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	<title>Critique &#8211; Bernard Teulon-Nouailles</title>
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	<description>Poèmes - Romans - Critiques - Pédagogie</description>
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		<title>Nicolas Sanhes : catalogue expo Musée de Guéthary (Pays basque)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Apr 2025 14:48:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[                                                        CINQ NUANCES DE BLEU             L’œuvre picturale de Nicolas Sanhes n’est pas de celles qui cherchent à séduire instantanément et, à l’instar de beaucoup de celles évoluant [&#8230;]]]></description>
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									<p>                                                        CINQ NUANCES DE BLEU</p><p>            L’œuvre picturale de Nicolas Sanhes n’est pas de celles qui cherchent à séduire instantanément et, à l’instar de beaucoup de celles évoluant dans l’abstraction, elle ne s’appréhende pas tout de go.</p><p>            Plusieurs voies nous sont offertes pour tenter d’en découvrir des clés potentielles :</p><p>            La première est la plus simple. Le grand public s’imagine souvent que l’artiste peint toujours sous le coup de l’inspiration, un peu comme un poète pratiquant l’écriture automatique ou un musicien pris dans les transes de l’improvisation. Même si tout travail implique, à un moment ou à un autre, un minimum d’intuition, Nicolas Sanhes n’envisage pas l’acte pictural de cette manière spontanée. Il fait appel à un protocole prédéterminé où chaque chose est à sa place, car la composition joue un grand rôle dans sa production. C’est ce qui explique les divers éléments, récurrents, que l’on finit par identifier dans ses séries, et qui font partie de ce que l’on pourrait appeler son vocabulaire, lequel définit son originalité en tant que peintre, en deux mots son style. Pourtant, si certains amateurs d’art ont une vague idée de la présence d’une composition dans les œuvres classiques, ils la considèrent comme linéaire, dessinée sur la surface, à partir de la juxtaposition de figures, lignes et points de fuite. Ici encore Nicolas Sanhes surprend car il ne distribue pas, à proprement parler, ses divers plans dans l’espace mais dans le temps. En 7 étapes précisément, qui vont de l’épandage d’un fond coloré à l’introduction de quelques formes de son cru, puis d’une ligne moyennement fine, ensuite d’une sorte de fenêtre à l’intérieur de la forme. Suivent (ce qu’il nomme) des « tenseurs », au nombre de deux, et qui font partie de ce protocole original que j’évoquais plus tôt (en quelque sorte son image de marque). Viennent ensuite des lignes ténues et cursives, assez envahissantes et grouillantes, le véritable intestin grêle, ou deuxième cerveau de ce corpus pictural, avant le retour des tenseurs qui viennent clore en quelque sorte le champ pictural, ce qui nous renvoie incidemment au thème de la clé, dont ils ont quelque peu la forme stylisée. On peut penser à un circuit, fermé, labyrinthique, où seul le regard se retrouve et s’impose une direction, fût-elle complexe. Ainsi ce sont divers plans qui se succèdent dans le temps qui nous apparaissent contigus sur l’espace de la toile. On n’est donc pas dans l’improvisation que d’aucuns pourraient imaginer. On est face à du construit.</p><p>            La seconde tient à ce qu’une œuvre est d’autant plus pertinente qu’elle témoigne de  l’esprit de son temps. Ce n’est pas toujours facile, quand on a chois l’abstraction, à moins de jouer sur les effets lyriques d’un expressionnisme débridé, et c’est pourtant le pari que s’est fixé Nicolas Sanhes. L’époque se caractérise par la suprématie de l’image et souvent et l’expression déchainée de messages tendancieux, pas toujours approfondis. Nicolas Sanhes tourne le dos à cette facilité, car sa peinture correspond à un espace de résistance qui restitue l’époque autrement. La profondeur, que notre temps a perdue au profit de l’agitation de surface, il la trouve dans ce fond coloré qui amorce son processus en sept étapes. Les havres indispensables de tranquillité par rapport à la fureur et au bruit environnants, seraient plutôt suggérés par les plages plus ou moins géométriques qu’il nomme des formes, à propos desquelles il avance le concept de « géométrie incidente ». Celles-ci ne sont pas parfaites, elles s’accommodent d’un certain déséquilibre parce qu’il faut bien en passer par là, l’expérience du déséquilibre, si l’on veut trouver l’équilibre idéal, en quelque sorte notre assiette. Et puis parce que notre existence même est vouée au déséquilibre, c’est lui qui nous fait avancer, rien n’est jamais parfait, le manque suscite le désir etc. Quant aux lignes elles répondent à cette dynamique tâtonnante qui caractérise notre mode de vie, frénétique, constamment en mouvement, résolument dynamique. Chez Sanhes, la ligne fonctionne en circuit fermé car nos itinéraire sont souvent un peu toujours les mêmes. Enfin, les tenseurs qui viennent rappeler la planéité de la surface picturale, ce sont les garde-fous, les limites à notre liberté d’agir, au fond le rappel permanent que nos actions ne sont pas aussi libres que nous le souhaiterions mais balisées par notre finitude, les lois sociales, nos capacités individuelles… Ce que nous rappellent aussi les limites du tableau. Comme on le voit, et je n’ai fait ici qu’esquisser quelque pistes, une œuvre d’art peut parler d’une époque autrement. Y compris grâce à un vocabulaire formel ou abstrait.</p><p>            La troisième clé fait intervenir un nouvel aspect à ne pas négliger : le recours du peintre à l’ordinateur. Ce parti-pris prouve qu’il est, en tant qu’individu comme en tant qu’artiste, en phase avec son époque, à laquelle il emprunte sa technologie la plus pratique, la plus avancée et, en tant que telle, capable de faire avancer la peinture. Les artistes auraient tort de s’en priver d’autant qu’elle permet non seulement des expérimentations formelles mais une précision absolue, garante de l’équilibre, de la gestion des déséquilibres, ou de la cohésion recherchée (pas étonnant que l’artiste utilise beaucoup les rouleaux de scotch, ou d’adhésifs, qui définissent la largeur des lignes). Elle assure, cette technologie,  un nombre de variations infinies sur un même thème mais sans les approximations de l’improvisation. Ainsi, la machine et l’homme font-ils bon ménage dans un but créatif, ce qui est plutôt encourageant pour l’avenir, tout en mettant en évidence la notion d’Hybridité, bien dans l’air du temps, mais qui a tendance à effrayer alors que Sanhes vise plutôt l’osmose, la cohérence, la conciliation des contraires. Ce recours à l’ordinateur fait passer du virtuel au réel puisqu’un certain nombre de propositions seront retenues pour être projetées sur la toile. En fait, l’ordinateur est venu supplanter les premières tentatives de Sanhes en peinture : simples projections en deux dimensions des anciennes sculptures (« Ma sculpture est la structure primitive de ma peinture ») en trois dimensions, et qui nous faisaient passer d’un réel (la sculpture) à son ombre portée, sa projection sur la toile. Ainsi, dans chaque tableau, le peintre fait-il table rase et remet-il à chaque fois sur le métier son ouvrage, dans un défi constamment renouvelé. L’ordinateur fait économiser du temps puisqu’il évite les erreurs qui aboutiraient à l’échec et au découragement qui s’ensuit. Il est ainsi, ce compagnon de plus en plus performant, un outil précieux, partie intégrante du protocole de création. Et il prouve que l’artiste sait s’accommoder des apports extérieurs à la peinture, pour peu que l’on sache en user intelligemment.</p><p>            La quatrième entrée est en rapport avec la couleur dominante de la série présentée au pays basque, le bleu, profond, intense, tendant vers le nocturne. C’est cette profondeur qui intéresse le peintre, d’abord pour se démarquer de la superficialité ambiante ou, si l’on préfère de surface, ensuite parce que la profondeur confronte l’individu à la situation de l’homme dans l’univers et aux grandes énigmes de la condition humaine, ce qui signifie que ce travail prend des accents métaphysiques. Aussi parce que le bleu est la couleur par excellence vouée à l’espace, qu’il s’agisse de celui qui nous entoure ou qu’il s’agisse de l’espace infini dans lequel nous nous tentons de nous évaluer, d’évaluer notre présence au monde. Cette couleur est d’autant plus importante pour le peintre qu’il la met en exergue dans le titre de son exposition à Ghéthary, emprunté à Cézanne : <strong>Une somme suffisante de bleutés</strong>/<em>pour faire sentir l’air</em>. Effectivement, dans ses tableaux, Sanhes décline des valeurs  de bleus qui vont fonctionner entre eux par nuances ou contrastes, opacités et transparences, matité et luisance. Il ne cherche pas à suggérer du volume comme chez son illustre prédécesseur mais à créer du vide entre divers plans, ce qui revient à parler d’espace, au fond comme dans ses sculptures. C’est cette préhension tactile du vide qui lui importe et justifie le caractère itératif de sa quête, toujours recommencée car le vide absolu on ne l’atteint jamais. Mais l’on peut tenter d’en isoler des fragments, d’en suggérer la respiration, de montrer comment il s’articule avec le plein dans ce jeu d’équilibre qui est le fer de lance ce cette production.</p><p>            Ajoutons qu’au bord de l’océan, ce bleu peut prendre, pour le grand public, une dimension nouvelle, qualifions-la d’abyssale et intégrer, outre l’espace celui des inconnus sous-marins, puisqu’après tout nous nous immergeons du regard dans la peinture. Bachelard associe l’eau au rêve et à mieux y regarder, la compossibilité spatiale obtenue par Sahnes, sur ses tableaux, fonctionne un peu comme le rêve qui combine des éléments différents dont on tire au réveil du sens, une cohésion. Parti de la ferme familiale et des premières sculptures outils, Sanhes a fini par conquérir l’espace du rêve. Ce n’est pas par hasard s’il vit à Paris, la ville du rêve par excellence (que l’on pense au Surréalisme !).</p><p>            La cinquième, et nous atteignons un chiffre symbolique, à l’image de la main qui permet de saisir le réel, me semble en relation avec les quantités, sinon infinies, du moins non négligeables de possibilités de permutations qui s’offrent à l’artiste. Chiffre auquel le peintre recourt lui-même quand il distribue sur la toile ses tenseurs. Comme pour ses sculptures, le protocole adopté est garant d’une grande variété de productions (de formes, de distributions des tenseurs, de disposition et de longueur des lignes etc.) qui situe l’artiste dans la catégorie des sériels, ceux qui adoptent la série. On ne recherche pas le chef d’œuvre mais Tout l’œuvre, dans ses différents aspects. Non comme le croient les naïfs et malveillants pour des questions de facilité mais au contraire pour des raisons de complexité. Nul ne saurait prétendre peindre le tableau idéal, définitif dont parle Balzac dans l’une de ses nouvelles. On peut l’approcher cet idéal, mais en sachant qu’on se contentera de le frôler. C’est cette imperfection foncière, appelons-la déséquilibre, qui permet de continuer la quête picturale. Au fond, ses lignes sinueuses qui grouillent à la surface du tableau métaphorisent bien toute la complexité de la démarche, avec ses avancées et ses impasses, ses succès et ses égarements. L’œil du regardeur partage cette sensation. Car le format des peintures est bien moins imposant que celui des sculptures, qui sont gigantesques par rapport à la taille humaine. Un homme grand, tel que l’est Nicolas Sanhes, bras tendus vers le haut, pourrait s’inscrire dans leur contour. On ne s’y sent pas complètement perdus malgré le bleu spatial (et « océanique ») qui s’y fait jour. Ainsi la peinture est à notre portée pour qui veut s’y livrer à une méditation sur ses tenants et aboutissants ou tout simplement se laisser submerger par le plaisir esthétique.</p><p>            Cinq clés qui n’en excluent pas d’autres, par exemple le fait que l’artiste travaille au sol puis redresse son tableau ce qui fait que lignes et formes paraissent en suspension. Cette action amorce une nouvelle problématique de l’espace, une gestion originale du vide et de l’équilibre général. On peut également s’intéresser davantage à la planéité de l’espace pictural et remarquer que, si la sculpture peut toujours, au sens strict du terme, s’écrouler, les éléments qui composent le tableau, intrinsèquement, ne sauraient, au sens concret du terme, suivre la même voie… On atteindrait alors le chiffre sept, lui aussi hautement symbolique, celui des 7 éléments du protocole. Toutefois ces cinq clés me semblent suffisantes pour permettre au grand public, souvent déconcerté mais également désireux d’apprendre, d’aborder simplement mais sûrement une œuvre qui de prime abord peut paraître énigmatique, pour ne pas dire hermétique. C’est justement dans ces cas de figure que l’on a besoin de clés.</p><p>BTN (AICA France)</p><p>Texte publié dans le catalogue en ligne + version tapuscrite  Musée de France. Expo Juin 2025</p><p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-7965 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Nicolas-Sanhes-a-La-Mouche-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Nicolas-Sanhes-a-La-Mouche-300x200.jpg 300w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Nicolas-Sanhes-a-La-Mouche-768x512.jpg 768w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2025/04/Nicolas-Sanhes-a-La-Mouche.jpg 1024w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>								</div>
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		<title>OPEN THE DOOR (L.A.C. de Sigean)</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2024/03/28/open-the-door/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Mar 2024 16:08:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[OPEN THE DOOR, AU LAC DE SIGEAN                                                                           OPEN THE DOOR Le L.A.C. est un lieu magique, pour les artistes, car il se prête à toutes les expériences, grâce à son espace ample et généreux. On peut ainsi déposer des œuvres au sol, à la manière de sculptures ou installations, occuper les murs comme [&#8230;]]]></description>
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									<p style="text-align: right;">OPEN THE DOOR, AU LAC DE SIGEAN</p><p>                                                                          OPEN THE DOOR</p><p>Le L.A.C. est un lieu magique, pour les artistes, car il se prête à toutes les expériences, grâce à son espace ample et généreux. On peut ainsi déposer des œuvres au sol, à la manière de sculptures ou installations, occuper les murs comme on l’entend, de séries de dessins ou peintures, passer allègrement des parois à l’espace, envisager de circuler d’une salle à l’autre, et même suspendre certaines pièces de manière à orchestrer cette volumétrie, certes impressionnante, mais qui autorise tous les aménagements virtuellement concevables.</p><p>Les deux artistes sollicitées en ce début d’année 2024 ne s’y sont pas trompées. Aux alignements d’allumettes empaquetées au sol, sur drap brodé, d’Aude Hérail Jäger répondent les carreaux de céramique peints de paysages, scénettes et portraits, sélectionnés par Tisna Westerhof. Aux représentations d’enfants, sur toile suspendues, de l’une, dès le seuil des anciens chais, fait écho la série de <em>SENTINELLES</em>, flottantes avec légèreté, de l’autre, sur papier en grand format. A la célébration du toucher, dans les grands rouleaux de papier divaguant de la franco-londonienne, Aude, répliquent la broderie, la couture ou encore le collage, activités manuelles s’il en est, dans des groupes de petits formats disposés le long des murs de la part de notre néerlandaise, adoptée par la capitale britannique, Tisna. L’espace, dans son ensemble est ainsi pris en compte, chacune avec son langage spécifique, un peu comme l’on entre dans une nouvelle maison, en couple ou pas, après déménagement, et que l’on y dispose, selon ses goûts et priorités, ses affaires, dans certains endroits privilégiés. Si tant est que la maison ait la porte ouverte… <em>The open door</em>…</p><p>On voit se profiler la cohérence de cette exposition commune. Les deux artistes se complètent d’abord par leur féminisme plus ou moins pondéré, que l’on appréciera grâce à leur interprétation de <em>La Science de la Maison</em>, dans l’une des deux salles : il s’agit d’un manuel à usage domestique, rehaussé en l’occurrence de dessins, et dévié de son objectif purement pragmatique. Aude rend hommage à La Femme assassinée qui répétait inlassablement, par écrit, <em>Je Dois Dormir, </em> victime de la virilité aveugle. Tisna recourt à des objets ou pratiques liés à la féminité, ou à l’univers intérieur auquel on l’associe pour l’emprisonner (mouchoirs, napperons, assiettes…).</p><p>On repère assez vite un intérêt commun pour l’univers de l’enfance. Cette enfance aux jeux et activités qui demeurent un mystère pour l’adulte qui l’a oubliée, cette enfance source de joies et de tragédies, vulnérable et innocente, cette enfance que Tisna aime à représenter au bleu de Delft, à la néerlandaise, sur de petits formats de bois bordés de dorures, tandis qu’Aude s’inspire des cubes alphabétiques de nos écoles primaires afin de réinventer, disposé en colonnes colorées, un ABC aux thèmes orientés : Fire, Heat, Wind, Wave…. De son côté, Tisna brode, peint et coud, sur des mouchoirs, des cœurs alphabétiques binaires, associés à des motifs de révolte : B comme Brexit, C for Crime, G for Gun, L for Liar etc. Encore un point commun, la lutte pour des causes nobles : l’urgence climatique pour Aude, qui recourt à la fois au concept et à la sculpture qu’elle a pratiquée au début de sa carrière ; le racisme chez Tisna, qui reprend, sur ses assiettes ou tissus, des scènes de violence ordinaire de la part de policiers américains envers des communautés opprimées et n’hésite pas à utiliser leur langage, tel un slogan.</p><p>Au demeurant, la famille, la cellule familiale, est très présente. Encore un thème qui rapproche les deux femmes : en rapport avec la disparition des êtres chers chez Aude (le dessin de la tante Simone dormant du temps de sa jeunesse ; la mère, à l’origine de la collecte des allumettes brûlées au quotidien, et enterrée à présent dans sa terre natale, à Narbonne, tout près du Lac de Sigean) ; en relation avec l’éloignement imposé aux familles pour Tisna, notamment durant le confinement. La porte est en tout cas ouverte à l’attention du public convié à la découverte des thèmes et êtres chers à chacune, tels qu’ils sont figurés ou suggérés dans les œuvres présentées, mais aussi sur ce qui les rapproche et justifie cette exposition duelle. En d’autres termes, la porte est ouverte sur leur amitié dévoilée, leur connivence, leur complicité artistique. Au demeurant, un artiste n’est jamais totalement seul. Il a l’Histoire de sa pratique à ses côtés.</p><p>Mais pénétrer ce lieu investi par les deux artistes, ce n’est pas seulement se voir confronté à du concret, à des formes, des matières, des couleurs… En témoignent : les frottages d’escaliers d’Aude, au graphite, sur rouleaux de papier, interminables, disposés en vagues, comme pour mettre en abyme le lieu d’exposition même, entre mer et montagne, cette mer qui fascinait tant Piet Moget, déferlant dans l’espace. Ils traduisent clairement sa volonté d’échapper à la pesanteur, de passer du sol à l’espace, de la terre au ciel, et de s’élever vers la vie spirituelle. De même, ce n’est pas pour rien que les guerrières dansantes d’Aude, ou les portraits d’enfants de Tisna, ou sont présenté(e)s en hauteur, suspendu(e)s, obligeant à lever les yeux.  Enfants à la fois forts, tranquilles mais aussi fragiles, ce que souligne cet accrochage peu commun. Il s’agit de donner de l’air, un peu de détachement, de recul, un supplément d’âme à des réalités terrestres, à des images précises ; celles que figure nettement Tisna comme celles qui se décèlent dans les frottages d’Aude, et qui font penser à des spectres de Rorschach ou aux expériences phénoménologiques qu’évoquait autrefois Léonard de Vinci (incitation à la rêverie éveillée à partir des murs souillés de beaucoup de taches). En suggérant cette tentative d’Élévation (pour parler comme Baudelaire), les deux artistes nous ouvrent les portes de la vie de l’esprit et ne se contentent pas de faire œuvre esthétique ni même simple production artistique, fût-elle pertinente. Le grave, qui nous bouleverse tant dans cette vie-ci, devient léger si on le considère à la lumière du cosmos, avec le recul nécessaire, si on lui fait prendre un tant soit peu de hauteur. Tisna incarne bien cette relativité en recourant à des assiettes en papier ou de fins mouchoirs décoratifs, afin de figurer ses scènes d’émeutes, de mutilation, d’arrestations musclées… Les supports sont détournés de leur fonction rassurante et décorative pour traiter de sujets qui lui tiennent à cœur. Aude privilégie un matériau léger : le papier. Elle ne cache pas son admiration pour l’esthétique nippone de la fragilité, et son caractère aérien.</p><p>Cette légèreté assumée n’est pas gratuite : la Mort hante les deux œuvres. Elle vient nous rappeler la vulnérabilité des existences, bien figurées par les allumettes disposées au sol sur drap approprié, quasi funéraire, en hommage à la mère, du côté d’Aude ; bien représentées également, dans les scènes brodées de Tisna, par ces êtres qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment et n’avaient commis pour seul délit que de revendiquer la couleur de leur peau. Tisna est en outre sensible à la cause des migrants, ceux qui périssent en mer pour avoir voulu rejoindre le pays de leurs rêves. Une vie paraît bien fragile face à l’immensité des éléments. Chez Aude, la Mort est inséparable de la notion de passage, que l’on trouve dans ses frottages de corridor, dans la thématique de l’escalier (dont Bachelard jadis soulignait la hardiesse), et dans cette réhabilitation d’une mère assassinée par son mari, promis à une mort certaine au front, victime injuste de sa fidélité, de son amour et de son infériorisation face au code d’honneur des hommes. C’est le sujet de l’acrylique, tragique, sur toile, suspendue elle aussi : <em>Je Dois Dormir</em>.</p><p>La porte incarne cette notion de passage.</p><p>Traitant toutes deux de sujets aux retombées métaphysiques, les deux artistes, dans cette exposition, font œuvre commune dans la perspective d’une émancipation loin d’être acquise encore, de nos jours, pour les femmes artistes. On connaît le livre de Virginia Woolf <em>Une Chambre à Soi</em>, que l’on peut décliner, pour les artistes : Un atelier pour soi. Toutefois, l’exposition n’a pas que des aspects polémiques ou tragiques. Elle est à l’image de la vie. Ondoyante et diverse : contrastée. Les mots Life, Home, Here, Pause, apparaissent dans l’alphabet sur cubes d’Aude. Les scènes enfantines de Tisna témoignent à la fois d’une confiance dans le devenir et d’une exigence de pureté. Un peu comme dans l’alchimie, il faut traverser bien des épreuves avant d’acquérir une once de cette lumière qui nous nourrit. Aude par exemple, a dû observer bien des détails des grands chefs d’œuvre (Rembrandt, Rubens, les fresques antiques…) afin de composer ces guerrières protectrices, coiffées et munies d’objets symboliques, syncrétiques au fond de tous ces fragments d’espace et de temps rapprochés. Guerrières de rêves, composés de fragments multiples, flottant sur leur support de papier comme ce dernier dans l’espace. Guerrière de réconciliation d’éléments disparates… A même de fédérer les contraires et le chaos… De représenter une Unité retrouvée… On suppose que la maîtrise de la couture ou de la broderie, qui caractérise Tisna, est le produit de bien des heures d’exercices méticuleux et laborieux. L’épreuve c’est ce qui permet l’accomplissement, l’épanouissement, au fond l’issue (et l’on revient vers la porte). Ce qu’espèrent les deux artistes, c’est que le public, averti ou pas, à qui l’on ouvre les portes de cette exposition, à l’accès, on le constatera, aussi léger qu’un seuil d’hospitalité japonaise, en ressorte enrichi, émotionnellement, esthétiquement, intellectuellement et bien sûr dans sa vie spirituelle.</p><p>A y regarder de plus près, en apparence, ces réalisations qui semblent tournées vers le passé : familial pour Aude (mère, tante…), originaire justement, de l’Aude ; en rapport avec les crimes perpétrés depuis des décennies pour Tisna, réservent quelque surprise. Les deux artistes cultivent en fait l’hybridité, ce sujet si brûlant aujourd’hui dans l’art contemporain qui n’en finit pas d’assembler, de combiner, de confronter afin de concevoir l’humanité future&#8230; Tisna, on l’a vu, recourt à des pratiques traditionnelles, artisanales et domestiques telle la broderie, ou les motifs décoratifs, pour traiter de thèmes brûlants dont certains défraient l’actualité, je pense à la cause migratoire. Elle associe tradition du support et modernité de l’image. Passé et Présent. Aude compose ses <em>SENTINELLES</em>, lesquelles n’ont pas de modèles précis dans l’Histoire, par le truchement de multiples emprunts à des détails d’œuvres observées dans les musées du monde entier. Il en résulte ces figures tutélaires qui  apparaissent comme sacrées sans doute parce qu’elles prouvent que le métissage culturel est possible, et qu’elles préfigurent les êtres de demain. Composés de multiples cultures. Corps multiples en quelque sorte.</p><p>A cela il faut ajouter l’inclusion, sous forme de deux patchworks (un français, un britannique), d’œuvres non réalisées par les artistes mais par la cinquantaine de participants, toute génération confondue, d’un atelier pédagogique. Bel exemple d’ouverture à l’autre, aux autres, y compris des non-professionnels. L’artiste et le non-artiste mis sur le même plan, en l’occurrence impliqués dans un même espace.</p><p>Une telle exposition suppose de surcroît le déplacement des corps dans l’espace. Les artistes ont conçu un véritable parcours et même un aller-retour. Il est essentiel, ce corps, dans l’œuvre d’Aude dont les <em>SENTINELLES</em> s’apparentent à des danseuses, transitoires elles aussi dans leur support flottant de papier. Il intervient dans ses frottages, qu’ils soient en corridors, dans un escalier complexe ou sur une table d’atelier, espace intime, un lieu à soi comme la chambre de Virginia. Le corps c’est justement ce qui est de passage entre deux néants ou deux éternités. Il est maltraité, malmené, molesté dans les scènes empruntées à l’Histoire de l’actualité récente, à laquelle se réfère Tisna. Cependant, dans les deux cas, les deux œuvres, il s’agit d’en exorciser les excès ou les méfaits, d’en épurer les scories et de dépasser les apparences : la violence, la mort, les altérations fatales&#8230; L’art permet ce grand nettoyage. D’où le sous-titre envisagé pour cette exposition : <em>Airing The Wash</em>. L’art à la fois comme moyen de sublimation, capacité de dépassement et nouvelle famille. Il ne s’agit pas de frotter pour frotter, de dénoncer pour dénoncer seulement, mais pour améliorer la condition humaine, à l’échelle de chacun, fût-ce dans la cuisine, dans l’atelier, ou… dans l’espace d’exposition. De s’intégrer à la grande famille de l’art. Tisna rend pérenne une image d’enfant en transfigurant, en rendant concret, matériel, définitif, son portrait particulier. Aude, dans ses SENTINELLES mouvantes, fait des artistes qui l’ont précédée, son héritage familial. Pour parler comme Montaigne elle fait de leur pollen son miel.</p><p>Entrer dans cette exposition du L.A.C., c’est un peu comme pénétrer l’intimité des deux créatrices, dans leurs hantises et affections. Autant dire traverser l’espace intime d’une maison, d’autant que celui du L.A.C. est subdivisé en fantômes de salles, ou si l’on préfère en propositions thématiques spécifiques. On peut même y découvrir, en revenant sur ses pas, des œuvres que l’on n’avait pas perçues à l’aller. Et c’est bien là l’intention des deux artistes. Que celui qui pénètre en ces lieux, plongé dans la matière et les images, n’en ressorte pas tout à fait comme il y était entré. Qu’ayant fait l’expérience du corps, de la violence et de la mort, il prenne conscience de se trouver dans un Ici et Maintenant bienveillant, fait de légèreté et d’espoir (Hope). De confiance en l’art. Qu’il se sente des ailes, des Elles…</p><p>Mais qu’il aborde ensuite l’extérieur avec davantage de détermination et d’énergie, de confiance en la grande famille humaine, et dans celle de l’art, bref qu’il ait envie de s’envoler, de s’évader, de cette maison vers les plaines et forêts, les campagnes, les montagnes et les étendues maritimes toutes proches. Vers le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, et bien au-delà… BTN</p>								</div>
