments. Au lieu de ravissement et de gaieté, on a affaire à la « honte et les pleurs » ce qui montre à la fois le bon fond de Jeannot, son humilité naturelle et un début de reconnaissance de ses fautes. D’ailleurs Voltaire ajoute « confus et attendri » ou le gérondif « en sanglotant », preuve de la sensibilité retrouvée de Jeannot. Ce dernier donc, dans un second temps, confie ses malheurs (Jeannot « lui conta… une partie de son histoire » &#8211; on notera le procédé dit de discours sommaire, Voltaire ne va pas lui faire raconter ce que le lecteur sait déjà.). Puis il le suit, et se laisse guider par le couple (« Ils vont tous trois à pied suivis du bagage »). Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Mais que de travail et de peine d’un côté, de temps perdu et de désespoir de l’autre pour en arriver là. Vers ce dénouement heureux…</p><p> </p><ol><li>II) Un dénouement heureux</li></ol><p> </p><ol><li>A) Une amitié reconstituée</li></ol><p>&#8211; Générosité et fidélité de Colin : Dès la reconnaissance de Jeannot par son ami, on comprend que Colin a d’ores et déjà pardonné : « Tu m’as abandonné, dit Colin ; mais tu as beau être grand seigneur, je t’aimerai toujours », groupe ternaire dont la fin est basée sur une cadence mineure, la partie centrale étant l’obstacle à l’amitié (le statut de « grand seigneur »). Si l’on enlève cet obstacle, reste l’amour, la conjonction « mais » traduisant l’opposition à l’abandon et donc à la noblesse parvenue. C’est d’ailleurs ce que signifie la sentence énoncée au Pst de VG par Colin vers la fin du texte : « Toutes les grandeurs de ce monde ne valent pas un bon ami » avec une construction 8/8 qui montrent bien l’égalité des conditions, d’autant qu’un singulier (« un bon ami » vaut autant qu’un hyperbolique pluriel « toutes les grandeurs de ce monde »).</p><p>&#8211; Cette Amitié est pragmatique se fondant sur les biens matériels et les bienfaits : Contrairement à celle de Montaigne, l’amitié selon Voltaire s’appuie sur des bases pratiques. C’est ce que ne cesse d’illustrer le discours de Colin : « Nous aiderons notre ami Jeannot », avec promesse d’apprentissage : « Je t’apprendrai le métier », et surtout : « je te mettrai de part », ce qui montre que pour lui l’amitié passe au-dessus de l’intérêt financier personnel. C’est donc pour Voltaire, dans le besoin que l’on reconnaît ses amis. Et ceux-ci vous donnent les moyens concrets (« le métier ») de réparer vos erreurs et de reconsidérer votre existence.</p><p>&#8211; Cette Amitié est aussi communicative : Toute la fin du texte montre combien cet exemple sublime d’amitié pragmatique a frappé Jeannot, qui va faire de même envers les siens. Ainsi retrouve-t-il sa « bonté d’âme » et son « germe de bon naturel ». On le voit aux marques de sensibilité qui jalonnent le texte notamment au début du dernier paragraphe : « Jeannot, éperdu, … entre la douleur et la joie, la tendresse et la honte », avec chiasme et énumération de sentiments<strong>. </strong>Aussi va-t-il pardonner aux parents, pour qui tout va rentrer également dans l’ordre (« Colin… tira le père de prison… ses parents… reprirent leur première profession. »). Ainsi la fidélité en amitié de Colin a non seulement sorti Jeannot du malheur mais aussi ses parents qui en étaient responsables. Le pardon est général et la leçon bien reçue.</p><p> </p><ol><li>B) Une atmosphère de dénouement</li></ol><p>&#8211; Tout finit dans le bonheur : En effet, le mot « bonheur » est inclus et est même le thème de la sentence finale : « Le bonheur n’est pas dans la vanité », au présent de VG. Dans la phrase précédente, on nous précise que sa femme « le  rendit très heureux ». On peut donc parler d’happy end, d’autant que le passage commençait sur des termes extrêmement forts comme accablement, désespoir ou douleur. Dans la situation finale tout devient euphorique.