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		<title>NOTES D&#8217;OMBRES (poèmes) + DENIS CASTELLAS (essais)</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2020/07/19/notes-en-lyre/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Jul 2020 08:18:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
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					<description><![CDATA[&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160; NOTES A LYRE (NOTES D’OMBRES&#160;; NOTES EN BALADE&#160;; NOTES LYRIQUES) J’étais jeune encore et la splendeur des herbes Le salut des primevères La gloire d’or des jonquilles délivrait de ces secrets qui dansaient en battant des ailes Je cherchais dans la mousse les plus exquises des fleurs et sous les fraîches ramées La saveur [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="3631" class="elementor elementor-3631">
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									<p style="text-align: center;">           NOTES A LYRE (NOTES D’OMBRES ; NOTES EN BALADE ; NOTES LYRIQUES)</p><p style="text-align: center;"> </p><p style="text-align: center;">J’étais jeune encore et la splendeur des herbes Le salut des primevères La gloire d’or des jonquilles délivrait de ces secrets qui dansaient en battant des ailes</p><p style="text-align: center;">Je cherchais dans la mousse les plus exquises des fleurs et sous les fraîches ramées La saveur des pervenches Et moi aussi alors livré à la brise déjà si douce je dansais</p><p style="text-align: center;">J’épiais le pépiement vespéral des insatiables oisillons  La parole magistrale du coucou qui scandait les culbutes précoces du temps Le sautillement joyeux des petits êtres de plaisir je les voyais qui dansaient</p><p style="text-align: center;">Je vivais dans l’ignorance pure L’amour pour moi c’était le papillon se frottant au buisson Je faisais provision de souvenirs Je ne savais pas que mes heures-là seraient si vite abîmées</p><p style="text-align: center;">Que les branches ne s’ouvriraient que de réminiscences Que jamais je ne reverrais en brut l’élan irisé de l’arc-en-ciel l’ondulation marginale des vagues Et c’est ainsi que je devins plus vieux</p><p style="text-align: center;">Avec la pensée que si rien ne perdure rien non plus ne s’efface sinon dans le désastre Et les astres étaient là dans les parages des arbres dont la présence est tranquille même s’il ne faut pas y regarder de trop près</p><p style="text-align: center;">Aussi j’en ai pris mon parti et j’ai choisi le champ de l’ombre C’était me livrer à l’oubli Un oubli dont il demeure à jamais quelque chose Un oubli complet et qui s’inclut dans ses outrages Oublier l’oubli pour que s’image l’ombre</p><p style="text-align: center;">Ce qui s’imprime en la rétine est dépourvu de chair Le paysage se déréalise dès lors qu’on l’abandonne A la lumière de l’esprit l’incendie s’éteint en étincelle</p><p style="text-align: center;">Nous reste la note de l’ombre</p><p style="text-align: center;">Travailler l’ombre afin de restituer le troublant murmure des feuillées Retrouver dans ses poreux contours la santé du reclus De ce qui s’imprime en la mémoire et qu’on croyait perdu</p><p style="text-align: center;">Et les oiseaux reviennent sur la toile j’entends bien leur langage Et c’est de leur bec que j’écris ces notes</p><p style="text-align: center;">Car on ne pense on n’exécute on ne crée que dans l’ombre de qui nous précède Des choses du monde et êtres qui s’en sustentèrent De qui nous a nourris Des charmes des paysages et qui se les approprie</p><p style="text-align: center;">Du scintillement du ruisseau jonché du jaune des narcisses De l’humble pelisse des bruyères sur la pierre si tôt ruinée De l’animal tapi dans la solitaire nuée visitant la Victoire</p><p style="text-align: center;">Au visage éprouvé de la grand-tante qui se reflète encore en la tasse de thé mais tend à s’effacer pour un autre visage celui qu’on veut bien recouvrer parmi d’autres figures d’ombres</p><p style="text-align: center;">Et nous passons nos vies à restituer ses ombres à la vie Avant de rejoindre à nos tours les royaumes des ombres dont nos ombres sur terre Recréées nous arracheront</p><p style="text-align: center;">Quelques notes</p><p style="text-align: center;"> </p><p style="text-align: center;">(Texte écrit à l&rsquo;attention de Denis Castellas en vue d&rsquo;une publication aux Eds Bourdaric, paru finalement chez Amazon)</p><p style="text-align: center;"> </p><p style="text-align: center;"> </p><p> </p><p> </p><p> </p><p> </p>								</div>
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									<p style="text-align: center;">DENIS CASTELLAS</p><p>               Que la peinture ait la capacité de réfléchir des images, on le sait depuis longtemps. Sauf que l’on en est submergé dans le réel qui nous environne. Et que l’on apprécie de les voir se décanter et se limiter à l’essentiel, parfois même se faire poème. C’est sans doute le plus sûr moyen de se les rendre lisibles. Et de s ‘ouvrir les portes de l’interprétation.</p><p>Ce que l’on sait moins c’est en effet  sa capacité à révéler ce qui demeure quand on a beaucoup oublié, car nous passons notre temps à effacer de notre mémoire ce qui nous a un temps marqué. La peinture a cette capacité de fixer des vertiges, d’isoler une image et de laisser émerger sur la surface du tableau conçue comme un plan affirmé. Dans les toiles souvent imposantes de Denis Castellas, on voit flotter des figures. Une qui domine, plus ou moins ébauchée, plus ou moins achevée, plus ou moins triomphante, et quelques satellites plus modestes et qui en infléchissent le sens. Le fond est brouillé, fermé même pour mieux mettre en exergue, à la surface, tel motif qui mérite de se voir isolé et distingué du déferlement iconique ambiant. Il peut s’agir d’un portrait, d’un objet fascinant (« un saint bol », un polyèdre, un navire), d’une silhouette plus ou moins identifiable, d’une occurrence du hasard dans ses objectifs. La figure devient chez Castellas réminiscence, avec l’aura qui l’entoure et qui se glisse en surface comme pour nous inviter à plus de légèreté, de détachement ou de recul poétique. Elle peut se voir effacée et se fait spectrale, un peu comme au réveil ne nous reste que l’impression ou l’émotion qui nous a saisis devant des images qui ne bénéficient plus de la netteté ou de l’évidence onirique.</p><p>Dans certaines toiles récentes, le flou domine, la figure, pratiquement effacée, est réduite à une forme aux contours hésitants, à des vibrations lumineuses bref à l’inimaginable. Des collages, des grilles de scotch ou des ponctuations picturales nous ramènent au garde-fou du plan, à partir duquel on peut effectivement, comme dit le poète, fixer des vertiges et figer des images – mais peintes, avec de la matière et des gestes corporels, de la chair au fond. Car ce qui intéresse le peintre ce sont les éléments constitutifs de la Peinture (support, gestes, couleurs etc.), dont les figures qui flottent font partie, la partie flottante, la pointe émergeante de l’iceberg.</p><p>La peinture sait refléter un état d’esprit, un état d’âme, que la tradition poétique assimile souvent au paysage. N’y a-t-il pas, dans la manière qu’a Castellas de disposer des signes sur la surface, comme une évocation du paysage ? BTN</p><p> </p>								</div>
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									<p style="text-align: center;">Œil ouvert, cœur flottant</p><p>Les corps semblent flotter dans la Peinture de Denis Castellas. Et pas seulement les corps mais les signes, les formes et les taches. Comme dans notre mémoire quand émerge, de manière fugitive mais soutenue, un souvenir marquant, un fragment concentré du temps retrouvé.</p><p>Des réminiscences, il en émerge en grand nombre, dans l’esprit du peintre, qu’ils soient liés à des choses vues, aux traces laissées par les voyages et à la découverte permanente des chefs d’œuvre de la Peinture, de Cézanne à Giotto, de la littérature ou de l’art en général.</p><p>Le privilège de la peinture c’est de pouvoir, à l’instar du poète, fixer des vertiges, sans doute aussi de figer des vestiges. Elle possède la faculté de relier sur le tableau quelques éléments séparés par l’espace et le temps. L’opération se fait dans les brumes de la création, lesquelles supposent solitude et mystère. On trouve cette ambiance dans les toiles de Castellas qui préfère les riches vertus, nutritives, de la subtilité nuancée aux terribles certitudes de la netteté, laquelle se laisse trop vite absorber sans réellement nous sustenter.</p><p>C’est la raison pour laquelle la gamme colorée de Castellas privilégie les gris de toutes sortes, les bruns et les ocres, les couleurs de la terre, de l’univers chtonien comme si l’artiste œuvrait dans un entre deux, entre deux dimensions : le réel et l’imaginaire, l’extérieur et l’intérieur du tableau, l’ombre et la lumière. Dans quelque(s) limbes, auxquels seuls les artistes, ceux qui cherchent sans pour autant se vanter d’avoir trouvé, ont l’heur d’accéder.</p><p>C’est également la raison pour laquelle l’atmosphère de ses tableaux peut faire penser au Romantisme. Un Romantisme qui se fonde sur la capacité d’allier fugacité de l’émotion et pérennité de la représentation. Un Romanisme qui certes met en exergue les émotions, les sentiments et les options de Cœur… Mais un Romantisme renouvelé, qui aurait retenu les leçons de Picasso ou de Matisse, les maîtres de la modernité… L’œil constamment aux aguets, autant dire ouvert…</p><p>Qui dit corps flottants dit légèreté, celle des anges et des oiseaux. Castellas leur substitue parfois des taches, éparses sur la toile, et comme chargées de toutes les formes potentielles que l’interprétation peut leur attribuer. Quant au cœur, il l’affirme en bannière tel un étendard et, au gré des vents, immanquablement, il flotte.</p><p>On pourrait repérer quelque chose du déplacement métonymique que l’on prête au travail du rêve, dans cette Peinture-là. Castellas n’est pas le Peintre de la pléthore, encore moins celui de la profusion, d’aucuns disent de la prétendue virtuosité, colorée. Sa peinture se veut suggestive, toute en nuances. Elle sollicite le regardeur plutôt qu’elle ne le submerge d’une exhibition de prouesses techniques et de cette rutilance accrocheuse que l’on trouve suffisamment sollicitée dans le réel. Elle offre au contraire un havre protecteur, propice à la méditation, à la résurgence des rémanences, à commencer par celles concernent les émotions, personnelles et culturelles, qu’il s’agit de pérenniser, de re-susciter en permanence. Aborder un tableau de Castellas, c’est prendre le risque de pénétrer dans une sorte de grotte ou de caverne, un territoire limbique où tout est possible. Un univers en suspens. Et dans le suspens, les figures flottent…</p><p>Les références, de toutes sortes, apportent leur arsenal de formes et de signes, de symboles et de motifs, que l’on peut organiser de manière singulière dans la matérialité de la peinture, laquelle échappe à la fugacité superficielle du réel. Elles sont glanées au fil des déplacements ici encore dans l’espace, le temps et dans le voyage immobile de la réflexion ou de la lecture. Ici aussi il faut garder l’œil ouvert. On peut y relever des croix de fenêtres vénitiennes, le portrait de l’épouse en voyage, tout un cercle d’amis oiseaux… Un clin d’œil à un tableau célèbre… A l’œuvre d’un écrivain majeur… Au patronyme d’un immortel savant… Des notes au fond, et qui viennent du fond du cœur, de Nice ou de New York, de Whistler ou de Seghers… Des notes qui se cristallisent en œuvre…</p><p>Outre la juxtaposition Castellas pratique la superposition, d’images comme de textes. C’est ce qui donne ce fond tourmenté sur lequel vient se poser la figure, et qui peut rappeler le fonctionnement de l’inconscient, dans sa compossibilité spatio-temporelle. Une figure qui ne se veut pas rationnalisée et qui donc se moque bien de la perspective traditionnelle. Une figure non illusionniste car consciente de son statut pictural avant tout. On est sur le plan du peint, à la surface d’un entre deux mondes et c’est sur la lisière qu’elle vient flotter. Le temps pour nous de méditer à son sujet. Pour peu qu’elle insuffle, au rythme du cœur, des flottaisons de méditations poétiques… BTN</p>								</div>
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		<title>Les 30 ans de l&#8217;Espace Georges Brassens</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Feb 2023 08:46:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[                                           30 sérigraphies pour saluer les 30 ans de l’Espace Georges BRASSENS Brassens et sa pipe ! Brassens et sa moustache ! Brassens et sa guitare ! Sa sympathique corpulence ! Ses cheveux de zazou ! Sa mauvaise réputation de pornographe (du phonographe) ! Sa truculence, gauloise, libératrice à l’époque ! Ses gros mots qui effrayaient sa mère (Et pas que…) ! La Jeanne ! [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="5362" class="elementor elementor-5362">
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									<p style="text-align: center;">           </p><p>                               30 sérigraphies pour saluer les 30 ans de l’Espace Georges BRASSENS</p><p>Brassens et sa pipe ! Brassens et sa moustache ! Brassens et sa guitare ! Sa sympathique corpulence ! Ses cheveux de zazou ! Sa mauvaise réputation de pornographe (du phonographe) ! Sa truculence, gauloise, libératrice à l’époque ! Ses gros mots qui effrayaient sa mère (Et pas que…) ! La Jeanne ! L’Auvergnat ! La vie de bohème, dans une discrète impasse, au sud-ouest de Paris ! La tentation libertaire ! La tendresse du Bonhomme pas si bourru ! La poupée pour qui le grand costaud s’est fait tout petit ! Patachou qui le révèle au grand public ! Les récitals à succès, accompagnés d’une fidèle contrebasse ! Les Trompettes de la renommée ! Mais Les copains d’abord ! Puis le bel homme vieillissant, que l’on savait malade, sans subodorer la gravité du mal ! Son rapport à la mort, si souvent narguée ! La Camarde qui jamais n’avait pardonné ! Tant d’images nous viennent à l’esprit lorsque l’on pense au créateur du Mauvais sujet repenti ! Et de quelle manière !</p><p>Et Sète, sa ville natale ! Notre île singulière, celle où l’on revient toujours ! Sa supplique pour y être enterré, même s’il prétendait que c’était pour rire ! Qu’il ne fallait pas trop le prendre au sérieux ! Il n’empêche ! C’est au cimetière Le Py que l’on vient faire, sur sa concession, d’affectueuses révérences… Un cimetière plus humble que le trop littéraire marin, cher à Paul Valéry… Mais cette humilité colle si bien au personnage ! Brassens : un homme du peuple ! Et qui roulait les r…</p><p>Des images, un port d’attache, et 30 bougies à souffler pour commémorer la relation du poète à son île !</p><p>Sète une ville d’artistes ! Le solide et incontournable Soulages<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a> ! La figuration libre ! Une pincée de Supports-Surfaces ! Une école, autrefois ! Des nuées de plasticiens, toutes générations confondues ! Certains natifs du terroir ! D’autres qui s’y sont installés ! Ses Théâtres Molière et de la Mer (Jean Vilar) ! Son musée Paul Valéry ! Son Conservatoire (Manitas de Plata) ! Son Miam ! Son Crac ! Ses galeries, municipales, associatives ou privées ! Ses Beaux-arts sur le mont St Clair ! Une petite capitale de la culture, ouverte sur le monde entier !</p><p>Et puis cet Espace, muséal Georges Brassens, à quelques pas de sa tombe, au pied du Mont St Clair. Sète sait honorer les enfants du pays ! On y entend la voix de l’ancien « Voyou » (comme dit la chanson) en guide particulier, déroulant le fil de son existence en 10 étapes ! On y découvre des épisodes cruciaux de sa vie, de la France qu’il a connue et, bien sûr, de sa ville natale ! Des concerts, des films, des entretiens : une visite immersive en stéréophonie pour une rencontre intime avec le poète ! « L’amitié n’exige rien en échange que de l’entretien ! » Que peut justement apporter la technologie nouvelle ! Un Espace ouvert conçu dans un souci de transparence ! En témoigne son point de vue, ouvert sur l’étang de Thau ! Un poète a besoin d’air, de clarté, de liberté ! Surtout quand il se nomme Brassens… Une équipe dynamique, consciente de ses responsabilités, soucieuse de maintenir non seulement le souvenir, son œuvre, mais l’esprit du poète ! Cette exposition, et un tas de manifestations en témoignent ! Une équipe à dominante féminine ! A Sète, l’intolérance n’existe pas ! Les contraires, les tensions, s’effacent devant le talent ! Un mauvais sujet, même repenti, a besoin plus que quiconque de bienveillance ! Par ailleurs, des Brassens, il n’y en a pas deux ! Il fut unique en son genre ! Le public le sait bien : Cet Espace, que l’on a dit muséal, est le plus visité de Sète, qui n’en manque pourtant pas… 40 ans après sa mort, le poète demeure populaire ! Et c’est cet Espace qui fête ses 30 ans !</p><p>Encore n’ai-je évoqué que les arts plastiques ! Peintres, Sculpteurs ! Performeurs ! Photographes ! Graffeurs… Mais il y a aussi Vilar et les arts dramatiques ! Le théâtre de la mer ! Les voix vives de la Poésie ! Et la musique, qui n’est pas en reste : La Fiest’a Sète, et le Jazz et Demi-Portion ! 22, v’là Georges et la craquante Fernande ! Les Images singulières ! K-Live et les arts urbains, ce qui tend à prouver que « les quatre zarts », dont parlait l’ami Georges, auraient tendance sinon à s’unifier, du moins à faire bon ménage ! Même les séries télévisées à la mode s’y sont laissé prendre ! Sète séduit les spectateurs, les visiteurs, les vacanciers, les élites, bref tout le monde, et dans le monde entier ! Ce n’est pas pour rien qu’il s’agit d’un port !</p><p>Justement ! À propos de correspondances (entre les arts) : avec cette initiative estivale, on verra se conjuguer les arts plastiques et la chanson ! Des représentations, celles que ce monument de la chanson française aura laissées auprès du grand public, et la façon dont les artistes, ceux de Sète, le perçoivent en images : ses aspects populaires et ses chansons à succès…</p><p>Le lien se fait par le biais de cet art accessible au plus grand nombre, populaire lui aussi, au sens noble du terme, c’est-à-dire alliant clarté et exigence : la sérigraphie, ou le multiple à la portée de tous ! Sur Sète, grâce à Bastien Garnier, de l’atelier Brise-Lames, on la veut artisanale et manuelle ! Cela sied mieux au personnage, au guitariste, au fumeur de pipe ! Ce dernier n’aura connu ni les ordis ni les portables ! Sa pratique est encore manuelle ! Tout comme la sérigraphie, l’art de la sobriété, voire de la modestie par excellence ! Une presse, une feuille de papier d’Arches, un écran de soie et le tour est joué ! Mais avec du doigté, de la dextérité, de l’expérience ! De la compétence en fait ! Encore faut-il donner à la presse, la mécanique, du grain à moudre ! A l’écran (de soie), la meilleure image possible ! Car c’est là qu’elle intervient ! L’image : Il la faut simple mais marquante ! Evidente ! Un peu comme une affiche ! De surcroît, la majorité des sérigraphies seront tirées en noir et blanc : Ce minimalisme convient bien au poète ! Brassens ne borna-t-il pas ses apparitions sur scène à la fameuse contrebasse du dévoué Pierre Nicolas ?</p><p>D’où l’intérêt de ces images &#8211; pochettes, affiches et consorts &#8211; auxquelles les artistes souvent se réfèrent, et qui forgent les éléments d’une légende ! Brassens ne défrayait pas la chronique… Or on le connaissait par ses disques ! Ses tournées et leurs affiches ! Plus tard ses passages à la télévision ! Aujourd’hui, on les retrouve sur le Net ! Les artistes ne se sont pas privés de puiser dans cette importante iconographie, afin de nourrir leur vision suggestive, et subjective, de ce parolier exceptionnel ! Au timbre de voix unique et lui aussi singulier (tout comme l’île) ! A la diction si typique, et à la culture indéniable ! Celle des poètes : Aragon, Hugo, Verlaine, Villon (cet autre « voyou »), Paul Fort… ! Il en est question en cet Espace ! Et aussi des Passantes, d’un certain Antoine Pol, déniché parmi les illustres inconnus de la Poésie des rues, la plus simple ! La plus authentique !</p><p>L’Espace Georges Brassens fête, répétons-le, ses 30 ans, c&rsquo;est-à-dire accède à sa pleine et entière maturité. Une estampe d’Alain Zarouati, s’y réfère, où l’on voit un couple adamite y faire escale, muni d’une indispensable guitare. Elle clôt pertinemment la visite dans le parcours que constitue cette exposition temporaire. 30 artistes ont ainsi été ainsi sollicités : d’abord ceux de la génération qui aura connu l’œuvre de Brassens de son vivant : celle de Robert Combas (auteur de coffrets déjà « collectors », et familier, en peinture, de son glorieux aîné, dès les années 90), du « modeste » Hervé Di Rosa et de pas mal d’autres, légèrement plus jeunes, comme André Cervera, Aldo Biascamano, Christophe Cosentino, Marc Duran, Alain Zarouati, Hugues Chagniot,  Clôdius ou le précieux Topolino, inventif chroniqueur de l’actualité sétoise. Auquel il faut ajouter leur aîné, Pierre François, lequel avait créé 7 affiches (collage et peinture) pour l’inauguration de l’Espace Georges Brassens, en 1991. Il nous a quittés depuis, mais demeure de la sorte présent, tandis que son frère, Jean-Jacques François, fait partie de la sélection des 30. Sans oublier le boulimique (et génial) Jean-Luc Parant, nouveau venu dans la ville, qu’il marque déjà de son empreinte<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>. Mais aussi les artistes des générations suivantes : celle de Maxime Lhermet ou de Lucas Mancione, d’Anna Novika Sobierajski, d’Ève Laroche Joubert, Karine Barrandon, Laou… Et bien évidemment les plus jeunes : qui auront fait leurs premières armes du côté du Street art… ou de la figuration actuelle inspirée par le rap, la BD, les séries, le tatouage, la customisation et autre… : Maye, Tony Bosc, Depose, AmonAlis, Christopher Dombres, Boris Jouanno, Rebelsmuge, D. Reka, Laure Della-Flora. Quelqu’une, Lucie Lith, mêle même le visuel et le tactile : le braille et le relief…! Le handicap n’est pas oublié ! Naturel puisqu’il relève de la différence, à laquelle Brassens, on s’en doute, était si sensible, lui qui soutenait l’association « Perce Neige » de Lino Ventura.</p><p>30 points de vue, dont on tâchera de résumer la variété et la richesse afin de, donner une idée des diversités d’attaques du Personnage, conçues par les artistes. Avec un préalable : le sort dévolu à La Femme, tant célébrée par l’interprète de Brave Margot ou de Comme une sœur… On s’en rend compte lors de la visite en l’Espace, elle ne manque pas à l’appel dans les œuvres (Jean-Jacques François, Laure Della Flora ou Alain Zarouati, par ex.)… Mais elles n’ont évidemment pas été oubliées de la sélection : on note la présence de Ève Laroche-Joubert (qui s’est penchée, avec le sens de l’humour, parodique, qu’on lui connaît, sur la gent animale présente dans l’univers du compositeur &#8211; dont les airs se retiennent instantanément, à l’instar du sautillant et tragique Petit cheval), d’Anna Novika Sobierajski, qui l’habille en « jeune » des banlieues, conservant sa moustache, le regard caché derrière une casquette doublée d’un capuchon, décochant des poèmes-avions de papier à la bêtise belliqueuse (et apportera sa fine sensibilité slave à cette expo à dominante méditerranéenne), de Laure Della-Flora qui nimbe Brassens de cernes vibratoires ou pleines d’énergie positive, ou de Karine Barrandon qui l’angélise avec une douce ironie ; de Lucie Lith également qui l’auréole de lettres au pochoir ; enfin de l’Alice, du duo d’AmonAlis, lequel s’intéresse à ses signes zodiacaux…</p><p>Beaucoup ont choisi le portrait en gros plan, de face ou de profil, sur fond plus ou moins dépouillé, parfois rehaussé de lignes ondulées (à la manière d’un halo, ou d’une aura) ou au contraire extrêmement complexe, au point que s’y dissout quelquefois la figure par excès volontaire de multiplication (Marc Duran, dans le style particulier, nerveux et pointilleux à la fois, qui le caractérise, et qui multiplie les portraits, ainsi que les « S » : Brassenssss). Chacun s’approprie le visage si caractéristique de l’artiste. On le transforme un ancien punk, tendance loup de mer (Lucas Mancione), en disque solaire ou en oursin rayonnant (Hervé Di Rosa, le Bonhomme devait détenir ce côté ours mais adouci, à la mode sétoise), en outlaw « libre d’être et de pensée » malgré les tours (de prison ?) tout autour qui le guettent (Hugues Chagniot), en jeune moustachu des banlieues, perçu par une artiste humaniste… Derrière un petit voyou, c’est parfois un Brassens qui se cache… Belle leçon de vigilance ! Le côté rebelle éternel a marqué les esprits. Ce n’est pourtant pas tout ! Clôdius ceint l’homme à la pipe, triomphant, d’un sourire, des diverses incarnations de la Camarde (qui ne lui a jamais pardonné, grimaçante, sans doute ironique) ; Aldo Biascamano noie littéralement ce visage sous une épaisse couche de matière sous-marine, une sorte de verre dépoli comme résistant toujours et encore à l’oubli. On le réduit à l’œil de l’artiste, son regard noir, une tache à partir de laquelle l’esprit peut vagabonder, tel un spectre de Rorschach (Chez Christopher Dombres). Robert Combas, à son accoutumée, a dynamisé le fond en cloisonnant la surface : on repère aisément, dans ses propositions très riches, des allusions aux textes, au chat de Margot ou à la cane de Jeanne. Mais Combas aime surprendre : En tout début d’expo il a réalisé une sérigraphie plus dépouillée, avec un Brassens franchement rigolard, en forme de rébus (Gorge, bras, seins). Le duo AmonAlis, décale son légendaire profil, en bas à gauche du tableau contemplant un disque solaire et les signes du zodiaque, ceux de Brassens lui-même, dans le coin droit… Un invité, C215,  le représente un oiseau sur l’épaule, devant la pochette du LP La Supplique, dans des tons sépia sciemment nostalgiques. Il n’y a pas dès lors qu’un Brassens immuable ! Chacun se l’approprie et l’accommode à sa mode…</p><p>D’autres prennent un peu de recul et l’imaginent guitare à la main : Accompagné de sa Muse, la femme nue de ses rêves, sujet omniprésent dans son répertoire (ce dont témoigne Jean-Jacques François, ou Laure Della-Flora), ou fumant dans l’ombre son éternelle pipe, simplement, tout en optant pour la modeste chanson plutôt que pour la philo &#8211; trop cérébrale (Laou). Le portrait en pied de Brassens sur scène, avec sa chaise et sa guitare aura tenté pas mal de participants, chacun ayant apporté sa touche d’originalité : prêtant à l’instrument un foisonnement de manches (comme si la guitare s’animait, se faisait électrique, devenait prolixe… : tel est le cas de Topolino, déchaîné, qui multiplie les manches et joue sur l’homophonie Sète/Sept/Set) ; la tête (de guitare) métamorphosée en tête fantastique (de l’artiste) : à l’instar de Pierre François, un visionnaire à re-découvrir; le corps du chanteur incliné à la manière d’une danse orientale, et donc plus léger que nature, humour élégant oblige (André Cervera). L’une des artistes, Karine Barrandon, préfère l’évoquer en lévitation, à la manière d’un ange déployant ses ailes protectrices, ou nous surveillant avec bienveillance. Maxime Lhermet se concentre plutôt sur les objets emblématiques (pipes, guitare, papillons, marguerite, curé, sabots et même micro…). Brassens trône comme un roi sur son monde, l’artiste se limitant à une simple allusion, stylisée, du visage, à la manière d’une estampille. L’ancien champion d’athlétisme et ami, Éric Battista, le présente sobrement de profil, dans un superbe contrejour, sous les feux de la rampe. Rebelsmuge l’imagine entouré de la corde au cou empruntée à La Mauvaise Réputation. Christophe Cosentino le saisit en pleine intimité créatrice, en train d’écrire, entouré des créatures qu’il a imaginées et qui l’ont inspiré. Et de fumer paisiblement sa pipe…</p><p>Si la pipe (proliférant sur une boule de Jean-Luc Parant, tout comme dans les portraits de Robert Combas ; aisément repérable dans les visages multiples de Marc Duran, ou donnant au poète un air Popeye chez Lucas Mancione…)  et la guitare (Bien mise en exergue chez Maxime  Lhermet, incurvée et protectrice, chez D. Reka ou Alain Zarouati, lisible dans le graphisme cursif et saturé chez Duran) sont effectivement très présentes, les chats, peu évoqués dans les textes, s’avèrent très souvent sollicités (D. Reka, les dessine de manière stylisée mais quelque peu anthropomorphe, quasi hilare ; Rebelsmuge pose l’animal sur un coin de lune ; Laure Della-Flora en entoure le visage zébré du poète…,) sans doute par allusion au côté casanier du personnage, plus familier de sa table d’écriture que de voyages dans le monde non francophone. Pourtant le bateau, un peu pratiqué par l’illustre sétois, a sollicité Alain Zarouati, et surtout Dépose (car l’auteur des Copains d’abord avait, semble-t-il, le pied marin, peut-on constater en visitant l’Espace). L’artiste l’insère en effet dans un paysage marin, un environnement plus large et le fait naviguer, à l’instar de l’éternel estivant, dont parle Topolino, sauf qu’au pédalo on a substitué une barque chargée d’objets familiers ; ailleurs Maye le change en géant longiligne qui dominerait le mont St Clair, la tête dans le firmament tandis que grouille la vie festive à ses pieds démesurés; on en fait un héros de bande dessinée, un peu hiératique, ancré dans son univers intime, le cœur de Sète vibrant sur le ventre (Tony Bosc). J’imagine que ce détail aurait bien plu au poète.</p><p>Toutefois, Brassens n’est pas seulement une image, ou si l’on préfère une icône. Il est avant tout un magicien des mots, un auteur de chansons ciselées à la manière d’un orfèvre. Bien des artistes ont choisi de faire des références à celles qui résument le mieux l’apport décisif du sétois d’origine à la culture française en général. Ici c’est la Supplique, là c’est Les copains d’abord (En fait « Un » copain d’abord ! nous précise Boris Jouanno, qui l’imagine quelque peu en pétard, avec des yeux sévères, faut dire qu’il y a aujourd’hui de quoi…)… Ailleurs : Je me suis fait tout petit (grâce à laquelle on s’aperçoit que tous les hommes ne sont pas seulement des mâles dominants), choisie par Jean-Jacques François… Tony Bosc, fait rimer Putain de toi et Pauvre de moi ! Un graffeur, Dépose, conçoit judicieusement un cadre de titres du maître autour de la barque du promeneur-estivant (peut-être posthume ?); celui-ci, D. Reka, les énumère, de manière manuscrite, sous le portrait du poète, souriant comme satisfait du travail accompli… On reconnaît : L’orage, Il suffit de passer le pont et même la chanson du Hérisson (d’Emile Jolie). Ève Laroche-Joubert parodie le texte du célèbre Gorille : « C&rsquo;est à travers une large prairie que le gorille et compagnie vivent en harmonie sans soucis du qu&rsquo;en-dira-t-on. » Et de re-créer un Eden où la cane de Jeanne jouxte le bel animal entouré de papillons en goguette, en attendant le copain petit cheval blanc, devant un arbre fleuri. Alain Zarouati accorde lui aussi une place non négligeable au populaire et émouvant Petit Cheval. Celle-là, Karine Barrandon, va jusqu’à inventer un rébus, où chacun décryptera les multiples références à l’œuvre suggérées… Cet autre, Rebelsmuge, se sert des vagues de la mer, que l’on voit danser, afin d’énumérer des passages de ses vers préférés (empruntés aux Sabots d’Hélène, à Auprès de mon arbre ou au Parapluie). Un dernier, Maxime  Lhermet, peint sur les objets de multiples références à La jolie fleur, aux Bancs publics, et aux célèbres « croquantes et croquants » de L’Auvergnat. En observant de plus près le méticuleux graphisme, figuratif, de Maye, on aperçoit la « Gare au Gorille », ce qui prouve que les artistes ont su conserver cet humour, ce sens de la provocation, cette truculence rabelaisienne (mais pas que…) que l’on associe à bon nombre des succès d’un auteur capable d’écrire La ronde des jurons, le roi des cons ou qui sait trouver une rime active à Fernande. Un festival s’en est souvenu…</p><p>Au demeurant, ce ne sont pas toujours les mots de Brassens qui apparaissent en ces estampes : Jean-Luc Parant y va de son petit texte manuscrit, dans son style linéaire si brut, si caractéristique et dont il aura toujours eu le secret (il s’interroge sur l’évidence ou pas d’unir son nom à celui de Robert Combas pour évoquer Brassens) ; Lucas Mancione s’amuse d’un Brassens « sans pattes » (dans la chevelure)… CharlÉlie Couture, invité d’honneur, salue L’ami Georges (« C’est à Sète que naquit. »), devenu l’ami de tous. Tony Bosc cite Sète et les initiales du poète. Lucie Lith se sert des mots, connotés, qui désignent le mieux le gai libertaire (Anarchiste, Poète, Humour…)… afin de confectionner son image, sans pipe ni guitare, dans un entremêlement de lettres qui forment des mots et ces mots un visage. De la planéité de la photo d’origine, on en vient à l’impression 3 D, quasiment au tactile, en passant par l’intervention de l’artiste au pochoir, dans l’épaisseur de  multiples couches<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>.</p><p>Comme on le voit, la diversité d’approche est large. Aucune œuvre ne ressemble à une autre. A la variété de motifs offerts par le répertoire du chanteur-éponyme, correspond une variété d’illustrations effectives. On évolue de la figuration la plus franche (que l’on a pu dire « libre » dans les années 80) à l’abstraction absolue (la tache, noire dans l’œil, du bien nommé Christopher Dombres), en passant par des signes (AmonAlis), des rébus (Karine Barrandon), des mots dans la peinture, aurait-dit Michel Butor (Laou), des initiales (Tony Bosc), une date (Alain Zarouati )… Entre la figure et la tache, des modes de stylisation divers… Grâce à eux, le vert sexagénaire, qui nous a quittés il y a plus de 40 ans, est encore et toujours parmi nous… A fortiori si l’on suit le parcours vocal proposé dans l’Espace Georges Brassens, où prennent place ces sérigraphies. Comme c’est l’ordre alphabétique qui aura été, en règle générale, retenu, on passe d’un Brassens à un autre, d’un thème à un autre et au fond, on met de la « variété » dans la lecture (qui démarre de droite à gauche avant que de s’inverser en milieu d’Espace). La plupart des sérigraphies sont à hauteur de regard ce qui permet de davantage prendre en considération les détails (pour Robert Combas, Marc Duran, Maxime Lhermet, Maye, Parant bien évidemment puisqu’il faut le lire…). La plupart ont respecté les contraintes de couleur au noir et blanc, sauf Di Rosa, lequel a décliné sa gravure en 3 tonalités (et a fait, à son oursin, une tête au carré, ou du moins un cadre), de format et bien sûr de technique. On peut donc les juger, ou seulement les apprécier, équitablement et à partir des mêmes bases… D’aucuns, chercheront des rapports de contrepoint ou de correspondance avec la documentation proposée dans le parcours. Cela décuple les effets de sens de chaque sérigraphie…</p><p>Tout est parti d’une rencontre fortuite, nous dirons ordinaire, comme il s’en effectue tous les jours entre Yasmina Lahrach pour l’Espace Georges Brassens, et les Jurand père et fils (Christian pour le Cercle des Arts ; Stéphane, directeur de L’Art-vues), de l’autre… qui a débouché sur un projet commun, lequel a pris rapidement de l’ampleur jusqu’à se faire remarquable par sa richesse, diversité et pertinence (comme ce texte aura tenté de le prouver).</p><p>Un jeu qui pourrait amuser le public : Repérer quels artistes ont, selon lui, le mieux illustré les thèmes et sentiments majeurs présents dans l’œuvre du maître : la provocation, la religion, la mort, l’amitié, l’amour, la nature, l’animal ou tout bonnement… Sète…</p><p>La distribution des œuvres au sein d’un parcours bien balisé, et remarquablement scénographie, devrait les y aider… Quitte à créer quelques surprises… Avec les titres notamment…</p><p>Tout n’est pas dit dans ce texte. L’événement pourrait en effet réserver quelques surprises. Outre la présence inattendue d’Éric Battista ou de CharlÉlie Couture (sur fond bleu, comme la mer), ou encore de C215 (l’original et son avatar sérigraphique), on pourra, par exemple, découvrir aussi bien les portraits plus anciens que de nouvelles créations, exclusives, de Robert Combas (qui en connaît un rayon sur l’œuvre du maître : Les bancs publics, Pauvre Martin, Dans l’eau de la claire fontaine, Les Trompettes de la renommée, Bonhomme, Fernande…Tous ces titres qui l’ont inspiré…).</p><p>Cet événement aura ainsi engendré un hommage artistique au poète, un hommage sétois au Sétois, une révérence populaire à un chanteur tout public. Et l’hommage d’un art visuel des plus populaires également à un chanteur à la fois grand public et de qualité. Comme quoi les deux ne sont pas incompatibles… Brassens, ou plutôt l’ami Georges, en aura suffisamment témoigné.</p><p>Trente ans, ça se fête. C’est l’âge d’homme, disait Michel Leiris, de la personne humaine, devra-t-on rectifier par souci de parité, l’âge adulte, le début de la sagesse, où on a toute la vie pour l’essentiel encore devant soi. C’est en tout cas le moment de souhaiter longue vie à l’Espace Georges Brassens, à son équipe, et éternelle survie à celui qui l’a inspiré… En images et en chansons !  </p><p>Car une question se pose : Que reste-t-il de Brassens ? Des chansons comme on n’en fait plus, le respect de la vie humaine, du travail bien fait et un sens incorrigible de la rébellion, auquel les jeunes générations sont forcément sensibles… L’image d’un bel homme, aux convictions bien trempées, mais surtout pas sectaires ! Pour ce qui me concerne : une furieuse envie d’être sétois/chez moi !</p><p>L’exposition ne répondra sans doute pas entièrement à cette question, mais pourrait apporter pas mal d’éléments de réponses. A vous de voir… D’aller y voir de plus près, si ça vous chante…</p><p>L’Espace Georges Brassens vous tend les bras !</p><p>Bernard Teulon-Nouailles (AICA) ; Septembre 2022</p><p> </p><p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Ce texte a été rédigé avant le décès du Maître de l’outrenoir.</p><p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Nous n’imaginions pas, en écrivant ses lignes, que son séjour sétois allait s’avérer aussi bref, lui qui rêvait d’un concert en l’Espace Georges Brassens, dont nous ne pouvons à notre tour que rêver. La disparition de Jean-Luc Parant est une immense perte pour la littérature ou les arts plastiques mais aussi bien sûr pour sa famille, ses nombreux amis, ses admirateurs et collectionneurs.</p><p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Précisions de Lilian Pitault : « l’œuvre Tactilo-Visuelle réalisée pour l’occasion par Lucie Lith s’inscrit dans une Volonté de rendre Accessible au plus grand Nombre la Culture. L’écriture Braille et l’Impression en Relief de l’œuvre réalisée lui donnant une dimension « d’Accessibilité Universelle ». L’occasion pour l’Espace Georges Brassens de souligner son engagement. Après l’accessibilité de son exposition auprès des déficients Auditifs, avec les tablettes en LSF, l’Espace Georges Brassens souhaite, avec cette œuvre Tactilo-Visuelle, sensibiliser ses parties prenantes à la question du Handicap visuel. Une façon pour notre Entreprise Adaptée GEDEAS, d’étendre notre <strong>Projet Ethand’ART</strong> (collectif d’Artistes mobilisés pour changer le Regard sur le handicap) et de lui donner une autre caisse de Résonance. »</p><p>Texte publié dans le catalogue les 30 ans de l&rsquo;Espace Georges Brassens</p><p> </p><p> </p><p> </p>								</div>
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		<title>E artistes D&#8217;ici D&#8217;ailleurs au Réservoir</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2020/10/04/e-artistes-dici-dailleurs-au-reservoir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Oct 2020 09:20:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[    E-artistes D’ici, D’ailleurs au Réservoir (Sète) 3ème version                Il reste quelques jours, au moins jusqu’au mois de janvier, pour visiter, à Sète, l’expo E-artistes, à savoir seize des femmes artistes habitant ici (Sète, Montpellier, Nîmes etc.) et originaires d’ailleurs (Grande Bretagne, Maroc, Pologne, Norvège, Allemagne, Suisse…), que j’ai eu le bonheur de co-organiser [&#8230;]]]></description>
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									<p style="text-align: center;">   </p><p style="text-align: center;"><a href="http://E-artistes D’ici, D’ailleurs au Réservoir (Sète) Il reste quelques jours, au moins jusqu’au mois de janvier, pour visiter, à Sète, l’expo E-artistes, à savoir seize des femmes artistes habitant ici (Sète, Montpellier, Nîmes etc.) et originaires d’ailleurs (Grande Bretagne, Maroc, Pologne, Norvège, Allemagne, Suisse…), que j’ai eu le bonheur de co-organiser avec l’amicale complicité de Clémence Boisanté. Comme l’accrochage ne m’incombait pas, je puis affirmer, sans parti-pris, que je le trouve réussi. Il est divisé en cinq parties : tout d’abord l’entrée proprement dite, occupée par une toile romaine assortie de deux objets satellites de la marocaine Nissrine Seffar, sur une cloison derrière laquelle ont pris place des portraits en noir et blanc, très estompés, fantomatiques, d’Elsa Ohana. Le vestibule concentre bon nombre des œuvres les plus marquantes de cette expo : au sol, les pavillons métalliques de Vanessa Notley qui nous parlent de communication, non sans humour. Couvrant tout un pan de mur, le tirage de langue d’Agnès Rosse qui peut s’adresser à qui l’on veut, à la suprématie virile en art notamment. Nissrine Seffar y a renouvelé son initiative initiale en triptyque. Au mur, des dessins empruntés aux écosystèmes de la toute jeune Chloé Viton (cf. La Panacée), artiste bien de son temps, et aux arbres à médicaments, dans cette période, anxiogène, très portée sur les addictions, de Jeanne Susplugas (cf. Musée Fabre). S’y ajoutent des graphismes fantastiques, empruntés à un monde merveilleux, d’Agathe David, monde vers lequel on aimerait s’évader ; et les signes affirmatifs (d’une identité féminine ?), abstraits mais décisifs d’Emma Godebska. La troisième salle est la plus vaste et les artistes y déploient toute leur singularité, notamment en peinture : l’univers quelque peu onirique, indécis, d’Estelle Contamin, qui revisite l’enfance et ses jardins perdus ; les paysages rigoureux et les marines portuaires (nous sommes à Sète) de la britannique Mélanie Bide ; deux toiles expressionnistes, des sortes de paysages, bien dans l’esprit germanique, mystérieux et floutés, de Nadia Lichtig ; les figures longilignes, les compositions très matissiennes, aux couleurs vives, de Valérie Crausaz et les portraits criant de vérité que la singulière insulaire, Claudie Dadu tire, au trait, de ses longs cheveux arrachés. Margaux Fontaine aligne une série de médaillons, sortes de masques hétéroclites et bigarrés, exotiques, surinformés, déclinés de son visage très dans le style customisé/tatoué qui s’est infiltré dans l’art. Une quatrième salle réunit essentiellement des dessins d’animaux entravés de Vanessa Notley, des œuvres d’Emma Godebska, les cabanes exilées, portes et portraits à l’encre, de confinement, d’Anna Novika Sobierajski. Enfin le couloir qui reconduit à la sortie nous confronte aux collages graphiques et aux grandes peintures animalières de la norvégienne, engagée, Oddjborg Reinton, puis d’une toile très offensive et bien dans l’esprit du temps, de Margaux Fontaine, et deux dessins d’Agathe David qui nous ramènent à la signature affirmative d’Emma Godebska. Dessin, peinture, sculpture, figure, abstraction, sobriété, démesure, on peut trouver dans cette exposition de quoi découvrir la vivacité de la création féminine en la région, même si l’on souhaiterait une suite, car quelques noms manquent à l’appel, qui n’ont pu se libérer pour ce premier volet. Et pas des moindres. BTN Jusqu’à début janvier, 45, quai du Bosc, 0467199904" data-wplink-url-error="true">E-artistes D’ici, D’ailleurs au Réservoir (Sète) 3ème version</a></p><p>               Il reste quelques jours, au moins jusqu’au mois de janvier, pour visiter, à Sète, l’expo E-artistes, à savoir seize des femmes artistes habitant ici (Sète, Montpellier, Nîmes etc.) et originaires d’ailleurs (Grande Bretagne, Maroc, Pologne, Norvège, Allemagne, Suisse…), que j’ai eu le bonheur de co-organiser avec l’amicale complicité de Clémence Boisanté. Comme l’accrochage ne m’incombait pas, je puis affirmer, sans parti-pris, que je le trouve réussi. Il est divisé en cinq parties : tout d’abord l’entrée proprement dite, occupée par une toile romaine assortie de deux objets satellites de la marocaine Nissrine Seffar, sur une cloison derrière laquelle ont pris place des portraits en noir et blanc, très estompés, fantomatiques, d’Elsa Ohana. Le vestibule concentre bon nombre des œuvres les plus marquantes de cette expo : au sol, les pavillons métalliques de Vanessa Notley qui nous parlent de communication, non sans humour. Couvrant tout un pan de mur, le tirage de langue d’Agnès Rosse qui peut s’adresser à qui l’on veut, à la suprématie virile en art notamment. Nissrine Seffar y a renouvelé son initiative initiale en triptyque. Au mur, des dessins empruntés aux écosystèmes de la toute jeune Chloé Viton (cf. La Panacée), artiste bien de son temps, et aux arbres à médicaments, dans cette période, anxiogène, très portée sur les addictions, de Jeanne Susplugas (cf. Musée Fabre). S’y ajoutent des graphismes fantastiques, empruntés à un monde merveilleux, d’Agathe David, monde vers lequel on aimerait s’évader ; et les signes affirmatifs (d’une identité féminine ?), abstraits mais décisifs d’Emma Godebska. La troisième salle est la plus vaste et les artistes y déploient toute leur singularité, notamment en peinture : l’univers quelque peu onirique, indécis, d’Estelle Contamin, qui revisite l’enfance et ses jardins perdus ; les paysages rigoureux et les marines portuaires (nous sommes à Sète) de la britannique Mélanie Bide ; deux toiles expressionnistes, des sortes de paysages, bien dans l’esprit germanique, mystérieux et floutés, de Nadia Lichtig ; les figures longilignes, les compositions très matissiennes, aux couleurs vives, de Valérie Crausaz et les portraits criant de vérité que la singulière insulaire, Claudie Dadu tire, au trait, de ses longs cheveux arrachés. Margaux Fontaine aligne une série de médaillons, sortes de masques hétéroclites et bigarrés, exotiques, surinformés, déclinés de son visage très dans le style customisé/tatoué qui s’est infiltré dans l’art. Une quatrième salle réunit essentiellement des dessins d’animaux entravés de Vanessa Notley, des œuvres d’Emma Godebska, les cabanes exilées, portes et portraits à l’encre, de confinement, d’Anna Novika Sobierajski. Enfin le couloir qui reconduit à la sortie nous confronte aux collages graphiques et aux grandes peintures animalières de la norvégienne, engagée, Oddjborg Reinton, puis d’une toile très offensive et bien dans l’esprit du temps, de Margaux Fontaine, et deux dessins d’Agathe David qui nous ramènent à la signature affirmative d’Emma Godebska. Dessin, peinture, sculpture, figure, abstraction, sobriété, démesure, on peut trouver dans cette exposition de quoi découvrir la vivacité de la création féminine en la région, même si l’on souhaiterait une suite, car quelques noms manquent à l’appel, qui n’ont pu se libérer pour ce premier volet. Et pas des moindres. BTN</p><p>Jusqu’à début janvier, 45, quai du Bosc, 0467199904</p><p style="text-align: center;">                                        <strong>            </strong></p><p style="text-align: center;"><strong>E-Artistes D’ici D’ailleurs </strong></p><p>Prologue : Au commencement, la simple constatation que les artistEs féminines n’étaient jusqu’à présent que fort peu présentes au Réservoir et à la Serre. A la suite d’une remarque sur la parité, émanant d’une médiatrice, l’idée s’impose donc d’une expo d’artistEs ou si l’on veut d’E-artistes, le « e » étant la marque grammaticale de la féminité par excellence.</p><p>Premier acte : il s’agit d’établir une liste. Une trentaine de noms viennent spontanément à l’esprit. Nous privilégions la peinture, la sculpture, le dessin, la gravure qui trouvent davantage leur place et raison d’être en galerie…  Pour des soucis de commodité, et au vu du contexte sanitaire, la liste se restreint à trois villes de la région : Sète, pour des raisons évidentes, Montpellier et Nîmes, les deux capitales régionales. Pourquoi aller chercher bien loin… D’où le recours à l’adverbe ICI, qui sera vite suivi D’AILLEURS. En effet, le hasard fait que la plupart des  artistEs retenuEs sont originaires d’un pays étranger (Ecosse, Angleterre, Allemagne, Pologne X 2, Suisse, Maroc x 2, Norvège), ou viennent d’assez loin de notre région  (Normandie, ou plus simplement Paris, Lyon, Marseille).</p><p>Deuxième acte : Il s’agit de trouver un thème fédérateur : l’exil ou plutôt les exils, nous tente, dans son acception à la fois géographique et symbolique, mais il ne convient peut-être pas à toutes. Nous décidons d’y adjoindre la notion de Refuges et celle de Révoltes. Par ailleurs, le nombre d’artistEs singulières (par référence à l’île qui les accueille) sera limité à 16 : ce chiffre s’avère bien carré (4 X 4) et fait penser à un cube à savoir une base, à même de revendiquer cette aspiration à la la parité et l’offensive féminine dans un fief dévolu majoritairement à des artistes au masculin (ce qui ne constitue pas un problème en soi mais il s’agissait ici de retrouver un minimum d’équilibre).</p><p>Troisième acte : La liste s’affine au fil des jours et des visites d’atelier effectuées par Clémence. Des rencontres opportunes étoffent le groupe. Les sujets sont souvent d’actualité, au-delà de leur caractère métaphorique : la cause animale, les brouillages de la communication, la migration et ses épreuves, la relation problématique de l’humain avec la nature, la suprématie de l’image, l’hybridité à l’ère de l’anthropocène, l’obsession thérapeutique, la guerre et ses tragédies, lé révolte, le refuge&#8230; D’autres sont plus universels tel le rapport à l’enfance, la recherche d’un primitivisme esthétique, la solitude, la distance critique ou l’humour face à des situations données, la prise de conscience de l’importance du langage, la mémoire collective, l’empreinte, la trace, le mot et ses polyvalences…  Au thème des exils pourraient s’en substituer d’autres : Déplacements correspond à la fois à la situation physique de la plupart des artistes mais aussi à leur conception de leur activité, à la place de l’art dans la vie de tous les jours. DiffErrAnces était tentant mais trop connoté par la philosophie de Derrida. Enfin, les deux adverbes ICI D’AILLEURS ne sauraient être dissociés puisque les artistEs ou E-artistes évoluent dans les deux espaces, ou territoires, en même temps, mentalement supposons-nous.</p><p>Epilogue : Et maintenant : place à l’action, la sœur du rêve… Il s’agira d’agencer. Il faut mettre de l’ordre dans tout ça, écrivait le poète. 16 artistEs d’un grand cru pour une vendange singulière d’Elles. Première vague :</p><p><strong>Sète </strong>: <em>Claudie Dadu,</em> <em>Vanessa Notley, Anna Novika S, Agnès Rosse.</em></p><p><strong>Montpellier</strong> : <em>Agathe David, Nadia Lichtig, Oddjborg Reinton</em>, <em>Chloé Viton</em></p><p><strong>Nîmes</strong> : <em>Mélanie Bide, Estelle Contamin, Valérie Crausaz, Emma Godebska</em>.</p><p><strong>Au-delà</strong> : <em>Margaux Fontaine, Elsa Ohana, Nissrine Seffar, Jeanne Susplugas.</em></p><p>La question d’un art spécifiquement féminin, à l’instar de l’écriture féminine, ne sera sans doute pas résolue en fin d’exposition (à supposer qu’un troisième sexe ne vienne pas damer le pion à de supposés antagonismes). Au moins, celle-ci incitera-t-elle à s’interroger sur les visions du monde que révèlent ces artistEs, sur leur conception de leur activité dans ces temps troublés, et sur les engagements qui les caractérisent. BTN</p><p>PS : D’autres auraient pu se voir conviées. Au demeurant, pourquoi ne pas conjecturer une possible suite, un second volet, une deuxième vague, qui sait ? La liste est prête. Et pas seulement régionale.</p><p style="text-align: center;">Ci dessus : Agnès Rosse&#8230;</p><p style="text-align: center;">Ci desssous / Emma Godebska, Jeanne Susplugas, Nadia Lichtig, Nissrine Seffar</p>								</div>
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									<p style="text-align: center;">E-artistEs : D’ici D’ailleurs, Le Réservoir (Sète)</p><p>La spacieuse galerie sétoise, fondée par Gilbert Ganivenq, et gérée par Clémence Boisanté, s’est mise à l’heure féminine , cet automne, avec cette exposition de seize ArtistEs (un carré cachant un cube assez stable pour échafauder de nouveaux projets) ou E-artistes, comme on préfère, essentiellement de la région (Sète, Montpellier, Nîmes et plus si affinités). Comme dans une équipe de football, si la plupart de ces artistEs ont posé leur valise dans une ville, elles sont pourtant originaires d’ailleurs à l’étranger (Grande-Bretagne, Pologne x 2, Maroc x 2, Allemagne, Norvège, Suisse) ou du territoire français (Normandie, Paris, Lyon, Marseille). En ce sens, on peut parler d’exil ou du moins de déplacement d’un lieu et de sa culture en une autre…  Ce métissage semble intéressant à creuser et on devrait en retrouver des traces dans les œuvres qu’EllEs sont censées proposer, qu’il s’agisse de peintures (Estelle Contamin, Margaux Fontaine, Oddbjorg Reinton…) ou de dessins (Anna Novika S., Nadia Lichtig, Chloé Viton, Claudie Dadu et ses cheveux), d’installations (Chloé Viton, Jeanne Susplugas, Nissrine Seffar, Agnès Rosse) ou de gravure (Elsa Ohana) voire de sculptures (Vanessa Notley, Valérie Crausaz), sans oublier la performance et l’intérêt pour le son de Nadia Lichtig… Accessoirement chaque ville est représentée par 4 artistEs.</p><p>Ainsi l’international est-il à nos portes. De fait, nous allons en général chercher bien loin ce que nous avions sous les yeux et sur les lieux et qui ne demandait qu’un coup de pouce pour se voir mis en lumière. Certaines artistes sont très connues, d’autres en voie de le devenir ((Jeanne Susplugas, Chloé Viton, Nissrine Seffar) ou n’aspirant qu’à une reconnaissance bien méritée…</p><p>Les sujets sont souvent d’une brûlante actualité, au-delà de leur caractère symbolique : la cause animale très présente dans les tableaux quasi monochromes sur les espèces en voie de disparition chez Oddbjorg Reinton ou dans l’approche polyvalente d’Agnès Rosse du côté des zoos ;  les brouillages de la communication dans les « pavillons » de Vanessa Notley ; la migration voire l’exil et ses difficultés d’insertion pour Anna Novika S et Elsa Ohana ; la relation actuelle avec la nature dans les paysages de Mélanie Bide ou le ciel à échelle cosmique de Nadia Lichtig ; la fascination pour l’image chez Margaux Fontaine ; l’hybridité à l’ère de l’anthropocène chez Chloé Viton ou Elsa Ohana ; l’obsession thérapeutique chez Jeanne Susplugas ; la guerre et les tragédies de notre monde dans les travaux de Nissrine Seffar… D’autres sont plus universels tel le rapport à l’enfance, dans la peinture d’Estelle Contamin, ou dans l’onirisme merveilleux d’Agathe David ; la recherche d’un primitivisme ancestral que l’on perçoit chez Valérie Crauzaz ; la quête d’un  signe universel qui semble caractériser la production actuelle d’Emma Godebska, la solitude, la distance critique ou l’humour (dans les dessins animaliers de Vanessa Notley, dans les tirages de langue et skates en train de sécher d’Agnès Rosse) ; la mémoire collective, l’empreinte, la trace, une écriture porteuse (Nissrine Seffar, Emma Godebska, Nadia Lichtig)… Les limites ou la finitude du corps enfin, encore et toujours, chez Anna Novika S…</p><p>Les artistEs ou E-artistes occupent de plus en plus de place dans le milieu de l’art contemporain. Leur vision du monde ne peut qu’enrichir celles de leurs homologues et parfois antagonistes traditionnels. Il importait donc de rétablir une certaine parité un espace plus favorablement ouvert, jusque-là, à de beaux fleurons artistiques de la gent masculine. Par ailleurs, la galerie n’a jamais caché ses goûts pour la figuration haute en couleurs, qu’elle s’inspire, ou tout simplement émane, de celle que l’on a dite libre, ou un peu avant narrative, du pop art, ou plus récemment du street art. Bon nombre des artistEs invitéEs prouvent que ces artistEs ont leur sensibilité, leur intelligence et leur compétence plastique à y apporter, que d’autres voies sont bien évidemment explorables. Au demeurant, la question d’un art spécifiquement féminin (comme on le dit pour l’écriture) ne sera  sans doute pas réglée d’ici la fin novembre. Les différences et analogies entre les deux sexes mériteraient plus d’une thèse. Si un troisième ne vient pas leur damer le pion… En attendant voici la vision de l’art actuel que nous offrent 16 ArtistEs même si l’art au fond n’a sans doute pas de sexe. On en eût souhaité davantage : on espère que cette exposition sera suivie d’autres, collectives ou personnelles. Il reste tant d’artistEs, d’E-artistes à découvrir… Et pas seulement dans la région… BTN</p><p>Du 2 oct au 29 nov, 45 quai du Bosc à Sète (0467199904)</p><p style="text-align: center;">Ci dessous : Anna Novika, Elsa Ohana, Estelle Contamin,  Vanessa Notley.</p><p style="text-align: center;">Encore au dessous : Chloé Viton, Mélanie Bide, Valérie Crausaz, Agathe David</p><p>Et encore plus bas : Margaux Fontaine, Claudie Dadu, Oddbjorg Reinton</p>								</div>