</p><p>&#8211; On revient au point de départ (du conte), renforcé et amélioré (d’un point de vue social notamment). En effet, Colin donne à Jeannot un conseil que lui d’abord, sa famille ensuite, vont se charger de concrétiser : « Ne sois plus marquis » (impératif, on notera qu’il le tutoie malgré la différence de condition). Et comme Jeannot accepte la proposition de Colin et « retourna dans sa patrie avec ses parents », on peut dire qu’il renonce à demeurer marquis, le retour de ses parents à leur ancienne et « première profession » les ramenant à leur statut de roturier. On est donc bien revenu au point de départ du conte. Jeannot est en Auvergne auprès de Colin et travaille. Leur amitié est renforcée par l’expérience et la solidarité dans les coups durs.</p><p>&#8211; Constitution d’une famille d’amis : A partir du moment où Jeannot « épousa une sœur de Colin », on peut dire qu’ils font partie de la même famille, et comme il est mis « de part » dans l’entreprise de Colin, on peut dire que celle-ci s’appuie sur des bases familiales et amicales à la fois.</p><p> </p><p>III) Les intentions didactiques de Voltaire</p><ol><li>A) En matière économique :</li></ol><p>&#8211; Éloge de la prospérité, fût-elle rustique, comme gage d’un bonheur modéré : Voltaire insiste sur la grossièreté de l’habit de Colin, signe plutôt de discrétion que de manque de biens. De même tout « l’attirail » qui intrigue Jeannot et le tire de sa torpeur « immobile », n’est pas apprêté afin d’épater les badauds mais pour le côté pratique (« rideaux de cuir »), même s’il ne cherche pas à être nouveau (« à l’antique »). Du moins, témoigne-t-il d’une certaine prospérité puisqu’il est constitué de « quatre charrettes énormes toutes chargées ». Colin est bel et bien un homme prospère, la fourmi de La Fontaine. Cela ne s’est pas fait par miracle, comme pour Jeannot, soudainement devenu noble. Mais parce que Colin n’a pas chômé… L’attirail étonne d’ailleurs Jeannot qui interroge Colin à ce sujet et prouve ainsi qu’il peut devenir un pragmatique lui aussi (« Qu’est-ce donc que tout cet attirail ? Vous appartient-il ? ». Et Colin de répondre longuement (style direct).</p><p>&#8211; Éloge du travail, bien sûr : Dans Candide la morale était : le travail éloigne de nous trois maux : l’ennui, le vice et le besoin. Et aussi : il faut cultiver notre jardin. Voltaire a ainsi fait, vers la fin de sa vie, l’éloge du travail mais il a surtout toujours critiqué les nobles français pour leur oisiveté, leur reprochant de ne point travailler ni de faire fructifier leur argent. Colin le dit carrément en peu de mots : « Nous travaillons beaucoup » et juxtaposée en asyndète comme une conséquence naturelle « Dieu nous bénit », ce qui signifie que ce travail rapporte en conséquence.</p><p>-Esprit d’entreprise ou d’initiative (futur système bourgeois-capitaliste). Enfin, il ne s’agit pas seulement de travailler. Il faut que ce travail soit utile cad réponde à un besoin afin qu’il trouve ses clients. Colin le suggère quand, à propos de son mariage, il précise qu’il a épousé « la fille d’un riche négociant en ustensiles nécessaires aux grands et aux petits ». Donc des objets (chaudrons d’Issoire, vases de nuit, couverts…). C’est pourquoi Voltaire insiste sur le caractère concret de cette production, même si triviale, émanant d’une « bonne manufacture de fer étamé ». C’est l’ancêtre de l’usine, et de son industrie, mais à échelle plus humaine, en l’occurrence individuelle, conjugale puis familiale.</p><p> </p><ol><li>B) L’aspect satirique : Typique de Voltaire et caractéristique de son œuvre.</li></ol><p>&#8211; Critique de la vanité, notamment nobiliaire et du changement d’état. Elle est énoncée par Colin : « Nous n’avons point changé d’état, nous sommes heureux ». L’asyndète et la cadence mineure montrent bien la relation de cause à effet (demeurer ce que l’on est = bonheur), et la simplicité de la solution au problème du bonheur. S’y ajoute le lieu où l’on a été élevé, que l’on connaît le mieux donc et qui reste à la fois naturel et pratique : « le coin de terre où nous sommes nés » périphrase désignant l’Auvergne (Jeannot était parti pour Paris). Voltaire en vient même à penser que les milieux mondains tuent (« étouffent ») le bon naturel. Manifestement, il  a une dent contre la noblesse, qu’il a beaucoup fréquentée.</p><p>&#8211; Critique des fausses amitiés dans les milieux mondains. C’est Jeannot qui le constate lui-même : « Tous mes amis du bel air m’ont trahi ». Cela signifie que l’on ne peut faire confiance à personne dans ce milieu superficiel et mondain où les apparences sont trompeuses, et terribles si elles tournent en votre défaveur.</p><p>&#8211; C’est l’heure des bilans (morales ironiquement formulées) : Il y a plusieurs sentences qui sont énoncées tantôt par Colin « Toutes les grandeurs du monde… bon ami », tantôt par le narrateur « Le bonheur n’est pas dans la vanité », précédés d’un amusant polyptote sur les prénoms. Mais il en est d’autres implicites : il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs, on peut tout pardonner à celui qu’on aime, l’apparence rustique peut cacher une âme noble (et inversement) et on l’a vu, il faut travailler utilement si les circonstances vous en donnent les moyens (un heureux mariage). Plus subtil : on peut toujours s’arranger avec des créanciers un peu malins… Cette fin de conte est donc très riche en instruction, mot qu’emploie d’ailleurs Jeannot, quand il s’exclame tout bas et tire une morale de son histoire.</p><p> </p><p>Conclusion : vérification réponse à question posée</p><p>Votre avis sur ce type de relations : côté positif et négatif. Votre conception de l’amitié.</p><p>Comparaison avec d’autres contes de Voltaire ou de la pensée de son « ennemi » Rousseau.</p>								</div>
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		<title>MAI : GUILLAUME APOLLINAIRE</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2019/09/19/mai-guillaume-apollinaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2019 10:09:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cours & corrigés]]></category>
		<category><![CDATA[Enseignant]]></category>
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					<description><![CDATA[&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160; MAI&#160;: GUILLAUME APOLLINAIRE Introd&#160;: Biographie de l’auteur notamment par rapport aux femmes aimées et en particulier la première Annie Playden, gouvernante anglaise rencontrée en Rhénanie. Recueil Alcools, épousant l’esprit nouveau du XXème siècle, et contenant les «&#160;Rhénanes». Mai&#160;: 2 quatrains, suivis d’un quintil puis d’un dernier quatrain en alexandrins, sans ponctuation, évoquant un paysage [&#8230;]]]></description>
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									<h2 style="text-align: center;">                        MAI : GUILLAUME APOLLINAIRE</h2><p>Introd : Biographie de l’auteur notamment par rapport aux femmes aimées et en particulier la première Annie Playden, gouvernante anglaise rencontrée en Rhénanie.</p><p>Recueil <u>Alcools</u>, épousant l’esprit nouveau du XXème siècle, et contenant les « Rhénanes».</p><p>Mai : 2 quatrains, suivis d’un quintil puis d’un dernier quatrain en alexandrins, sans ponctuation, évoquant un paysage rhénan perçu à partir d’une promenade en barque.</p><p>Problématique : Cette promenade rhénane n’est-elle pour le poète qu’une occasion de se souvenir ?</p><p>Plan :</p><ol><li>I) Évocation d’un paysage perçu d’une barque :</li><li>A) La Nature rhénane</li></ol><p>&#8211; Tout d’abord, on notera de nombreuses références à la nature, végétales essentiellement, sous la forme d’arbres (les « saules » que l’on  suppose pleureurs, fin premier quatrain ; les arbres fruitiers du second avec l’allusion à « des vergers » v.5, et aux « cerisiers » au v.6. Mais aussi aux vignes, dans le quintil, dans le dernier quatrain sous forme de « vigne vierge », v.12 puis en rime finale de la chute : « fleurs nues des vignes »; enfin, dans le v.15 l’énumération ternaire sur les plantes grimpantes, outre la vigne vierge, le « lierre » et les « rosiers », allitérations en liquides et spirantes. Il faut ajouter les plantes aquatiques avec l’allusion aux « roseaux ». Les substantifs « pétales » x2 et « fleurs nues » peuvent être rattachés à ce champ lexical important.