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		<title>ARTICLES L&#8217;ART VUES NOVEMBRE 2020</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2020/11/02/articles-lart-vues-novembre-2020/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Nov 2020 13:28:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[Gaëlle Choisne à Lattara Lattes (34970) Le musée archéologique de Lattes offre chaque année un temps de modernité et de créativité avec l’invitation d’artistes venus s’insérer ou se confronter au cœur des collections. Normande mais d’origine haïtienne Gaëlle Choise, s’avère tout à fait dans son élément en cette édition 2020 : elle incarne, par sa [&#8230;]]]></description>
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									<p style="text-align: center;">Gaëlle Choisne à Lattara Lattes (34970)</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3822 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5537-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5537-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5537.jpg 768w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><p>Le musée archéologique de Lattes offre chaque année un temps de modernité et de créativité avec l’invitation d’artistes venus s’insérer ou se confronter au cœur des collections. Normande mais d’origine haïtienne Gaëlle Choise, s’avère tout à fait dans son élément en cette édition 2020 : elle incarne, par sa personne et par ses réalisations, cette notion d’hybridité qui caractérise une telle cohabitation, que l’on espère symbiotique, entre le passé lointain, ici antique, et une actualité qui elle-même ne peut se distinguer radicalement des origines, de l’histoire et d’une culture duelle. Non seulement Gaëlle Choisne a fait entrer un peu de la luxuriance exotique dans les objets sous vitrines, sagement alignés, mais elle a maculé toutes les parties vitrées de jaculations siliconées, reliques de mégots coloniaux et de pièces de monnaie qui sont comme des façons de oindre lesdits lieux, temporairement, d’une présence envoutante. Cette exposition, Défixion, se place en effet sous le signe de l’envoutement, pas de celui que l’on prête à des gourous réduisant leurs victimes en esclavage, plutôt une incitation à retrouver le respect de la nature et l’acceptation du métissage comme une donnée naturelle, imprescriptible. Le parcours que nous offre l’artiste est ainsi empreint de maintes surprises : il suffit de lever la tête pour passer sous une espèce de végétation, ou encore de filet en caoutchouc, qui pourrait vite nous capturer/captiver en situation réelle (heureusement l’art favorise la donnée fictionnelle, ainsi  que le suggère le titre par homophonie) ; de baisser les yeux vers le sol pour reconnaître des huitres géantes, reconstituées en bronze blanc, desquelles surgit une perle d’espoir, de celle dont les humains font leur parure, sans savoir qu’elles rejoindront un musée de type archéologique (l’huitre est, en sus de son caractère accueillant, sans doute un symbole féminin très ritualisé); ou encore des fruits exotiques en bronze devenus symboles de l’écologie dé-coloniale ; de regarder du côté d’une baie vitrée pour apercevoir une sculpture vaguement anthropomorphique, incarnant manifestement la fécondité mamellaire, laquelle désigne l’extérieur cad justement le site antique et le port qu’il recouvre à présent; de jeter un œil du côté des murs pour y repérer un quadrilatère en ciment posé vericalement au sol et sur lequel des photographies de ruines anciennes ont été imprimées, grâce à une étrange alchimie saline. Pourtant, ce sont les suspensions à force de chaines renvoyant sans doute à l’esclavage et la colonisation, voire la dictature, qui frappent l’attention. Ils entourent des éléments naturels tels des bois récupérés ou des coquillages reconvertis, des artefacts donc, souvent assortis d’un verrou à clé et font penser à des ex-votos censés nous ramener au droit chemin de l’équilibre et du respect des choses et des êtres, des cultures et des mélanges bénéfiques. Une sculpture tranchée, multipliant les clous, exhibe sa partie concave et sa partie convexe, le clou renvoyant au supplice ou à la coercition évoquée par le titre. Bien des objets jouxtent, dans les vitrines, les anciens : cette main aux ongles bleutées et qui signifie le don. En fait Gaëlle Choisne a multiplié les interventions, de grand, de moyenne mais surtout de modestes dimensions, et même les gestes minimaux (les jaculations) de telle sorte que l’hybridité ne soit point vain artifice mais que la symbiose demeure évidente entre les Collections et ses interventions objectales, qu’elle qualifie elle-même d’archéologie du futur. L’occasion de surcroît de découvrir une artiste que nous avions déjà repérée pour 100 artistes dans la ville et lors de la dernière biennale de Lyon. Terminons par cette bouteille de rhum, cassée et reconstituée comme on se constitue une identité nouvelle des débris du passé. Manière aussi de montrer que malgré les distances, spatiale et temporelle, les chemins du rhum peuvent faire escale à Rome et apparenté… BTN </p><p>Jusqu’au 1<sup>er</sup> mars, 390, route de Pérols, 0467997720</p><p style="text-align: center;">Jeanne Susplugas, Hôtel Sabatier d’Espeyran, Montpellier</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3828 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5576-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5576-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5576-rotated.jpg 480w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><p>Ce satellite du Musée Fabre, l’hôtel Sabatier d’Espeyran, est le temple du bon goût à l’ancienne avec ses pièces surchargées d’objets plus décoratifs que fonctionnels et de meubles comme l’on n’en fera sans doute jamais plus. Des céramiques, statues, éléments d’orfèvrerie, témoignent d’un art de vivre des 18 et 19<sup>ème</sup> siècles et que l’on appelait péjorativement bourgeois ou dit aristocratique. C’est pourtant de ce côté-là qu’il faut chercher ce qui demeure beau, l’art prolétarien n’ayant pas brillé par son sens de l’esthétique. Toujours est-il qu’à l’occasion des 800 ans de la création de notre prestigieuse faculté de médecine Jeanne Susplugas, d’origine montpelliéraine connue pour son exploration des ambigüités de la médecine, des dangers des addictions et des conditions d’une aliénation sournoise, a été invitée à se glisser dans les rares espaces laissés vacants par le pléthore d’objets. L’artiste a utilisé un peu tous les moyens qui lui sont habituels : l’installation et la confection d’objets en général, la photographie, la vidéo, le dessin essentiellement. Cela va des médicaments en céramique près des coupes de fruits (en référence à la nature morte) à une maison qui vole et déborde d’objets, soulignant l’aliénation à un modèle social ; d’un dessin au crayon d’arbre généalogique à une collection de flacons à étiquettes délivrant un message satirique ; d’une vidéo, dans une maisonnette en plastique, recélant des images d’un bain d’anxiolytiques dont l’héroïne a du mal à s’extraire, à un autoportrait photographique où la coiffure écartelée métamorphose le sujet… Le plus spectaculaire : la maison malade, comprenez une cabanette en plexi transparent, assez imposante et en contraste avec le caractère cossu des objets environnants, rivalisant de profusion et vomissant des boites en surnombre, chacune garante d’une histoire. Comme quoi la maison est bien le lieu de l’enfermement sur soi-même, des petits drames qui peuvent finir en tragédie, ou du moins en roman familial. Au sol, dans la dernière pièce, un bulldozer miniature écrase des gélules à taille normale. Chaque salon réserve ses surprises : une pilule en cristal, sectionnée en trois morceaux ; des portraits photographiques de tous âges et origines exhibant à pleine langue le comprimé calmant ; des ampoules plongées dans le liquide, une impression en accordéon, des dessins en référence au cerveau, des neurones concrets comme échappés de la boîte crânienne… Des photos, beaucoup de photos introduites discrètement là où on ne le attendait pas, confondues avec les choses, comme disait Pérec et accentuant leur prospérité repue. Jeanne Susplugas a manifestement joué la carte de la saturation, de la surdose, afin de mêler à ses interventions un contenu qui soit un peu son message. Nous sommes malades d’addictions de tous ordres qu’elles désignent les engouements, des passions futiles, des anxiétés nocives, des incapacités d’adaptation ou l’attachement excessif aux choses de ce monde – et peut-être même aux choses de l’art. L’enseigne au néon nous prévient dès l’entrée : l’artiste nous propose des « distorsions ». La visite à laquelle elle nous convie ne se veut pas apaisante. La réalité des intérieurs n’est pas toujours celle que présente un extérieur à la façade rassurante. L’intérieur est tout autre, déformé. Une paire de chaussures enveloppé de plastique nous prévient : laissez vos préjugez à l’entrée. La production de Jeanne Susplugas se veut un antidote, un avertissement, une révélation : ce sont de ces distorsions-là qu’elle nous entretient. BTN</p><p>Jusqu’au 10 janvier, 6, rue Montpellieret, 0467148300</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3817 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5645-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5645-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5645.jpg 768w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><p style="text-align: center;">Collection Cranford, Mo.Co, Hôtel des Collections, Montpellier</p><p>Cette collection anglaise, dont on attendait beaucoup, tient ses promesses, d’autant qu’elle se veut pédagogique en mettant l’acent sur la  première décennie du nouveau millénaire et présente les oeuvres chosies par les commissaires selon une perspective historico-chronologique qui ne manque ni de pertinence ni d’intérêt. Le fameux grand public, dont on s’inquiète tant, et qui se plaint de ne pas toujours tout saisir des enjeux de ce qu’on lui donne à percevoir, en aura en tout cas pour ses neurones. Les œuvres diverses présentées lors de cette sélection, que l’on peut qualifier de mise en abyme, (des choix dans d’autres choix) se trouvent en effet confrontées aux événements marquants, innovations technologiques, découvertes scientifiques majeures ou faits culturels des années 2000-2010. Les artistes britanniques (Glenn Brown…) mais surtout les allemands (Kai Althoff, Rosemarie Trockel… ) et les américains du nord (Wade Guyton, Edward Ruscha) ou du centre (Gabriel Orozko) se taillent la part du lion. On déplore la quasi-absence des français (même si Thomas Hirschorn et Thomas Cruzvillegas vivent à Paris) mais on commence à se faire une raison. Toujours est-il que la Collection Cranford, résumée donc à des achats effectués durant les années 2000, comporte un certain nombre de pièces absolument capitales, qu’il s’agisse de la maison en acier et à claire-voie de l’éternelle Louise Bourgeois, des papillons sur toile unie de Damien Hirst (et que dire de ses poissons et arètes mises en cage de verre vers le milieu du parcours ?) ou de la Ronde de nuit, effectuée par un renard dans la National Galery, du belge Francis Alys. On ne compte plus les grands noms : de John Baldessari et sa façon tranchante de manier la scie sur impression numérique à Rebacca Warren et ses bronzes aux attributs féminins exacerbés, en passant par Sigmar Polke (les quatre toiles, suggestives et nocturnes, dans un esprit que l’on pourrait qualifier de romantisme), en passant par Gerhard Richter, présent avec une peinture abstraite, rouge, bien dans sa manière frémissante, au racloir et au scan. La mise en espace est soignée, non pléthorique ce qui permet de respirer entre deux chefs d’œuvre. Des rapprochements judicieux sont effectués (Les photos urbaines archivées par Walid Raad et les sculptures de rapes familières, à taille humaine dans le triptyque de Mona Hatoum, ou encore la scène de viol domestique caricaturée par Sarah Lucas conrontées aux œuvres intimistes, familiales, de Louise Bourgeois/Tracey Emin). Ce qui ne peut que frapper un français, c’est la primauté accordée à la peinture et au dessin, lesquels furent si mal vus durant la même décennie du côté de nos enseignements et élites, ceci expliqnant sans doute cela (l’absence de la France sur le plan international) : D’où ces grands peintres, incontournables, de la scène mondiale (dont nous aurions sans doute les équivalents en cherchant bien dans notre hexagone frileux) : je pense aux grands tableaux, acrylique et huile, d’Albert Oehlen, dont un noir et blanc ; aux références multiples (Mary Shelley, la vierge, un ange..) dans les tableautins de Karen Kilimnick ou à la série dévolue à la chauve-souris, dans les modestes Spartacus Chetwynd. Sans parler de ceux qui renouvellent le traitement du support : Christopher Wool à l’encre de chine ou à l’émail ; les multiples Kelley Walker, en hommage, bricolé et iconique, à la coccinelle (la voiture) ; l’œuvre au noir de Glenn Ligon, à partir d’un texte imprimé de James Baldwin. J’en passe et peut-être des meilleurs (Josh Smith à la recherche de sa signature…). Quant au dessins, bon nombre de planches de Raymond Petitbon, se glissent parmi ses confrères, avec texte en prime ; 12 portraits à la pointe sèche de Thomas Schütte, sans masques, nous rappellent le pas si lointain bon vieux temps, où nous plaignions pour des vétilles, tout en souriant à la vie. La photographie est admirablent représentée par une grande scène, de genre et d’intérieur de Jeff Wall, lumineuse et encaissée, l’un des fleurons de la collection qui s’ouvre par ailleurs sur une installation estivale, et éclatée, de Wolgang Tillmans. Autres belles pièces : la pause clownesque de l’infatigable performeuse Cindy Sherman en petite fille joueuse et, dans, une perpective assez différente, les briques de Damian Ortega se reposant et recomposant autour de diverses maisons suburbaines. Enfin, on affaire aux sculptures et installations : un masque argenté d’Hugo Rondinone, une scatologie stylisée et grotesque de Mike Kelley, les volumes polysémiques en papier mâché de Franz West, une petite merveille de souplesse facétieuse dans les terres cuites peintes de Ken Price, deux coupes débordant de riz et d’esthétique reationnelle selon Rikrit Tiravanija, le roi des orang-utan consuméristes selon Isa Genzken, la stèle colorée, hybride et polémique de Rachel Harrisson… On ne peut tout citer mais il faut souligner l’œuvre lumineuse d’un maître du genre, le danois Olafur Eliasson, qui nous accueille sur le parvis tandis qu’un double film de Phil Collins, performant et musical, nous attend à la sortie. Une leçon de discernement, de saine passion et d’éclectisme bien senti que l’on attend à présent des collectionneurs français. Une plongée dans nos souvenirs communs, et dans ceux particuliers des nouveaux mécènes du milieu de l’art en général. On en redemande. BTN</p><p>Jusqu’au 31 janvier, 13, rue République, 0499582800</p><ul><li><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3819 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5647-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5647-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5647.jpg 768w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></li></ul><p style="text-align: center;">Tarik Kiswanson à Carré d’art, Nîmes</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3855 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5697-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5697-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5697.jpg 768w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><p>C’est à une exposition sobre, prospective et fascinante que nous convie l’artiste suédois, d’origine orientale, Tarik Kiswanson, dans les sept pièces qui composent l’espace temporaire Carré d’art. Dès la première, trois formes phalliques, paternelles, constituent des vestibules censés nous faire passer de l’extérieur vers un intérieur plus intime. Il s’agit de sculptures en miroir d’acier, aux multiples lanières méticuleusement polies par l’artiste, tournoyantes et sonores, et pouvant contenir des corps humains, notamment ceux de jeunes gens, sollicités lors de performances. La sortie de l’enfance est pleine de promesses, une période cruciale dans l’existence de chacun. Elles sont gigantesques pourtant et donc protectrices, englobantes, proposant une vision fragmentaire de la réalité. Le titre de l’expo, Mirrorbody, semble dès lors justifié. La deuxième salle est vouée à la vidéo sur lesquelles nous découvrons les préadolescents confrontés aux dangers et vicissitudes de l’éducation qu’il s’agisse de l’apprentissage de l’oralité, de l’écriture calligraphique ou de la situation corporelle toujours non exempte de dégringolade. Le sentiment d’impuissance est renforcé par le recours au ralenti. La formation ne va pas sans risques… La troisième pièce est sans doute la plus fournie : des tableaux et un miroir d’acier aux murs, des pavés de résine translucide au sol, recueillant pieusement des objets, couverts ou bougie se consumant, et aussi une goutte du sang de l’artiste. Les tableaux solllicitent la technologie moderne puisqu’il s’agit de scanners de vêtements traditionnels d’un côté, le corps n’est jamais loin, de l’opacité du vide de l’autre, la question se faisant symbolique et quasiment civilisationnelle si l’on consdère que l’opacité s’oppose à la lumière. Dans un recoin discret du musée, surélévé pour la circonstance, une forme oblongue couchée et miroitante, comme un nid ou un cocon,  et quelques étagères de métal qui conservent leur part de mystère. On passe sur l’autre aile du musée pour une série de petits dessins au fusain, des silhouettes d’enfants un peu fantomatiques et tentant d’ouvrir une improbable fenêtre qui se confond avec la vitre protectrice. Ces simples images suffisent à occuper l’espace pourtant volumétrique. L’enfant veut sortir de son cocon, ce qui donne rétroactivement sa signification aux deux énigmes précédentes. L’avant dernière salle reprend les vêtements scannées, sur des supports beaucoup plus allongés et gigantesques, confrontés à une vision du monde en planisphère émondé et une très belle robe murale qui semble griffée, toujoursen acier poli, réfléchissant la réalité de façon fragmentée. Enfin trois formes oblongues que l’on identifie à des nids géants, l’un sur le mur, un autre dans une encoignure, un dernier au-dessus d’un passage d’une pièce à l’autre, terminent cette exposition. La volonté semble à la fois de lévitation, de sublimation et de renaissance à partit de cette forme de cocon, concoctée dans un assemblage de matières, plus lourdes qu’elles n’y semblent. Elles sont blanches comme une page vierge à remplir de la suite à venir et forment au fond trois points ovales de suspension. Au bout du compte, une exposition qui pousse à la méditation et qu’il faut prendre le temps d’apprécier. Le temps en est d’ailleurs l’une des composantes thématiques mais aussi, on l’auta compris, l’apprentissage, ainsi que le prouvent toutes ces allusions à l’enfance. Les difficiles rapports entre l’occident et l’orient n’y sont pas oubliés, de même que la relation, réelle ou métaphorique, de la lumière et de l’opacité, de la tradition et de la modernité. N’oublions pas que l’artiste est lui-même l’incarnation d’une double culture. Enfin, tout ceci passe par le dénominateur du corps, et de ses reflets, ainsi que le prouve l’omni présence des miroirs plus ou moins déformants. BTN</p><p>Jusqu’au 7 mars, Place de la maison carrée, 0466763588</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3857 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5695-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5695-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5695.jpg 768w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><p style="text-align: center;">KW Wyrembelska à St Ravy</p><p style="text-align: center;">       <img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3881 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5638-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5638-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5638-rotated.jpg 480w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" />                        Bathing beauty             </p><p>Le travail de KW, Kate Wyrembelska, nous parle du corps, du mouvement et de l’image. En définitive de l’image du corps en mouvement &#8211; si l’on en juge par ses vidéos, projetées sur grand écran, à échelle humaine, d’une nageuse en exhibition, plongée dans un bain de couleur comme nous sommes plongés dans l’espace. Celle-ci s‘adonne à l’une de ces chorégraphies qui ont l’air, à l’écran, si simples et qui supposent des heures de travail préalable. La beauté se mérite. Elle obéit à des codes dans lesquels les marchands d’images ne se privent jamais de puiser. Les images, parlons-en : elles nous habituent aux stéréotypes orientant une conception péremptoire de l’idéal, de la perfection, de la précision absolue dans la planéité &#8211; pour ne pas dire la platitude… la réalité nous offrant plutôt le relief, le défaut qui peut aussi bien nous révéler son charme, la temporalité incessante et jamais rassasiée. Les couleurs, dans le fond, sont artificielles voire improbables ; les lumières semblent le fruit de nos technologies avancées. On est dans un autre monde. Les gestes corporels sont très, peut-être trop, précis. Ils se réfèrent aux comédies musicales ou spectacles aquatiques qui ont caractérisé le cinéma hollywoodien des années 40-50, la crème de l’illusion, l’essor d’un mythe, à l’instar d’Esther Williams par ex, alors que c’est la danseuse Mirousha Thomann qui prête ici son corps en tant que modèle (en vidéo et sur toutes les images). KW s’ingénie à perturber cet ordonnancement trop poli pour s’avérer honnête. Le bug guette comme si la technique ne supportait pas la perfection.</p><p>Dans ses réalisations picturales, l’image se concrétise en matière et s’y dissout. Le mouvement se fige. La forme tend à disparaître dans un bleu matiéré qui s’agite (les trainées rouges c’est tout ce qu’il reste du corps, et le blanc de la lumière). Parfois, elle s’évanouit totalement et laisse place aux remous aquatiques dans un style qui peut rappeler David Hockney. Le remous devient ainsi la métonymie du corps absent. KW va plus loin puisqu’il lui arrive de dissocier le châssis de la toile, de rejeter donc la notion de tableau et de peindre sur de larges et longues bandes de toiles libres, qui occupent l’espace de haut en bas et du mur au sol. Le visiteur est alors comme invité à plonger lui aussi, du corps et de l’esprit, dans l’espace qui lui est offert. Il se retrouve au fond entre deux eaux : face à une image stylisée de l’eau, mise en mouvement par le corps absent mais qui peut tout aussi bien être perçue tel un motif abstrait, souple et répété, dans des tons à dominante bleue. Il ne s’agit plus d’une image corporelle reproduisant, afin l’idéaliser, la réalité référente. Plutôt d’une semi-image ou semi-abstraction comme on le veut. Un trait d’union en tout cas un peu comme l’est la surface (de l’eau par ex). L’espace offert paraît à pénétrer ou à remplir. Du moins le regard se perd-il dans les méandres qui s’animent en surface et invite-t-il l’esprit à lâcher les bouées de l’imaginaire et à s’aventurer, au plus profond. La déferlante c’est un peu du réel qui submerge l’image et les illusions qu’elle fomente.</p><p>Dans les graphismes ou dessins, assez dépouillés, le corps a laissé place au mouvement des lignes, à cette géométrie des gestes devenus absents et que l’on peut toujours reconstituer mentalement. L’un des tableaux fait penser aux fameux dripping de l’expressionnisme abstrait qui connote également la danse. Tout un aspect de la production de KW flirte avec l’abstraction, un peu comme une nageuse qui évoluerait sous l’eau de la surface. Cependant les œuvres numériques, nommons-les peintures, sollicitent encore l’image et recourent aux photomontages de type surréaliste, avec des tons plus neutres toutefois car KW aime bien dérégler les conventions, de même qu’elle cultive l’imperfection du détail. Mais elles font surtout penser à notre insistante publicité. Celle-ci apprécie tant les corps bien faits ! Et les figures qui le subliment… Ainsi les voit-on en permanence détournés à des fins mercantiles de sorte que l’image se propage et avec elle le stéréotype qu’elle concourt à façonner, assortie d’une vision de l’idéal, tandis que le réel, plus humblement, passe et décline. Le corps alors se voit prisonnier de son image. La peinture, et tout ce qui fait cadre en général, marque bien cet état de claustration qui prend une valeur non seulement socio-politique mais métaphysique. L’art de la publicité, clinquante comme un miroir déformant, et l’esthétisme idéaliste en général, ont poussé jusqu’au cynisme l’exploitation de la condition naturelle du corps, dans sa finitude infinie pourrait-on dire. Sans doute KW, de par ses origines, est-elle plus que toute autre, sensible à cette condition. Et plaide-t-elle, plus que toute autre, pour son émancipation. BTN</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3882 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5640-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5640-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5640-rotated.jpg 480w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><div> </div><div><p style="text-align: center;">Reverse universe, Crac, Sète</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3899 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5560-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5560-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5560.jpg 768w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><p>Depuis quelques temps, au Crac de Sète, on s’est habitués à voir deux expositions pour le prix, gratuit, on ne le rappelle jamais assez, d’une. Assez contrastées au demeurant mais pouvant sans doute se rejoindre. Un britannique, un italien. Mme de Stael en eût extrait ces deux visions de la culture, romantique et latine sauf qu’ici la première, celle du britannique Than Hussein Clark (et de son ami le poète James Loop pour la dimension sonore, et sa petite musique de nuit façon cut-up) nous plonge dans le port marocain de Tanger, si prisé des poètes, artistes et de la communauté homosexuelle en général. Ainsi le parcours qu’il nous propose s’apparente à un voyage en résumé dont nous seraient rapportés les moments clés. L’arrivée aérienne de la milliardaire américaine Barbara Hutton sur le sol marocain, aujourd’hui rattrapée par la camarde, les décors intimes privilégiés par le couple Bergé/St Laurent, des tableaux de Delacroix réinterprétés à la lumière de motifs décoratifs de nature florale. Si l’installation initiale est spectaculaire, les 365 horloges, toutes plus exubérantes les unes que les autres, récupérées dans la ville, ne le sont pas moins, dont l’heure rappelle l’année de l’indépendance. Au fil des salles et couloirs on croise Renaud Camus, l’auteur de Buena Vista park et de Tricks, ou le film Casablanca, et surtout Jean Genet, dont plusieurs photos du compagnon de voyage sont prises devant la tombe, accompagnées de bidons de lait contenant des images de poètes. Than Hussen Clark a également fait tisser sur des tapis de lin des dessins caricaturaux de courses de coca, à portée revendicative, ou transformé très habilement un piano à queue en dromadaire, histoire de nous rappeler que, pour être également un port méditerranéen, Tanger est tout de même une ville exotique. Une doucke est là pour nous rappeler que la douche est indispensable dans ces pays chauds, et pas seulement en raison de la chaleur. Une salle présente des fenêtres aux verres bleus, comme la mer que l’on ne saurait oublier et qui rapproche Sète et Tanger.</p><p>Avec Luigi Stefanini, tout en  demeurant dans Sète dont il s’est inspiré, on est davantage dans la peinture, le dessin et l’écriture même si cette dernière relève davantage de l’universel que du spécifiquement méditerranéen. L’artiste italien s’est en effet offert le luxe de créer son codex personnel, baptisé de son propre nom, seraphinianus, dont on pourra voir diverses pages dans l’une des immenses salles de l’ancien entrepôt. L’inventivité, le mélange des espèces, l’humour y règnent en maître, le contraste s’avérant frappant entre l’alignement sage des dessins en couleurs ou des planches et leur contenu le plus souvent déroutant. On peut d’ailleurs y déceler l’un des enjeux de cette production à savoir qu’elle parodie la science dite sérieuse pour lui substituer un savoir empirique et singulier, à l’instar de notre île, tout en imaginaire et en onirisme, tourné vers le Lointain intérieur que vers les vérités universelles. L’écriture est graphique et conserve pieusement ses secrets. On est davantage dans le mystère, parfois même dans l’ésotérisme tandis que chez Hans Hussein Clark se veut davantage ouvert sur le monde réel, orienté dans ses choix et  propositions, puisant manifestement dans l’Histoire et une culture de la marge. Stéfanini s’exprime d’une part par le biais du tableau, lequel renvoie d’un côté à un surréalisme non figuratif dans l’idée de privilégier l’éternel état de métamorphose, des règnes ou des choses, de l’autre à une sorte de collage d’images inattendues, souvent inspirées de peintures anciennes. Toutefois ce sont surtout deux installations qui sollicitent l’imagination : l’une rendant hommage au thon (en l’occurrence scié en deux), poisson culte du bassin méditerranéen, auquel un Dali par ex a puissamment rendu jadis hommage, dans un environnement voulu énigmatique et rituel ; l’autre à une sorte de femme potagère et nue, aux jambes de carotte, géante, faisant office de sirène terrienne ou chtonienne puisque la référence à Perséphone semble pleinement assumée. Des objets hybrides, des écritures murales, des céramiques grotesques et rayonnantes, force signes complètent ces présentations hautes en couleur.</p><p>Deux approches donc, inspirées des ports de notre mer et de l’animation qui les caractérise : l’une tournée vers l’épaisseur de l’histoire réelle, l’autre vers les profondeurs du rêve et de la mythologie singulière, à l’instar d’une île, entre terre et mer. BTN</p><p>Jusqu’au 3 janvier, 26, quai aspirant Herber, 0467749437</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3903 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5565-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5565-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/11/IMG_5565.jpg 768w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p></div>								</div>
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		<title>PEINTECRITURE (BUTOR/CARUANA)</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2020/03/28/et-pour-quelques-expos-de-plus-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Mar 2020 17:09:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[                                           Inédit : Sur les poèmes de Michel Butor à l&#8217;attention de Francesca Caruana                                                      PEINTECRITURE Le grand public, qui connaît surtout le prolifique Michel Butor par le succès, couronné d’un prix, de La Modification, qualifié  à l’époque de Nouveau roman, ignore le rapport particulier qu’il entretint assez vite avec les arts plastiques. En gros, [&#8230;]]]></description>
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Il s’est ainsi exercé à la critique d’art. Toutefois, il a surtout écrit des centaines de poèmes, en vers ou en prose, sur divers artistes, soit en recueil extrêmement composés (les séries d’illustrations, d’Envois, D’Avant-Goût…) soit par le biais de tirages limités, illustrés souvent d’originaux ou carrément sous forme de livre-objet. Enfin, il n’a pas hésité à s’immiscer dans les espaces laissés vacants par certains artistes, désireux d’introduire de l’écriture dans leur production picturale, et plus précisément celle de cet auteur, dont il ne faut pas oublier qu’il a  publié, chez Skira, un essai intitulé Les mots dans la peinture.</p><p>L’un de ses derniers textes, puisqu’il nous a quittés en 2016, composé de 12 Poésures  &#8211;  il faut savoir que Michel Butor a toujours tenu compte, dans ses productions, de la valeur sacrée ou symbolique de certains chiffres &#8211; fut destiné donc à Francesca Caruana, catalane d’adoption mais maltaise d’origine bien que née à Casablanca, une ville qui assone bien avec ses nom et prénom.</p><p>L’œuvre de celle-ci est riche d’une polymorphie catégorielle qui la pousse à s’approprier les techniques tant traditionnelles (Peinture, dessin, sculpture…) que celles qui se déterminent comme contemporaines dans la mesure où elle pratique l’installation et le travail directement in situ, débordant sur les murs ou hors des cadres, incluant des matériaux que l’on n’a pas l’habitude de voir dans le domaine des arts plastiques tels des os rongés par l’artiste, des arêtes, des oiseaux, du sel marin, des coquillages, des plumes, des lianes, des bâtons et cannes, bois découpés, lattes, filets  de chanvre bref des matériaux rudimentaires relevant soit d’un emprunt direct à la nature, soit d’une activité humaine qui en dépend. A côté de ces emprunts à l’intemporel l’artiste recourt à l’acrylique ou à la gouache, à diverses mines sur papier sophistiqué, bref aux outils habituels de l’art d’aujourd’hui auxquels viennent s’ajouter des radios découpées et surtout le recours au ready-made, au combine-art, à la bâche ou toile libre qui s’avèrent des conquêtes de la contemporanéité.</p><p>Ces deux aspects créent un lien manifeste entre l’œuvre de Michel Butor et celle de Francesca Caruana : celle de l’écrivain aussi est polymorphe, démarrant par le roman mais faisant éclater ses cadres pour se répandre en Etudes et autres expériences textuelles confinant en une poésie épique et narrative (Mobile), se laissant tenter par une exploration de nos archaïsmes ethnologiques (Les cinq tomes du Génie du lieu), flirtant avec le cinéma (Intervalle), le récit onirique (Matière de rêves), s’essayant à la coopération avec des musiciens (Votre Faust par exemple), glissant petit à petit vers la poésie notamment à partir de la collaboration avec des artistes. Et ceci, tout en assurant une œuvre d’essayiste qui rivalise en volume avec celle de Roland Barthes. L’autre aspect c’est la permanente jonction, chez Butor, entre la conscience de se trouver en première ligne des innovations textuelles les plus audacieuses (ce qui l’éloigna du roman et donc d’un large public. Citons Description de San Marco ou 6810000 litres d’eau par seconde) tout en tenant compte du passé le plus ancestral (les indiens de l’Amérique du Nord, les maoris, les esquimaux du grand Nord etc.). Et tout ce qu’il s’est passé depuis (Grèce antique dans L’emploi du temps, Rome païenne dans La Modification, ensemble de la culture universelle dans Degrés, influences bibliques dans Description de San Marco, importance de la découverte de L’Amérique dans Mobile etc.). La culture des hommes est son royaume.</p><p>Francesca Caruana a inversé les données du problème dans le titre pressenti pour la Médiathèque : Narthex : la peinture dans les mots.</p><p>Pour illustrer l’œuvre de Francesca Caruana, Michel Butor avait donc choisi la poésie : une poésie claire, lisible, recourant à un système strophique et à une versification assez vite identifiable. C’est en gros la structure qui empêche l’imagination de se laisser emporter par la fièvre de l’inspiration, de se disperser à l’infini. Ainsi l’artiste se donne-t-elle aussi des butées : le format du support, les dimensions des toiles ou feuilles, le lieu où elle évolue… Butor va fouiller dans les profondeurs de notre culture pour en ramener des images, un peu comme Francesca Caruana prend dans ses filets un coquillage ou un poisson, une épave ou un oiseau. Troisième point de rapprochement.</p><p> A propos d’oiseau, Butor a beaucoup joué sur son nom d’homme à plumes et censé voler, dans son dialogue radiophonique Réseau Aérien, dans son premier roman Passage de milan, dans des textes moins connus tel Icare à Paris et surtout dans son Histoire extraordinaire, essai sur un rêve de Baudelaire où il insiste sur le nom du père, et sur l’importance que le patronyme peut avoir pour un enfant (Beau de l’air = dandy, albatros, roi de l’azur, prince des nuée, grand voyageur ailé mais inversement raillé au sol, ridiculisé pour sa maladresse, bref  Laid à terre). Le nom Butor, nom d’oiseau est également une insulte qu’il s’est complu à transformer en éloge. On pourrait citer aussi Boomerang entre autres… Ou tout simplement le long poème L’oiseau, dans un volume d’Illustrations, refusé à l’époque par un grand peintre abstrait toujours vivant et qui n’avait pas apprécié qu’on le rapproche de la figuration. L’écrivain s’est à cet égard souvent tenu « à l’écart » de ses confrères mondains. A l’écart, lieu de sa dernière demeure, aujourd’hui transformée en Fondation, du côté de la frontière franco-suisse (et on retrouve La modification) titre attribuée  à l’expo de la Médiathèque.</p><p>L’oiseau voit le monde en tout petit d’en haut et c’est ce survol aérien qu’expérimente typographiquement Butor dans Mobile, texte auquel se réfère ouvertement les  toiles sur plastiques à bulles que Francesca Caruana a réservées pour la Médiathèque. Cet élément protecteur redouble la surface de l’eau dont elle nous sépare et devient, justement, par la décision de l’artiste, une surface à peindre. Il faut rappeler que Mobile, outre la référence à Calder, est dédié à la mémoire de Jackson Pollock, que l’on découvrait en France dans les années 60, sachant que Butor est parti quelques temps habiter aux USA, à Philadelphie dans un premier temps, et qu’il en est revenu avec cette œuvre inédite, inqualifiable d’un point de vue générique et qui marque sa rupture avec le roman. Or Pollock travaille le dripping et marche sur la toile, en tout cas il la surplombe. Il l’aborde d’un point de vue aérien. C’est exactement ce que fait Francesca Caruana avec ses peintures que l’on peut qualifier de all over, rythmant la surface au sol de traces répétitives, de taches insulaires équivalent chez Butor des agglomérats de leitmotive, des répétitions de signes et des blocs typographiques qui caractérisent ses livres depuis Mobile. Il joue bien les beaux de l’air. Encore une point qui les rapproche : Un quatrième. On remarquera combien le corps est sollicité. La référence à Pollock rend évidente cette sollicitation. Le vol surplombant chez Butor (mais aussi les ébats divins présents dans ses poèmes) ; les déplacements personnels et sollicités chez Francesca. Il est inscrit malicieusement dans le titre : Poésures et encore… Que l’on peut lire Et en corps, de manière lacanienne.</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3516 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/FullSizeRender12-183x300.jpg" alt="" width="183" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/FullSizeRender12-183x300.jpg 183w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/FullSizeRender12.jpg 626w" sizes="(max-width: 183px) 100vw, 183px" /></p><p>Francesca Caruana recourt à un matériau moderne, devenu plus ou moins quotidien puisqu’il s’agit de celui que l’on utilise pour les piscines, un plastique à bulles qui a l’avantage de favoriser la fluidité du geste et donc de l’épandage de la couleur. On pense à une peau douce. Cette fluidité est caractéristique de l’écriture butorienne telle que Francesca Caruana a pu la découvrir dans la Modification : longues descriptions, transitions habiles de la sensation à la mémoire ou à l’anticipation, chronologie d’un lieu à l’autre favorisée par le trajet ferroviaire et bien articulée autour du passage des Alpes, partant de la frontière, lieu de La modification du projet envisagé par le protagoniste appelé, à propos d’Alpes (et de point de vue « aérien »), Delmont. Cette fluidité, et c’est notre cinquième point de comparaison, on la retrouve aussi dans la poésie de l’auteur et plus particulièrement dans ces 12 Poésures qui se situent à mille lieues (encore cette distance aérienne) d’une poésie hermétique sur laquelle buterait le lecteur, d’une poésie de l’absence aussi, ou d’une poésie asphyxiée par des blancs insistants et systématiques. Chez Butor, si blancs il y a, ce sont ceux qui entourent la strophe. Les taches récurrentes, quelque peu florales, de Francesca Caruana correspondent sans doute à cette fidélité de l’écrivain aux quatrains, quintils, et autres septains voire douzain (et en penta ou heptasyllabes etc.). Le blanc n’est pas intratextuel. Il rayonne à l’entour comme une mer souligne l’isolement insulaire. Il sera, de toutes façons comblé, ce blanc, par les interventions de l’artiste autour de son texte, un peu comme ce centaure comblé de baisers de muses qu’imagine le poète dans la première de ces douze Poésures : L’antre de la nymphe. Il s’y découvre à la fois Pégase, le cheval volant, Icare, l’homme qui a voulu voler et plus inattendu sirène ce qui n’est pas pour déplaire à notre artiste qui adore mêler l’univers maritime à une symbolique et un mode de suspension (au fil de laiton) aériens.</p><p>Certes, pour Francesca Caruana, il s’agit de gestes. Telle est la base de sa production.  Au commencement était le geste. L’apport de Butor à la réflexion picturale concerne justement l’ajout qu’y font les mots, soit directement soit dans tous les discours qui accompagnent mentalement le regardeur quand il aborde une œuvre peinte (ou une œuvre d’art), soit même dans toutes ces opérations  mentales et verbales, inconscientes souvent, qui se font jour dans l’expérience artistique proprement dite (le choix d’un matériau par ex n’est pas seulement instinctif, le seul fait de se mettre à peindre relève d’une décision qui inclut un minimum de verbalisation…). Butor l’a dit clairement : Toute notre expérience de la peinture comporte une partie verbale. Il s’agit donc de gestes, que l’on a dits fluides. Ils font penser, à cet égard, à des remous, à des essors de vagues, bref à cet univers maritime qui cadre si bien à une artiste ayant vécu autour de/ou dans la Méditerranée. Au-delà des références maritimes dans l’œuvre de Butor (L’embarquement de la reine de Saba, La danse des monstres marins, Le promontoire catalan &#8211; ! -dans L’Horticulteur Itinérant…), ce qui nous importe, et ce  pourrait être un sixième point, c’est l’idée même de mouvement, présent dans quasiment tous les titres butoriens (de Passage de Milan à Gyroscope en passant par La Modification, Mobile &#8211; et Calder, 6810000 litres par seconde &#8211; débit du Niagara- , Transit, Boomerang ou dans tous les poèmes consacrés au très remuant Don Juan…  dans son Anthologie nomade ou l’un de ses premiers textes : Mouvement Brownien). De même la production de Francesca Caruana est très dynamique, ne serait-ce pas que par l’occupation des murs et de l’espace d’exposition où des dessins muraux, souvent prolongeant le cadre, nous faisant passer d’une œuvre à une autre, d’un fragment au suivant. Pour l’expo du Musée Rigaud, Francesca Caruana prévoit d’accompagner chacune des toiles réalisées à partir du poème de Butor d’un papier froissé où se déploie la virtuosité graphique de l’artiste, sa capacité à créer un monde étrange qui relève sans doute du végétal ou de l’artisanal, en tout cas du primitif et surtout de l’onirique. Ce qui n’est guère étonnant quand on sait qu’elle illustre un auteur qui a consacré cinq volumes à des Matière de rêves, à raison de cinq par volume&#8230;<img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3517 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/FullSizeRender5-161x300.jpg" alt="" width="161" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/FullSizeRender5-161x300.jpg 161w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/FullSizeRender5.jpg 548w" sizes="(max-width: 161px) 100vw, 161px" /></p><p>Enfin, ne pas oublier que l’œuvre de Butor a pu être qualifiée d’ouverte, en ce sens qu’elle incite à la participation des lecteurs, re-créateurs. C’est le cas de l’opéra Votre Faust (réalisé avec Henri Pousseur) où le public, l’auditeur, le lecteur, sont amenés à choisir les pistes que pourrait prendre la fiction musicale. Mais c’est surtout le cas de bien des textes de Butor à partir de Mobile (notamment les Illustrations) où il s’agit pour le lecteur de restituer mentalement les systèmes de signes qui lui sont proposés, les blocs signifiants disposés sur la page, une sorte de parole en archipel qui passe par des modulations typographiques, rendant compte de l’intense activité qui sévit sur cet espace gigantesque dont Butor fournit une maquette, à l’instar de certains parcs d’attraction proposant une visite éclair de l’ensemble du territoire américain. Cet esprit d’ouverture, on peut le découvrir selon moi dans certains dessins d’épissure de Francesca Caruana, démesurément agrandis,  et qui se fondent sur une problématique de la rupture. Comme chez Butor, il s’agit de ne jamais enfermer le sens dans une signification unique et univoque. Liberté doit être laissée aux autres d’interprétation. Chez Butor une œuvre a toujours quelque chose d’inachevée. Il n’a volontairement pas terminé la série des Illustrations par ex, préférant en ouvrir de nouvelles. Il sait très bien que le regard qu’il pose sur l’Amérique est relatif, qu’il pourrait être complété, corrigé, modifié (Il le fait dans Bicentenaire Kit, inclus dans Boomerang). Il intitule certains de ses essais Improvisations (Sur Flaubert, Michaux, Rimbaud, Balzac et MB himself !) au grand dam de ses confrères universitaires. Les œuvres de Butor et de Francesca Caruana ne sont pas figées dans une interprétation monolithique. Elles dépendent du contexte spatio-temporel et du regardeur ou lecteur. J’en suis déjà à sept points de conjonction, j’ai envie d’ajouter « ouverte », on pourrait en trouver d’autres notamment sur la relation que les deux créateurs entretiennent avec la nature, omniprésente chez l’une (végétale ou animale surtout) et bien sûr chez l’autre, qu’il glisse dans ses descriptions vues du train dans La Modification ou qu’il égrène les caractères des grands espaces traversés dans Mobile et les cinq volumes de Génie du lieu. La sexualité également, présente dans l’inspiration antique de Michel Butor et dans les dessins pubiens de Francesca Caruana. Enfin, s’il n’est que trop évident que, dans ses variations typographiques, Butor explore les potentialités de l’orthogonalité, l’artiste de son côté est en quête d’un point de jonction entre la mise au sol, horizontale de la toile et son redressement vertical &#8211; dont Freud affirmait qu’il constituait la base de l’accès humain à la civilisation.</p><p>D’autres axes se préciseront quand les toiles travaillées par l’artiste à partir des textes de l’écrivain se découvriront à nous. Ce texte ne vise qu’à ouvrir quelques pistes. C’est au fond ce qu’a cherché toute sa vie Michel Butor. Montrer la voie. Mettre le doigt sur certaines carences qui lui semblaient criardes. Je n’en donnerais pour exemple que l’organisation des Essais de Montaigne, dont il a montré le premier  la parfaite cohésion architecturale, à ne surtout pas toucher, dans son Essai sur les Essais. C’est qu’il s’inscrit dans la grande tradition des humanistes, tel ce grand prédécesseur qui se prénomme comme lui Michel. Et c’est à cet humanisme que s’est rendue sensible Francesca Caruana quand elle lui a demandé ses poèmes qui se révèleront à nous, si les dieux et le coronavirus le permettent,  avec l’émotion posthume que l’on imagine. Toujours est-il que ces deux là, l’artiste et l’écrivain avaient bien des motifs de réalisation commune… Ce qu’il fallait démontrer. J’espère que ce texte y aura contribué.</p><p>Bernard Teulon-Nouailles (Mars 2020).</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3520 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/FullSizeRender6-163x300.jpg" alt="" width="163" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/FullSizeRender6-163x300.jpg 163w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/FullSizeRender6.jpg 557w" sizes="(max-width: 163px) 100vw, 163px" /></p><div> </div><div> </div>								</div>
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		<title>ARTICLES L&#8217;ART VUES AVRIL MAI 2020</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2020/03/22/vu-du-train-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Mar 2020 09:25:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[TEXTES SACRIFIES EN RAISON DU CONFINEMENT DU PRINTEMPS ARTICLES AVRIL BTN Permafrost, au Moco-Panacée, Montpellier Nous vivons une époque de tensions et d’inquiétudes bien résumées par le concept si actuel d’Anthropocène. Les artistes expriment, avec le maximum de conscience possible, leur point de vue sur leur temps. Leurs réalisations, qui certes se limitent au domaine [&#8230;]]]></description>
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									<p>TEXTES SACRIFIES EN RAISON DU CONFINEMENT DU PRINTEMPS</p><p>ARTICLES AVRIL BTN</p><p>Permafrost, au Moco-Panacée, Montpellier</p><p>Nous vivons une époque de tensions et d’inquiétudes bien résumées par le concept si actuel d’Anthropocène. Les artistes expriment, avec le maximum de conscience possible, leur point de vue sur leur temps. Leurs réalisations, qui certes se limitent au domaine esthétique, leur signification dépendant de l’interprétation qu’en fait chacun,  constituent des réponses non conventionnelles ou des prétextes à de nouvelles et brûlantes questions. Ils sont onze, un beau travail d’équipe, dans les locaux restaurés de  l’ancienne école de pharmacie, viennent d’un peu partout dans le monde (Turquie, Danemark, Canada, Royaume Uni, USA, Lituanie, Pérou, Allemagne, France…) et recourent essentiellement à l’installation ou à la vidéo, un peu aussi au dessin. La londonienne Eloïse Hawser met dès l’entrée l’accent sur le recyclage des déchets dans une installation vidéo très dynamique tandis que le sol est jonché de véritables sculptures recyclées dont une sur altuglass avec empreinte de ressort. On ne saurait mieux poser les jalons d’une initiative prospective et d’une démarche impliquée. Dans la même pièce, Dora Budor, crée une atmosphère ouatée en confectionnant des caissons de verre en lesquels les pigments sont régulièrement perturbés par des émanations sonores de fumée. On pense à des paysages désertiques, creusés de cratères, en hommage avoué à Turner. Dans la petite pièce adjacente, un squelette de buffle, d’Ozan Catalan, posé sur un socle de verre et béton, face à deux vidéos documentaires. On ne pouvait mieux souligner les méfaits de l’urbanisation galopante sur les espèces ancestrales. Deux dessins à l’encre sur papier, de Deniz Aktas, d’une précision photographique inouïe, vont un peu dans le même sens : souche tranché net, tuyaux buissonniers. Juste derrière, un mur de pneus comme si notre destin était dorénavant en butte au besoin de déplacement automobile. Le moyen devient l’horizon et l’obstrue. Au sol, des morceaux d’asphalte (de Nina Beier) sur lesquels s’exposent de fragiles barres de chocolat, symboles de notre condition périssable. On change de pièce et c’est le choc : le même artiste revisite Duchamp mais substitue des lavabos en céramique aux urinoirs et leur adjoint de copieux cigares dont on se demande s’ils les sodomisent ou s’ils obstruent le conduit d’évacuation. Ils sont épars dans l’espace et chantent les amours de la nature et des fabrications humaines. L’hybride, les combinaisons contre-nature font partie des préoccupations majeures des artistes de ce début de troisième millénaire. Rochelle, Goldberg n’est pas en reste, qui associe, sous plastique, un matériau aussi résistant et pérenne que le bronze, ou l’or, à de vulgaires légumes, tout en cultivant la terre. On se demande si l’on n’est pas passés dans l’ère des mutations génétiques et contaminations diverses, l’art ayant cette vertu de confondre les règnes (végétal, minéral en l’occurrence).</p><p>Le plus grande espace de la Panacée est bien évidemment le plus spectaculaire : Le duo Parkui Hardware nous plonge dans un univers artificiel, aux formes suspendues, comme descendues des cintres. On pense à des fantômes du futur avec une question troublante sur le statut du corps à venir. Les photocopieuses déjà démodées de Nicolas Lamas, rivalisant avec des bustes antiques font également leur petit effet et rappelle le constant besoin de l’homme à reproduire le réel et la relativité de nos techniques. Ses casques font de nous des robots qui laissent apprécier leurs viscères, les circuits intégrés. Entre les deux, Laure Vigna suspend des haillons de plastique en couleurs à des structures métalliques qui lui fournissent une sorte de métrique. Tout semble récupérable en art, y compris les fragments déchirés. Michel E Smith associe des matériaux improbables (gant de baseball en cuir et un coquillage ; clavier d’ordinateurs et flocons d’avoine) dans l’esprit de produire du sens. Enfin, Max Hooper Schneider nous entraîne dans un univers posthume, ottoman, fantaisiste et carnavalesque, un film d’animation qui incarne les dissensions Esprit/Corps. Un carré de pastèques s’insinue entre nous l’écran, ce qui ne manque pas d’humour distancié. Cette expo se veut ainsi immersive : nous baignons dans des sollicitations diverses de formes et matériaux qui nous plongent dans des problèmes d’actualité sans toutefois quitter le domaine de l’art. Ce dernier assure sa fonction d’éclaireur et de capteur des angoisses d’une époque. BTN</p><p>Jusqu’au 3 mai, 14, rue de l’ancienne école de pharmacie 0499582800*</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3357 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Nina-Beier-La-Panacée-300x231.jpg" alt="" width="300" height="231" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Nina-Beier-La-Panacée-300x231.jpg 300w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Nina-Beier-La-Panacée-768x591.jpg 768w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Nina-Beier-La-Panacée.jpg 1024w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p><p>Au fil de l’abstraction, Musée Soulages, Rodez</p><p>Il suffit de feuilleter les catalogues des grandes tendances de l’art moderne ; et même de la fin du siècle précédent, pour réaliser la part réduite laissée aux femmes comme si l’art avait toujours été une activité noblement masculine. Les choses s’équilibrent et bien des noms sont aujourd’hui réhabilités. C’est un peu la raison d’être de cette exposition, exclusivement féminine, à la fois hommage à la critique Geneviève Bonnefoi, qui vient de décéder, et au maître de Rodez qui du haut de son centenaire a pu assister à l’émergence de la quarantaine d’artistes présentes ici. A commencer par Sonia Delaunay, leur maman à toutes et ses fameux cercles colorés qui définissent l’orphisme, à l’avant-garde déjà dans les années 20 (elle a illustré le Transibérien, de Cendrars, ouvrage qui atteint des cotes inouïes aujourd’hui!). Mais qui ne connaît pas, parmi les passionnés de peinture, les tableaux kafkaïens, labyrinthiques surchargés de traits et cloisonnements de Vieira da Silva, vénérée avec raison au Portugal et très présente dans les musées français. De même, ceux qui savent combien l’expressionisme abstrait, a bouleversé les hiérarchies au profit de l’Amérique, ont sans doute repéré les harmonies lyriques de Joan Mitchell, l’égale des plus grands peintres mâles de sa génération. La sélection, très pointue, met en exergue des individualités moins connues du grand public mais reconnues depuis belle lurette des spécialistes et collectionneurs : je parle de Shirley Jaffé, dans un esprit plus « color-field », plus doux que sa consœur transatlantique (elle a réalisé les vitraux de la Funeraria de Perpignan) ; de Vera Molnar une pionnière des dessins par ordinateur ; de Christine Boumeester que notre Hélène Trintignan a si souvent exposée naguère en sa galerie montpelliéraine (et qui semblait se situer sur la limite sensible séparant abstraction surréaliste et figuration paysagiste), à Pierrette Bloch à qui récemment la galerie municipale des Arts, de Bages (Aude), a rendu hommage, amie d’enfance de Soulages et spécialiste des lavis tachistes sur papier ; Geneviève Asse et ses grandes toiles d’un paysagisme abstrait tirant sur le monochrome et dont le musée Fabre a acquis quelques œuvres, dont ses bleus uniques et distincts d’Yves Klein ; il faudrait y ajouter l’abstraction géométrique d’une Aurélie Nemours ou de Geneviève Claisse ; les éclatements de Judith Reigl, l’impressionnisme abstrait de Shirley Goldfarb tant appréciée de Michel Butor tout comme la  russe Anna Stavitsky… On ne peut les citer toutes. Qu’il me suffise de dire que je n’ai fourni qu’un petit aperçu de ce qui nous attend dans la salle temporaire du musée Soulages, d’autant que je n’ai pas cité les sculptrices, à l’instar de Martha Pan et de ses mâchoires de bois, très suggestives. Suivra une exposition de Fernand Léger, à partir du 13 juin, un peintre engagé, féru de mécanisme et hanté par le rôle de la machine dans nos modes de vie. Un hymne aussi à la production des hommes et aux vertus de la couleur.