</p><p>&#8211; Mais cette nature est associée au printemps, en particulier au mois représentatif du printemps le mois de « mai », célébré dès le premier vers (« Le mai le joli mai »), repris dans le dernier quatrain (v.14), et que l’on retrouve de temps à autre à l’intérieur du poème (« les cerisiers de mai »). Du coup l’allusion aux « cerisiers » s’explique par le choix du printemps avec toutes les images de renouveau, d’espérance, de renaissance, qui s’associent à lui. C’est sans doute pour cette raison que le poète s’enthousiasme devant cette nature. Il ne choisit pas n’importe quel jour. Le jour choisi incarne et résume le mois de mai en tant qu’il est « joli » (adj. valorisant). Le mot « mai » illustre ainsi, de manière métonymique ou elliptique, ce qu’il sous-entend de nature enthousiasmante, et fleurie (« les vergers fleuris » au v.5, « les pétales » v.6).</p><p>&#8211; A cette Nature essentiellement végétale, et donc quelque peu statique, le Poète ajoute une dimension animale voire humaine d’un côté, minérale de l’autre. Les animaux sont énumérés dans le quintil : « un ours un singe un chien » (groupe ternaire) au v.10 puis « un âne » v.11. Il ne s’agit pas d’animaux typiquement rhénans, il s’en faut, d’où leur étrangeté dans ce contexte. Ils sont placés en gradation, du plus sauvage au plus domestique, notamment l’âne qui travaille pour l’homme (ils sont « menés » par les « tziganes ». On peut y inclure la présence humaine des « dames » du v. 2 qui sont aussi « jolies » que le printemps (donc bien en accord avec lui), et les  « tziganes » , accompagnés de leur traditionnelle « roulotte », qui avancent et apportent une impression de mouvement souhaité par le poète. A l’inverse, il est question de « ruines », avec une jolie diérèse au v.14, qui ajoutent une dimension pittoresque à ce véritable tableau vivant, pour ne pas dire ce court film, proposé par Apollinaire.</p><ol><li>B) (Perçue du point de vue de) La barque sur le Rhin</li></ol><p>&#8211; Le mot barque apparaît deux fois dans le texte : dès le début dans le premier vers, elliptique du verbe, et exclamatif, et au v.3., où l’on sait qu’elle « s’éloigne », ce qui prouve l’impression de mouvement. C’est parce qu’il est dans la barque que le Poète peut saisir ce paysage en mouvement, car en fait c’est lui qui avance. Une seule occurrence de la première personne, au v.7, (« j’ai tant aimée ») signale sa présence. Cela explique la contre-plongée : « le haut de la montagne » au v.2, les « dames » et le jeu supposé des regards (il voit qu’elles le voient : « des dames regardaient»). Cela permet aussi de vérifier que c’est bien le Poète qui trouve le mois de mai « joli », quand il le perçoit depuis sa barque en mouvement.</p><p>&#8211; Car nous sommes sur le fleuve-Rhin, en Allemagne. Nous savons qu’il s’agit du Rhin car le poète ne se prive pas de s’y référer : dès la fin du premier vers en recourant au nom propre : « sur le Rhin », dans le dernier quatrain : « Le vent du Rhin », et il se permet sans doute un subtil jeu de mots avec « riverains ». Et puis, on relève la présence de l’adjectif éponyme « rhénanes » au v. 12. Le « fleuve » du v.9 rappelle son importance. Et il faudrait sous-entendre, « du Rhin » un peu partout (Ex : « les vignes… du bord du Rhin »…). Or un fleuve comme le Rhin avance vers son embouchure. Ce qui explique l’impression de mouvement  qui caractérise le paysage en ce poème.