</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3337 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Christine-Boumeester-Musée-Soulages-300x232.jpeg" alt="" width="300" height="232" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Christine-Boumeester-Musée-Soulages-300x232.jpeg 300w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Christine-Boumeester-Musée-Soulages-768x595.jpeg 768w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Christine-Boumeester-Musée-Soulages.jpeg 1024w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p><p>Ci-dessus Christine Boumeester</p><p>Il serait dommage de ne pas profiter du voyage pour faire un saut au musée Denys Puech (0565778960, place Clémenceau) où la photographe Edith Roux expose des séries diverses témoignant de son intérêt critique pour le rapport de l’homme à son environnement Il s’agit de travaux de Suspensions, de sa rencontre avec les gens du pays ruthénois ou de son regard est sans conteste confraternel (Nous sommes tous des passagers ou passagères), ce qui n’exclut pas la poésie (Les passantes), la nostalgie (Papier peint) ou l’hommage à des références majeures (Blow up). BTN</p><p>Jusqu’au 10 mai, Avenue Victor Hugo, 0565738260</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3359 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Edith_roux-Musée-Denys-Puech-à-Rodez-300x223.jpg" alt="" width="300" height="223" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Edith_roux-Musée-Denys-Puech-à-Rodez-300x223.jpg 300w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Edith_roux-Musée-Denys-Puech-à-Rodez-768x571.jpg 768w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Edith_roux-Musée-Denys-Puech-à-Rodez.jpg 1024w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p><p>L’esprit du lieu, Musée Hyacinthe Rigaud, Perpignan</p><p>Qu’un  musée honore les créateurs de son département d’élection, voilà qui surprend, fait plaisir à tout le monde et permet, par la proximité, des découvertes souvent bien méritées. Les artistes y trouvent leur place dans le paysage contemporain. Le public prend conscience des richesses qui l’entourent et l’on se dit que des disparités, réunies par une même passion, peuvent cohabiter et donner un aperçu de la production locale. Ils sont 20 à représenter les Pyrénées orientales, dont ils ne sont pas tous originaires : Yohn Lee (installation pièces de métal en fusion) est coréen, Brigitte Kulewind (autoportraits repeints sur kraft) d’origine germanique, John Goudie Lynch est écossais (cf. son fou peignant) sans doute le doyen de cette expo … Mais où ils ont choisi d’habiter et surtout de créer. Ils viennent de Rivesaltes (Michel Latte, lequel sonne un aperçu de ses installations in situ) ou de Banuyls (les Jude), de Céret (Capdeville, Arnaudies, Marc Fourquet) ou de Bompas (Domergue), de Torreilles (Michel Fourquet) ou de Saleilles (Francesca Caruana)… Et bien sûr leur production est foncièrement différente. Rien de commun entre la figuration très singulière d’un Lynch par ex et les grands dessins floraux sur papier, de Jacques Capdeville ; entre les femmes peintes par Marc Fourquet dans un esprit très picassien, issu pourtant des années 80, et les ondulations colorées de son homonyme Michel Fourquet qui rend, à sa manière abstraite, un hommage aux ondulations de la mer. La mer, l’inépuisable sujet. Emmanuelle Jude y découvre ses Baigneuses et Albert Woda se plonge en elle à livre ouvert. Patrick Jude s’inspire plutôt du découpage serré des vignes vues du ciel ce qui donne à ses tableaux une apparence de géométrie libre. La nature est également présente dans les bois calcinés, engrillagés, tranchés au mur et jonchant le sol au sol, et aussi les dessins d’arbres de Philippe Domergue, ou dans les constructions puissantes, une sorte d’œuvre au noir, de Sébastien Frère. En fait c’est à des confrontations de styles et techniques différentes que nous sommes conviés. Toutefois, rien ne nous empêche de nous familiariser avec l’univers particulier d’une œuvre qui aurait retenu notre attention par son originalité : Jean-Louis Vila semble renouer avec l’univers de l’enfance, par le biais d’objets colorés, bricolés au bois (train électrique ; combat du monstre ou du héros) ; Francesca Caruana érige une solide girandole faite d’un mât de bois et de tessons de couleurs qui forment comme le squelette de colonne vertébrale; Sa toile, entre ciel et terre, est traitée en remous ondulés ; Thomas Pénanguer propose un cube innervé de lignes lumineuses ; Michel Arnaudies un curieux théâtre autour du thème de la fenêtre, avec collage de dentelles en guise de 3<sup>ème</sup> dimension… L’abstraction n’est pas oubliée ainsi qu’en témoigne la grande toile dans l’escalier de Bernard Bourgeaud. Patrick Loste y ajoute des références personnelles et mythologiques dont il a le secret. Joseph Maureso intrigue avec ses constructions de pierres semblant désigner un illusoire graal, toujours sur tableau, tandis que Roger Cosme Esteve paraît être parti en quête du feu… Il y en a donc un peu pour tous les goûts. Des auteurs ajoutent à cette variété plastique leur plume inspirée… Une expérience que l’on aimerait voir se généraliser dans d’autres musées ou institutions régionales… BTN</p><p>Jusqu’au 10 mai, 21, rue Mailly, 0468061983</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3372 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Philippe-Domergue-Musée-Rigault-218x300.jpg" alt="" width="218" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Philippe-Domergue-Musée-Rigault-218x300.jpg 218w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Philippe-Domergue-Musée-Rigault.jpg 745w" sizes="(max-width: 218px) 100vw, 218px" /></p><p>Philippe Domergue Musée Rigaud</p><p>Eduardo Arroyo, ACMCDM, Perpignan</p><p>Une génération d’artistes ayant marqué les années 60 est en train de disparaître avec le décès d’Eduardo Arroyo (après celui d’Aillaud et Monory) : celle de ces petits cousins européens du pop art américain, réagissant contre la suprématie de la peinture abstraite dans les années 60-70. On parlait alors de figuration narrative, recourant généreusement à des couleurs vives ou systématisés, à un dessin souvent schématique (quand il ne tendait pas vers l’’hyperréalisme) et à un traitement distancié du stupéfiant-image. Il était donc naturel qu’un lieu d’art qui se situe près de la frontière franco-ibérique, et ayant toujours regardé des deux côtés des Pyrénées, s’intéresse à ce madrilène ayant fait sa carrière en France. Cette expo de printemps est assez originale car elle sollicité un troisième pays avec lequel les deux précédents ont quelque accointance, la Belgique et le fameux polyptyque de l’agneau mystique, de Van Eyck, que l’on trouve entre les tours non de Bruges mais de la cathédrale de Gand. Ce retable a servi de modèle à notre artiste qui l’a traduit à la mine de plomb, plutôt qu’à l’huile, et a préféré se contenter du noir et blanc. Il ne s‘agit donc pas d’une copie mais d’une réinterprétation plus intimiste, et surtout très actualisée, du chef d’œuvre. Lunettes, costumes, lectures joyciennes pas très catholiques… la présence de Van Gogh ou d’Oscar Wilde, nous le prouvent et ajoutent de la distance et de l’humour à ce sujet de vénération &#8211; ils ont bien changé au cours des siècles. La surface générale est assez imposante, trente mètres carré, Arroyo ayant conservé le système des panneaux verticaux qui épousent les corps des personnages. Toutefois la partie consacrée à l’agneau mystique, Cordero mistico, est supplantée par des alignements décoratifs de mouches, insectes qui viennent également hanter l’ensemble de ce nouveau retable. L’ensemble de l’expo s’articule autour de cette pièce centrale et se déploie en différents volets. Au demeurant, l’habitacle temporaire de cet ancien garage, est suffisamment spacieux, le lieu est suffisamment ample pour ne pas se limiter  au polyptyque. Partant du principe que l’artiste est un être itinérant, une série intitulée Madrid Paris Madrid présente également un diptyque à l’huile sur toile. On y voit l’artiste croqué selon le style dépouillé du peintre, évoluant sur une sorte de cirque  déserté, aux bandes de couleurs superposées. Arroyo ayant un peu touché à tout, les œuvres sur papier et les multiples occupent le restant de l’exposition. N’oublions pas l’origine ibérique d’Arroyo même si ce dernier avait adopté la culture française ainsi que le prouvent ses portraits de grands écrivains ou penseurs (Montaigne, Descartes, Valéry…), célébrités historiques, (Napoléon) peintres (Toulouse-Lautrec ou son ami Télémaque). Des affiches engagées des années de jeunesse, soixante-huitardes. Des références à la tauromachie ou au flamenco, on n’est pas d’origine espagnole pour rien. Une occasion unique de se familiariser avec cet artiste qui mérite largement d’être découvert par les jeunes générations, pour qui l’image est en quelque sorte naturelle tandis que des artistes lucides mettaient le doigt, des décennies auparavant, sur les incidences qu’elles font subir à notre esprit et à notre vie quotidienne. BTN</p><p>Jusqu’au 31 mai, 3, av. Grande Bretagne, 0468341435</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3369 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Eduardo-ARROYO-ACMCDM-261x300.jpg" alt="" width="261" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Eduardo-ARROYO-ACMCDM-261x300.jpg 261w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Eduardo-ARROYO-ACMCDM-768x883.jpg 768w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Eduardo-ARROYO-ACMCDM.jpg 891w" sizes="(max-width: 261px) 100vw, 261px" /></p><p>L’eau à la bouche, Musée d’Art Moderne de Collioure (PO)</p><p>Un humoriste disait récemment que Collioure, où il venait de s’installer, était le plus beau village de France et qu’il y souhaitait y finir ses jours. C’est dire le charme de ce petit port catalan réputé naguère pour ses anchois et pour ses peintres. On dit que le fauvisme est né dans les parages en la présence de Matisse et Derain au tout début du siècle. Le MAM a pris place en l’ancienne villa Pams, dans un très joli jardin à terrasses, sur une colline qui domine la mer. Depuis son origine, la collection s’est agrandie et compte 1400 pièces dont quelques-unes sont présentées afin de nous mettre l’eau à la bouche, titre de la présente expo. On y retrouve ainsi les gloires du passé et qui ont sublimé ce village de pêcheurs à une époque où il n’était pas la proie des touristes et vacanciers, au tout début du XXème siècle et de la modernité. Ils y ont trouvé une qualité de lumière, une expression vibratoire des couleurs, une géométrisation simplifiée de la forme, qui nous émerveillent encore aujourd’hui. Mais on y trouve également des maîtres moins connus que Matisse et Derain, tel cet Henri de Maistre, davantage tourné vers la spiritualité, ou, plus tard Léopold Survage, exubérant de mouvements dans un esprit néo-cubiste réputé pourtant très intellectuel. Sans doute le passage par Collioure lui inspirait-il la joie de vivre et la merveille de la mobilité corporelle. On pourrait ajouter Augustin Hannicote et sa vision d’une plage animée d’activités ancestrales et marines dans une gigantesque aquarelle sur kraft. On a l’impression d’y être. Quelques autres : Antoine Martinez, François Bernardi, ses pêcheurs, et Ernest Pignon, si décrié à l’époque où la peinture figurative n’était plus en odeur de sainteté. C’est le thème de la mer, pour ce qu’elle représente de richesses d’activité, de communion d’une ville avec son environnement et ses habitants, et aussi parce qu’elle est une source inépuisable d’inspiration pour les peintres. Souvenons-nous des vers du poète : Elle est retrouvée. Quoi ? &#8211; L’éternité. C’est la mer allée Avec le soleil. Mais le musée de Collioure, qui a régulièrement exposé des artistes de qualité (Gauthier…), et créé des ateliers de résidences (Khodja…), c’est aussi un art plus actuel (les toiles sans châssis aux motifs répétitifs de Viallat, le géométrique Georges Ayats) voire carrément contemporain (les portraits photographiques d’Aurore Valade, qui met un sacré désordre explosif dans des intérieurs d’habitants ; la bouée reflétée par des verres emplis d’eau salé dans l’installation d’Amandine Artaud). En passant par des visions originales de cette perle roussillonnaise : les barques et baigneuses de Julien Descossy, les vignes, environnantes, aériennes de Patrick Jude, Tina Gillen qui mêle habilement peinture et photographie, Beatriz Garrigo, également céramiste,  dont l’affiche est une réelle réussite, et enfin les animaux marins, en radios découpées ou des lianes et grillage, de Francesca Caruana. Une plongée donc dans un patrimoine qui mérite largement le détour. BTN</p><p>Jusqu’au 24 mai, 6, route de Port-Vendres, 0468821103</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3362 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Francesca-Caruana-Musée-de-Collioure-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Francesca-Caruana-Musée-de-Collioure-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Francesca-Caruana-Musée-de-Collioure.jpg 768w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><p>Mecaro, Hôtel des Collections, Montpellier</p><p>Après le Japon, la Russie c’est au tour de l’Amazonie de se voir conviée pour la 3<sup>ème</sup> édition de l’Hôtel des Collections, en la personne de la franco-britannique, Catherine Petitgas. Si la Russie reste pour nous attachée à la fin des illusions utopiques, l’Amazonie, et les pays qui lui sont attachés, ne peut se dissocier de l’urgence écologique. La forêt brûle et nous regardons ailleurs, disait un ancien président. On connaît moins, sur le plan artistique ce qui se réalise en Amérique du sud, même si certains noms se détachent, tels celui d’Anna Bella Geiger (ici présente par des portraits en noir et blanc, aux regards obstrués de cartes postales d’indigènes nus), de Teresa Margolles (ces femmes-Sisyphe qui transportent des pierres équivalent à leur poids) ou de Lygia Clark (fin et élégant pliage sur aluminium, des années 60). Plusieurs dizaines d’artistes, dont beaucoup de femmes, sont répartis selon une scénographie subtile, parmi les salles de l’Hôtel, qu’il s’agisse de nous faire découvrir quelques références historiques, de nous faire prendre conscience des mutations urbaines, de nous pousser à contempler la Cosmologie amazonienne ou, last but not the least, de nous plonger dans l’espace dévolu au féminisme tropical. On est donc résolument dépaysés même si des références à une histoire de l’art qui nous est plus familière ne cherchent point à se cacher. L’extraordinaire toile haute en couleurs de Beatriz Milhazes, un véritable carnaval de Rio de mouvements orchestiques, ne cache guère sa dette envers l’orphisme des Delaunay ; Sandra Gamara décline, en modèle réduit, les hommages au carré de Joseph Albers en lesquels elle glisse à la limite du visible des visages de disparus ; le célèbre Ivan Serpa s’inscrit dans une tradition néo-constructiviste, qu’il assouplit et personnalise. En fait, on est engagés dans une diversité de pratiques, couvrant une soixantaine d’années un peu comme dans une jungle qui nécessiterait des repères (L’amusante Jungle Jam, du collectif Chelpa Ferro, est constituée de sacs plastiques colorés qui se mettent à tourner et s’abimer régulièrement). On passe, par exemple, d’une fascinante vidéo sur des fourmis porteuses de drapeaux universels, de Donna Conlon, à la reconstitution d’un véritable salon de coiffure vénézuélien, lieu social par excellence, de Sol Calero. Des objets saisis dans la résine, récupérés pour moulage, de Patricia Camet, ode ironique à la société de consommation, aux fabuleux dessins  au charbon de Nohemi Perez, recelant bien des drames, réalisé dans les années 60 &#8211; car on voyage aussi dans le temps. Ou encore des quinze doigts de bronze, concoctés par Manuela Ribadeneira, polysémiques et tragiques, à ces simples coussins abandonnés, maculés de taches, mais en marbre, de Valeska Soares. On circule de la rutilance la plus extrême (la sculpture molle, organique et végétale de Maria Nepomuceno, les toiles néo pop sursaturées de Luis Zebini), et de l’exotisme le plus revendiqué (Les tas de bonnets péruviens détricotés de Ximena Garrido-Lecca), à la sobriété la plus absolue (l’œuvre au noir, en tissus, de  Tonico Lemos Auad). Dès le début, nous sommes immergés dans un opéra olfactif, visuel et sonore, dans des tons orange empruntés aux abeilles, d’Oswaldo Macia. Inversement, en toute fin de parcours, le visiteur est invité à déguster les sorbets en forme de mains, de visages ou de phallus, du collectif Opavivarai. L’humour n’est d’ailleurs pas exclu : Dan Vo se joue des représentations approximatives de l’anthropophagie sur des vases de faïence ; les organismes péruviens de Garrido-Lecca (années 80 !) ont un air d’hybrides anthropomorphes (métal et terre ou bois) tels qu’ils hantent l’esprit de nos artistes contemporains. Au demeurant, une telle exposition doit se visiter plusieurs fois. Les œuvres les plus discrètes ne sont pas le moins pertinentes. On reste scotchés devant les bandes d’impressions chromogéniques toutes en verdure sur acrylique, de Claudia Jaguaribe, figurant la forêt dans ses rythmes et brisures, rangée comme des livres sur une étagère. Par les artefacts de pierres roulées sous les vents d’Elena Damiani. Ou de ce lever de Mars, en panier de carton et minuscules impressions photos, suspendu par Clarissa Tossin. Les haricots noirs, de Lucia Nogueira, pris dans des mailles de filets métalliques, font leur petit effet. On ne peut tout citer : les boites à coutures locales, alignées par Valeska Soarez, l’expérience interactive et chamanique d’Ernesto Neto, les torsions murales de Sonia Gomez, qui méritent aussi que l’on s’y arrête. On ne saurait tout citer. Une réussite, assurément et qui témoigne de surcroît des goûts sûrs et éclectiques d’une passionnée qui oriente notre curiosité vers un point du globe que nous avons trop tendance à négliger. BTN</p><p>Jusqu’au 31 mai, 13, rue république, 0499582800</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3385 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/IMG_4460-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/IMG_4460-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/IMG_4460-rotated.jpg 480w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><p>Qalqalah, Crac de Sète</p><p>Le sens a repris le dessus en matière d’art contemporain. Quand ce n’est pas le scientifique qui prédomine, c’est l’écologie, le féminisme ailleurs, les revendications partisanes au-delà. Au Crac c’est la langue, on redécouvre à Jacques Derrida, qui se retrouve en pôle position pour tout ce qu’elle révèle d’ambiguïtés, de particularisme, d’idéologies latentes. En témoigne cette nouvelle expo du Frac qui attribue la primauté à l’aspect didactique et documentaire ainsi que le prouvent la présence de collectifs de tous ordres : la structure de production artistique libanaise : Temporaty Platform (qui présente douze coupures de journaux), l’association allemande Man Schenkt keinen hund, qui nous offre un panel d’ouvrages pédagogiques destinés aux migrants, le trio Fehras Publishing practices qui se livre à un travail comparatif des couvertures de catalogues d’expo en arabe et en anglais ; ou surtout l’Institute for incongruous translation qui couronne la dernière salle d’installations circulaires qui interroge un manuel scolaire selon qu’il est soumis au contexte culturel qui entoure l’usage d’une langue (en l’occurrence le farsi et l’anglais). L’expo se visite de droite à gauche ce qui est assez démontrer l’orientation ambulatoire ou plutôt sa désoccidentalisation. Le désigner marocain Montasser Drissi scande d’ailleurs le parcours linguistique d’une proposition graphique systématique et régulée faite de lettres de vocables et de citations en arabe et latin d’une part, en anglais, arabe et  français de l’autre. Les œuvres exposées, celles qui mettent le caractère artistique en exergue sont donc toutes liées à ces problématiques diverses inspirées par la langue qu’il s’agisse de l’anagramme, du rébus, des problèmes aigus que pose la traduction ou des modifications de sens autorisées par une inflexion vocalique. La canadienne Serena Lee a conçu un work shop en demandant à des participants de confectionner en pâte à sel et ainsi de donner consistance à leurs mots préférés. On peut voir sur une table les objets réalisés ainsi que diverses vidéos interrogeant l’attribution fictive, dans le futur, d’une seconde langue arbitraire et native. La vidéo se taille d’ailleurs la part du lion, celle que propose la cinéaste londonienne Sophia Al Maria qui confie ses choix personnels ou fantasmes obsessionnels en mêlant ce qu’elle nomme des pétroglyphes à des images de corps masculin, nu et dansant. L’atmosphère est manifestement poétique. Beaucoup plus drôle, l’entretien du niçois Benoït Grimalt avec sa mémé et son tonton sur ce qu’ils ont retenu de milliers d’heures de visionnage des Feux de l’amour. Ce que l’on a ressenti est décidément difficile à traduire par le canal des mots. Le mexicain Vir Andres Hera filme quant à lui des processions religieuses en Andalousie conjuguées à la lecture d’un poème du 17<sup>ème</sup> siècle, translittéré pour l’occasion.  Et puis il ya ce fameux karaoké, imaginé par le groupe Fehras, à partir de mélodies célèbres mis avec des paroles réécrites pour l’occasion dans l’inclination militante qui sous-tend leur démarche. Il nous reste à parler de l’œuvre photographique à la fois émouvante et réussie de la lilloise Wiame Haddad en argentique. Il s’agit d’objets assez émouvants, réalisés par les prisonniers de la monarchie marocaine précédente, sur fond blanc pour mieux les mettre en valeur. Et par ailleurs de moulages de membres de certaines de ces personnes incarcérées, ce qui suppose évidemment une certaine confiance entretenue à force d’intimité linguistique. Mounira Al Sohl installe de lourds patchworks calligraphiques en jouant sur des anagrammes. Enfin la néerlandaise Ceel Mogami de Haas réalise d’amusants et poétiques rébus sur poudre de marbre. Cette exposition pousse bien évidemment à la réflexion. Elle n’est pas facile d’accès mais on peut toujours compter avec la motivation, l’enthousiasme et les compétences des médiateurs, indispensables pour traduire non seulement les langues ais les idées. BTN</p><p>Jusqu’au 24 mai, 26, quai aspirant Herber 0467749437</p><p>Les couleurs de la lumière, Ancien évêché, Uzès (30700)</p><p>Après Malévich et le suprématisme, Mondrian et De Stilj, plus récemment avec la commémoration du Bauhaus (La Serre), l’association Art Architecture et territoire poursuit son exploration historique d’une certaine abstraction en se référant cette fois à la pointe extatique de l’expressionnisme abstrait, à travers l’expérience de Mark Rothko (dont on fête le cinquantenaire de la disparition). L’œuvre de ce peintre incontournable a quelque chose à la fois de mystérieux et de mystique, en tout cas qui relève de la contemplation. Ce n’est pas pour rien si Michel Butor a consacré l’un des essais de ses <u>Répertoire</u>(s) aux « mosquées de New York ou l’art de Mark Rothko ». Pour l’auteur de <u>La Modification</u>, ce dernier répond à une ville encombrée, en laquelle sa peinture introduit un espace vide où l’esprit trouve le repos nécessaire à son activité, une sorte de lieu d’aération, de purification. En ce sens, on peut parler d’utopie, « Abstractions utopiques » s’avérant le sous-titre de l’exposition, dont la galerie Blue square Washington est partie prenante. Rothko, c’est le all over sur le tableau, le color-field sur sa surface, des prolongements mentaux autour de lui. Pour honorer ce grand coloriste, les commissaires ont choisi trois hommes et une femme : un enfant du pays, Pascal Fancony, l’infatigable maître d’œuvre de l’association, et peintre lui-même… et trois artistes internationaux : le japonais Go Segawa, adopté par l’hexagone, Yves Ullens qui nous vient de Belgique, l’américaine Julie Wolfe pour finir en beauté. Au demeurant, si Fancony demeure fidèle à la peinture (quoique ne négligeant pas l’estampe ni le recours ponctuel au néon coloré), Segawa conçoit plutôt ses œuvres dans la tridimensionnalité ; Ullens de concentre sur le support photographique et Julie Wolfe, entre autres, sur l’objet récupéré, tels ces livres empilés dont elle présente la tranche et par là même une superposition délicate de couleurs. Car l’abstraction peut provenir de l’observation de la réalité. Julie Wolfe ne s’en prive pas, qui voue un véritable culte à la nature, le ciel, ses nuages d’un côté, le plus modeste végétal de l’autre. Ullens parcourt les villes à la recherche de signes abstraits, sur les murs ou le sol, ou d’effets de lumière inédits, parfois un simple détail. Partant de l’idée que la lumière est invisible, il en tire la conclusion que seule la couleur nous la rend concrète. Le résultat est étonnant : soit on a affaire à des plages de nuances mono ou bichromes, soit il s’agit d’expériences originales qui flirtent avec le op art d’un Vasarely. Segawa recourt plutôt à une géométrie dans l’espace qui oblige à des déplacements subtil autour de l’œuvre. La structure, transparente, recèle en effet, comme une forme pure flottant au sein d’une forêt, une forme stable qui diffuse sa couleur, tel un noyau au sein d’un coffre, ou un graal idéal au cœur du labyrinthe. Parfois il s’agit d’une ligne, incurvée, et qui finit par définir un volume également flottant Pascal Fancony demeure, quant à lui fidèle à la couleur, à laquelle il associe très souvent la géométrie. Il faut bien un contenant ou une forme à l’impalpable. Il privilégie les primaires, les supports divers tout comme la surface se prêtant à de multiples variations. Pour l’exposition à l’Ancien évêché, il propose des tableaux ou installations les plus contemplatives c&rsquo;est-à-dire les plus proches de cet art abstrait et américain des années 50-60 et qui fait référence encore aujourd’hui. Chez Rothko elle se double d’une dimension d’ordre spirituelle que recherche et ne renie pas l’artiste, et qui complète sa science, ou plutôt sa physique, des couleurs. L’ancien évêché était le lieu parfait pour accueillir ces couleurs de la lumière, surtout quand on sait que Michel Butor définissait la surface peinte par Rothko comme un équivalent peint du lieu idéal, contredisant le bruit et la fureur à l’entour. BTN</p><p>Du 6 au 31 mai, 1 place de l’évêché, 0613175162 (puis Septembre-octobre au Réservoir avant un voyage en Lettonie).</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3379 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Yves-Ullens-à-Uzès-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Yves-Ullens-à-Uzès-200x300.jpg 200w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Yves-Ullens-à-Uzès.jpg 683w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></p><p>Mondo Dernier Cri, au Miam (Sète)</p><p>Incroyable ce que ce petit port de plaisance et de pêche peut s’avérer, en toutes circonstances, sous les feux de l’actualité artistique. On en finit par se demander si  l’île singulière ne détient pas le record du nombre d’artistes au mètre carré. Aussi l’expo actuelle du Miam, Le dernier cri, lui va-t-elle comme un gant, si l’on se réfère à l’acception la plus usuelle de cette expression : à la pointe, qui n’est pas toujours courte. En fait, il s’agit d’honorer un atelier marseillais de sérigraphie, friche Belle de mai,  dont on réalise, depuis 26 ans, l’incroyable prodigalité. Autant dire que l’on en prend plein les yeux, d’affiches en ouvrages et de papiers découpés à la mexicaine en pochettes de vinyles ou jeux de cartes. Une explosion de couleurs, de traits, et bien sûr d’images sur des thèmes universels et qui incarnent bien le genre humain tel qu’on peut le définir aujourd’hui : violence, sexe (une salle lui est réservé mais il est omniprésent dans l’exposition), créatures cauchemardesques traduisant sans doute une fascination/répulsion pour l’horrible, politique et religion dans leurs aspects les plus angoissants, intérêt pour l’hybride et le zoomorphisme animal, pour le corps dans sa partie organique et charnelle, la mort évidemment, cet autre dernier cri… Et la distance, l’ironie, l’humour, cerises sur le gâteau…</p><p>Ajoutons à cela que Le denier cri ne s’est pas contenté de livrer ses tirages rutilants et ses expériences livresques d’une très grande variété : il a invité des confrères d’un peu tous les pays : d’Amérique du Nord ou du Sud au cœur de l’Europe (de tous les points cardinaux) en passant par la Turquie ou le Japon et même la Grande Bretagne ou la Finlande. Le parti pris est celui de la pléthore. Il y a déjà beaucoup d’images dans le monde et cette exposition ne le nie pas. Elle en offre un condensé, une sorte de mise en abyme, en mettant en exergue un style décoincé, sans complexes, et qui ne fait pas dans la sobriété. Le risque était que le spectateur se perde un peu même si, après tout, un chat peut toujours, avec un peu de patience et de volonté, retrouver ses petits, en l’occurrence l’image rare, cette qui fait tilt, que l’on a envie d’adopter. Toujours est-il que le scénographe et animateur du Dernier cri, Pakito Bolino, a su éviter l’engloutissement dans un trop plein de propositions graphiques de plusieurs manières : d’une part en jouant sur les deux espaces, le rez-de-chaussée s’avérant plutôt lié aux tirages multiples, l’étage plutôt aux vitrines dévolues aux livres. D’autre part en compartimentant l’espace en autant de box qui invitent à se familiariser avec la production de  tel ou tel pays avec lequel LDC entretient des rapports confraternels. Ce découpage spatial produit une respiration, un rythme proposé, une prosodie qui permet de ne point s’égarer le corps ni le regard. Enfin, un certain nombre de pauses sont prévues, qui permettent au visiteur de souffler entre deux rafales d’images. Ce sont avant tout les films d’animation qui focalisent en effet le regard et forcent à l’arrêt temporaire. En quelque sorte, l’image en mouvement nous repose du mouvement vers les images. Et aussi un certain nombre de personnages, parfois des objets, appelons-les sculpturaux, tout droit sortis de l’univers fictif qui nous entoure, et qui viennent attribuer du relief à l’imaginaire déferlant. Sur le mur qui relie le bas à l’étage des affiches, en taille graduelle, sagement alignées, donnent un aperçu de la production sérigraphique internationale réalisée par LDC.</p><p>Il ne faut pas oublier le hall d’accueil, qui nous plonge dans l’ambiance avec une fresque et un patchwork en guise de rideaux ou tentures mais surtout une presse qui permet de comprendre le processus de fabrication. Puisqu’il s’agit de multiples, on se destine au plus grand nombre, plus en rapport avec l’universel donc. Et comme le multiple paraît bien plus humble que ses parents riches que sont la peinture ou même la gravure, il correspond bien à la vocation modeste du Miam. BTN</p><p>Jusqu’au 28 septembre, 23, quai maréchal de Lattre de Tassigny, 0499047644</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3378 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Dernier-Cri-au-Miam-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Dernier-Cri-au-Miam-200x300.jpg 200w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Dernier-Cri-au-Miam.jpg 683w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></p><p>Nairy Baghramian au Carré d’art (Nîmes)</p><p>D’origine iranienne, mais vivant à Berlin, Nairy Baghramian fait partie de ces artistes en voie de redéfinir la notion même de sculpture. Elle procède par assemblage de matériaux divers, empruntés à l’environnement quotidien (verre, aluminium, bois ciré, acier, silicone, voire résine…), auxquels l’artiste attribue un statut d’objet qui dès lors adopte une apparence inattendue. On pense à une décoration intérieure, influencée par le design, mais qui s’émanciperait de ses objectifs fonctionnels. Comme si les objets nous jouaient la comédie où chacun tiendrait un rôle, incarnerait un personnage. En fait, la sculpture de Nairy Baghramian ne se conçoit pas sans sa relation particulière à l’architecture des lieux qu’elle occupe ou qui la reçoit. C’est particulièrement vrai au Carré d’art où elle se sert, à son accoutumée, du sol comme d’un socle, sans pour autant négliger les murs (cette rampe en laiton rythmée par des cornières en alu, coulé et peint en bleu), le plafond d’où émanent de curieuses suspensions, ni aussi les passages &#8211; telle cette porte rebaptisée bouche ou gueule (Big mouth). Même si l’essentiel de l’espace est occupé par des assemblages familiers, l’artiste privilégie les marges et couloirs habituellement non utilisés. Ainsi entend-elle dialoguer avec l’architecture du  lieu. En fait son art semble à la fois émaner d’une revendication féminine (« Jupon suspendu »), de la chorégraphie, en ce sens que les objets sont dynamisés par leur disposition dans l’espace, et d’un rapport étroit avec le corps, constamment sollicité puisque bien des œuvres invitent le visiteur au déplacement (« Marée basse », où des sortes de chéneaux de verre et métal zingué, reliés au sol, serpente entre deux salles.). On est souvent dans l’allusion, à tel objet du quotidien (une lampe, un fauteuil, une applique), parfois utilisé à d’autres fins (tel ce miroir qui réfléchit et prolonge l’espace). Certaines constructions suscitent un sentiment de fragilité (« As long as it lasts », est constitué de résine en forme d’échelle, ou de grue, mise à l’horizontale à partir du haut d’un mur, et retenu au sol par de minces tiges d’acier lestées par un minuscule poids). Fragilité qui représente bien notre existence, ce qui est normal puisque l’on sait que chaque installation est temporaire : elle ne dure que le temps d’une exposition. L’artiste pose ainsi la question de la condition humaine mais déplacée sur les objets. Des sortes de prothèses ou tuteurs maintiennent parfois l’équilibre dans des assemblages aux multiples textures et couleurs nommés Maintainers. Pour cette artiste qui, plus que tout autre, tient compte du lieu qui l’accueille, il est évident que le sens se détermine une fois l’installation parachevée. On sait qu’il y aura des dessins préparatoires et surtout des photos, des portraits de cheminées fumantes en noir et blanc. Nous y reviendrons donc plus en détail.</p><p>On peut également profiter de l’expo temporaire pour parcourir les collections, dont l’accrochage a été singulièrement modifié dernièrement, avec en particulier un hommage au sculpteur de Supports-Surfaces Toni Grand, à la « trans avant-garde » rimbaldienne d’Enzo Cucchi et à quelques nouvelles acquisitions remarquables (Immense Scène nocturne de Stan Douglas, installation murale de Guillaume Leblon, des images suspendues de Latoya Ruby Frazier, une série de photos critiques d’Yto Barrada, des sculptures hybrides de Julien Creuzet…). Dans la partie de Carré d’art intitulée Project room, on peut aussi s’intéresser au travail et à la trajectoire sur jeans Denim, d’Ettore Favini autour du thème de la mer Méditerranée (jusqu’au 7 juin), en usant de fil et aiguille et en niant les frontières entre individuel et collectif. BTN</p><p>Jusqu’au 20 sept, Place de la maison carrée, 0466763570</p><figure id="attachment_3365" aria-describedby="caption-attachment-3365" style="width: 275px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3365" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Nelly-Baghramian-à-Carré-dart-275x300.jpg" alt="" width="275" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Nelly-Baghramian-à-Carré-dart-275x300.jpg 275w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Nelly-Baghramian-à-Carré-dart-768x839.jpg 768w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Nelly-Baghramian-à-Carré-dart.jpg 937w" sizes="(max-width: 275px) 100vw, 275px" /><figcaption id="caption-attachment-3365" class="wp-caption-text">Artist: Nairy Baghramian</figcaption></figure><p>Sur les pas de Samba Diallo, Maison Salvan, Labège (31)</p><p>On le sait depuis quelques temps : l’art est de plus en plus impliqué par le monde qui nous entoure, ses problèmes et son avenir. L’Afrique en fait partie et e n’est pas par hasard si un partenariat a été scellé entre la banlieue toulousaine et Dakar. On peut y voir au moins trois points d’intérêt : d’abord, et c’ est l’un des enjeux d’une telle initiative, la relecture de l’un des chefs d’œuvre de la littérature africaine, porteuse de sens pour des milliers de ces enfants qui sont l’avenir du monde ; ensuite la mise en exergue d’un continent qui, à l’instar de la Chine aujourd’hui, pourrait devenir l’un des points de fixation de l’art de demain ; enfin la question des nécessités et dilemmes migratoires. La traduction dans le champ des arts plastiques de ces trois axes tombe évidement sous le sens. « L’aventure ambiguë », de Cheikh Amadou Kane, pose la question de la relation complexe et problématique qu’un jeune sénégalais a dû entretenir avec la culture des blancs pour trouver sa voie. Au-delà de son caractère de roman initiatique, qui se termine en tragédie (le fondamentalisme, déjà !) et de la réussite, sociale et littéraire, ultérieure de son auteur, se pose la question du métissage culturel, de la formation d’une identité forcément divisée et de la nécessité migratoire, problème d’une actualité brûlante. La galerie Le Manège de Dakar et la Maison Salvan ont donc demandé à cinq artistes en résidence, des deux continents impliqués, de travailler sur leur lecture et interprétation d’un tel roman, étudié dans pas mal d’écoles sénégalaises. Samba Diallo, d’une tribu de peuls, dont on est invités à suivre les pas, est le héros du livre. Sophie Bacquié, plutôt axée sur une peinture qui se réfère au réel de manière originale et synthétique,  est toulousaine, et Laura Freeth, landaise (cf. aussi Espace Ecureuil à Toulouse), plutôt intéressée par des matériaux urbains, ont mis leur énergie en commun, l’allusion au texte référent assurant le rait d’union. Côté africain, trois intervenants, Kan Si, l’artiste multidimensionnel Babacar Mbyaye Diouf et le peintre des villes Ndoye Douts. Ceux-ci ont prévu deux types d’intervention : l’une plutôt graphique, conçue comme un rayonnement ou une propagation et qui demande à être perçue globalement puis dans le détail ; l’autre conçue comme une installation mettant en exergue le thème de l’enfance, en tant qu’il est porteur de tous les espoirs, également de tous les doutes et soumis au contexte souvent fait de frictions. Les deux françaises ont repris entre autres la technique autochtone du « souwère » (en gros technique d’une peinture sur verre, avec thèmes imposés et quelque peu bruts) tout en prévoyant des temps de pause et de narration concrétisés par des bancs. Les images se joignent au matériau contrasté et renvoient aux archétypes présents dans le livre (Le Chef, le fou, le Maître etc.). Les deux comparses se sont intéressés aussi aux contradictions qui caractérisent la ville, entre plateau et Médina, et qui sont un équivalent plastique de celles soulevées dans le livre (verre et béton par ex). La modernité n’est pas oubliée ainsi que le prouvent ce monument pour des Smartphones, alignés comme des stèles sacrées dont la vulnérabilité est rappelée par les vitres cassées. L’artiste polyvalent San Ki traduit cette fragilité en érigeant des manuels estampillés d’un pas d’homme sur des livres maintenus en équilibre sur des roseaux. Douts, l’artiste citadin, a peint sur fond noir sa représentation de la ville, comme un dessin à la craie sur un tableau scolaire justement sauf qu’il a choisi d’en couvrir le mut. Mbyaye Diouf accumule des lignes d’écriture jusqu’à saturation rouge ce qui nous fait penser à une ville surpeuplée à étages ou terrasse. Enfin, cette cassette vidée de son contenu, exhibée par Kan-Si, mais où se profile le nom d’un instrument traditionnel de musique, pourrait signifier que partir à la conquête du monde nous enrichit au moins autant qu’elle nous fait oublier nos racines et les archétypes qui nous ont formés. On est bien encore et toujours, dans le dilemme. Et aussi dans l’espoir puisque le xalam pourrait tout aussi bien conquérir le monde… BTN</p><p>Du 14 mai au 20 juin, 1, rue de l’ancien château, 0562248655</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3364 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Sophie-Bacquié-et-Laura-Freeth-à-la-Maison-Salvan-300x169.jpg" alt="" width="300" height="169" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Sophie-Bacquié-et-Laura-Freeth-à-la-Maison-Salvan-300x169.jpg 300w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Sophie-Bacquié-et-Laura-Freeth-à-la-Maison-Salvan-768x432.jpg 768w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Sophie-Bacquié-et-Laura-Freeth-à-la-Maison-Salvan.jpg 1024w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /> </p><p>Jean-Luc Parant, au Réservoir (Sète)</p><p><strong>Le monde de chacun c’est ce qui fait le monde de tous</strong></p><p><em>Jean-Luc Parant, a récemment entrepris, avec Robert Combas, un travail à quatre mains présenté notamment cet hiver à la galerie Pierre-Alain Challier à Paris. Alors qu’il est attendu début Juin au Réservoir, où il œuvrera avec Pierre Tiilman ou Fred Hoyer, ainsi que pour un événement surprise dont les sétois ont le secret, nous lui avons demandé ce que lui apportait ce travail de collaboration avec notre illustre sétois. Il nous a répondu à son accoutumée, et nous l’en remercions, avec son style inimitable et la cosmogonie poétique singulière qui le caractérise… (BTN).</em></p><p>Jean-Luc Parant : À deux, nous n’avons pas seulement deux mains et deux yeux, nous avons quatre mains et quatre yeux. Avec l’autre, nous retrouvons et le jour et la nuit, et la nuit et le jour. Nous retrouvons nos deux mains les yeux ouverts et nos deux mains les yeux fermés. Sans même ouvrir et fermer les yeux, nous retrouvons avec lui nos deux yeux ouverts et nos deux yeux fermés, notre main gauche les yeux ouverts et notre main droite les yeux fermés. Notre main gauche les yeux fermés et notre main droite les yeux ouverts. Nous retrouvons les mains et les yeux avec lesquels nous n’avons jamais touché ni jamais vu.</p><p>À deux, nous n’avons pas seulement deux mains et deux yeux, nous n’avons pas seulement deux mains les yeux ouverts et deux mains les yeux fermés, nous n’avons pas que quatre mains. Nous avons huit mains : deux mains gauche les yeux ouverts et deux mains gauche les yeux fermés, mais aussi deux mains droite les yeux ouverts et deux mains droite les yeux fermés. Si tout seul nous avons chacun quatre yeux : deux yeux les yeux ouverts et deux yeux les yeux fermés, nous avons à deux huit yeux qui ne s’ouvrent et ne se ferment jamais en même temps, comme si la terre ne tournait pas à la même vitesse pour chacun de nous. Comme si, chacun, nous n’avions pas la même nuit ni le même jour au même moment.</p><p>Avec les yeux de Robert Combas, je vois d’un autre angle de vue, je vois d’où je n’ai jamais vu. Je vois à partir de là où il est et pas seulement d’où je suis. Je vois le monde deux fois. Le soleil est double, tout est double comme les deux yeux et les deux mains, comme les deux pieds et les deux jambes, pour voir et toucher plus grand et avancer plus loin, et pouvoir couvrir et découvrir avec nos mains les deux soleils qui nous éteignent et nous éclairent à la fois.</p><p>Avec les mains de Robert Combas, je touche ce qu’il touche, je recouvre ce qu’il a recouvert, je touche ce qu’il a touché. Nous touchons ensemble ce que chacun touche et nous voyons ce que chacun ne voit pas. Créer ensemble nous rapproche et nous éloigne, nous sommes en mouvement, nous avançons et nous reculons, nous pouvons nous accoupler avec tout ce que nous touchons et tout ce que nous voyons. Nous sommes vivants.</p><p>Entrer dans les traits tracés par Robert Combas, c’est pouvoir entrer dans sa main et dans ses yeux qui les ont tracés, c’est laisser mes empreintes tout autour des siennes. C’est marquer notre passage ici sur la terre, notre passage dans le même temps, dans la même partie infime du temps sans fin. C’est inscrire maintenant pour toujours les mouvements de notre corps vivant, qui respire et souffle, qui pense et s’envole.</p><p>Je vois ce que je vois parce que je ne suis pas seul à voir, sinon je ne verrais pas d’un autre endroit que de celui où je suis. Je ne verrais pas plus qu’un filet de lumière qui n’éclairerait qu’un espace infime car je ne vois pas, nous voyons. Nous sommes aveugles sans les yeux de l’autre. L’autre voit tout ce que je ne vois pas de moi-même. Il voit ma face et mon dos que je ne vois pas. Il me voit tout entier alors que je ne me vois qu’en partie, partie par partie. Je suis dans la nuit, mais avec Robert Combas je suis dans le jour.</p><p>Je vois avec les yeux de Robert Combas ce que je ne vois pas avec mes yeux, et il voit avec les miens ce qu’il ne voit pas avec les siens. Nous voyons chacun ce que l’autre ne voit pas. Comme, si chacun voyait ce que chacun voit, nous ne verrions pas, mais nous ne penserions pas non plus. Car nous pensons pour voir ce que personne d’autre ne voit, pour que nous puissions partir très loin même sans bouger, et migrer partout à partir de notre propre tête.</p><p>La naissance d’un homme ce n’est pas seulement l’apparition d’une personne, c’est aussi l’apparition d’une nouvelle vision du monde. Ce monde que nous voyons chacun comme personne ne l’a jamais vu et ne le verra jamais.</p><p>Créer avec Robert Combas c’est comme renaître avec d’autres yeux et d’autres mains, c’est faire exister en moi celui qui a vu et touché ce que je n’ai moi-même jamais vu ni jamais touché. Comme si je voyais et que je touchais alors un monde que je ne connaissais pas, un monde qui était le monde, pas plus éloigné de moi que les œuvres de Robert Combas le sont sous mes yeux et sous mes mains. Car le monde de chacun c’est ce qui fait le monde de tous.</p><p>Juin-juillet 2020, 45 quai du Bosc, 0467193904</p><p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3351 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Robert-Combas-et-Jean-Luc-Parant-La-chimère-jaune-aux-cheveux-rouges-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Robert-Combas-et-Jean-Luc-Parant-La-chimère-jaune-aux-cheveux-rouges-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Robert-Combas-et-Jean-Luc-Parant-La-chimère-jaune-aux-cheveux-rouges.jpg 767w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p><p><strong>Claude Viallat est indissociable du groupe, éphémère, qui a, dans les années 70, acquis une notoriété nationale et qui est en grande partie, constitué de membres vivant ou ayant vécu dans notre région, et plus généralement sur les bords de la Méditerranée. Nous l’avons interrogé sur la naissance de Supports-Surfaces…</strong></p><p><strong>ENTRETIEN AVEC CLAUDE VIALLAT (par BTN)</strong></p><p><strong>Dans quelle mesure peut-on, selon vous, affirmer que le mouvement Supports-Surfaces est né dans notre région ?</strong></p><p><em>Je pense que c’est parce que les moments importants se sont tous passés dans la région, avant l’exposition du Musée d’art moderne de la ville de Paris, </em><em>l&rsquo;ARC</em><em>, en 70, qui s’est intitulée pour la première fois Suppor</em><em>ts/Su</em><em>rfaces. Il y a eu douze expos en extérieur à Aubais, Maguelone, Le Boulou, Banyuls, Céret, Perpignan, les </em><em>autres</em><em> se déroulant du côté de Nice. La plupart des protagonistes aussi étaient de la région s’étaient rencontrés aux Bea</em><em>ux-Ar</em><em>ts (Montpellier, Perpignan, Nice). A part Pincemin, ils provenaient tous du sud, des bords de la Méditerranée. Ceci dit, si le nom de Suppor</em><em>ts/Su</em><em>rfaces est né entre Montpellier et Nîmes,  il y avait eu tout de même des expositions importantes, un peu avant, dans la région niçoise, notamment celle de Coaraze à laquelle participait Pages, qui venait de Montauban avant de s’installer sur la Côte d’azur. Valensi a tout filmé, il a participé à toutes les expos d’été. Nice a été important aussi d’autant que Saytour en était originaire, tout comme Dolla.</em></p><p><strong>Quelle est exactement le lieu de naissance de l’appellation Suppor</strong><strong><em>ts/Su</em></strong><strong>rfaces et pourquoi l’avoir retenue ?</strong></p><p><em>La réunion qui a décidée de ce nom s’est tenue à Aubais, au Notariat </em><em>de mon père</em><em>. Le choix en a été effectué à la suite d’une discussion à laquelle participait Dezeuze, Saytour, Bioulès et moi. Le directeur du MAM, Pierre Gaudibert nous avait demandé un titre pour la fameuse expo de l’été 1970. C’est Bioulès qui a amené le nom de Supports-Surfaces, qui nous est apparu comme le plus consensuel. Dans les faits le nom a été mis au pluriel par les méridionaux, au singulier par les parisiens, Cane et Devade. Dezeuze se situait entre les deux. Il fut d’ailleurs un cas particulier dans la mesure où il m’avait laissé des pièces, des lattes de bois et treillis, pour les expositions mais il se trouvait alors </em><em>au</em><em> Canada et n’a pas dû voir ces douze expos.</em></p><p><em>Pour le nom même de Suppor</em><em>ts/Sur</em><em>faces, on s’était rendu compte que l’Histoire de la Peinture s’était concentrée sur la surface de la toile et non sur la mécanique qui la portait. Or c’est  la constitution et la déconstruction du tableau, une toile sur un châssis, qui nous préoccupait. Dezeuze travaillait le châssis sans la toile, moi je travaillais la toile sans le châssis, Saytour l’image du châssis sur la toile, par le fait de plier la toile et de peindre les plis… Pour l’Arc il y avait, outre les quatre déjà cités, Dolla, Valensi (deux de mes anciens étudiants niçois, ce qui me gênait beaucoup), et Devade (toulonnais, adopté par Paris). La présence de Devade, qu’avait rencontré Dezeuze, renforçait la position de Bioulès qui privilégiait le traitement de la couleur sur la surface. Ils travaillaient tous deux sur une  toile tendue sur châssis, volontairement. Les autres membres du groupe travaillaient plutôt sur les éléments constitutifs du tableau, du moins les peintres : la toile sans châssis, le châssis sans la toile, le pliage, le froissage, le débordement sur le sol, la répétition d’une forme, l’allongement ou le rétrécissement du support, le collage, l’envers et l’endroit de la toile etc.</em></p><p><strong>Que peut apporter aux nouvelles générations l’existence d’un tel mouvement ?</strong></p><p><em>Les peintres ne peuvent plus ignorer qu’il y a une mécanique sous leur peinture. Autrefois on n’en tenait pas compte puisque on œuvrait sur la surface idéale. </em><em>D</em><em>es artistes américains reprennent actuellement les relati</em><em>ons</em><em> entre châssis et toile, matériaux dur/souples et tous les problèmes soulevés. Peut-être notre mouvement est-il le dernier à se présenter de manière cohérente. Nous avons beaucoup écrit et théorisé à l’époque. Ceci dit le caractère politique du mouvement était plus lié aux artistes résidant à Paris, autour de Tel Quel, qu’à ceux de la région.</em></p><p><strong> <img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3348 aligncenter" src="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Claude-Viallat-dans-son-atelier-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" srcset="https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Claude-Viallat-dans-son-atelier-225x300.jpg 225w, https://bernard-teulon-nouailles.fr/wp-content/uploads/2020/03/Claude-Viallat-dans-son-atelier-rotated.jpg 480w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></strong></p><p><strong> </strong></p><p> </p><p> </p><p> </p><p> </p><p style="text-align: center;"> </p>								</div>
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		<title>TJEERD ALKEMA : textes BTN de 1978 à 2020</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2020/02/02/les-volumes-chez-viallat-et-clement-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Feb 2020 09:46:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[ TJEERD ALKEMA (par BTN) (Extraits de textes publiés ça et là depuis 1980) Acte 1) De la sculpture comme parcours (catalogue Medamothi 79-80) Cela fait plus de 15 ans que Tjeerd Alkema, grand voyageur devant l’éternel, traîne sa paisible carcasse dégingandée de vaste oiseau migrateur (tel est le nom du père) aux avant-postes de la [&#8230;]]]></description>
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									<p style="text-align: center;"> TJEERD ALKEMA (par BTN)</p><p style="text-align: center;">(Extraits de textes publiés ça et là depuis 1980)</p><p style="text-align: center;">Acte 1) De la sculpture comme parcours (catalogue Medamothi 79-80)</p><p style="text-align: center;">Cela fait plus de 15 ans que Tjeerd Alkema, grand voyageur devant l’éternel, traîne sa paisible carcasse dégingandée de vaste oiseau migrateur (tel est le nom du père) aux avant-postes de la sculpture contemporaine. Que le soleil montpelliérain, le temps d’une performance, s’y soit laissé prendre, ne saurait étonner les inconditionnels de notre hollandais volant qui, perturbant nos valeurs mythologiques a transformé l’astre apollinien en Icare chutant et rasant le sol, lui-même l’artiste expérimentateur en Thésée arpentant le dédale de la ville, et les éventuels spectateurs, éblouis par la lumière rasante, en Œdipe, prince des aveugles. Alkema conçoit la sculpture comme un parcours. Et pas seulement spatial : temporel. De la durée du travail, il en est toujours question dans la production d’Alkema. Les clichés de ses séries panoramiques, accrochées en demi-cercle, en témoignent, qui révèlent des fragments de lieux, forcément pris à des instants différents, mais dévoilés simultanément. Le corps creuse dans la matière urbaine et nous propose une continuité de prises de vue. En règle générale, l’appareil, le cadre, le plan mural nous privent d’un nombre infini de combinaisons formelles. Alkema nous en soumet quelques-unes. Le lieu photographié, du point de vue du corps de l’artiste, invite à un cheminement mental de la part du spectateur habitué à focaliser sur une image. En ce sens on peut parler de sa sculpture comme d’un parcours visuel et physique. Ainsi ne nous étonnerons-nous pas de voir la caméra de l’artiste se déplacer, épaulée, dans les rues de Montpellier : pour une marche dans le paysage urbain, orientée par les aléas de la perpendiculaire et simplement syncopée par l’arbitraire du pas. De la sculpture comme déplacement donc. Et détournement de la photographie à des fins sculpturales.</p><p style="text-align: center;">L’enregistrement du paysage, héritage hollandais, sur une bande à 360 degrés, révèle la rotondité oubliée de notre espace perspectif. L’artiste tourne alors autour d’un point central et nous restitue, dans la continuité, ce qui a été photographié en discontinu. Le résultat visuel, aplati par sa présentation murale, révèle une configuration inédite qui sort du cadre habituel de la présentation photographique et force le spectateur à des contorsions… Pas étonnant qu’Alkema ait envisagé d’enregistrer un disque Sol/Plafond, sculpture acoustique à base de placo et de granito frottés. Il recourt en effet au même procédé mais en spirale, autour d’un axe central – et passe du visuel au son.</p><p style="text-align: center;">A propos d’Alkema, on peut parler de profusion créatrice ou de cohérence formelle mais il faut avant tout parler d’humour, que j’ai envie de qualifier de contrapunctique (ou oxymorique). En témoigneraient : des photographies du sol accrochées au mur ; néon serti de brique et posé au sol ; aperçu d’une ambiance intimiste d’un intérieur mais à partir de l’extérieur (du jardin de Vincent Bioulès, peintre coloriste) ; couverture corrosive d’une revue (cf. Textuerre) dans le but d’user les livres contigus ; exposition de longues pièces de stuc, allongées sur le sol : « parce que le plafond est en stuc ,madame ! » ; chèque d’une brique, signé Yves Michaud, contre une brique réelle choisie par l’artiste ; reproduction des 9 premiers cms de l’objet Centimètre de façon à susciter une illusion d’optique ; reproduction de dalles ou graviers  lourds sur un support léger etc.</p><p style="text-align: center;"><em>De même de son intervention au faubourg de Nîmes, interrogeant les gens, dont il stocka les commentaires, traçant, mine de rien, un parcours discursif… et jouant avec la mémoire des interrogés. On peut fouiller et donc sculpter dans la mémoire, cet autre labyrinthe…</em></p><p style="text-align: center;">Au fil de ses investigations, Alkema, croise les œuvres de Dibetts (présentation photographique), Richard Long (importance de la marche et sa restitution plastique), Gordon Matta Clark (sort fait à l’architecture attaquée), Carl André (œuvre la plus près du sol possible), Bruce Nauman en vidéo (implication du corps de l’artiste ou sortie hors du cadre), et au « process art » en général (processus intégré au résultat : la monochromie grisâtre du ciment, par exemple, n’est que l’effectuation d’une décision conceptuelle préalable et de son déroulement technique ; la sculpture donne à voir son processus de fabrication).</p><p style="text-align: center;">Depuis quelques temps, la photo et la vidéo laissent place à des matériaux urbains des plus simples et solides : béton, acier, aluminium, plâtre, stuc, bois et même tissus charnière, clous ou colle,  voire scotch. Matériaux modernes, liés à notre environnement quotidien qui se veut urbain.</p><p style="text-align: center;">Le béton par ex est coulé dans un moule de bois articulé (ou de métal) lequel, après séchage, sera ouvert et accroché sur le plan mural. Le moule, tendu ou comprimé, réagit différemment du béton, lequel ratifie la prise organique de la matière, sa résistance aux forces de gravitation. L’ensemble est inédit puisque la matière, prisonnière, respire sans son cadre sur le mur tandis que celui-ci semble s’être émancipé de sa fonction contenante et comprimante. Le spectateur doit effectuer un effort de remémoration pour apprécier le processus engagé. Il est donc impliqué. La question qu’il se pose : « Comment ça se fait ? ». La pièce, dépliée, souligne sa forme dans le vide à l’entour. L’horizontalité lui sert en général, de base (Alkema vient d’un plat pays…). Elle s’ouvre à l’infini dont elle devient le point de départ ou contrepoint.  