</p><p>&#8211; Du coup la construction quelque peu irrégulière de ce texte se justifie pleinement. En effet le premier quatrain évoque encore un paysage de relief (« montagne»), où le courant est encore rapide, ce qui explique que « la barque s’éloigne » trop vite pour qu’il puisse s’arrêter ou contempler les jolies dames. Ou que les « vergers fleuris » se retrouvent « en arrière » par rapport à la barque, laquelle a dû passer devant eux auparavant, dans le 2<sup>ème</sup> quatrain. En revanche le rythme se ralentit nettement dans le quintil, ce que précise l’adverbe « lentement » (v ;9) et le dédoublement des rimes riches « tziganes, âne, rhénanes » qui donnent l’impression de rallonger le vers. Le verbe « traîner » aussi suppose la durée. Et puis le quintil suppose un vers de plus… On est sans doute dans un endroit plus plat ce qui permet d’évoquer les vignes qui semblent s’étendre à l’horizon (« s’éloignaient » au v.12, « lointain au v.13, avec inversion syntaxique pour effet sonore de surprise). Le rythme redevient vif dans le dernier quatrain, peut-être sous l’effet du « vent ». Les ruines sont souvent sur des hauteurs… Donc un paysage très riche et animé perçu par un poète en promenade et qui l’observe du point de vue de sa barque.</p><ol><li>II) Des sensations mais aussi des sentiments.</li><li>A) Des sensations</li></ol><p>&#8211; Le sens visuel est, on l’a vu, dominant même si les évocations sont très rapides. Rien n’est dit de précis, par ex, sur les animaux. Tout demeure dans le vague ; Les dames paraissent « jolies » mais de loin. Ce seraient plutôt les robes qui paraîtraient telles, ce qui les assimilerait de loin à des fleurs printanières. La personnification (« pleuraient ») des « saules » nous fait comprendre qu’il s’agit de saules pleureurs, très présents effectivement sur les bords de fleuves. De même, on a presque l’impression que le mois de mai exerce une action concertée, humaine, « a paré », sur les ruines. v.14. Le verbe « secoue » est également très visuel et peut faire penser à une personnification. On a droit aussi à deux participes à propos des « pétales » : « tombés et « flétris ». Le visuel est ainsi omniprésent. Mais rapidement évoqué.</p><p>&#8211; Mais le sens auditif est également présent notamment dans les deux deniers vers du quintil : 12 et 13, avec «un air de régiment » qui renvoie par métonymie à la guerre toujours possible entre deux peuples limitrophes. La structure de la phrase est inversée cad que l’on découvre très progressivement cet air qui inversement, pour l’ouïe du poète, s’éloigne. C’est l’instrument le plus aigu que l’on retient sous la forme, entraînante, du « fifre ». Il semble faire oublier les pleurs du saule.</p><p>&#8211; Enfin l’allusion au vent apporte une dimension certes sonore (allitérations très nettes en sifflantes à la fin SZ), mais surtout tactile au texte. Le verbe « secoue » montre qu’il ne s’agit pas d’une légère brise ; dans tous les cas, le poète laisse ses sens en éveil, mais c’est parce que ceux-ci sont les plus sûrs moyens d’accéder ensuite aux sentiments, ce qui explique les personnifications.</p><ol><li>B) Des sentiments :</li></ol><p>&#8211; Le début est très nettement marqué par la joie de vivre une jolie journée printanière. L’euphorie. D’où son caractère exclamatif au point d’en oublier la syntaxe usuelle et de laisser parler son sursaut d’enthousiasme : « Le mai le joli mai en barque sur le Rhin ». La phrase est nominale à tel point qu’elle peut créer des ambiguïtés sémantiques (on croirait que le mai est la barque !). Le rythme est régulier 2424 dans les deux premiers vers. On se demande même si le Poète n’envisage pas une aventure possible avec les jolies dames de la montagne pour lesquelles il laisse également parler son cœur : « Vous êtes si jolies » (adverbe d’intensité, valorisant). Le présent se mêle au passé dans le présent de l’écriture.</p><p>&#8211; Mais, on repère en milieu de vers la conjonction adversative « mais » (qui reprend ironiquement joli mai/jolies mais) qui fait basculer dans la tristesse puisqu’apparaissent des mots comme « pleurer », le passé composé sur « j’ai tant aimée » et des participes dysphoriques comme « tombés » et « flétris ». Le poème s’assombrit et verse dans la tristesse. On comprend que la vision des saules pleureurs a réveillé de mauvais souvenirs, et que les « vergers fleuris » qui renvoyaient à des bons, ont laissé place à des visions quasi automnales – la fin probable d’une histoire d’amour.</p><p>&#8211; Toutefois, la distraction apportée par les images du quintil fait place à un apaisement, un oubli temporaire. D’autant que l’air de régiment semble ramener de la vivacité. Le début du dernier quatrain semble renouer avec la situation initiale. Mais l’allusion aux « fleurs nues » des vignes secouées par le vent laisse planer un doute. La tristesse peut revenir à tout moment. Les sons vocaliques de la chute sont d’ailleurs aiguës (i, u).</p><p>III) Interprétation</p><ol><li>A) Responsable de la douleur</li></ol><p>&#8211; Plane sur l’ensemble du texte l’ombre du souvenir d’une femme. Son nom ne nous est pas révélé et elle est désignée par une périphrase : « celle que j’ai tant aimée », ce qui suppose une histoire d’amour accomplie, donc terminée. En fait, la vision des dames a aussi entraîné le souvenir de cette dame absente, avec qui le poète a probablement fait des promenades sur le Rhin. Époque où tous les espoirs étaient permis, époque du bonheur paradisiaque lié à la naissance de l’amour (le printemps, et les « vergers fleuris »).</p><p>&#8211; Malheureusement il y a dû y avoir des désaccords et déchirements ou ruptures puisque les « pétales tombés » (sonorités dures) sont métaphoriquement associés à des « ongles » (v. 6 et avec enjambement pour effet de surprise), avec lesquels on peut se déchirer, ou par comparaison à des « paupières », qui ne le regardent plus. Bien sûr, la double image est justifiée par des associations de forme et de couleur (rose, violet, pli de la peau).</p><p>&#8211; En tout cas, c’est le souvenir insistant de cette femme qui explique l’attention particulière accordée aux « saules » et l’interrogation qu’ils suscitent : « Qui donc a fait pleurer les saules riverains ». Il y a donc une responsable, et cette responsable est la jeune femme aimée, mais qui manifestement n’aime plus. Le paysage est donc perçu non seulement par les sens mais par l’état d’âme du poète, en osmose avec la Nature.</p><ol><li>B) La fuite du temps :</li></ol><p>&#8211; Le temps est à la fois facteur de tristesse, puisque l’on ne peut l’arrêter, et d’oubli ; le Rhin symbolise la fuite du temps. Du coup, le poète est « embarqué » comme le dit Pascal et ne peut profiter des opportunités (les « dames », mot à connotation médiévale). On le sent à la barque qui s’éloigne, l’air de régiment aussi (et peut-être le conflit entre les deux amants), le vent du Rhin qui voudrait balayer tout cela… La gradation « fleuris-tombés-flétris » montre remarquablement l’effet du temps qui passe (cf. Le pont Mirabeau dans lequel la joie venait toujours après la peine). Le cortège des tziganes suit le même itinéraire (« Sur le chemin ») que le poète (on le remonte de l’arrière à l’avant, les animaux, les hommes, la roulette et l’âne qui la traîne), en parallèle donc. Mais en plus lent (rythme 444 trimètre). Les tziganes incarnent évidemment la liberté d’aller sans fin d’un lieu à un autre. Ils ne sont pas en représentation mais en marche. Le Poète, lui semble prisonnier, sur le fleuve qui l’emporte.</p><p>&#8211; Toutefois s’il existe un temps linéaire symbolisé par le cours du fleuve il en est également un cyclique. C’est celui du printemps qui revient tous les ans et symbolise l’éternel retour des choses. Qui fait mûrir les fruits que l’on cueillera en automne comme ses raisins avec le quel on fabriquera du vin et donc de ces alcools (titre du recueil) qui font oublier. Et l’obligation quotidienne des tziganes à changer de lieu (il doit s’agir de saltimbanques).</p><p>&#8211; Enfin il y a le temps du souvenir, évoqué par l’allusion aux « ruines ». Un temps mental expliquant la confusion des temps verbaux (Pst, passé) et en particulier le passage des vergers fleuris (qui « se figeaient en arrière » (allitérations spirantes) aux pétales tombés puis flétris.</p><p>Conclusion : Vérif répons à la question posée. Les Rhénanes dans Alcools, plus audacieux.</p><p> </p>								</div>
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