Ce qui se donne à voir, en effet, c’est le matériau qu’en général l’on cache. L’autre côté du mur. Guère noble pour un sou.  Pas étonnant qu’Alkema envisage de creuser les cloisons de la galerie Medamothi pour y dessiner en ellipse son disque d’or anamorphique. La sculpture se fait gravats au sol, creux dans le mur, et comme souvent le vide finit par faire le plein. Creuser c’est sculpter aussi. Le lieu d’exposition requiert ainsi une importance majeure dans la production d’Alkema.</p><p style="text-align: center;">En la galerie K. Pissaro, en 1980, Alkema avait déjà joué sur l’architecture des lieux. Les pièces de ciment étaient posées à même le sol, les moules aussi bien que les empreintes obtenues après retournement, et les courbes qu’elles déterminent nous amenaient de l’entrée vers la sortie, selon un cheminement régulier, symétrique car les pièces se voulaient identiques. Cela nécessitait de la part du visiteur l’effort de réorganisation, déjà mentionné,  après le parcours corporel… Le visiteur joue ainsi un rôle actif dans l’articulation du lieu à l’œuvre (et vice-versa). L’œuvre d’art se voit ramenée à son statut originel de mouvement, de geste et en définitive de trace ou de signe. Lieu, visiteur, le troisième élément, l’œuvre, est bien pour Alkema un trait d’union. Le lieu est alors perçu autrement. La représentation que l’on se fait de la sculpture en est modifiée. Et le statut du spectateur, du moins on l’espère s’en trouve transformé puisqu’il est sollicité, corporellement, mentalement et du point de sa mémoire, de ses capacités techniques ou esthétiques. De passif et admiratif il devient actif et co-producteur du sens de l’œuvre.</p><p style="text-align: center;">Acte 2) Disque d’or : Revue Artistes (Février 81).</p><p style="text-align: center;">Tjeerd Alkema vient de graver dans la mémoire organique du lieu dit Medapothi, en référence à Rabelais et à son île des peintres, la plus spectaculaire de ses réalisations. Il s’agit d’un disque géant, présenté en anamorphose, d’un foyer visuel à l’échelle de l’artiste. C’est dans ce même lieu qu’il grava un vinyle Sol/Plafond, réalisant ainsi une sculpture acoustique, Rect/verso. La grande force de l’œuvre tient à ce qu’elle recourt à un minimum de moyens matériels pour un maximum d’effets plastiques. Car c’est pour la majeure partie, ici encore, le vide qui fait le plein. Les plans du mur et du sol se partagent les deux hémisphères, ou illusions d’hémisphères, ce dont témoignent les rayons en apparence inégaux ayant permis leur réalisation. L’anamorphose suscite le redressement de l’ovale circonscrit, peinturluré à la touche dorée. Il va de soi qu’une promenade autour du plan du sol détruit l’illusion et dévoile les ressorts de la pièce (et de la Pièce où elle s’inscrit). Par rapport à ce vide aplanissant les supports orthogonaux suscités (mur/sol), les surfaces colorées jouent le rôle de fond, mémoire du vide par sa révélation. Car sculpter, pour Alkema c’est avant tout faire le vide. L’axe de lecture du Disque amène à articuler visuellement les plans du mur et du sol. On les met donc visuellement sur le même plan, mais un plan dont le socle n’est rendu possible que grâce à votre éphémère situation spatiale, laquelle se modifie et fait perdre la vision globale du disque au moindre déplacement. L’effet sculptural dépend donc du regard et du corps du visiteur.  A ce propos, puisqu’il s’agit de disque, Alkema propose le concept d’acoustique visuelle. Il s’agit avant tout de travaux de démoli-sillon et de reconstruction au sol de ce qui a été prélevé au mur.</p><p style="text-align: center;">L’hémisphère du haut, sa configuration bien nette qui favorise l’illusion anamorphique, le mural donc, forme une avancée par rapport à tous les creusements périphérique du mur ayant permis l’amoncellement de gravats autour de l’hémisphère du sol, qui se projette, hors le point focal, au devant du visiteur. Alkema exhibe en quelque sorte l’envers du verso, ou du décor, de la partie dorée. Sculpture urbaine faite de matériaux urbains mais aussi révélation de l’inconvénient majeur de la peinture. Elle cache évidemment le mur. La sculpture urbaine d’Alkema montre ce qu’il y a derrière le mur, lui-même pris comme surface peinte. Détail amusant : les plinthes originelles de faïence rappellent des lingots d’or, pris entre le mur et le sol. Mais si la partie murale est exécutée aux dépens du mur, les gravats fournissent, on l’a suggéré, la partie complémentaire à la périphérie du plan du sol. Non seulement comme vestiges du travail de démolition, comme réinscription du rejet dans le périmètre investi mais comme allusion extrinsèque au sillon intrinsèque absent. Le rond central, mis en abyme du disque dans son ensemble, mais non peint, est également formé de gravats, et du scotch détendu ayant servi à dessiner les rayons perpendiculaires et structurels de la pièce. S’ajoutent les objets accidentels relatifs au temps de travail : capsules, mégots, traces de pas… Sculpture rayonnante ? Baroque ? Bas relief d’une fin de millénaire ? La sculpture d’Alkema fait table rase d’une conception éculée de la notion de volume. On ne tourne plus autour d’un objet, ce dernier s’ausculte à partir d’un point fixe. Et l’œuvre est éphémère. En ce sens elle rejoint les vanités traditionnelles. Seules les reproductions en restitueront la mémoire acoustique et visuelle.</p><p style="text-align: center;">Acte 3) Ausculptare : in L’île aux peintres (été 81, Eds BTN)</p><p style="text-align: center;">Tjeerd Alkema se joue, dans ses travaux sur béton, plâtre, stuc et ciment, des trois catégories majeures des arts traditionnels que sont l’architecture, la peinture et la sculpture.</p><p style="text-align: center;">D’abord l’architecture, manifeste, dans sa production récente, dans son recours aux matériaux urbains, non nobles ni susceptibles d’effets esthétiques convaincants, dans sa prise en compte de l’espace d’exposition. Alkema tente de les faire passer du fonctionnel au plastique. Du prosaïque au sublime. C’est son côté alchimiste. Pas étonnant qu’il ait configuré un disque d’or.</p><p style="text-align: center;">L’architecture impose souvent à la sculpture sinon un concept du moins une conception. L’artiste ne s’en cache pas : ou bien c’est le « Où, quoi ? » des réalisations en atelier, ou bien c’est le « ça, là… » des réalisations éphémères. Ce qui s’y rend concret, c’est le temps d’opération d’un ensemble de forces matérielles. Telle est la définition de la sculpture selon Alkema. On note toutefois une volonté d’Alkema soit de se passer du socle, et d’œuvrer le plus près possible du ras du sol, ce qui donne l’impression que ces pièces font partie de l’architecture du lieu, soit de les disposer dans l’espace mural et donc de les rapprocher de la peinture, d’un art décoratif, de ce qui cache l’envers du décor, le refoulé de toute œuvre brillante (pensons au large creux qui entoure le disque d’or). Comme on le voit, Alkema mêle les trois arts majeurs et rejette en bloc ce qui les différencie.</p><p style="text-align: center;">Quand le béton prend, dans le cadre qui lui impose ses limites, parfois débordantes, quand il devient phénomène sculptural (par l’opération du saint esprit, pourrait-on dire), quand il se fait solide et remplit instantanément le cadre comme une photographie son rectangle, comment ne pas imaginer le regard fasciné de l’artiste, nouvel alchimiste ai-je dit, et son sourire jubile. Il coule et il moule. Il donne la vie… Car les pièces sculpturales d’Alkema sont rotatives ou articulées au mur ; elles glissent sur le sol et insufflent le mouvement. Deux cercles concentriques pour l’exposition chez Pissaro, à Paris, déterminant un parcours, à partir d’un seul moule. Elles vivent, bougent et communiquent leur mouvement au corps du visiteur. Alkema les regarde vivre et nous invite à les faire vivre à notre tour : par le parcours dans l’espace architectural d’un côté, par la remémoration du procédé ayant permis leur exécution, puis leur présentation picturale. La sculpture se tient dans l’entre-deux. Entre l’espace vide et le support mural. Architecture et Peinture. Et re-conceptualisation par le visiteur qui devient re-créateur. Ou mieux Co-créateur. Qui partage ainsi les arcanes de la création et démythifie les notions de génie ou d’inspiration qui lui sont associées.</p><p style="text-align: center;">Ce qu’il faut se remémorer, c’est le temps d’opération et le procédé, le processus.</p><p style="text-align: center;">Revenons à la peinture, d’une part elle témoigne du caractère décoratif de certaines pièces ainsi que le prouve le disque peint en or, ou en argent, ou en blanc, en anamorphose, sur certains lieux, ou restitué sur un support à roulettes. Mais qu’on se souvienne aussi que les matériaux urbains  recourent à l’eau. En un certain sens, ce qui se donne à voir, c’est de la peinture à l’eau. Du moins dans la présentation murale, laquelle, à l’instar de la peinture cache le mur et ce qu’il y a derrière. Une peinture un peu épaisse, il est vrai mais la monochromie est bien là.</p><p style="text-align: center;">C’est par la combinaison hiérarchisée de ces trois catégories que « prend » pratiquement l’œuvre visuelle d’Alkema, laquelle, à l’instar des anciens compagnons, décore, d’une œuvre baroque, et de ses réalisations urbaines, notre environnement déprimé.</p><p style="text-align: center;">Encore n’ai-je pas parlé de ses derniers dessins qui partent d’éléments d’architecture afin de concevoir une sculpture, à grand renfort de… couleurs.</p><p style="text-align: center;">Acte IV) Un maître de l’anamorphose au Carré Ste Anne (Avril 97, Reg’arts).</p><p style="text-align: center;">Les sculptures d’Alkema arrêtent le regard, suscitent l’approche, forcent au déplacement. En règle générale, elles présentent la particularité de changer de forme dès qu’on se déplace autour d’elles. Elles sont tout ce qu’on veut sauf frontales. Toutefois, d’un point de vue unique et un seul, appelons-le idéal, elles prendront l’apparence d’une forme parfaitement identifiable parce que qu’universelle : un cube ou quoi que ce soit de déterminé. Déplacez-vous de quelques pas et il en va tout autrement. La forme parfaite se déforme. L’œuvre livre ses secrets, montre l’envers du décor. Elle nous fait assister à son processus de fabrication. On la découvre bossue, bancale, irrémédiablement gauche. On est rarement allé si loin dans l’illusion ni dans les éléments constitutifs de cette illusion. On aura reconnu ce procédé optique que l’on nomme anamorphose mais que Tjeerd Alkema n’utilise pas à des fins ludiques. Les implications philosophiques sont évidentes et dérangeantes. Et si toute vérité était relative au point de vue ? Que ce point de vue change et la vérité est tout autre, difforme, monstrueuse… Les sculptures d’Alkema ont quelque chose de déplacé. Elles suscitent le scepticisme.</p><p style="text-align: center;">Car il s’agit avant tout de perturber. Notre environnement ne nous a que trop habitués à la suprématie des formes déterminées, à la tyrannie de la verticale et de l’horizontale, à la primauté des repères orthonormés. Tjeerd Alkema leur donne en quelque sorte du jeu. Il inquiète et tel est son rôle, comme disait Gide. La disparition inquiète. Mais ce sont surtout nos assises rationnelles, si rassurantes, qui en prennent un coup. Notre hyper-confiance en la justesse mathématique par exemple. Glissez une oblique, une courbe, un relief incurvé, tridimensionnel, penché où le regard se sustente d’une géométrie parfaite, et voilà nos regardeurs pris de vertige. Il leur faut à tout prix se déplacer, se convaincre que la forme identifiée n’était qu’un leurre. Tjeerd Alkema nous fait marcher. Il sculpte ainsi avec le temps. Car le temps modèle nos regards autour de l’œuvre. Le temps qui révèle ses à-côtés.</p><p style="text-align: center;">Urbain e résolument emprunté au quotidien, le matériau importe peu pourvu qu’il se plie aux exigences de la forme. Alkema privilégie le contreplaqué, léger, maniable et modelable, ainsi que le polyester mais il a travaillé l’inox pour son monument à Wolgang Amadeus Mozart ; érigé à Gennevilliers. En règle générale, ses œuvres ne dépassent pas les deux mètres cinquante (la taille du sculpteur, les bras levés). Car tout volume, pour Alkema, mobilise – c’est du Calder à l’envers – nos capacités motrices. Il sollicite le déplacement corporel. C’est une expérience de dimension humaine ui nous est proposée.</p><p style="text-align: center;">Aussi n’est-il guère étonnant que nous soyons invités à passer dessous. Qui n’a jamais rêvé de connaître les dessous de l’œuvre ?</p><p style="text-align: center;">Acte V) Sculpture d’été au Parc de Villary, Nîmes. Août 2003 (L’art-vues)</p><p style="text-align: center;"><em>Enseignant aux Beaux-Arts de Nîmes, Tjeerd Alkema est l’une des figures les plus attachantes de la création régionale. Jacques Aldebert, président de l’International Contemporary Art Association et Philippe Pannetier, ne s’y sont pas trompés, le premier recevant ses sculptures monumentales dans le grand parc de Villary, tout près de Garons.</em></p><p style="text-align: center;">Les sculptures de Tjeerd Alkema sont conçues et élaborées pour susciter le déplacement. Leur approche visuelle, d’un point de vue fixe, restitue la forme simple, en général un carré, dont elles sont issues. Mais pour trouver ce point fixe, il faut dans un premier temps s’armer de patience afin de trouver le bon angle de vision. Un temps, deux temps, le mouvement est rendu nécessaire si l’on veut appréhender la forme dans sa disposition idéale. On reconnaît l’art du trompe l’œil, de l’anamorphose. Ainsi ce que nous croyons voir n’est pas forcément ce que notre œil perçoit. Une forme peut en cacher bien d’autres. Des sciences comme l’astro-physique nous prouvent qu’une figure céleste ne nous apparaît jamais sous son aspect réel mais sous l’apparence que notre système oculaire peut percevoir. Avec Alkema, on est en pleine révolution copernicienne. Inversement, l’art géométrique minimal qui ne s’attechait qu’à des configurations dites simples, est interpellé. Quelle paresse de perception ! Un cube, chez Alkema, se présente de prime abord sous forme de polyèdre, avec ses creux, ses angles, et ses multiples facettes. Il n’est pas donné en soi. Il est l’effet d’un calcul savant. Au visiteur de le déceler.</p><p style="text-align: center;">Ainsi le volume change-t-il de forme dès lors qu’on tourne autour, ce qui est le principe de la sculpture. Or le déplacement est l’équivalent de l’art du mouvement par excellence, le cinéma, et de tous les moyens d’imprimer l’image qu’il suppose. Les sculptures d’Alkema font du spectateur qui tourne autour de ses œuvres, à la recherche d’un point focal, une caméra ambulante. Qui connaît ses travaux antérieurs se souvient qu’il concevait alors la sculpture comme un parcours, caméra sur l’épaule, à creuser son labyrinthe visuel dans les ruelles de la ville. Cela signifie, une fois encore, qu’il ne suffit pas de manipuler la technologie contemporaine pour faire une œuvre pertinente au regard de l’Histoire de l’art. La sculpture, du fait de sa longévité et de son statut ( !), peut intégrer toute innovation lui déniant le droit d’exister. Ce n’est pas l’emploi d’une technologie qui fait la pertinence d’une  démarche. C’est la pertinence d’une démarche qui justifie le recours éventuel à une technologie. Ainsi, dans ses dessins préparatoires, l’artiste flirte-t-il avec la 3D. Il pourrait concevoir la métamorphose de ses cubes par ordinateur. A quoi bon, si l’esprit du virtuel habite ses conceptions, les inclut sans avoir à s’y soumettre.</p><p style="text-align: center;">Avec le polyester, le plus nîmois des sculpteurs hollandais a trouvé un matériau souple, racé, maniable, qui se prête au fuselage et au modelé que ses dessins préparatoires supposent. Deux facteurs sont à mettre en exergue : d’abord la lumière et les jeux de valeur qu’elle induit, complexifiant encore l’approche du volume ; les arêtes et leur point de rencontre qui permettent de nouvelles surprises, tel angle qui nous semblait venir vers nous dessinant en fait un creux dans la matière. Le point de vue qu’Alkema porte sur des formes simples perturbe nos repères visuels et donc notre façon de penser. Car si la leçon d’optique oblige à se déplacer corporellement, qu’en est-il de l’esprit qui s’accroche à des idées simples dont un travail de ce style montrerait la polymorphie insoupçonnée ?</p><p style="text-align: center;">Et ce n’est pas fini :</p><p style="text-align: center;">Al/ma avril 2010 (expo collective). L’art-vues</p><p style="text-align: center;">C’est avec bonheur que nous avons revu les œuvres de l’un de nos plus grands sculpteurs, d’origine hollandaise mais ayant résidé longuement à Montpellier puiis à Nîmes où il a d’ailleurs enseigné (Beauxs-Arts). Ayant toujours considéré son activité sculpturale comme un parcours, Alkema s’est polarisé sur les anamorphoses abstraites qui forcent le spectateur à se déplacer dans l’espace afin de trouver l’angle de vue à partir duquel un motif géométrique s’impose à notre regard : le cube en général (même si on lui a vu jadis réaliser ainsi entre mur et sol un gigantesque disque d’or). C’est ce que l’on a pu constater chez Al/ma où un portique nous attend, autour duquel il nous faut tourner pour réaliser que, ce que nous voyons et la réalité physique des matériaux ça fait deux choses, expérience que la science n’en finit plus de vérifier. Au sol, des petits volumes de plâtre finissent par proposer leur forme idéale de pure géométrie. Au mur de petits agencements métalliques forcent le spectateur à trouver sa place, et donc à jouer le jeu car, c’est sans doute l’un des grands mérites d’Alkema d’avoir apporté du ludique, ou du jeu et donc à l’austère art dit minimal. Des dessins d’architecture complètent cette exposition en laquelle le spectateur est activement invité à participer…</p><p style="text-align: center;">Al/ma avril 2013. L’art-vues</p><p style="text-align: center;">Tjeerd Alkema est sans doute le plus grand sculpteur de notre région, ce qui ne l’empêche pas de rayonner au-delà, notamment dans sa Hollande natale. Ayant depuis des lustres focalisé sa production sur l’anamorphose, il se livre à des constructions complexes afin de proposer au public des formes géométriques mouvantes, plus exactement qui se modifient en fonction et au rythme de nos déplacements. C’est en quelque sorte le visiteur qui modèle le volume jusqu’à un certain point, celui où apparaît une forme géométrique pure ou aisément repérable : cube, parallélépipède, polyèdre. Il faut donc chercher et trouver la position idéale grâce à laquelle le forme se fait perceptible. On a ainsi affaire à une sorte de jeu entre le spectateur, habituellement passif, et l’œuvre de l’artiste, voire de l’artiste lui-même, grand ordonnateur focal du jeu en question. Mais à partir de formes qui ne lui appartiennent guère, de formes universelles, telles qu’a su les exploiter l’art minimal, d’ailleurs ironiquement suggéré au passage. Sauf qu’ici le matériau est urbain, plâtre, ciment, résine, voire familier ou domestique. Et surtout nous sommes placés dans une perspective baroque, dans le refus de l’objectivisme froid, dans une ironie qui justifie la référence à Bouvard et Pécuchet comme titre de cette expo, en tout cas bel et bien dans le déplacement.</p><p style="text-align: center;">Le déplacement, Alkema le connaît bien, lui qui le pratiquait, caméra sur l’épaule, dans les rues de Montpellier, dans les années 70, sculptant son itinéraire dans le labyrinthe urbain, avec son propre corps comme outil de travail et instrument de mesure. Jouant parfois avec la course du soleil, à l’aveugle, obturant de son rayonnement le point de fuite au bout de rues. Les matériaux du quotidien, Alkema les a beaucoup pratiqués, notamment dans ses fameux disques d’or, in situ ou mobiles, creusés à même le mur ou la paroi, en anamorphose déjà. Alkema l’a déclinée de plusieurs façons : dans la sculpture bien évidemment, sans doute la plus spectaculaire, avec ses pièces qui changent radicalement de formes selon le point de vue que l’on adopte pour les regarder, et interrogeant et critiquant notre appareil perceptif, ses codes (la perspective) et ses limites. Les œuvres murales, en principe plus légères, métalliques et bi-chromes, par exemple, et qui contraintes par le mur, n’obligent plus à tourner autour mais à effectuer un déplacement semi-circulaire. Les dessins qui rendent compte de la complexité conceptuelle des œuvres réalisées.</p><p style="text-align: center;">Avec ses anamorphoses Alkema joue donc sur trois tableaux. On s’en rend compte en cette exposition qui nous rappelle l’importance du sculpteur dans le paysage actuel…</p><p style="text-align: center;"> </p><p style="text-align: center;"> </p>								</div>
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		<title>Texte La Bambouseraie</title>
		<link>https://bernard-teulon-nouailles.fr/2023/07/28/vu-du-train-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Teulon-Nouailles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jul 2023 09:55:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[Essais]]></category>
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									<p style="text-align: center;">&nbsp;Matières à lumière</p>
<p>Que Nature et Culture puissent faire bon ménage, on ne peut que s’en féliciter. Ainsi, depuis plusieurs années, La Bambouseraie invite-t-elle des artistes à même d’œuvrer sur un lieu spécifique, aptes à intégrer le matériau, qui assure sa notoriété, dans leurs productions et ainsi à renouveler partiellement la lecture du site. La Nature en effet s’accommode de tout puisqu’elle est la mesure de tout phénomène. En invitant des artistes contemporains, la Bambouseraie concilie deux temporalités&nbsp;: l’éternelle et la transitoire, liée à la condition humaine qui nous concède notre bref passage sur terre, lequel devrait nos induire à davantage d’humilité.</p>
<p>Cette humilité on la trouve dans les travaux des deux plasticiennes invitées lors de cette session 2024, pour une expérience devenue, chaque belle saison, rituelle. Pas de matériaux nobles ni traditionnels ici. On peut en effet utiliser le bambou pour ses capacités plastiques, pour ses ressources cachées et pour sa capacité à se plier à certaines exigences. Une raison de plus, pour les visiteurs, de venir les admirer. Douce Mirabaud explore la matérialité de sa gaine soumise aux caprices du vent et des intempéries mais n’hésite pas à les ordonner de telle sorte qu’une composition s’impose à l’espace. Pia Hinz, quant à elle, utilise sa structure interne, ou si l’on préfère son ossature afin de servir de base à la confection d’un vitrail mi-naturel mi-artisanal puisqu’elle recourt au verre coloré.</p>
<p>Pia Hinz n’en est guère à son premier projet tournant autour du vitrail, qu’elle assortit en général de barlotières métalliques et de néons. C’est assez dire si sa production relève d’une exploration des phénomènes lumineux. En l’occurrence, à la Bambouseraie, dans le Bambusarium, de la lumière du soleil. C’est la raison pour laquelle le cerceau qui sert de matrice à son installation épouse et suggère la forme ronde de notre astre divin, adoré des civilisations anciennes. On peut penser également à une loupe qui nous rapprocherait de l’intérieur de la plante. D’un instrument d’optique qui nous permettrait de percevoir la partie cachée des choses. Par ailleurs, on dit que les ogives des églises ont été inspirées aux premiers bâtisseurs par le croisement des branches d’arbres dans les forêts où se rejoignaient les premiers fidèles. Il n’est donc guère étonnant qu’une artiste comme Pia Hinz offre et même restitue un vitrail à la Nature. Elle assemble des bambous creusés et les couvre d’une grande plaque de verre à vitrail, jaune et marbré. Le coin de Nature qui le reçoit, un écrin de verdure que nous contemplons du chemin, devient en quelque sorte un lieu de méditation plus ou moins collective, juste retour des choses vers leur origine. Comme dans les tableaux de Monet, le temps y joue un rôle fondamental puisque la perception de la couleur sera différente selon l’heure et les conditions météorologiques. Les phénomènes de projection ou de réfraction enrichissent la perception de cet endroit, rendant le visiteur sensible à la richesse des propositions que nous offre la Nature pour qui sait l’apprivoiser. Les artistes ont ce don et le cultivent. Le vitrail a la particularité de jouer un tant soit peu de transparence tout en conservant une certaine opacité. Ainsi l’installation de Pia Hinz, posée sur pied, constitue-t-elle-t-elle une frontière entre deux mondes. Le réel et l’imaginaire, l’œuvre d’art se situant dans l’entre deux. Et aussi entre la vie cellulaire, à laquelle fait penser l’agencement des bambous creusés, et la vie astrale d’où émane toute «&nbsp;<em>Lumen</em>&nbsp;», assortie des formes qu’elle produit. Les deux infinis, le grand et le petit.</p>
<p>Pas loin de là, sur le chemin de la vallée du Dragon et de la prairie de bambous, Douce Mirabaud incite également à la méditation mais avec des moyens différents. C’est en effet la gaine, habituellement mise au rebut, qui a retenu son attention. Elle la traite à l’instar d’une peau, une peau animale, on peut même dire d’un parchemin où s’inscrit, sous forme de taches, l’écriture de l’humidité. Ce qui est à jeter est tacheté, si l’on veut. Le simple a ainsi droit au royaume des yeux. Car l’artiste ne doit point œuvrer avec la Nature de manière littérale. Il lui faut apporter sa touche personnelle consistant à lui attribuer sa singularité, en l’occurrence sous la forme de moucheté d’or, ce que la nature produit de plus précieux et que la civilisation a pris comme référence de ce qu’elle considère comme tel. Ainsi Nature et culture font bien bon ménage… Douce Mirabaud s’est appliquée à suspendre, et disposer, 9 panneaux de contreplaqué, sur lesquels viennent se poser les gaines de bambous. Cette installation est située en bord de chemin, créant un effet de perspective, de telle sorte qu’elle oblige en quelque sorte à l’arrêt, à l’arrêt sur images. Celles que ne manquent pas de susciter, dans notre imaginaire, les motifs induits par l’humidité sur la peau du bambou, qu’ils soient animaliers ou cartographiques. C’est un peu comme si l’on nous invitait à découvrir le livre de la Nature en focalisant sur un point précis&nbsp;: la sensibilité du bambou, ses capacités, au fond picturales, à <em>animer</em> sa surface, et l’on sait combien ce verbe a à voir avec l’âme. D’autant que les panneaux, longitudinaux dans le sens de la verticalité, sont surélevés et ainsi s’émancipent de la terre pour une dimension davantage tournée vers l’esprit. C’est comme si on fournissait un supplément d’âme à la plante et donc comme si l’on créait les conditions d’une communion plus intime encore avec elle. Car la surface n’est pas lisse. Elle procède par stratifications de zones horizontales, de la largeur d’une main, et qui accrochent la lumière. C’est rappeler le geste créatif, à mi-chemin entre la Nature et le recours à l’usiné, suggéré par le cadre. Le visiteur absorbe en règle générale des perceptions fugaces. Ici, dans cet écrin de verdure, renouvelé pour la circonstance, on l’incite à la méditation. Aux lumières de l’esprit. Sur ces stèles rigides qui hésitent entre peinture et sculpture, entre deux et trois dimensions, à l’échelle de l’humain, on lui offre une symphonie de couleurs automnales et d’éclats de lumière. Une surface peut bien après tout nous livrer sa profondeur… C’est le rôle de l’artiste que de la révéler.</p>
<p>Deux conceptions à la fois différentes et proches finalement, que ces propositions d’artistes. L’une obturant l’espace d’un plan frontal, autour duquel on peut toutefois tourner tant que l’on reste sur le chemin, l’autre recourant à la perspective, à une composition en creux&nbsp;; l’une s’intéressant à l’intérieur l’autre à l’extérieur de la plante&nbsp;; l’une translucide et l’autre opaque, l’une au cœur d’un espace libre, l’autre s’appuyant, au sens strict du terme, sur les végétaux… mais toutes deux guidées par un même intérêt pour les secrets d’un matériau inédit, le respect scrupuleux de la nature, la volonté de susciter la réflexion et surtout l’intérêt pour la lumière, source de toute vision, de toute lecture. BTN</p>								</div>
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